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    Portrait de Pauline Jaricot en 1815

    Pauline Jaricot: la fille qui faisait des plans

    Vénérée de son vivant, avant d’être méprisée puis presque oubliée, Pauline Jaricot revient dans l’actualité ecclésiale à l’occasion de sa béatification le 22 mai 2022 à Lyon.

    Contenu du dossier
    Portrait de Pauline Jaricot en 1815
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    Pauline Jaricot: la fille qui faisait des plans 1/3

    Pauline Jaricot  figurée sur le 'mur des Lyonnais'
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    Le grand plan de Pauline Jaricot: le Rosaire vivant 2/3

    Pauline Jaricot est morte le 9 janvier 1862, à l'âge de 63 ans
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    Le 3e plan de Pauline Jaricot tourne au fiasco 3/3

    À l’origine des OPM, il y a «une idée simple, mais géniale» qui a germé dans l’esprit de Pauline Jaricot (1799-1862)
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    Les OPM célèbrent les 200 ans de leur fondation par Pauline Jaricot

    Luminions  à l'effigie de Pauline Jaricot, à la chapelle de la maison de Lorette (Lyon)
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    Mayline Tran a bénéficié d''une guérison miraculeuse par l'intercession de Pauline Jaricot
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    Une des très rares photo de Pauline Jaricot âgée
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    Le pape fait acclamer Pauline Jaricot

    Le cardinal Antonio Tagle a présidé la messe de béatification de Paulin Jaricot, le 22 mai 2022 à Lyon
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    12'000 personnes à Lyon pour la béatification de Pauline Jaricot

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    Portrait de Pauline Jaricot en 1815 © Domaine public

    Pauline Jaricot: la fille qui faisait des plans 1/3

    Vénérée de son vivant, avant d’être méprisée puis presque oubliée, Pauline Jaricot revient dans l’actualité ecclésiale à l’occasion de sa béatification le 22 mai 2022 à Lyon. Fille d’un XIXe siècle de sang et de fureur, femme laïque elle fut non seulement propagatrice des missions, mais aussi une des pionnières du catholicisme social.

    Sur les flancs de la colline de Fourvière, la maison de Lorette domine la veille-ville de Lyon. C’est ainsi que Pauline Jaricot l’a baptisée en 1832 après l’acquisition de cette belle demeure du XVIe siècle. En référence bien sûr à la Casa de Loretto, la maison de la Vierge transportée par les anges en Italie.

    En entrant dans la chapelle, un grand reliquaire, placé à gauche dans une niche, attire l’attention. Les ossements qu’il contient ne sont pas ceux de Pauline Jaricot, ni de sainte Philomène à qui l’édifice est consacré, mais ceux de saint Pierre Lê Tuy, “décapité pour le Christ sous l'empereur Minh Mang à Hanoi au Tonkin, en 1833”. La présence à Lyon d’un des premiers martyrs du Vietnam pourrait surprendre, mais elle n’a rien d’incongru. A juste titre, Mademoiselle Jaricot est considérée comme une des plus ferventes propagatrices de la mission universelle.

    Dominant le reliquaire et comme veillant sur lui un portrait 'authentique’ de Pauline Jaricot. Les grands yeux noirs, au milieu d’un visage rond traversé d’un léger sourire laissent entrevoir un caractère franc et décidé.

    A l’époque de Pauline, la maison de Lorette, au milieu des vignes et des jardins, est une vraie ruche ou s’activent, dans un ballet incessant, des ouvrières. De nombreux visiteurs, membres du clergé, prélats, missionnaires lointains, pèlerins montant à Fourvière, mais aussi indigents du quartier s’y pressent, explique Sœur Pauline qui la fait visiter.

    La coïncidence des prénoms n’en est pas tout à fait une: “Enfant, ma grand-mère m’avait donné une image de Pauline Jaricot. Je la connaissais sans la connaître.” Plus tard, lorsque j’ai  ressenti un appel à la vie consacrée, j’ai découvert son histoire et sa spiritualité. Sa vie fascinante m’a séduite et j’ai choisi le nom religieux de Pauline”, raconte la sœur de la famille missionnaire de Notre Dame.

