La présence des Européens se renforce au consistoire, juillet 2023 © Vatican medias
Vatican

Ces nouveaux cardinaux électeurs qui renforcent la présence européenne

Suite à l’annonce du consistoire du 30 septembre prochain, l’agence I.MEDIA publie une série de mini portraits des futurs cardinaux par continent. Pour ce 10 juillet 2023, c’est l’Europe. Près de 45% des nouveaux cardinaux électeurs créés sont en effet Européens, une statistique loin d’être anodine puisque le collège des électeurs était jusqu’à ce jour composé de 38% de cardinaux venus du Vieux Continent.

Si depuis 2013 le pape François a considérablement fait baisser le poids de l’Europe au sein du collège des électeurs censé élire le pape – ils étaient 52% lors du conclave de 2013 -, il redonne avec ce consistoire quelques forces vives à l’Europe.

Dans sa liste, le pape a placé un deuxième Suisse, deux Français, ce qui porte à six le nombre de cardinaux électeurs venus de l’Hexagone, et deux Espagnols, ce qui fait un total de huit électeurs pour ce pays. Le Portugal et la Pologne ont un cardinal en plus et comptent ainsi chacun quatre électeurs. Quant à l’Italie, seul un nouveau prélat devient cardinal électeur. Il s’agit du nouveau préfet du dicastère pour les Églises orientales, Claudio Gugerotti (le nouveau cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, ne compte plus comme Italien). Ainsi le poids de l’Italie dans le collège cardinalice continue de baisser.

Mgr Emil Paul Tscherrig, le premier nonce suisse en Italie

Après avoir innové en 2016 en créant cardinal un nonce en exercice en la personne de Mario Zenari, toujours en poste à Damas, le pape François a cette fois glissé dans sa liste deux autres nonces en exercice et un à la retraite.

Le Suisse Emil Paul Tscherrig, nonce en Italie. Photo: DR

Depuis 2017, Emil Paul Tscherrig, 76 ans, est nonce en Italie. Il avait rencontré le pape François, à l’époque encore cardinal Bergoglio, cinq ans auparavant, en tant que nonce en Argentine. Les deux hommes avaient établi de bonnes relations durant un peu plus d’un an, avant que l’archevêque argentin ne soit élu pape au conclave de 2013. Preuve de son estime et de sa confiance, ce dernier l’a nommé au poste stratégique de nonce en Italie. Le diplomate haut-valaisan fut le premier non Italien à occuper cette fonction depuis 1929 et l’établissement des relations diplomatiques entre l’Italie et le Saint-Siège.

Ordonné en 1974, au service diplomatique du Saint-Siège depuis 1978, Mgr Tscherrig avait notamment œuvré pour préparer les voyages diplomatiques du pape Jean-Paul II de 1985 à 1996. Parmi les différentes nonciatures dont il a été chargé – Burundi, Corée, Mongolie – Mgr Tscherrig a aussi été en poste en Scandinavie de 2008 à 2012 et a eu à faire face à l’attentat d’Oslo (Norvège), qui avait fait 92 morts en 2011.

Avec le cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, Emil Paul Tscherrig est le deuxième cardinal électeur suisse.

Mgr François-Xavier Bustillo, un Français franciscain

Le Frère François-Xavier Bustillo était un simple franciscain lorsque le pape François l’a nommé évêque d’Ajaccio en Corse, le 11 mai 2021. Ce Français de 54 ans, d’origine espagnole, est né en 1968 à Pampelune en Navarre, à quelques kilomètres de la frontière française. Entré dans l’Ordre des Frères mineurs conventuels, il part faire ses études à Padoue (Italie). Après un passage à l’Institut catholique de Toulouse et ayant fait le constat de la déchristianisation à l’œuvre en France, il choisit l’Hexagone comme terre de mission. Il est ordonné prêtre en 1994, au sein du diocèse de Narbonne-Carcassonne.

Vicaire puis curé de la paroisse Saint-Bonaventure de Narbonne entre 1994 et 2018, il a aussi été membre du conseil presbytéral de son diocèse de 2005 à 2007 et custode provincial des franciscains conventuels de France-Belgique entre 2006 et 2018. En 2018, il est devenu gardien du couvent franciscain Saint-Maximilien-Kolbe de Lourdes et délégué épiscopal à la protection des mineurs et des personnes vulnérables de ce diocèse. Après sa nomination à Ajaccio, il est ordonné évêque le 13 juin 2021.

