«Jésus n’était pas toujours gentil»
Fribourg: Mgr Morerod parle de la paix au festival «Uni-phonies»
Fribourg, 8 mars 2013 (Apic) «Jésus n’était pas toujours gentil. Et il n’avait pas tort !» La boutade de Mgr Charles Morerod n’en est pas vraiment une. Invité à parler du thème de la paix dans le cadre du festival «Uni-phonies» à l’Université de Fribourg, l’évêque a insisté sur le lien intrinsèque entre la vérité, la liberté, la justice et la paix. La paix n’est pas l’absence de conflit, mais le fruit d’un ordre voulu par Dieu dans sa création.
L’exposé de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a pris un tour entièrement ’ratzingérien’. Une manière pour lui de rendre un hommage au pape démissionnaire. C’est en effet à partir des messages de Benoît XVI, à l’occasion de la Journée mondiale de la paix célébrée par l’Eglise catholique le 1er janvier de chaque année, que Mgr Morerod a construit sa réflexion. On y retrouve tous les thèmes chers à Benoît XVI : le primat de la loi naturelle sur le relativisme, la liberté religieuse, le droit à la vie, la justice, l’écologie. Qui sont autant de conditions pour permettre d’ériger une paix véritable.
La paix selon la «grammaire de la création»
De toute évidence, la paix est une aspiration qui se trouve dans le cœur de chaque homme. Mais l’homme n’est pas capable de la réaliser par ses propres forces uniquement. Il doit pour cela respecter la «grammaire de la création» selon la formule de Benoît XVI. Il ne s’agit pas de directives extérieures contraignant la liberté humaine, mais d’un appel à réaliser le projet divin, précise Mgr Morerod à la suite de Benoît XVI.
Le droit à la vie et la liberté sont les deux piliers de cet ordre voulu par Dieu. Les atteintes à la vie et à la liberté sont des attentats contre la paix. Dans ce même sens, la paix ne s’accommoder des inégalités entre personnes dans l’accès aux biens essentiels tels que la nourriture, l’eau, le logement, ou la santé. La paix ne peut pas non plus accepter «les inégalités persistantes entre homme et femme dans l’exercice des droits humains fondamentaux».
Le cercle vicieux pauvreté – violence
Construire la paix au plan social exige de lutter de manière efficace contre la pauvreté, rappelle Mgr Morerod. Il s’agit de briser le cercle vicieux pauvreté-violence. Pour Benoît XVI, la pauvreté n’est pas que matérielle, elle est aussi relationnelle, morale et spirituelle. Sortir de la pauvreté implique d’affronter aussi des obstacles culturels, c’est-à-dire de changer les mentalités. Mgr Morerod évoque ici le système des castes ou encore la mafia.
Un pape écolo
Plus que les autres papes avant lui, Benoît XVI a porté une attention spécifique au thème de l’écologie. Comment les hommes peuvent-ils se respecter les uns les autres s’ils ne respectent pas leur environnement ? et vice-versa ? Ce respect de la nature implique aussi une solidarité envers les générations futures. On pourrait dire qu’il faut faire la paix avec l’avenir, explique Mgr Morerod. D’où l’exigence de solidarité et de sobriété dans l’usage des ressources naturelles considérée comme un don de Dieu. Enfin pour Benoît XVI le contact avec la beauté et l’harmonie de la nature aide l’homme à être en paix avec lui-même.
La religion source de violence ?
A l’objection selon laquelle les religions sont sources de violences et de guerre, Benoît XVI répond par une réflexion sur le sens de la liberté religieuse. Pour lui, une des caractéristiques première de l’être humain est sa capacité à dire oui ou non à Dieu, relève Mgr Morerod. C’est de là que découle la dignité humaine. C’est là aussi que naît le devoir du dialogue interreligieux conçu non pas comme un syncrétisme ou un relativisme qui considérerait que toutes les religions se valent. Mais dans la conviction profonde que toute vérité vient de l’Esprit-Saint y compris pour des personnes d’autres religions ou des athées. Dans ce sens, la religion contribue à la paix. Une société réconciliée avec Dieu est plus proche de la paix, estime le pape.
Non à la dictature du relativisme
Pour Benoît XVI la dictature du relativisme contemporain constitue un obstacle à la paix. La paix suppose un humanisme ouvert à la transcendance. Sans vérité sur l’homme, la liberté et l’amour s’avilissent, la justice perd son fondement. Pour être artisan de paix, il faut respecter cette vérité profonde. Croire à une loi ’positive’ issue uniquement d’un consensus social ou du droit de la majorité, représente un risque fatal.
Enfin la paix sans pardon et sans miséricorde est beaucoup plus difficile. C’est là un apport spécifiquement chrétien. La paix est possible parce que Dieu est entré dans l’histoire en Jésus-Christ qui par sa mort et sa résurrection inaugure une création nouvelle. Jésus ne se contente pas de nous donner des conseils, il nous aime vraiment et nous a donné sa vie, explique Mgr Morerod.
Etre artisan de paix c’est prendre le risque de déranger, voire de diviser. «Jésus n’était pas toujours gentil. Et il n’avait pas tort !», conclut Mgr Morerod.
Le festival uni-phonies
Le festival «Uni-phonies» est né d’une initiative des chefs de chœurs liés à l’Université de Fribourg et du rectorat. Il s’agit de montrer que l’Université n’est pas seulement un lieu de transmission de savoirs mais aussi un espace de culture et de musique. Pour sa deuxième édition du 3 au 17 mars 2013 le festival se penche sur le thème «In terra pax» (paix sur terre). à travers une série de concerts et de conférences. Programme sous http://www.unifr.ch/uniphonies/fr
(apic/mp)