    Une jeune fille coquette

    Pauline, qui passera près de la moitié de sa vie dans la maison de Lorette, est hyperactive. Elle qualifie elle-même son caractère 'd’impétueux’. Dotée d’un sens pratique, très avisée, cette fille de négociant n’a de cesse de concevoir et de mettre en œuvre ses 'plans’ pour l’apostolat et la mission. Sa réputation s’étendra bien au-delà de Lyon, à la France, à Rome et au monde entier. Comme en témoignent les nombreux objets 'exotiques’ rassemblés dans des vitrines de sa maison devenu lieu de mémoire: des lettres en chinois, un calendrier sénégalais, un affiche de propagande pour la mission universelle ou une vierge annamite.

    “Au départ, rien ne semblait promettre Pauline Jaricot à ce destin. Fille d’un commerçant enrichi dans le négoce de la soie, elle paraît destinée à une existence bourgeoise, à seconder son mari dans ses affaires et à s’occuper de ses enfants”, note Sœur Pauline.

    Jeune fille, Pauline est très coquette. Elle apprécie les belles tenues, les bijoux. Elle aime plaire. Dans la bourgeoisie lyonnaise beaucoup voient en elle un beau parti. Jusqu’à ce dimanche de 1816, à l’église Saint-Nizier, où elle entend un sermon sur la vanité. A la fin de la messe, elle se précipite à la sacristie pour parler au prêtre qui deviendra son directeur spirituel. A 17 ans, survient alors une conversion qui, si elle est radicale, n’en est pas moins difficile. Elle renonce à ses soieries pour un costume d’ouvrière, va soigner les malades à l’Hôtel-Dieu, puis fait le vœu privé de virginité. “Elle veut être entièrement à Jésus. Elle fera par exemple retoucher son portrait par le peintre pour cacher son décolleté”, raconte Sœur Pauline.

    Le premier 'plan'

    Enfants, son frère Philéas et elle faisaient de grands rêves missionnaires: “Je partirai très loin évangéliser les sauvages” disait-il. “Je viendrai avec toi”, répondait Pauline. “Non ce n’est pas pour les filles. Mais tu prendras un râteau et tu ramasseras de l’or que tu m’enverras”.  Anecdote prémonitoire. Après quelques années de vie mondaine, Philéas s’est lui aussi converti. Il est entré au séminaire à Paris et fréquente les Missions étrangères de Paris (MEP). Il fait part à sa sœur de leurs énormes besoins.

    Pauline veut à la fois prier pour les missions mais aussi les soutenir matériellement. Elle élabore son premier 'plan’. Il lui vient, dira-t-elle, comme une illumination à l’issue d’une partie de cartes. Elle imagine un système aussi simple qu’ingénieux: créer des groupes de dix personnes qui s’engagent à prier chaque jour pour la mission et à offrir un sou par semaine. En 1819, elle lance d’abord son idée parmi les ouvrières de la soie qui travaillent dans les ateliers de sa famille ou du quartier de la Croix Rousse. Son enthousiasme et son sens de l’organisation font merveille. Dix dizaines forment une 'centurie’, dix 'centuries’ un 'millénaire’. Le flot d’argent, mince au départ, enfle de plus en plus. Pour maintenir le lien, Pauline fait imprimer et distribue les lettres de son frère Philéas, qui rapportent des récits passionnants des missions lointaines.

    Ecartée de son oeuvre

    La prière précède toujours la quête
    La prière précède toujours la quête

    Le succès de l’œuvre fait vite naître des critiques. L’association de la jeune demoiselle Jaricot est-elle bien licite? Est-elle autorisée par l’Eglise? Même si Pauline, par l’intermédiaire de son frère Philéas, a obtenu une bénédiction papale, on estime à Lyon que cette action doit être mieux cadrée. Le 3 mai 1822, une réunion de la Congrégation des messieurs de Lyon, à laquelle Pauline ne participe pas, 'récupère’ l’idée et l’action de Pauline. Ce sera la date officielle de la fondation de la Propagation de la foi. Ecartée de l’affaire, Pauline en conçoit une certaine amertume mais, accepte de rentrer dans le rang et se contente de son rôle de 'cheffe de division’.

    “Faite pour aimer et agir”

    Cette période de retrait va durer plusieurs années, Pauline reste dans sa famille. Elle hésite, cherche sa voie, tout en s’occupant de son père devenu sénile. Son directeur la pousse vers la vie religieuse, Pauline suivant sa voix ou son maître intérieur, comme elle le dit, se sent faite pour aimer et agir. Elle restera laïque. “Elle ouvre en ce sens une voie nouvelle.”

