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    Henri VIII a provoqué le schisme de 1534

    Il y a 500 ans, un premier Brexit religieux

    Le 31 janvier 2020 à minuit, le Royaume-Uni ne sera plus membre de l'Union européenne. Le Brexit confirme une tendance isolationniste de la Grande-Bretagne qui plonge ses racines dans son histoire, en particulier religieuse, avec comme événement phare le grand schisme d'Henri VIII, en 1534.

    Les peuples insulaires ont certainement une propension à se

    sentir à la fois uniques et "protégés" par les étendues d'eau qui les

    entourent. Les habitants de la blanche Albion ont toujours regardé avec un brin

    de suspicion et d'inquiétude, du haut des falaises de Douvres, l'immense

    continent eurasien distant seulement d'une trentaine de kilomètres. Masse de

    terres sans limite, où guettent le désordre social et les invasions barbares.

    Henri VIII, souverain mégalomane

    Malgré les intenses liens que les Britanniques ont tissé au

    cours de l'histoire avec l'Europe continentale, divers épisodes ont consolidé

    leur mentalité du "My Way". L'un des faits les plus marquants appartient

    à l'histoire religieuse. Il raconte la rupture de l'Eglise d'Angleterre avec

    une Eglise romaine dominant l'Europe occidentale.

    Anne Boleyn, seconde femme d'Henri VIII, a été exécutée sur ordre de ce dernier
    Anne Boleyn, seconde femme d'Henri VIII, a été exécutée sur ordre de ce dernier

    Au centre des événements un seul homme: Henri Tudor, dit

    Henri VIII, fils d'Henri VII et d'Elisabeth York. Les historiens soulignent la

    personnalité "particulière" du souverain anglais, à l'instar de celle

    que l'on prête à Boris Johnson, un autre "Brexiteur" célèbre. Mais

    alors que l'actuel Premier ministre britannique s'en tient à l'innocent, bien

    qu'étrange, hobby de peindre des bus sur des boîtes, l'un des passe-temps

    favori d'Henri VIII était de faire exécuter les personnes faisant de l'ombre à

    son pouvoir.

    On dénombre parmi ses victimes deux de ses conquêtes

    amoureuses, une autre passion du monarque. L'historien français Philippe

    Erlanger décrit sobrement le roi comme "lâche, envieux, capricieux,

    colérique, mégalomane et assassin". Ces traits de caractère, dont certains

    chercheurs assurent qu'ils résultent de plusieurs coups à la tête que le

    souverain aurait reçus au cours de sa vie, façonneront l'histoire de l'Europe. Il

    est sûr, en tout cas, qu'Henri VIII gouverna l'Angleterre de façon plutôt

    cavalière et en se préoccupant surtout de ses propres intérêts.

    Six mariages et quelques enterrements

    C'est dans le domaine marital qu'Henri VIII a connu ses

    principaux atermoiements. En 1509, il épouse Catherine d’Aragon, fille de

    Ferdinand II, roi d’Aragon et d’Isabelle Iere, reine de Castille. Catherine

    reste son épouse pendant un peu plus de vingt-trois ans. Mais ils n'atteignent pas

    leurs noces d'argent. Catherine ne donne en effet naissance qu'à un enfant

    viable, une fille, Marie. Elle deviendra par la suite reine d'Angleterre et

    sera affublée du charmant surnom de "Bloody Mary" (Marie la

    sanglante). A son épouse espagnole, il finit par préférer Anne Boleyn, qui a

    intégrée la cour royale en 1522.

    Si Henri VIII voudrait bien la prendre pour femme, il fait

    face aux "pointilleuses" contraintes de l'Eglise catholique sur le

    mariage. Il cherche donc à obtenir du pape Clément VII l'annulation de son

    mariage avec Catherine d'Aragon. Mais le souverain, c'est là un moindre de ses

    défauts, est impatient. Trouvant que Rome met trop de temps à se prononcer, il nomme

    primat d'Angleterre un prélat qui lui est entièrement dévoué: Thomas Cranmer.

    Comme prévu, en 1533, celui-ci bénit le mariage dur roi avec

    Anne Boleyn et déclare nulle sa première union. Cranmer se transformera plus

    tard en "serial divorcer", puisqu'il permettra au souverain d'épouser

    cinq femmes successivement, dont deux finiront sur l'échafaud, notamment Anne

    Boleyn.