Travaillé par la question de l’évangélisation, il est notamment l’auteur d’un ouvrage sur la crise des vocations sacerdotales (La vocation du prêtre face aux crises. La fidélité créatrice, Nouvelle Cité).

Mgr Christophe Pierre, un nonce français cardinal

Âgé de 77 ans, Mgr Christophe Pierre est toujours en mission au poste, aussi prestigieux que stratégique, de nonce aux États-Unis. Ce natif de Rennes s’apprête à recevoir la barrette cardinalice. Une marque de confiance et d’estime du pontife argentin pour ce diplomate qui a pris en 2016 le relais aux États-Unis de Mgr Carlo Maria Viganò, nonce qui a porté de graves accusations à l’encontre de François en 2018.

Dans ce pays où les catholiques peuvent se déchirer entre ›progressistes’ et ›conservateurs’, le nonce français a souvent invité les évêques à œuvrer pour l’unité. Récemment encore, il les encourageait à mettre en œuvre la synodalité promue par le pape François.

Mgr Christophe Pierre, nonce apostolique aux États-Unis © Radio Vatican

Ordonné prêtre en 1970 pour le diocèse de Rennes, Christophe Pierre fut pendant trois ans vicaire dans le diocèse de Nanterre, avant d’intégrer l’Académie pontificale ecclésiastique, ›l’école des nonces’ à Rome. Après des missions en Secrétairerie d’État et dans de nombreuses nonciatures – en Nouvelle-Zélande, au Mozambique, au Zimbabwe, à Cuba, au Brésil, à l’ONU à Genève – il a été nommé nonce apostolique en Haïti par Jean-Paul II en 1995. Il a ensuite été nonce en Ouganda, puis au Mexique, où il a organisé les voyages de Benoît XVI puis de François. Mgr Pierre avait figuré en 2006 parmi les favoris pour occuper le poste de secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, mais c’est finalement un autre Français, Mgr Dominique Mamberti, qui a été nommé.

Dans la liste des nouveaux cardinaux créés par François figure un compatriote de Mgr Christophe Pierre: Mgr François Bustillo, évêque d’Ajaccio. La France compte ainsi désormais six cardinaux électeurs, avec le cardinal Aveline, archevêque de Marseille, le cardinal Mamberti, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque émérite de Lyon, et le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux.

Mgr Claudio Gugerotti, un spécialiste de l’Ukraine

Son nom était attendu dans la liste des nouveaux cardinaux. À 67 ans, l’ancien nonce italien est devenu en novembre dernier le nouveau préfet du dicastère pour les Églises orientales. À ce titre, il devait recevoir la barrette cardinalice, sa charge le plaçant de facto au contact des évêques et patriarches des Églises orientales catholiques.

L’annonce de son cardinalat intervient dans le contexte de la guerre en Ukraine. Claudio Gugerotti est un spécialiste de l’Europe de l’Est. Et pour cause: il a été nonce apostolique en Biélorussie à partir de 2011, puis, en 2015, en Ukraine, avant de rejoindre la Grande-Bretagne en 2020. Il vient de rentrer d’un voyage de deux jours en Biélorussie, où il était officiellement envoyé par le pape pour présider une cérémonie religieuse.

Avec Mgr Prévost, préfet du dicastère pour les Évêques, et Mgr Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, Claudio Gugerotti est le troisième préfet de dicastère créé cardinal par le pape dans ce consistoire.

Mgr Gugerotti, un spécialiste de l’Europe de l’Est. © Flickr/ CC BY-NC-ND 2.0

Mgr José Cobo Cano, cardinal et archevêque de Madrid en une semaine

Mgr José Cobo Cano a été nommé archevêque de Madrid le 12 juin dernier, pour remplacer le cardinal Carlos Osoro Sierra. Âgé de 57 ans, il est issu du clergé de la capitale espagnole. Ordonné prêtre pour le diocèse de Madrid le 23 avril 1994, il a été consacré évêque le 17 février 2018 et a inauguré son ministère épiscopal en tant qu’archevêque le 8 juillet… la veille de sa désignation comme cardinal.

Ce spécialiste de morale sociale est membre, au sein de la Conférence des évêques d’Espagne, de la commission épiscopale pour la pastorale sociale et la promotion humaine. Il a notamment participé à la pastorale dédiée aux migrants, un thème qui lui est cher. Il est par ailleurs engagé dans la lutte contre les abus et dans l’accompagnement des victimes.