    Souvent malade depuis l’âge de 15 ans, à la suite de la chute d’une échelle, Pauline commence dans ces années-là à coucher sur le papier son expérience de vie. En 1822, elle publie sous pseudonyme L’Amour infini dans la divine eucharistie rédigé, dira-t-on, en une seule nuit. Son premier cahier de notes intimes qui s’arrête en 1824 compte 1’500 pages. La mort de son directeur va lui rendre sa liberté et son génie créateur. Pour une deuxième étape de sa vie et de nouveaux 'plans’.  (cath.ch/mp)

    A suivre: Le grand plan de Pauline Jaricot: le Rosaire vivant 2/3

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    Pauline Jaricot figurée sur le 'mur des Lyonnais' © Maurice Page

    Le grand plan de Pauline Jaricot: le Rosaire vivant 2/3

    Le grand plan de Pauline Jaricot, celui qui la fera vraiment connaître, est le Rosaire vivant développé à partir de 1826. Encore une fois, à partir d’une idée simple et d’un 'marketing' efficace, Pauline va susciter un vaste mouvement de prière qui s’étendra au-delà du pays et du continent.

    Avec ses fenêtres à meneaux, ses grandes poutres et sa cheminée, la pièce principale de la maison de Lorette a gardé son caractère du XVIe siècle. C'est aujourd'hui un musée, mais il faut l’imaginer dans les années 1830 remplie de tonnes de brochures, d’images pieuses, de livres, de cartons de chapelets, de médailles, de crucifix qu’une quinzaine de jeunes femmes s’affairent à emballer et à expédier dans le monde entier. La pièce est le cœur battant du Rosaire vivant, le nouveau plan que Pauline Jaricot a échafaudé à partir de 1826. Cette activité va l’occuper à temps plein pendant une quinzaine d’années. Au mur dans un cadre, un carton imprimé témoigne modestement de son génie 'marketing'.

    Contre l’anti-cléricalisme et l’impiété

    En 1825, lors de l’année jubilaire, le pape Léon XII a dénoncé la montée de l’anti-cléricalisme en Europe. Pauline entend alors prier et faire prier pour la conversion des pêcheurs. Son arme sera le Rosaire. Avec la Révolution et les années qui ont suivi, sa pratique est tombée en désuétude. “Cette dévotion était laissé aux dévotes de profession, encore à condition qu’elles fussent vieilles, ou qu’elles n’eussent rien à faire, ce qui était un préjugé très faux”, écrira Pauline.

    Son plan sera celui qui a fait ses preuves à la Propagation de la foi, au lieu des dizaines, elle invente des groupes de quinze personnes en l’honneur des quinze mystères du Rosaire. Chaque personne s’engage à réciter chaque jour une dizaine de chapelet en méditant un des mystères qui lui est attribué chaque mois par tirage au sort. Par cette méthode très simple, Pauline veut rendre accessible à tous la prière du Rosaire, la récitation et la médiation ne prennent que quelques minutes par jour, mais l’effet de la répétition quotidienne portera de bons fruits.

    Carton du Rosaire vivant, chaque coeur porte la signature d'un membre de la 'quinzaine'
    Carton du Rosaire vivant, chaque coeur porte la signature d'un membre de la 'quinzaine' @ OPM

    Des assemblées mensuelles du groupe sont l’occasion d’une petite catéchèse et d’un partage. Elles permettent aussi de récolter la cotisation de quinze sous par an pour permettre la diffusion de l’œuvre et la distribution de bons livres et d’objets de piété.

    Pour souder la quinzaine, Pauline crée un carton qui détermine visiblement la répartition et la rotation des mystères. Quinze pétales de rose entourent l’image de la Vierge et reçoivent les signatures de chaque associé. Ces cartons imprimés seront diffusés dans le monde entier. L’œuvre se diffusant largement dans les diocèses et les paroisses, Pauline établit dès 1832 un manuel qui définit les buts, les moyens et l’organisation. La centrale de Lyon est responsable de toute la correspondance de l’envoi de matériel et de la diffusion de quatre circulaires par an.

    Une notoriété planétaire

    En 1827, Pauline rencontre le nouveau nonce en France, le cardinal Lambruschini pour lui présenter son plan. Le prélat accepte d’en parler au pape Grégoire XVI qui par un bref de 1831 bénit cette “sainte pratique que la piété active et industrieuse vient de leur suggérer sous le titre de Rosaire vivant”.

