Lucerne: Action de Carême a une approche libératrice de la religion
La Confédération reconnaît l’importance des aspects religieux dans le développement
Lucerne, 20 mai 2013 (Apic) Depuis une dizaine d’années, grâce notamment aux travaux d’Anne-Marie Holenstein, ancienne directrice d’Action de Carême (AdC), la Confédération reconnaît l’importance des aspects religieux et spirituels dans la coopération au développement. C’est notamment pour cette raison que la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) soutient des ONG d’Eglise comme AdC.
Les projets de développement dans lesquels la religion et la spiritualité jouent un rôle important sont d’ordinaire regardés avec méfiance par les acteurs gouvernementaux, qui les considèrent comme problématiques, sinon dangereux. A Action de Carême, on est conscient de cette ambivalence: de tels projets peuvent avoir un grand potentiel, mais peuvent aussi avoir leur côté sombre, comme par exemple le risque du fanatisme ou du fondamentalisme religieux.
Message libérateur de la religion et côté sombre
Ainsi, la religion peut, avec son message libérateur, contribuer à la défense des droits humains, au développement et à la justice sociale, mais elle peut également être instrumentalisée pour susciter des conflits.
Pour documenter cette problématique et mieux connaître cette dimension, AdC a mandaté une étude de terrain pour analyser la pertinence et les répercussions de ses projets relevant du domaine «Foi et Justice». Cette étude (uniquement en anglais, sous le titre «Relevance and Effects of Action in the Faith and Justice Field»), datée de décembre 2012, a été réalisée par Luciano Padrao, sociologue brésilien de Rio de Janeiro, coordinateur local des projets d’AdC, et la consultante suisse Elisa Fuchs.
Cette recherche est d’autant plus intéressante que le travail pastoral dans les pays du Sud constitue un élément central des activités d’AdC depuis sa fondation. Dans sa stratégie 2011-2016, AdC définit l’axe «Foi et Justice» comme l’un de ses thèmes centraux. Présentant son étude le 17 mai dernier à Lucerne, le sociologue brésilien a expliqué avoir procédé à l’analyse de documents concernant quatre pays (Afrique du Sud, Philippines, Guatemala et Kenya), et mené l’enquête sur le terrain au Brésil et en République centrafricaine, de concert avec des partenaires de l’AdC.
Des hauts et des bas
Sur la base de ce qu’il a pu constater sur le terrain, notamment au Brésil, Luciano Padrao a noté une forte expansion des Eglises évangéliques, notamment de type néo-pentecôtiste, et dans certains cas une diminution de l’ouverture sociale de la part de l’Eglise catholique, due notamment à des changements au sein de la hiérarchie. Mais il a également noté une fragilisation du dialogue œcuménique et interreligieux à la base, et l’augmentation, dans un pays comme le Brésil, du nombre de ceux qui se disent «sans religion».
Malgré ces constations, il relève l’importance du catholicisme dans la vie sociale des six pays examiné, notamment le fort impact des déclarations officielles de l’Eglise catholique en faveur des opprimés, contre la corruption ou les manipulations électorales, comme dans le cas du Congo RDC.
Dans ce pays, à l’instabilité notoire, le rôle l’Eglise est non seulement vital pour les services sociaux qu’elle fournit à la population, mais il est tout aussi déterminant au plan de la critique face aux instances de pouvoir.
Membre de l’équipe de coordination d’AdC à Kinshasa, Blanchard Ayinza, spécialiste dans le domaine de l’économie et du développement, a décrit le travail de la Commission diocésaine pour les Communautés Ecclésiales Vivantes de Base (CEVB) en RDC. Dans la capitale congolaise, quelque 200 CEVB, de petites communautés chrétiennes regroupant 10 à familles de même milieu et de mêmes conditions de vie, vivent la foi et le partage dans la solidarité fraternelle sous la direction d’un «berger» ou «moyangeli».
Engagement politique
Ces groupements, chaque jeudi, se réunissent pour la prière, font le lien entre la foi et la justice, à partir de la méthode «voir, juger et agir» chère à l’Action catholique. Ils analysent la réalité «à la lumière de l’Evangile». «Chez nous, les gens souffrent, ils ne vivent pas bien, ils sont violentés», insiste Blanchard Ayinza, «alors il nous faut agir pour répondre à ces préoccupations sociales».
Outre l’assistance mutuelle grâce à de petites «banques de solidarité» ou «caisses d’amour», alimentées par les membres de la CEVB, qui apportent un peu d’argent ou de la nourriture, ces communautés de base participent également au mouvement de conscientisation face aux injustices, notamment les fraudes électorales massives lors des dernières élections présidentielles et législatives. Elles ont participé aux manifestations de février 2012, réclamant «les vrais résultats». JB
Succès de la campagne œcuménique de carême 2012
La campagne œcuménique de carême 2012 intitulée «Plus d’égalité, moins de faim» – malgré la polémique lancée par l’association suisse romande «Choisir la Vie», qui s’était focalisée sur la «théorie du genre» – a été couronnée de succès. Elle a connu une progression financière de CHF 800’000 par rapport à l’année précédente. Pour la première fois, l’œuvre d’entraide des catholiques suisses a reçu plus de 9 millions de dons privés directs en faveur de son travail. Grâce à l’argent récolté lors des soupes de carême, des collectes dans les églises et une augmentation de la contribution des collectivités publiques, Action de Carême (AdC) a reçu en 2012 la somme de CHF 21’735’095. JB
L’apport financier de la Confédération se monte désormais à 25% du budget d’AdC
Signe que l’œuvre d’entraide catholique récolte de bons points auprès de la Confédération pour son travail tant dans les pays du Sud qu’en Suisse, l’apport financier de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) va passer de 15% à 25% de l’ensemble du budget d’AdC. La nouvelle convention qui lie l’œuvre d’entraide à la DDC porte sur la période allant de 2013 à 2016.
Interrogé par l’Apic sur l’accroissement du soutien financier des pouvoirs publics à AdC, qui montre qu’AdC a certainement encore gagné en crédibilité – Matthias Dörnenburg, responsable du Département marketing d’AdC, confirme que le programme de l’œuvre d’entraide a gagné en visibilité avec l’adoption de la stratégie «S’appuyer les uns les autres». Blanca Steinmann, responsable des médias religieux au sein de l’œuvre d’entraide, rappelle cependant qu’AdC reste une ONG catholique et qu’elle fait attention à préserver son identité. JB
Encadré
AdC poursuit le recentrage de ses activités
Souhaitant se concentrer sur le cœur de sa mission – «vaincre la pauvreté et s’engager pour la justice dans le monde» – , AdC poursuit le recentrage de ses activités. Elle a ainsi initié la refonte de son «Secteur Suisse», avec pour but, à l’horizon 2015, de continuer à réduire le financement des activités en Suisse et de se concentrer désormais sur sa mission principale, qui est d’aider les populations pauvres dans les pays du Sud.
La Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) reprendra, dans la mesure du possible, les tâches assumées au niveau suisse par AdC. Antonio Hautle, directeur d’AdC, relève que près de 90% des recettes ont été directement affectés à des projets en 201 2. AdC a consacré CHF 1,5 million à la recherche de fonds (7,1%) de ses recettes, tandis que les frais d’administration s’élèvent pour la même période à moins d’un million de francs (4,4%). (apic/be)