Mgr Grzegorz Ryś, historien polonais

Âgé de 59 ans, Mgr Grzegorz Ryś a été ordonné prêtre le 22 mai 1988 dans le diocèse de Cracovie. Docteur en histoire, ce Polonais a été responsable du département d’histoire de l’Église au Moyen Âge à l’Université pontificale Jean-Paul II de Cracovie. Il a travaillé, entre autres, au dossier de béatification du pape polonais. De 2007 à 2011, il a été recteur du séminaire théologique supérieur de l’archidiocèse de Cracovie. 

Le 16 juillet 2011, Benoît XVI l’a nommé évêque auxiliaire du même diocèse. Proche du Chemin néocatéchuménal, il a participé aux 50 ans du Renouveau charismatique célébrés à Rome en 2017. François l’a nommé archevêque métropolitain de Łódź, dans le centre du pays, le 14 septembre 2017, et l’a convié à être membre du Synode pour les jeunes (octobre 2018).

Mgr Grzegorz Ryś est aussi très impliqué dans le dialogue œcuménique et interreligieux. Depuis 2012, il est membre du Comité international d’Auschwitz. Il est aussi membre du dicastère pour les Évêques depuis 2020 et il fait partie des membres nommés par le pape au prochain Synode sur l’avenir de l’Église.

Mgr Américo Manuel Alves Aguiar, deuxième cardinal de Lisbonne

Le diocèse de Lisbonne aura deux cardinaux électeurs: le cardinal Clemente, actuel patriarche (75 ans) et son auxiliaire Mgr Alves Aguiar. Âgé de 49 ans, ce dernier a été ordonné prêtre le 8 juillet 2001 au sein du diocèse de Porto. En plus de ses études en communication, il a été curé de la cathédrale, vice-recteur du sanctuaire diocésain de Santa Rita et a travaillé au sein de la curie diocésaine. Le pape François l’a nommé évêque auxiliaire de Lisbonne le 1er mars 2019.

Mgr Alves Aguiar est aussi le président de la Fondation des Journées mondiales de la jeunesse Lisbonne 2023 et est le directeur du Département de communication du patriarcat de Lisbonne.

Le Portugal comptera ainsi désormais quatre cardinaux électeurs, avec Antonio dos Santos Marto, archevêque émérite de Leiria-Fatima, et José Tolentino Mendonça, préfet du dicastère pour la Culture et l’Éducation

Le Père Ángel Fernández Artime, un salésien passé par l’Argentine

Parmi les futurs cardinaux, le pape nomme une connaissance de longue date de Buenos Aires: le prêtre religieux espagnol Ángel Fernández Artime, recteur majeur des salésiens depuis 2014. Âgé de 62 ans, Ángel Fernández Artime a été ordonné prêtre en 1987 dans le diocèse de León. Au fil de son ministère, il a été délégué à la pastorale des jeunes, directeur d’Ourense, vicaire et inspecteur provincial pour les salésiens.

En 2009, il a été nommé supérieur de la province du Sud de l’Argentine, basée à Buenos Aires. À ce titre, il collaboré avec l’archevêque de Buenos Aires de l’époque, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, informe le site des salésiens.

Avec lui à leur tête, les salésiens se sont rapprochés du Vatican, notamment en signant un partenariat avec le dicastère pour la Communication en 2017.

Mgr Agostino Marchetto, un diplomate émérite défenseur des migrants

Né à en Italie, Agostino Marchetto ne sera pas électeur en cas de conclave puisqu’il a dépassé les 80 ans. Ordonné prêtre en 1964, il est entré dans les services diplomatiques du Saint-Siège en 1968, et a travaillé dans les représentations en Zambie, à Cuba, en Algérie, au Portugal, au Mozambique, à Madagascar et en Tanzanie avant de devenir, en 1994, nonce apostolique en Biélorussie puis de rejoindre la Secrétairerie d’État en 1996.

En 1999, Mgr Marchetto est devenu Observateur permanent du Saint-Siège auprès des organisations des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. En 2001, Jean-Paul II l’a nommé secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement.

Malgré son devoir de réserve diplomatique, Mgr Marchetto s’est fait remarquer à plusieurs reprises pour ses critiques envers la politique migratoire du gouvernement italien en prenant notamment la défense des Roms expulsés. En démissionnant de son poste de secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement en 2010, il a confié souhaiter se consacrer à ses recherches sur le Concile Vatican II. (cath.ch/imedia/lb)

La présence des Européens se renforce au consistoire, juillet 2023 © Vatican medias
10 juillet 2023 | 12:23
par I.MEDIA
Temps de lecture : env. 8  min.
Partagez!