    Au fur et à mesure que l’œuvre se répand en France et dans le monde par l’intermédiaire des missionnaires, la notoriété de Pauline Jaricot grandit. Outre ses qualités d’organisatrice, on lui reconnaît une véritable autorité spirituelle. Alors qu’elle n’a qu’une trentaine d’années, on l’appelle 'mère' ou 'bonne mère'. Les visiteurs se pressent à la maison de Lorette pour un discernement, un conseil ou une aide spirituelle ou matérielle.

    Lettre autographe de Pauline Jaricot
    Lettre autographe de Pauline Jaricot @ Maurice Page

    Pauline, sainte Philomène et le pape

    Fraichement rénovée, dans des tons ocres, la chapelle Sainte-Philomène est comme une maquette du sanctuaire de Mignano, près de Naples. Construite par Pauline en 1839, au contrebas du jardin de la maison de Lorette, cet oratoire est étroitement lié à sa vie et à sa dévotion personnelle.

    En 1802, l’exploration de la catacombe de Priscille à Rome a mis au jours une pierre tombale portant l’inscription que l’on déchiffre comme Pax tecum Filumena (la paix soit avec toi Philomène). Cela suffit à faire d’elle une martyre dont la réputation miraculeuse se répand en Italie. Un sanctuaire lui est consacrée à Mugnano, près de Naples.

    Coupole de la chapelle Ste-Philomène, de la maison de Lorette
    Coupole de la chapelle Ste-Philomène, de la maison de Lorette @ Maurice Page

    Très malade à fin 1834, Pauline, que beaucoup pensent à l’article de la mort, décide de s’y rendre en pèlerinage. Elle demande à son médecin l’autorisation d’aller à Paray-le-Monial. Ce dernier y consent tout en avertissant ses proches: “Elle ne passera pas la Saône” (à 500 mètres en contrebas de chez elle, ndlr). Etendue dans une chaise de poste, accompagnée d’une amie, d’un abbé et d’un domestique, elle passe la Saône, puis le Rhône. Parvenue à Paray-le-Monial, toujours en vie elle décide, sans prévenir sa famille, de pousser jusqu’à Rome et à Mugnano. Ce sera Chambéry, le Mont Cenis, Lorette puis Rome, où elle est reçue à la Trinité des Monts.

    Le pape vient voir Melle Jaricot

    Apprenant sa présence et son état désespéré, le pape Grégoire XVI s’y déplace pour la voir. Il se recommande à ses prières dès qu’elle “sera arrivée au ciel”. Pauline qui décidément ne perd pas le nord, lui demande en retour, que, si elle revient de Mugnano, il procède sans retard à la canonisation définitive de Philomène. “Ce serait un grand miracle” lui répond le pape... qui ne sait pas à quoi il s’avance.

    Pauline arrive à Mugnano le 8 août 1835. Portée sur le tombeau de la sainte, elle éprouve de grandes souffrances et semble morte, mais elle ressent au fond d’elle-même sa guérison. Le lendemain, elle fait quelques pas dans l’église puis remonte sans aide dans sa chambre. La nouvelle du miracle de sa guérison se répand dans le village. Les habitants l’obligent à défiler dans la rue précédée de la musique et accompagnée de militaires. Elle quitte Mugnano en emportant des reliques de sainte Philomène et en y laissant son fauteuil en ex-voto.

    Chapelle Sainte-Philomène, un tableau a désormais remplacé les reliques de la sainte
    Chapelle Sainte-Philomène, un tableau a désormais remplacé les reliques de la sainte @ Maurice Page

    Guérison miraculeuse

    De retour à Rome, le pape est plus que surpris de la voir. Il la fait marcher devant lui en long et en large. Pauline lui demande alors de pouvoir ériger une chapelle à sainte Philomène, ce qu’il ne peut lui refuser. En 1837, il autorisera officiellement son culte.

    Grégoire XVI retient alors Pauline à Rome pendant près d’un an, la rencontrant à plusieurs reprises pour discuter de la situation de l’Eglise.

    De retour à Lyon à l’été 1836, Pauline fait construire la chapelle sainte Philomène et remet une partie des reliques à son ami le curé d’Ars qui en développe le culte dans sa paroisse, tout heureux de pouvoir ‘détourner’ sur elle les dons de thaumaturge qu’on lui attribue.

