Un cabinet d'avocats a passé au peigne fin les dossiers du personnel de l'archidiocèse de Cologne pour déterminer les responsabilités individuelles et structurelles dans le traitement des abus sexuels. Il s'agit de la première enquête de ce type en Allemagne.
Sur mandat de Mgr Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne, les avocats ont examiné l'entièreté des dossiers du personnel de l'archidiocèse au cours des dernières décennies, rapporte le 4 mars 2020 le média allemand Katholische Nachrichten-Agentur (KNA). Leur but est de mettre au jour les erreurs commises par les autorités du diocèse dans le traitement des cas d'abus sexuels dans un contexte ecclésial.
Souci d'indépendance
Le cabinet d'avocats munichois "Westphal Spilker
Wastl" présentera ses résultats le 19 mars 2020. Une enquête de ce type
est une nouveauté en Allemagne. L'étude, qui a duré un an et demi, a passé au
crible non seulement les anciens employés, mais aussi ceux en exercice, et
parmi eux Mgr Woelki lui-même.
L'archevêché a souligné que, par souci de préserver
l'indépendance de l'étude, les représentants du diocèse ne découvriront ses
conclusions que lors de la conférence de presse.
135 victimes et 87 accusés
Cette démarche s'inscrit dans le cadre de l'enquête sur les abus que la Conférence épiscopale allemande avait présentée à l'automne 2018. Selon ce document, les dossiers de l'Église des années 1946 à 2014 contenaient des références à 3'677 personnes concernées par des agressions sexuelles et à environ 1'670 prêtres, diacres et religieux accusés, dans toute l'Allemagne.
Pour le diocèse de Cologne, le document avait révélé 135 victimes et 87 accusés. Suite à ces résultats, Mgr Woelki avait commandé une expertise supplémentaire pour déterminer les erreurs commises par les responsables ainsi que les dysfonctionnements du système. Les avocats devaient également examiner si le droit de l'État et de l'Église avait été violé. La période de recherche remonte aux mandats des évêques de Cologne Mgr Josef Frings (1887-1978), Mgr Joseph Höffner (1906-1987) et Mgr Joachim Meisner (1933-2017).
Parmi les responsables de l'archidiocèse, un seul prêtre s'est jusqu'à présent exprimé de manière plus approfondie sur ses actions. Il s'agit du chanoine de la cathédrale Robert Kümpel, âgé de 79 ans, qui a dirigé le personnel du diocèse de 1984 à 1996. Il reproche aux responsables de l'époque, mais également à lui-même, une approche trop laxiste envers les auteurs d'abus.
Pas d'attention aux victimes
Ces derniers avaient été "immédiatement mis en retrait
de leur ministère" et "sans exception envoyés chez un
psychothérapeute renommé". Le praticien était chargé de déterminer si
l'abuseur pouvait être réintégré, et si oui, dans quelles conditions. Le point
de vue des victimes ne jouait pas un rôle majeur, a expliqué Robert Kümpel. A
deux reprises, le responsable du personnel a indiqué avoir suggéré que les
auteurs soient, selon ses propres termes, mis à la retraite. "À l'époque,
cela m'a valu un sourire indulgent de la part de mes collègues", a
souligné le prêtre colonais.
Markus Hofmann, vicaire général de l'archidiocèse a affirmé
qu'il pourrait comprendre les demandes de démission des personnes qui seraient
mises en cause dans l'enquête. Les cas doivent toutefois selon lui être évalués
de manière individuelle. Pour le vicaire général, les actions qui paraissent
aujourd'hui répréhensibles ne l'étaient pas forcément dans l'esprit de
l'époque.
Les diocèses allemands de Munich, Essen et Münster ont mis
en route des enquêtes similaires à celle de Cologne. (cath.ch/kna/rz)