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    300 personnes se sont interrogées sur la mission à l'Abbaye d'Einsiedeln. © Vera Rüttimann

    Einsiedeln donne une “impulsion“ pour le renouveau de la mission

    “Que signifie la mission aujourd'hui? Quelle est notre propre mission? A quelle image de l’Eglise devons-nous dire au-revoir?“ Ces questions, parmi d’autres, ont été abordées lors d’une “journée d’impulsion“, le 3 octobre 2019 à l’Abbaye d’Einsiedeln (SZ). Plus de 300 personnes, venues de Suisse, mais aussi d’Autriche et d’Allemagne ont assisté à cette journée.

    Par Vera Rüttimann, traduction et adaptation Bernard Hallet

    “L'église,

    un bateau qui coule. L'atmosphère est résignée“. Dans son homélie prononcée dans

    l'église du monastère, l'abbé Urban Federer a cité ces propos qu'il entend

    souvent. L'Eglise est aujourd'hui pour beaucoup une "mission

    impossible".

    Le Père

    abbé a rétorqué: "Si nous sommes ici, c'est parce que nous avons un désir

    commun de reconstruire la cité de Dieu". La mission, l'envoi en mission, ne

    vont cependant pas sans joie. "La joie du Seigneur est notre force",

    a-t-il lancé aux 300 participants présents lors de cette ‘journée d’impulsion’

    organisée par le monastère d’Einsiedeln et l’association Anima Una.

    Pourquoi la mission?

    Dans les

    couloirs et dans les cours intérieures du monastère, où l'on a installé des

    bancs, les conversations vont bon train. Le mot ‘mission’ est sur toutes les lèvres.

    “Mission, pourquoi et pour quoi?“ Thomas Harder, entrepreneur et président de la

    paroisse catholique de Frauenfeld, estime que "l’engagement missionnaire

    est important en ce temps. On doit dire aux gens quel est le message de

    Jésus".

    Le curé
    Le curé

    Bernard Schubiger, curé de la paroisse de Morat, a souligné, pour sa part, que le travail missionnaire ne peut se faire que si l'on est inspiré par l'Esprit-Saint. “Quand tu t'envoies toi-même, ça ne marche pas du tout!".

    Sœur Kathrin Hegglin, du couvent des Dominicaines de Saint Pierre à Bludenz, à l’ouest de l’Autriche, estime que les nombreux visiteurs du couvent sont sa mission. "Sans les cercles d'amis et les gens qui prient avec nous, rien n'est possible", souligne-t-elle.

    La mission

    signifie "aller vers les gens, rappelle l'évêque auxiliaire émérite de

    Bâle, Mgr Martin Gächter, comme le pape François l'a fait lorsqu'il s'est assis

    avec sa chaise sur la place Saint-Pierre et qu'il a écouté les gens“. Et d’ajouter

    que “dans l’Eglise nous avons tendance à n'avoir autour de nous que les

    personnes que nous connaissons. Il s'agit de gagner ceux qui ne participent pas

    encore et de leur apporter la joie du message chrétien".

    Comment fonctionne le renouveau de l'Eglise?

    Ceux qui

    sont engagés dans la mission sont engagés dans une Eglise renouvelée qui peut

    prendre plusieurs formes, comme l'ont montré les témoignages entendus dans les

    couloirs du monastère. Outre Otto Neubauer, directeur de l'Académie pour le

    dialogue et l'évangélisation à Vienne, et le prêtre canadien James Mallon,

    Christian Hennecke fut le troisième intervenant de l'après-midi.

    EinsiedelnMissionSrKathrinHegglin
    EinsiedelnMissionSrKathrinHegglin

    Le

    directeur du service pastoral du diocèse de Hildesheim s'est interrogé surtout

    sur les images que beaucoup ont de l’Eglise. "Elles peuvent être des freins

    dans le renouveau de l'Eglise".