    L’ironie de l’histoire veut que Philomène, dont le martyre et l’existence historique sont trop faiblement attestés, soit rayée du catalogue des saints en 1961. Les reliques de Philomène ont elles étés retirées de la chapelle puis perdues dans les années 1970. (cath.ch/mp)

    A suivre: L'échec du plan de l'usine modèle 3/3

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    Pauline Jaricot est morte le 9 janvier 1862, à l'âge de 63 ans

    Le 3e plan de Pauline Jaricot tourne au fiasco 3/3

    Parallèlement à son intense activité pour l’apostolat et la mission, Pauline Jaricot développe aussi une forte conscience sociale. Fille d’un riche négociant qui a commencé sa carrière comme commis, elle connaît bien la réalité des ouvriers de la soie qui peuplent le quartier de la Croix Rousse. Elle se soucie non seulement de leur santé matérielle et spirituelle mais défend leur dignité contre la mentalité de classe des bourgeois enrichis.

    Lyon 22 novembre 1831, les canuts sont dans la rue. Les ouvriers tisserands sont en révolte parce que les négociants leur ont refusé une augmentation de leurs tarifs. Bien organisés, ils mettent la garde nationale en déroute et se rendent maîtres de la ville. L’insurrection fait 169 morts des deux côtés et quelque 450 blessés .Mais dès le lendemain, le retour de la troupe fait craindre des vengeances et des massacres.

    Rendre à l’ouvrier sa dignité d’homme, d’époux, de père et de chrétien

    Un atelier de canuts au début du XIXe siècle
    Un atelier de canuts au début du XIXe siècle

    Pauline Jaricot se lance dans la lutte à sa manière. Constatant l’effet de la “médaille de Marie conçue sans péché” sur les insurgés comme sur les soldats qu’une veuve a commencé à donner, elle va en faire un large usage les faisant distribuer de main à main ou même à la volée, au total quelque 10’000. Finalement la révolte s’éteint, les ouvriers reprennent le travail. L’autorité républicaine rétablie fera preuve de modération envers les insurgés.

    La justesse de l’analyse de la situation de Pauline frappe encore aujourd’hui. “Il me semble aujourd’hui avoir acquis la certitude qu’il faudrait d’abord rendre à l’ouvrier sa dignité d’homme en l’arrachant à l’esclavage d’un travail sans relâche; sa dignité de père en lui faisant goûter les douceurs et les charmes de la famille, sa dignité de chrétien (...) en lui procurant les consolations et les espérances de la religion.”

    Sous les boulets en 1834

    La nouvelle révolte des canuts d’avril 1834, sur les mêmes bases de revenus insuffisants, sera plus dramatique pour Pauline et ses compagnes. La maison de Lorette se trouve sous le feu croisé des combattants qui tirent de la place Bellecour et de la colline de Fourvière. Un premier boulet frappe la chapelle puis un second. Les habitantes se terrent dans les caves durant trois jours alors que les tirs et les coups de fusil éclatent au dehors. Le quatrième jour jours, elles constatent enfin que la terrasse de Fourvière a été reprise par les militaires. Le bilan de cette semaine sanglante sera de quelques 350 morts.

    Pauline n’a pas attendu les révoltes des canuts pour développer sa conscience sociale. Dès sa jeunesse, elle fréquente les ouvrières et constate leurs conditions de vie et de travail. Elle n’est pas tendre pour la classe des possédants dont elle est issue: “paroles, actions inconsidérées, caprice, vanité, faiblesse, perte de temps dissipation, légèreté, attaches aux choses terrestres: ne sont-ce pas là les défauts des riches? (...) et ici je parle des riches bienfaisants, pieux, qu’est-ce des autres?”

    Action religieuse et sociale

    La question sociale sera pour Pauline l’occasion d’imaginer son dernier plan qui lui sera cependant humainement fatal la conduisant à l’indigence matérielle et au mépris. Pauline cherche à donner aux ouvriers un cadre de travail et de vie familiale qui en fasse un modèle chrétien. Son regard se tourne alors vers Rustrel, dans le Lubéron.

    Rustrel, dans le Lubéron, est surnommé le Colorado provençal
    Rustrel, dans le Lubéron, est surnommé le Colorado provençal @ DR

    Le village de Rustrel se situe dans ce que les guides touristiques appellent aujourd’hui le Colorado provencal. Au milieu du XIXe siècle, on ne s’intéresse guère aux somptueux paysages formés par les ocres rouges et jaunes, mais surtout au minerai de fer qu’on vient d’y redécouvrir. En pleine révolution industrielle, le village attire nombre d’entrepreneurs.  Pauline Jaricot entend y développer son plan d’usine modèle.

