Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • DOSSIERS

    L'entrée du nouveau patriarcat chaldéen à Erbil où s'est exilé Le patriarche Louis Raphaël Sako

    Zizanie à la tête du christianisme en Irak

    Proche de l’Iran et du pouvoir central irakien, Rayyan Al Kildani le chef de la milice chrétienne Babylone et de son mouvement politique affilié a rencontré le pape François le 6 septembre 2023 au Vatican. Il serait derrière le retrait, en juillet, du décret présidentiel irakien reconnaissant le car...

    Contenu du dossier
    L'entrée du nouveau patriarcat chaldéen à Erbil où s'est exilé Le patriarche Louis Raphaël Sako
    Actualités

    Zizanie à la tête du christianisme en Irak 1/2

    Suite à la révocation du décret 147, le cardinal Sako s'est exilé à Erbil
    Actualités

    Zizanie à la tête du christianisme en Irak 2/2

    no_image
    L'entrée du nouveau patriarcat chaldéen à Erbil où s'est exilé Le patriarche Louis Raphaël Sako © Benoit Drevet

    Zizanie à la tête du christianisme en Irak 1/2

    Proche de l’Iran et du pouvoir central irakien, Rayyan Al Kildani le chef de la milice chrétienne Babylone et de son mouvement politique affilié a rencontré le pape François le 6 septembre 2023 au Vatican. Il serait derrière le retrait, en juillet, du décret présidentiel irakien reconnaissant le cardinal Louis Raphaël Sako comme patriarche des chaldéens. Vexé, ce dernier s’est exilé à Erbil. Déjà fragilisée, la communauté chrétienne autochtone en ressort divisée.

    Benoit Drevet correspondant en Irak de cath.ch

    Le cardinal Louis Raphaël Sako et Rayyan Al-Kildani ne se font plus de cadeaux et ne passeront pas Noël ensemble. Leur conflit est désormais sur la place publique irakienne au grand dam des chrétiens d’Irak. Un antagonisme ancien qui remonte à la montée en puissance de la milice «Babylone». La 50e brigade des Hashed Al-Chaabi (Forces de mobilisation populaire, milices chiites irakiennes liées à l’Iran) est devenue toute puissante dans la partie chrétienne de la plaine de Ninive. Après avoir participé à la libérer des griffes de Daesh, elle en a pris le contrôle.

    La 50e Brigade des Forces de Mobilisation Populaire appelée milice Babylone est reliée aux milices iraniennes
    La 50e Brigade des Forces de Mobilisation Populaire appelée milice Babylone est reliée aux milices iraniennes @ DR

    A Qaraqosh, Bartella, Al Qosh ou Tel Keppe, les check points sont aux mains de ces hommes équipés comme des militaires. Ce sont eux qui assurent le contrôle et la sécurité de la région. En tant que membre des Hashed Al Chaabi, ils collaborent avec les autres milices chiites iraniennes qui tiennent les parties environnantes de la plaine de Ninive, jusqu’à Mossoul. Ces milices ne sont pas toutes des plus recommandables. Ce sont elles les portes étendards de l’emprise de l’Iran sur l’Irak.

    La route qui mène d’Erbil (Kurdistan irakien) à Mossoul et permet d’accéder aux villages chrétiens est l’image même de cette influence qui s’étend jusqu’au Liban en passant par la Syrie, le fameux croissant chiite. Des routes parsemées de drapeaux et fanions de ces milices, de check points à leurs mains et d’affiches glorifiant Abou Mehdi al Mouhandis, l’ancien chef de ces milices en Irak, et Qassem Soleimani, feu le grand commandant de la force Al Qods des Gardiens de la Révolutions iraniens, alias l’homme qui symbolisait la main de Téhéran sur la région. Ces deux derniers, dont Rayyan Al-Kildani était réputé proche, se sont fait assassiner par une frappe de drone américain à l’aéroport de Bagdad en janvier 2020.

