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    La Ville éternelle est actuellement "ville morte" © photo d'illustration © Bradley Weber/Flickr/CC BY 2.0

    Devant les portes closes des églises 'confinées' de Rome

    En pleine épidémie de coronavirus, les églises de Rome sont des 'hôpitaux de campagne' – selon l'expression du pape François – sans patients. Pas une âme ne visite aujourd'hui celles qui attirent tant de fidèles et touristes du monde entier en temps normal. L'agence I.MEDIA a fait le tour des portes closes de ces paroisses romaines.

    Par Camille Dalmas,

    I.MEDIA, à Rome

    Le 12 mars 2020, le cardinal Angelo De Donatis, vicaire du pape François pour le diocèse de Rome, demande à ses prêtres de fermer les portes des églises de la Ville Eternelle jusqu’au 3 avril, s’alignant sur les recommandations prises par le gouvernement italien pour lutter contre le coronavirus. La mesure, adoptée par tous les évêques du pays, est historique pour Rome, foyer vivant du catholicisme depuis deux millénaires, où jamais pareille restriction n’avait été ordonnée.

    L’interdiction est donc difficile à accepter, notamment pour

    l’aumônier du pape, le cardinal Konrad Krajewski, qui est en charge des œuvres

    en faveur des pauvres pour le pontife. Lors de sa messe matinale à

    Sainte-Marthe ce dernier demande à ses prêtres d’apporter accompagnement et

    réconfort au peuple de Dieu. L'aumônier apostolique polonais annonce dans la

    foulée avoir décidé de laisser grande ouverte sa paroisse romaine, Santa Maria

    Immacolata all’Esquilino, aux pauvres de la ville de Rome, tout en respectant

    scrupuleusement les consignes de sécurité sanitaire.

    Les 'dispensaires' des âmes ont fermé

    Le même jour, le cardinal De Donatis décide de revenir sur

    sa décision et soumet à la sagacité de ses curés la tâche de maintenir une

    proximité avec les fidèles sans contrevenir aux consignes du gouvernement de

    Giuseppe Conte. Mais la réouverture ne sera dans les faits que très peu suivie,

    même s'il est difficile de mesurer à quel point une contrainte a pu s'exercer

    sur les curés. S’il est fastidieux de certifier empiriquement que toutes les

    églises de la Ville Eternelle se sont résolues au confinement – nulle ville

    n’en compte autant –, la fermeture de plusieurs lieux de culte emblématiques de

    la capitale est significative.

    Par exemple, sous la flamboyante façade rococo de l’Eglise

    Santissime Stimmate di San Francesco ('des

    Très-Saints-Stigmates-de-Saint-François', en italien), à proximité du Largo di

    Torre Argentina, les grilles sont cadenassées. Le Père Angel Garcia Rodriguez,

    curé espagnol de cette paroisse, avait pourtant décidé, en décembre 2019, de

    maintenir son église ouverte à n’importe quelle heure de la journée ou de la

    nuit afin de répondre à l’appel du pape François pour une église "comme un

    hôpital de campagne". Si les hôpitaux romains ne connaissent pas le repos,

    notamment les nombreux établissements gérés par l’Eglise, les ‘dispensaires’ de

    l’âme de la capitale ont dû se résoudre au confinement.

    Les 'petites églises domestiques'

    A quelques pas de l’église précédente, celle de San Marcello

    al Corso: là, le pape François s’était rendu quelques jours auparavant pour

    vénérer le ‘crucifix miraculeux’ qui aurait sauvé Rome de la Grande Peste au

    16e siècle. L’avenue est aussi vide qu’au jour du "pèlerinage" du

    pontife, le 15 mars, pour demander à Dieu de préserver le monde du coronavirus.

    Mais les portes de l’église sont, elles, bien closes.

    Plus loin, le Panthéon, dénudé par l’absence de touristes et

    le silence magistral qui règne dans les rues romaines, est pour sa part gardé

    par plusieurs camionnettes de l’armée, qui font signe aux passants de circuler.

    C'est plus au sud qu'enfin une façade présente portes ouvertes: celle de la

    basilique Sainte-Marie-Majeure. Cependant, la police et l’armée sont une

    nouvelle fois présents, et en interdisent l’accès: seuls les prêtres

    "autorisés" peuvent s’y rendre, déclare le fonctionnaire de police en

    charge. On n'en saura guère plus.

    Un peu plus à l’ouest, les portes de la paroisse du cardinal

    Krajewski sont surmontées d'un petit écriteau expliquant que même ce lieu de

    culte, qu'on croyait être le dernier bastion catholique ouvert au peuple de

    Dieu, a lui aussi dû être fermé, en attente de la fin de la pandémie. Quand le

    soir tombe, on voit pourtant scintiller de petites étoiles aux fenêtres des

    immeubles de Rome: ce sont les bougies qui rappellent que malgré la fermeture

    des églises, les 'petites églises domestiques' se sont multipliées. (cath.ch/imedia/cd/rz)

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