    Au départ le projet se présente bien, le potentiel est là non seulement pour le travail du fer, mais aussi de la terre cuite. Pauline laisse aller son imagination. Dans cet établissement, “des ouvriers vertueux pourraient en famille jouir des avantages d’un travail réglé avec prudence et rétribué selon la justice.”

    Vestiges du haut-fourneau de Rustrel
    Vestiges du haut-fourneau de Rustrel @ rustrel.free.fr

    Un banquier et un maître des forges véreux

    Pour mener à bien son projet, Pauline s’associe a deux hommes d’affaires, un banquier et un maître de forges. Mais sous une apparence irréprochable, bardés de recommandations ecclésiastiques, se cachent en fait deux escrocs. Elle fait totalement confiance au banquier qu’elle a même hébergé quelques temps à la maison de Lorette avec sa femme et sa fille. C’est lui qui la persuade d’aller au secours du maître des forges pour lui permettre de relancer une nouvelle affaire. Pauline que l’on avait généralement vue prudente en affaires se laisse berner. En 1845, ils lui proposent de racheter l’usine de Rustrel. Pour lancer l’entreprise qu’elle appelle “Notre-Dame des Anges”, Pauline consent sur sa fortune personnelle une large avance de fonds complétée par des actions proposées à de petits donateurs. Mais tout cet argent est englouti dans les dettes de ses associés. La faillite tombe en janvier 1847.

    Pauline est alors atterrée. Consciente que l’appât de son nom a pu séduire de nombreux souscripteurs, elle s’engage à tous les rembourser bien qu’elle n’y soit pas légalement tenue. S’en suivra une série de procès qui nuira beaucoup à sa réputation.

    Pauline seule, abandonnée

    Affiche de la vente aux enchères de l'usine de Rustrel
    Affiche de la vente aux enchères de l'usine de Rustrel

    Pauline tente bien de reprendre l’exploitation et l’usine fonctionne quelques mois tant bien que mal. Mais alors qu’elle s’active à retrouver des fonds, survient la révolution de 1848 qui remet tout en question. Pauline, seule et abandonnée se transforme en mendiante pour maintenir à flot l’entreprise et rembourser les actionnaires grugés. Elle part en tournée de ville en ville pour quémander de l’aide qu’elle obtient parfois. Elle tente de faire valoir son rôle de fondatrice auprès du Conseil de la Propagation de la foi, mais la réponse est glaciale et on refuse de l’aider. Sous la pression de ses créanciers l’usine sera finalement vendue aux enchères en 1852.

    Outre le remboursement de ses dettes, l’avenir des “filles de Marie” qu’elle avait rassemblées à la maison de Lorette la tracasse. Face aux attaques, elle craint de les voir partir.  La vie à Lorette, qui est toujours le centre du Rosaire vivant, devient difficile, Il faut réduire toutes les dépenses y compris le pain et l’huile, des zizanies éclatent. A la mort de Pauline, elles ne restera plus que plus que trois compagnes.

    La commission de Fourvière

    L'escalier à péage de Pauline Jaricot pour rejoindre Fourvière
    L'escalier à péage de Pauline Jaricot pour rejoindre Fourvière @ DR

    Le litige le plus douloureux pour Pauline sera celui qui l’opposera à un groupes d’hommes “les plus honorables et les plus honorés de Lyon” à savoir les membres de la commission de Fourvière. En achetant la maison de Lorette, Pauline avait déjà l’idée de protéger la colline de pèlerinage des constructions et des spéculateurs francs-maçons. Mais les membres de la commission, créée en 1853, lorgnent sur cette belle propriété situé directement au pied de l’espalanade où est bâtie la chapelle de Fourvière. (La basilique actuelle ne sera construite qu’à partir de 1872 NDLR). Pauline, pressée par ses dettes, serait disposée à la céder mais uniquement au prix du marché. S’en suit uh bras de fer de dix ans jusquà la mort de Pauline.

    L’escalier de la discorde

    En 1852, Pauline imagine faire quelques sous en construisant sur son terrain un grand escalier et un cheminement permettant aux pèlerins de rejoindre la colline sans faire un grand détour et en bénéficiant d’un magnifique panorama sur la ville. Même à un sou le passage, l’entreprise est vite rentable, elle encaisse 14’873 francs la première année, 15’492 francs l’année suivante.