    Soutien et financement de l’Iran

    C’est aussi grâce au soutien et au financement de l’Iran que Rayyan Al-Kildani a pu créer le Mouvement Babylone, le parti politique chrétien qui s’est imposé comme le premier d’Irak lors des dernières élections en octobre 2021. Celui-ci a obtenu quatre des cinq sièges du quota réservé à la minorité chrétienne au parlement, faisant de l’ombre à des partis plus proches de l’Eglise. Selon Sako, Al-Kildani tenterait désormais de placer son beau-frère à la direction des Affaires religieuses au gouvernement, poste encore vacant. Un poste où la nomination a toujours été faite en étroite coordination avec les chefs religieux chrétiens.

    Rayan al-Kildani est le fondateur et leader de la milice Babylone et de son parti affilié au Mouvement Babylone
    Rayan al-Kildani est le fondateur et leader de la milice Babylone et de son parti affilié au Mouvement Babylone @ Benoit Drevet

    Mais ce n’est pas tout, Louis Raphaël Ier Sako monte régulièrement au créneau pour dénoncer le Mouvement Babylone et sa milice, les accusant de ne pas représenter les chrétiens mais seulement ses intérêts et ceux de l’Iran, ou encore de spolier des biens de la communauté chrétienne. Des accusations qui n’ont pas pu être vérifiées par l’ONG des Droits de l’homme Hammurabi, pourtant très implantée localement.

    Accusations de fraude

    Ces derniers mois, la querelle est devenue explosive. Tout a commencé fin avril, le cardinal a été convoqué par la police pour falsification de documents dans la vente de biens immobiliers appartenant à l’Église chaldéenne. Des biens dont le cardinal a hérité de la charge par le Saint-Siège en tant qu’administrateur et responsable. Selon l’Église, l’affaire serait datée de trois ans et les documents utilisés contre son patriarche seraient des faux. Mi-juin, la cour suprême menace d’émettre un mandat d’arrêt si Sako ne se présente pas devant la justice sous 48 heures.

    Le cardinal Sako dans son nouveau patriarcat à Erbil devant les drapeaux de l'Irak et du Vatican
    Le cardinal Sako dans son nouveau patriarcat à Erbil devant les drapeaux de l'Irak et du Vatican @ Benoit Drevet

    Derrière ces accusations, Rayyan Al-Kildani que Sako accuse également d’accaparer et de vendre à son profit personnel des biens chrétiens. Accusations réfutées par chaque camp et pour lesquels les tribunaux ont tranché concernant Sako. «Je suis allé au tribunal et j’ai gagné!, réagit le patriarche. Je ne l’ai pas fait. Comment aurais-je pu faire ça. Au contraire, j’ai fait réparer plusieurs églises à Bagdad pour sauvegarder l’histoire ancienne des chrétiens.»

    Révocation du décret 147

    Mais le tremblement de terre a eu le 3 juillet lorsque le président de l’Irak, Abdel Latif Rachid, a révoqué le décret 147 signé en 2013 par la présidence irakienne reconnaissant au nom de l’État Louis Raphaël Iᵉʳ Sako comme patriarche des chaldéens. Spontanément plusieurs manifestations de soutien rassemblant quelques centaines de chrétiens ont eu lieu, à Bagdad, Erbil et dans la plaine de Ninive.

    Cette révocation est une première depuis plus de 700 ans et la création de ce décret sous le califat Abbasside. Se sentant humilié, le cardinal a décidé d’une autre première depuis la dernière installation du patriarcat chaldéen à Bagdad en 1950: l’exil. Le 21 juillet, il s’est rendu dans la région autonome du Kurdistan irakien, à Erbil, où il a été accueilli à bras ouvert par la famille Barzani qui règne sur la région, ravis d’accueillir une telle figure du christianisme d’Orient. (cath.ch/bdr/bh)

    Ne manquez pas la suite de cette enquête qui sera publiée le 25 septembre.