    Sa

    première préoccupation a consisté à se débarrasser de l'idée que la mission

    consistait d'abord à semer, puis à récolter. Les passages bibliques montrent

    clairement, que le contraire est vrai: "Les disciples sont envoyés par

    Jésus à la moisson, parce qu'il y a déjà quelque chose: la préparation

    intérieure et l'ouverture des hommes au Royaume de Dieu".

        "La croix signifie aussi la résurrection et un nouveau départ.“

    Christian Hennecke

    Christian

    Hennecke s'est également prononcé contre le fait de se tenir passivement devant

    la croix, qui représente la mort, la crise et la fin. "La croix symbolise

    non seulement que quelque chose touche à sa fin mais elle signifie aussi que la

    résurrection et un nouveau départ". L'invité du diocèse de Hildesheim l’a

    souligné: "Le vrai renouveau vit d'une passion énergique qui ne vient pas

    d'elle-même".

    Christian

    Hennecke a également clarifié le terme "église du peuple":

    "L'église vit un grand changement. En Europe, on ne peut plus parler d'Eglise

    du peuple". Il ne suffit donc pas de rénover simplement la maison Eglise.

    Selon l'orateur, beaucoup de gens n'ont jamais eu une relation pertinente avec

    Jésus. Là où il n'y a rien, on ne peut pas rénover non plus. "Il s'agit

    donc d'un nouveau départ radical“.

    Il est

    également nécessaire de dire adieu au mythe d'un christianisme global.

    Christian Hennecke ne connote pas négativement le terme ‘diaspora’: "Les

    chrétiens en minorité font souvent un travail créatif engagé là où ils sont. Il

    n'y a rien de négatif à cela“.

    Selon lui,

    il s'agit de se libérer des images qu’on se fait à l’intérieur de l'Eglise,

    pour que l'Eglise puisse être vécue et reconstruite. Dans ce contexte, il a mentionné

    le mouvement anglais "Fresh Expressions of Church", où l'église ouvre

    littéralement de nouveaux espaces.

    Avec Dieu au café

    Otto

    Neubauer, directeur de l'Académie pour le dialogue et l'évangélisation de

    Vienne, a également repris cette approche, avec Charlotte Küng-Bless, membre de

    l’équipe pastorale de l'Eglise catholique de la région de Rorschach, et

    Christian Hennecke, qui a participé à un dernière table ronde. Otto Neubauer a

    raconté avec éloquence comment les projets d'église à Vienne pouvaient réussir lors

    d’événements dans des cafés ou des bars.

    "Les

    gens n’y parlent pas des éternels sujets brûlants concernant l'Eglise, mais témoignent

    de leur vie“. L'église est proche des gens s'ils peuvent parler des questions

    existentielles de leur vie dans un tel cadre.

    On a aussi

    beaucoup parlé à la tribune de la crise dans l'Eglise. La crise n'est cependant,

    pour Christian Hennecke, ni une catastrophe ni la fin. Il y a actuellement

    beaucoup de bouleversements.

    Urban Federer a
    Urban Federer a

    Il s'agit

    d'accompagner les gens dans ce processus pour qu'il porte ses fruits. Christian

    Hennecke cite une chanson de Leonhard Cohen qui résume bien la journée: "

    Il y a une fissure, une fissure dans tout. C'est justement là que la lumière pénètre"

    - Il y a une fissure dans tout, mais c'est par là que la lumière brille.

    L'abbé

    Urban Federer s'est réjoui du grand intérêt suscité par l'événement et a promis

    qu'à l'avenir de telles journées d'inspiration et d'encouragement

    continueraient à avoir lieu pour les responsables et les personnes engagées

    dans l'Eglise (cath.ch/vr/bh).

    Anima Una
    Anima Una est une association située à Zug. Elle regroupe quatre associations qui travaillent de manière missionnaire dans l'église depuis de nombreuses années: Il s'agit des Journées Mondiales de la Jeunesse ARGE, d'Adoray Suisse, de Fisherman.FM et de Vision Familie.

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