Avec la signature de l'Appel de Rome pour une éthique dans l'intelligence artificielle le 28 février 2020, l'Eglise catholique a l'ambition de ne pas laisser l'homme être assujetti à la technique mais au contraire d'humaniser la technique, a indiqué Mgr Vincenzo Paglia, président de l'Académie pontificale pour la vie, lors d'une conférence de presse au Vatican le 25 février 2020.
A de nombreuses reprises, le pape François a
utilisé la formule de 'changement d'époque', a rappelé le prélat italien. Pour
la première fois dans l'histoire, l'homme a le pouvoir de se détruire, a-t-il
insisté évoquant trois explosions: atomique, écologique et enfin une explosion
de l'intelligence.
Dans ce contexte, le pontife a chargé l'Académie
pontificale pour la vie de développer une réflexion sur les nouvelles
technologies, a indiqué Mgr Paglia, telles que les biotechnologies, les
nanotechnologies ou encore la robotique. Après un congrès en 2017 sur la
promotion de la vie humaine dans le champ technologique puis en 2019 sur la robo-éthique,
le troisième se penchera sur le thème de l'éthique et de l'intelligence
artificielle. Il faut une forte ambition morale pour humaniser la technique et
non technologiser l'humain.
L'éthique doit contaminer l'informatique, a
expliqué de son côté le Père Paolo Benanti, théologien et membre du tiers-ordre
régulier franciscain. Il faut donc à la technologie une 'algor-éthique',
c'est-à-dire un moyen de rendre calculable les bonnes et les mauvaises évaluations.
Si l'on souhaite que la machine soutienne l'homme sans jamais le remplacer, les
algorithmes doivent alors inclure des valeurs éthiques et pas seulement
numériques, a-t-il noté. Pour que l'intelligence artificielle soit une
révolution menant à un développement authentique, il est temps de penser à une
éthique algorithmique.
Signature de 'l'Appel de Rome pour une éthique dans
l'IA'
L'événement certainement le plus attendu de ces
trois jours sera la signature de 'l'Appel de Rome pour une éthique dans
l'intelligence artificielle'. Il ne s'agira pas d'un texte officiel émanant de
l'Académie pontificale pour la vie, a précisé son président, mais d'un document
d'engagement conjoint proposé par cette institution et offrant de manière
synthétique des lignes de conduite pour élaborer une éthique de l'intelligence
artificielle.
Trois points principaux marquent ce document, a
détaillé Mgr Paglia: éthique, droit et éducation. Avec ce geste, l'Académie
fait un pas avec ceux qui ont le désir sérieux de mieux comprendre la façon
dont promouvoir le bien de l'humanité. L'intention de l'appel est de créer un
mouvement qui se développe et implique ensuite des institutions publiques, des
ONG ou encore des industries. De ce point de vue, la signature de cet appel
n'est pas un point d'arrivée mais le début d'un engagement qui apparaît encore
plus urgent et important que ce qui a été fait jusqu'à présent.
Plusieurs personnalités prendront la parole ce même
jour. Dans l'ordre de passage : deux représentants de firmes
multinationales, les Américains Brad Smith, président de Microsoft, et
John Kelly III, 'numéro deux' d'IBM ; l'actuel président du Parlement
européen, l'Italien David Sassoli ; le directeur général de l'Organisation des
Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Chinois Qu Dongyu.
L'événement se conclura par une audience privée avec le pape François, à midi
au Palais apostolique du Vatican. (cath.ch/imedia/pad/mp)