    Mais le succès de son chemin attise la concurrence. La voisine de Pauline, située en contrebas, poussée par la commission de Fourvière commence la construction d’un chemin parallèle. Faute d’argent et surtout parce-qu’il faut passer quelques mètres sur le terrain de Pauline, le chantier est stoppé. L’affaire traîne jusqu’en octobre 1856, au moment où les voisins peu scrupuleux profitent d’une absence de Pauline pour percer le mur de sa propriété et accéder ainsi à Fourvière.

    Une des très rares photo de Pauline Jaricot âgée
    Une des très rares photo de Pauline Jaricot âgée @ Maurice Page

    Pauline refuse de céder parce que précisément l’argent du péage sert à honorer ses dettes et elle intente un procès. Aux yeux des bons chrétiens de la commission, Pauline passe désormais pour une personne incapable, orgueilleuse et obstinée. En 1857, une tentative de conciliation a lieu, sans succès. Agée, malade Pauline est socialement de plus en plus isolée, même si elle garde quelque soutiens fidèles, dont son ami le curé d’Ars qui dira d’elle “Je connais une personne qui sait bien accepter les croix, et les croix les plus lourdes même; et qui les porte avec un grand amour.(...) C’est Melle Jaricot de Lyon.”

    Reprise par la maladie en octobre 1861, Pauline Jaricot meurt le 9 janvier 1862. Ses funérailles sont celles d’une pauvre femme, inscrite au registre des indigents. Sa famille, quelques proches, quelques amis riches et pauvres l’accompagnent au cimetière de Loyasse. (cath.ch/mp)

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    À l’origine des OPM, il y a «une idée simple, mais géniale» qui a germé dans l’esprit de Pauline Jaricot (1799-1862) © OPM - CC BY-SA 4.0

    Les OPM célèbrent les 200 ans de leur fondation par Pauline Jaricot

    Le 3 mai 1822, Pauline Jaricot décidait de venir en aide aux missions catholiques en fondant l’Œuvre de propagation de la foi, l’ancêtre des Œuvres pontificales missionnaires (OPM). L’institution étant devenue œuvre pontificale sur décision du pape Pie XI le 3 mai 1922, c’est un double anniversaire que célèbre ce 3 mai 2022 le célèbre réseau missionnaire alors qu’approche la béatification de sa fondatrice à Lyon, prévue le 22 mai prochain.

    À l’origine des OPM, il y a «une idée simple, mais géniale» qui a germé dans l’esprit de Pauline Jaricot (1799-1862), explique Mgr Giovanni Pietro Dal Toso, actuel président des OPM, lors d’une conférence organisée à Rome pour présenter les festivités. La Lyonnaise, au début du XIXe siècle, a proposé de rassembler des groupes de «dix personnes pour prier ensemble pour les missions puis donner une petite somme pour les aider».

    Sa petite organisation lyonnaise ne tarde pas à devenir internationale: en 1823, une antenne anglaise est créée, suivie en 1834 par celle d’Allemagne. Pie XI, reconnaissant le charisme de ce que Mgr Dal Toso décrit aujourd’hui comme un « grand mouvement missionnaire», en fait une œuvre pontificale pour venir en aide aux nombreuses nécessités des «jeunes églises».

    De son vivant, Pauline Jaricot dira n’avoir été «que l’allumette qui allume le feu ». Cette «grande missionnaire» a été «longtemps oubliée», explique le secrétaire adjoint de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples. «On a pris du temps pour reconnaître en elle la fondatrice des OPM», concède-t-il.

    Le «génie» de son action, assure le prélat italien, est pourtant « un miracle parti d’une jeune fille de dix-sept ans ». Un miracle dont «la clé», assure-t-il, est l’évangélisation.

    Selon lui, Pauline Jaricot avait compris «avant l’heure» qu’en agissant pour l’évangélisation des terres de mission, elle participait aussi à l’évangélisation des nations historiquement chrétiennes mais gagnées par la déchristianisation, en particulier dans la France révolutionnaire de son temps. Une de ses autres grandes forces fut aussi de fonder un organisme «non-centralisé».

    Une 'recette simple’ qui fait des émules

    Sa «recette simple» convainc son contemporain Mgr Charles de Forbin-Janson, évêque de Nancy, qui décide de créer de l’Œuvre de la Sainte Enfance (OPSE) en 1843 pour l’évangélisation des enfants. En 1895, c’est cette fois-ci Jeanne Bigard, une missionnaire laïque française, qui lance l’Œuvre pontificale de Saint-Pierre Apôtre (OPSA) pour aider au développement du clergé dans les terres de mission.

