Alessandro Diddi a annoncé qu’il avait ouvert une enquête concernant le rôle joué par deux personnes proches du témoin clé Mgr Alberto Perlasca | © Vatican Media
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Immeuble de Londres: le promoteur de justice défend «l’image» du pape 

Lors de la 65ème audience du procès de l’affaire dite ‘de l’immeuble de Londres’, qui s’est tenue au Vatican le 24 juillet 2023, le promoteur de justice, Alessandro Diddi, a continué son réquisitoire, en se concentrant sur la façon dont l’accusé Mgr Mauro Carlino, secrétaire du substitut de la secrétairerie d’État, Mgr Edgar Peña Parra, aurait aidé un autre accusé, le courtier Gianluigi Torzi, à extorquer 15 millions d’euros au Saint-Siège en 2019. L’audience a aussi été l’occasion pour le bureau du promoteur de justice de déterminer des accusations de blanchiment d’argent (»riciclaggio – autoriciclaggio«) contre plusieurs accusés. 

Le promoteur de justice a commencé sa quatrième audience consacrée à son réquisitoire en détaillant la façon dont Mgr Mauro Carlino, fonctionnaire de la secrétairerie d’État, aurait participé à l’extorsion perpétrée par l’accusé, Gianluigi Torzi, qui a été payé 15 millions d’euros par la secrétairerie d’État en mai 2019. Pour rappel, en novembre 2018, le Saint-Siège a signé des contrats en pensant transférer à Gianluigi Torzi la gestion de l’immeuble du 60, Sloane Avenue, à Londres. En réalité, ces contrats donnaient à Gianluigi Torzi 1.000 actions avec un droit de vote dans le fonds propriétaire de l’immeuble, lui conférant ainsi un contrôle total sur celui-ci. 

Promoteur : «N’essayez pas de salir l’image du Saint-Père»

De décembre 2018 à mai 2019, le Saint-Siège a tenté d’impliquer divers médiateurs pour essayer de négocier avec le courtier afin de reprendre contrôle de l’immeuble. Le pape François a même rencontré personnellement Gianluigi Torzi et d’autres médiateurs en décembre 2018 pour tenter de parvenir à un accord. Tout au long de ces mois, Mgr Edgar Peña Parra – substitut de la secrétairerie d’État arrivé en octobre 2018 et qui affirme que les contrats ont été signés à son insu et sans son autorisation – a demandé à son secrétaire personnel Mgr Mauro Carlino, entre autres, de l’aider dans les négociations.

Lors de son interrogatoire pendant l’audience du 30 mars 2022, Mgr Carlino a déclaré qu’il a agi comme son supérieur Mgr Peña Parra lui aurait demandé, soit avec «loyauté, obéissance et confidentialité». Il affirme avoir eu «l’autorisation de ses supérieurs» pour négocier comme il l’a fait avec Gianluigi Torzi et procéder au paiement des 15 millions d’euros. 

Selon les différents témoignages recueillis par le promoteur de justice, le pape serait intervenu souhaitant que chaque acteur reçoive «son dû» afin que la question soit résolue. Cela aurait dû représenter entre «1 et 3 millions d’euros» pour couvrir les dépenses strictement opérationnelles liées à la signature des contrats, explique Alessandro Diddi. 

Le mandat du pape n’était pas de «payer l’extorsion» de 15 millions, a souligné avec force le promoteur de justice. «N’essayez pas de salir l’image du Saint-Père. Ayez suffisamment de conscience pour ne pas salir le nom et l’image de l’autorité suprême. Ne faites pas de telles saletés […] Mgr Carlino n’a pas rempli son devoir en appliquant la volonté du Saint-Père», a-t-il ajouté. 

Le promoteur de justice conteste la loyauté de Mgr Carlino 

Le promoteur de justice a contesté également que Mgr Carlino ait agi avec «loyauté, obéissance et confidentialité» envers Mgr Edgar Peña Parra. Lors de son témoignage pendant l’audience du 16 mars 2023, ce dernier avait pourtant estimé que Mgr Carlino avait «fait son devoir avec compétence et loyauté».

Alessandro Diddi soutient au contraire que les communications entre le prélat italien et Gianluigi Torzi montreraient qu’ils entretenaient une relation amicale. Le promoteur affirme que Mgr Carlino aurait été au courant qu’une extorsion serait en train d’avoir lieu, mais qu’il ne l’a pas signalée au bureau du promoteur de justice.

En outre, le magistrat estime que Mgr Carlino n’aurait pas été honnête avec Mgr Edgar Peña Parra sur la manière dont le chiffre de 15 millions d’euros a été fixé pour rémunérer Gianluigi Torzi. Cette somme était divisée en deux tranches: une première somme de 10 millions aurait correspondu aux 3% prévus dans le contrat signé à Londres en novembre 2018, et 5 millions seraient justifiés comme un dédommagement pour les mois de travail de Gianluigi Torzi. Le promoteur de justice affirme que la question des 3% n’aurait pas été incluse dans les accords et que Mgr Carlino en était conscient, mais qu’il ne l’aurait pas dit à Mgr Peña Parra. 

Les accusations de blanchiment d’argent et de fraude

Lors de cette audience, le promoteur de justice adjoint, Roberto Zannotti, a également identifié divers mouvements d’argent, à partir des fonds de la secrétairerie d’État, qui donneraient lieu à diverses accusations de blanchiment d’argent. Celles-ci concernent les accusés Raffaele Mincione, Gianluigi Torzi, Nicola Squillace, Fabrizio Tirabassi et Enrico Crasso.

Par exemple, Raffaele Mincione aurait transféré 78,9 millions d’euros de la secrétairerie d’État, versés au fonds Athena en 2014 pour l’investissement dans l’immeuble de Londres, vers d’autres comptes lui appartenant pour d’autres opérations. « À la base de tout cela, il y a le fait que Raffaele Mincione profite de cette liquidité, de cette finance fraîche, et identifie dans la secrétairerie d’État une réserve dans laquelle il puise pour régler ses comptes avec d’autres investisseurs », a déclaré le promoteur adjoint. 

Lors de l’audience, le promoteur de justice appliqué, Gianluca Perone, a également évoqué la façon dont Enrico Crasso, banquier du Crédit Suisse chargé de la gestion du patrimoine de la secrétairerie d’État pendant plusieurs décennies, aurait utilisé les fonds du Saint-Siège pour ses propres investissements par le biais du fonds Centurion. Selon le bureau du promoteur, par ces actes frauduleux, Enrico Crasso aurait acquis de l’argent injustement et aurait fait perdre 100’000 euros à la secrétairerie d’État.

Le promoteur poursuit son réquisitoire ce 25 juillet. Il devrait se dédier aux affaires concernant Cecilia Marogna et le diocèse d’origine du cardinal Angelo Becciu, Ozieri en Sardaigne. Le promoteur devrait ensuite finaliser son réquisitoire le 26 juillet. (cath.ch/imedia/ic/mp)

Alessandro Diddi a annoncé qu’il avait ouvert une enquête concernant le rôle joué par deux personnes proches du témoin clé Mgr Alberto Perlasca | © Vatican Media
25 juillet 2023 | 11:48
par I.MEDIA
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