    Articles les plus lus

    no_image
    Suite à la révocation du décret 147, le cardinal Sako s'est exilé à Erbil © Benoit Drevet

    Zizanie à la tête du christianisme en Irak 2/2

    Proche de l’Iran et du pouvoir central irakien, Rayyan Al Kildani le chef de la milice chrétienne Babylone et de son mouvement politique affilié a rencontré le pape François le 6 septembre 2023 au Vatican. Il serait derrière le retrait, en juillet, du décret présidentiel irakien reconnaissant le cardinal Louis Raphaël Sako comme patriarche des chaldéens. Vexé, ce dernier s’est exilé à Erbil. Déjà fragilisée, la communauté chrétienne autochtone en ressort divisée.

    Benoit Drevet correspondant en Irak de cath.ch

    Suite de la première partie publiée le 22 septembre

    Preuve que cet exil n’est sans doute pas temporaire, les mots “patriarcat chaldéen” s’affichent désormais en grand sur le front du perron monumental du monastère des apôtres Addai et Mari situé au nord du quartier chrétien d’Ankawa. Un nouveau patriarcat qui par sa taille, ses jardins et son architecture n’a rien à envier à celui de Bagdad. Mais il est isolé au bout d’une voie sans issue, métaphore dans la réalité du conflit dans lequel se trouve plongée la communauté chrétienne d’Irak.

    Une affaire embarrassante

    L’affaire embarrasse jusqu’au Vatican. Dans un communiqué, le 20 juillet 2023, la présidence irakienne assure pourtant que «la révocation ne modifie pas et ne modifiera pas les fonctions ou le statut du cardinal (…) La décision prise n’est qu’une rectification d’une erreur passée». Une position déjà exprimée trois jours plus tôt au chargé d’Affaires du Vatican en Irak, le Père Charles Lwanga Ssuuna, qui «n’a pas formulé d’observations» selon le même communiqué. La nonciature apostolique prend soin de souligner le même jour que “l'administration des biens de l'Église - telle que prescrite par la Constitution irakienne - devrait continuer à être exercée librement par les chefs d'Églises (…) devant les tribunaux irakiens et les bureaux du gouvernement”.

    Le nouveau patriarcat chaldéen se trouve au nord d'Erbil dans le quartier d'Ankawa
    Le nouveau patriarcat chaldéen se trouve au nord d'Erbil dans le quartier d'Ankawa @ Benoit Drevet

    D’aucuns, dont Sako lui-même, assure que ce retrait du décret s’est fait sous l’influence de Rayyan Al-Kildani. «Je suis visé parce que je suis depuis le début contre cette milice. Je ne la reconnais pas comme milice chrétienne, ils ne nous représentent pas. C’est une question de vengeance», martèle le cardinal. Il faut dire que Rayyan Al-Kildani lui-même s’était vu retirer son titre de cheikh par le patriarche en 2016. Le même Al-Kildani est sous sanction du Trésor américain pour violation des droits de l’homme. Il a été identifié dans une vidéo mise en ligne en 2018 dans laquelle il serait vu en train de trancher les oreilles d’un membre de Daesh menotté.

    Une accusation dont le fondateur de la milice Babylone se défend. «Chaque armée fait des erreurs, même l’armée américaine. Mais Sako a accusé de manière incorrecte M. Rayyan d’avoir commis ce crime et l’a rapporté aux Américains», assène le conseiller politique de Kildani.  Selon lui, il s’agit d’un milicien chiite qui lui ressemble. Son service média communique la photo et le nom de l’homme apparaissant dans la vidéo. Un certain Sajjad Aziz al Busairi selon lui. Mais pas la vidéo malgré des demandes répétées. Une preuve qui n’en est donc pas une. Parole contre parole? Les services américains, eux, ont tranché en 2019, vidéo à l’appui.

