Chine: Shanghai a un nouvel évêque régularisé
En vertu de l’Accord de 2018 conclu entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, le diocèse de Shanghai a désormais un nouvel évêque de plein droit, Mgr Joseph Shen Bin, dont la nomination a été annoncée par le Bureau de presse du Saint-Siège le 15 juillet 2023, plus de trois mois après son transfert organisé par le gouvernement de Pékin.
Mgr Joseph Shen Bin a été ordonné évêque de Haimen en avril 2010 avec l’accord de Rome et de Pékin. Mais sa mutation comme évêque de Shanghai, en avril 2023, n’avait pas obtenu l’aval du Saint-Siège.
Mgr Joseph Shen Bin est né le 23 février 1970 à Qidong, dans la province du Jiangsu. Il a accompli des études de philosophie à Sheshan (Shanghai) et de théologie à Pékin, puis a été ordonné prêtre dans le diocèse de Haimen le 1er novembre 1996. Il y a assumé plusieurs charges en tant que vicaire paroissial, curé et vicaire général, avant d’être nommé évêque de ce diocèse le 17 avril 2010, « avec le consensus des deux parties », précise le Bureau de presse du Saint-Siège. Avant meme l’Accord de 2018, des régularisations au cas par cas s’étaient en effet concrétisées au fil des ans, au nom d’une ›diplomatie des petits pas’.
Installation sans l’accord de Rome
« Le Saint-Siège a été informé il y a quelques jours de la décision des autorités chinoises de transférer Mgr Shen Bin, évêque de Haimen, au diocèse de Shanghai et a appris ce matin par les médias ce transfert », avait alors simplement réagi, le 4 avril 2023, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, interrogé par des journalistes.
Selon l’agence AsiaNews, Mgr Shen Bin, avait bien été installé sans l’accord de Rome. « Des sources ont déclaré à AsiaNews que la nomination est ›unilatérale’, sans l’approbation papale », indiquait cette agence.
Il s’agissait de la deuxième violation connue de l’accord sur la nomination des évêques établi entre Rome et Pékin en un peu plus de 4 mois. Signé en 2018 et renouvelé ensuite en octobre 2020 et 2022 pour deux ans, cet accord prévoit que le choix des nouveaux évêques chinois doit être validé par le Saint-Siège et les autorités chinoises.
Le 26 novembre dernier, le Saint-Siège avait dit « avoir pris connaissance avec surprise et regret » de la cérémonie d’installation de Mgr Peng Weizhao, évêque de Yujiang (Province de Jiangxi), en tant qu’évêque auxiliaire de Jiangxi, « un diocèse non reconnu par le Saint-Siège ». Dans son communiqué qui exprimait de façon inhabituelle un désaccord frontal avec Pékin, Rome ajoutait : « Le Saint-Siège espère que de tels épisodes ne se répèteront pas ».
« Assainir l’irrégularité canonique créée à Shanghai »
La régularisation ce 15 juillet de la situation de Mgr Shen Bin à Shanghai constitue l’une des annonces les plus importantes depuis la signature de l’Accord de 2018.
Dans un entretien publié au moment de cette annonce par le portail officiel du Saint-Siège, Vatican News, le cardinal-secrétaire d’État Pietro Parolin précise que le pape François a voulu « assainir l’irrégularité canonique qui s’était créée à Shanghai, en vue du meilleur bien du diocèse et de l’exercice fructueux du ministère épiscopal de l’évêque », qu’il qualifie de « pasteur estimé ».
« Nous espérons qu’il puisse, en accord avec les autorités, favoriser une solution juste et sage de certaines autres questions suspendues depuis longtemps dans le diocèse », explique-t-il, mentionnant notamment « la position des deux évêques auxiliaires », notamment celle de « Mgr Thaddeus Ma Daqin, encore empêché ». Celui-ci a en effet été placé en résidence surveillée en 2012, peu après avoir annoncé, lors de son ordination épiscopale, son retrait de l’Association patriotique des catholiques chinois, organisme lié au régime de Pékin.
Assurant que le Saint-Siège entend mener « un dialogue ouvert et une confrontation respectueuse avec la partie chinoise « le cardinal Parolin explique que pour que « Jésus-Christ puisse ›se faire chinois avec les Chinois’, il est nécessaire de surmonter la défiance envers le catholicisme, qui n’est pas une religion à considérer comme étrangère, tout au contraire, à la culture de ce grand peuple ».
S’appuyer sur des structures existantes
Le Bureau de presse du Saint-Siège mentionne le fait que Mgr Shen Bin « est aussi, depuis 2022, président de l’organisme dénommé ›Collège des évêques catholiques chinois’ ». Cette organisation liée au Parti Communiste Chinois n’a pourtant pas le statut de conférence épiscopale et n’est pas officiellement reconnue par le Saint-Siège, mais sa mention par le Bureau de presse pourrait être un signal adressé à Pékin afin de stabiliser une hiérarchie épiscopale en Chine en s’appuyant sur des structures existantes.
Cette annonce intervient près d’une semaine après celle du cardinalat de l’évêque de Hong Kong, Mgr Stephen Chow Sau-Yan, qui sera élevé à la pourpre le 30 septembre prochain, et qui avait conduit une délégation à Pékin en avril dernier afin de « promouvoir les échanges et les interactions entre les deux parties ».
Pour sa part, le pape François a manifesté à de nombreuses reprises son attention à la Chine ces dernières semaines, notamment en développant ses catéchèses du mercredi sur les figures de saint François-Xavier et Matteo Ricci. (cath.ch/imdia/vc/gr)