    Nouvel ordre ecclésiastique

    Mais le pape ne l'entend pas de cette oreille. En 1534, il

    déclare invalide ce deuxième mariage et excommunie le roi. Ce dernier réagit en

    bon souverain mégalomane en se faisant déclarer chef suprême de l'Eglise

    d'Angleterre, qui sera plus connue sous le nom d'Eglise anglicane à partir du

    XIXe siècle. La nouvelle provoque la rupture avec Rome, et par extension, avec

    le reste du continent européen.

    L'empire britannique a été immense
    L'empire britannique a été immense

    En Angleterre, Cranmer et Henri VIII promeuvent à leur façon la nouvelle Eglise autonome en laissant le choix aux sujets de reconnaître par serment son autorité ou de finir au bout d'une corde. Le clergé séculier anglais, déjà habitué au catholicisme d'Etat et peu favorable à Rome, se rallie dans sa grande majorité au nouvel ordre. Dans les ordres monastiques, la résistance est par contre beaucoup plus forte. Henri fait alors fermer tous les couvents, saisir leurs biens et frapper de peines sévères les religieux insoumis.

    Cet acharnement anti-catholique accentue l'isolement de

    l'Angleterre face aux grandes puissances européennes restées fidèles à Rome.

    "Splendide isolement"

    Soudainement, le canal de la Manche semble s'être élargi, et

    les mentalités commencent à changer. "Le pays, largement isolé, prend

    conscience de son originalité autant que des menaces, et du besoin pressant de

    préserver son indépendance, explique Jean-Pierre Moreau, dans son ouvrage Le schisme d'Henri VIII (2004). D'où un

    renforcement du sentiment national qui va s'affirmer au cours des siècles au

    point d'expliquer nombre de caractéristiques de l'Angleterre moderne".

    Cet esprit s'est pleinement incarné dans la doctrine du

    "splendide isolement" (Splendid Isolation). Elle renvoyait à une

    politique étrangère mise en place par le Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle,

    sous les gouvernements conservateurs des Premiers ministres Benjamin Disraeli

    et Le marquis de Salisbury. L'expression est utilisée pour la première fois par

    un homme politique canadien, George Eulas Foster, pour faire l'éloge de la

    position britannique consistant à se tenir à l'écart des affaires européennes.

    Le plus grand empire de tous les temps

    Par la suite, ce sont surtout les événements politiques et

    militaires qui vont nourrir le mouvement isolationniste anglais. "Dans

    l’Angleterre du XVIIe siècle, il existait déjà un sentiment de supériorité par

    rapport au reste du continent", note ainsi Ronald G. Asch, chercheur en

    histoire britannique à l'Université de Fribourg en Brisgau. Une impression

    encore renforcée par la victoire de Trafalgar, en 1805, qui confirme la domination

    britannique sur les mers et permet l'expansion de l'empire. Il deviendra, à son

    apogée, le plus grand que le monde ait connu.

    Le Brexit, émanation de l'isolationnisme anglais?
    Le Brexit, émanation de l'isolationnisme anglais? @ Ungry Young Man/Flickr/CC BY 2.0

    Les deux conflits mondiaux ont également joué un rôle

    important dans le développement, chez les Britanniques, de leur sens du

    particularisme. "Il y a le souvenir d’avoir été, entre le 22 juin 1940

    (signature de l’armistice par la France) et le 22 juin 1941 (invasion de

    l’Union soviétique), le seul pays à résister à l’empire hitlérien, souligne

    Laurent Warlouzet, professeur d'histoire à Sorbonne Université. Cet isolement

    héroïque a sans aucun doute renforcé le sentiment britannique d’insularité."

    Plus James Bond que Mr Bean?

    De plus, à la différence des Français et des Italiens, les

    Britanniques avaient une grande confiance en leur propre Etat, remarque Laurent

    Warlouzet. De ce fait, ils étaient peu disposés à participer à des institutions

    supranationales, dotées de pouvoirs propres. Il existe, ainsi, selon l'historien,

    chez les Britanniques, une méfiance envers les institutions supranationales

    susceptibles de menacer la démocratie parlementaire nationale, ainsi qu'une

    "volonté de préserver leur propre modèle économique et social, jugé plus

    efficace que celui du reste de l’Europe". Les Britanniques se

    sentiraient-ils donc plus James Bond que Mr Bean?

    Cinq cents ans après la rupture entre l'Eglise romaine et l'Eglise d'Angleterre, le conflit confessionnel n'a plus lieu d'être et les deux institutions se sont sensiblement rapprochées. Les querelles entre l'île et le continent se sont déplacées vers les sphères politiques et sociales. Mais si les Britanniques ont largement mis fin à leur isolement, le Brexit montre que le fantôme d'Henri VIII hante encore les rues de Londres. (cath.ch/arch/rz)

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