    Nombreux soutiens au patriarche

    Face à l’enfant terrible du christianisme d’Irak, dont un proche qui souhaite rester anonyme assure qu’il a «grandi à Bagdad près du quartier pauvre de Sadr City entouré par les chiites au point de devenir l’un des leurs», les soutiens de Sako restent nombreux et puissants. Certes, le patriarche chaldéen ne représente qu’une seule des 14 Églises présentes en Irak, mais celle-ci dénombre plus de la moitié des fidèles. A l’étranger, les Etats-Unis et onze pays européens, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, se sont rangés derrière Sako. Même le bureau du Grand ayatollah Ali Al-Sistani, première figure religieuse d’Irak, ou le Comité des savants musulmans d’Irak, plus haute autorité sunnite du pays, ont exprimé leur solidarité et leur désapprobation face au traitement réservé à une personnalité religieuse du rang du cardinal.

    «Je ne rentrerai pas à Bagdad, à moins que le président revienne sur la révocation du décret», confie le cardinal Sako, depuis le salon de réception de sa nouvelle résidence. Pour le cardinal, cette affaire «est grave. C’est une nouvelle persécution contre les chrétiens. Ils ont peur et pensent à partir. Imaginez si leur propre patriarche est attaqué, qu’est-ce qu’on pourrait faire à un simple chrétien?» Il a d’ailleurs saisi la cour suprême pour faire annuler ce geste présidentiel qu’il juge «inconstitutionnel». S’il gagne, il rentrera à Bagdad. Et s’il perd? «Je penserai à autre chose», répond-il.

    Bataille constitutionnelle

    «Le président a demandé à ses conseillers juridiques si ce décret était constitutionnel car deux autres patriarches en ont fait la demande, ils lui ont répondu que non», minimise Rayyan Al-Kildani tout en assurant ne pas être à la manœuvre. Depuis son siège bien gardé dans le quartier de Mansour à Bagdad, il confie pourtant «être prêt à faire la paix» avec celui qui  a la charge de porter la croix» et assure «respecter sa position dans l’Église», tout en rappelant ses griefs contre Sako. Le patriarche lui, ne les acceptera pas. «Ce serait un scandale. Je perdrais tout, la confiance des chrétiens et la crédibilité de l’Église. Je ne peux pas. Contenter le mal ça ne marche pas, l’Église doit aller vers la vérité et le droit, pas vers le mensonge, l’injustice et la persécution.»

    Rayyan Al-Kildani a pu rencontrer le pape à Rome le 6 septembre
    Rayyan Al-Kildani a pu rencontrer le pape à Rome le 6 septembre @ DR

    Le cardinal a appelé «tous les croyants à prier pour une solution à la crise du retrait du décret» le 10 septembre. Rayyan Al-Kildani, lui, revient tout juste de Rome où, avec une délégation irakienne, il a rencontré le pape, le 6 septembre, sur invitation d’hommes d’affaires et d’institutions italiennes lors de l’audience générale. Sur la musique The canals of Venice de Bryan World, il s’est d’ailleurs fait filmer, escorté dans Rome, saluant les gardes suisses et des évêques, puis échangeant des présents et une poignée de main avec le pontife tout sourire, avant de recevoir sa bénédiction et un rosaire tout en se targuant de lui délivrer les salutations du gouvernement et du peuple d’Irak. Une vidéo qui a laissé l’église chaldéenne pantoise.

    «Il dit que le pape appuie le retrait du décret, c’est impossible! Ce sont des mensonges», tique le cardinal Sako, grand architecte de la visite du pape François en Irak en mars 2021. Alors qu’il songe à rendre sa charge au pape pour ses 75 ans (il les aura le 4 juillet 2024), son dernier défi a des allures de moment charnière pour les chrétiens d’Irak dont la population a chuté de 1,5 million de membres à 250’000 en 20 ans. (cath.ch/bdr/bh)

    Articles les plus lus