Depuis la démission le 5 août 2024 de la Première ministre Sheikh Hasina, la situation reste tendue au Bangladesh. Pour l’évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Dhaka, le maintien de l’État de droit est une entreprise délicate, en particulier dans les écoles où des tentatives de prises de pouvoir par les étudiants ont lieu.
Le soulèvement populaire qui a mené au départ de la Première ministre du Bangladesh a été initié par les étudiants du Bangladesh. Ceux-ci, aujourd’hui, sont parfois enclins à exprimer leur pouvoir de manière abusive, signale Mgr Subroto Boniface Gomes, interviewé par l’agence Fides.
Crise dans les écoles catholiques
Dans certaines écoles catholiques du diocèse de Dhaka, les étudiants ont essayé de pousser les directions au licenciement d’enseignants dont le contenu des cours ne leur convenait pas ou ayant critiqué la protestation étudiante. «Cela a provoqué une crise au sein de nos écoles, dont 95% sont fréquentées par des élèves musulmans ou non chrétiens.»
Face à la tentative d'imposer par la force telle ou telle mesure, comme l'acceptation des filles portant la burqa à l'école, l'archevêque a décidé de fermer deux écoles. «Nous ne pouvions pas céder sur nos valeurs et nos principes (…) Les droits légitimes des élèves ne doivent pas empiéter sur la démocratie, l'état de droit ou les droits des autres», explique Mgr Subroto. Depuis, ces écoles ont rouvert grâce à l’intervention concertée du comité des parents, des responsables religieux et du personnel de l'école.
«Il est essentiel de ne pas polariser la société»
Pour l’évêque auxiliaire de Dhaka, cet exemple montre les tâches difficiles du nouveau gouvernement intérimaire dirigé par Mohamed Yunus: restaurer la confiance en les autorités et l’État, et maintenir l’État de droit, le respect des principes démocratiques, de la Constitution et des libertés fondamentales pour tous les citoyens, quelle que soit leur religion.
L’évêque auxiliaire de Dhaka voit en effet avec inquiétude «le retour ou la réorganisation de groupes et de partis islamiques radicaux qui pourraient pénaliser les communautés religieuses minoritaires ou promouvoir un programme d'islamisation». La tentation de l'extrémisme n’est pas loin, dit-il, et «il est essentiel de ne pas polariser la société».
Il a aussi affirmé sa confiance en le nouveau gouvernement Muhammad Yunus. Cet économiste de 84 ans, prix Nobel de la paix en 2006, a été surnommé le «banquier des pauvres» pour avoir créé la Grameen Bank, une organisation spécialisée dans le système de microcrédit. (cath.ch/fides/lb)
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