    Et c’est toujours avec la même méthode qu’en 1916, le Père italien Paolo Manna fonde à son tour l’Union pontificale missionnaire (UPM) pour former les fidèles à la mission. Ces trois entités étant aujourd’hui rassemblées avec l’Œuvre de propagation de la foi de Pauline Jaricot au sein des Œuvres pontificales missionnaires.

    Un réseau aujourd’hui actif partout

    Aujourd’hui les OPM continuent d’agir partout dans le monde, chaque diocèse contribuant, même modestement, à son financement. Les OPM viennent ensuite en aide des Églises les plus en difficulté aujourd’hui, notamment le Soudan du Sud, le Bangladesh et la République du Congo actuellement.

    Selon Fides, l’agence des OPM, l’action missionnaire de l’Église a coûté la vie, entre 2000 et 2021, à 558 membres de la grande famille missionnaire – évêques, prêtres, diacres et laïcs compris. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    Luminions à l'effigie de Pauline Jaricot, à la chapelle de la maison de Lorette (Lyon) © Maurice Page

    François: L'histoire de Pauline Jaricot révèle «le secret de la vie»

    Le pape François rend hommage, dans un message aux Œuvres pontificales missionnaires (OPM) publié le 16 mai 2022, à la Française Pauline Jaricot (1799-1862), qui sera béatifiée le 22 mai. À l’occasion de l’ouverture de leur assemblée générale organisée à Lyon, le pape donne aux missionnaires ses directives pour que l’évangélisation ne devienne pas «une course vaine».

    «L’élan d’évangélisation n’a jamais diminué dans l’Église», constate le pontife qui vient d’attribuer une place particulière au Dicastère pour l’évangélisation au sein de la nouvelle constitution apostolique de la Curie romaine. Il souligne cependant que la mission doit commencer avant tout par «la prière».

    Pour le pape, l’histoire de Pauline Jaricot, qui à 23 ans initia la première œuvre des OPM, révèle «le secret de la vie». «Ce n’est qu’en la donnant qu’on la possède, et ce n’est qu’en la perdant qu’on la retrouve». Le véritable missionnaire ne centre pas sa vie «sur lui-même mais sur Jésus», ajoute-t-il.

    Le pape invite dans son message à marcher «dans le sillon tracé par cette grande dame missionnaire», saluant «sa foi concrète, son courage audacieux, sa créativité généreuse». Il invite tous les baptisés à «incarner la miséricorde de Dieu sur les routes du monde».

    400 ans de Propaganda Fide

    Les Œuvres pontificales missionnaires sont au nombre de quatre: l’Œuvre de la Propagation de la Foi, l’Œuvre de la Sainte Enfance, l’Œuvre de Saint Pierre Apôtre, et, l’Union pontificale missionnaire. Leurs membres réunis dans la ville d’origine de Pauline Jaricot, leur fondatrice, fêtent cette année plusieurs anniversaires: leur bicentenaire, le centenaire de leur rattachement au Saint-Siège et les 400 ans de Propaganda Fide – actuelle Congrégation pour l’évangélisation des peuples –, dicastère auquel les OPM sont liées.

    La messe de béatification de Pauline Jaricot sera présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, le dimanche 22 mai à 15h à Eurexpo, où 13’000 personnes sont attendues. (cath.ch/imedia/ak/rz)

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    Mayline Tran a bénéficié d''une guérison miraculeuse par l'intercession de Pauline Jaricot © DR

    Comment Pauline Jaricot a sauvé Mayline

    Le retour a la vie de la petite Mayline Tran, en 2012, est le miracle qui a ouvert la voie de la béatification de Pauline Jaricot. Aujourd’hui âgée de 13 ans, Mayline sera présente lors de la célébration du 22 mai 2022 à Lyon.

    Le soir du 29 mai 2012, la famille Tran prend l'apéritif, lorsque Mayline, alors âgée de trois ans et demi, attrape une petite saucisse et, avant que ses parents ne puissent faire quoi que ce soit, s’étouffe avec. Alertés, les pompiers arrivent en urgence, elle reçoit un massage cardiaque et les médecins parviennent à la réanimer à plusieurs reprises, mais son cœur ne se stabilise pas.
    Le médecin ambulancier donne le premier rapport: Mayline est dans un état cérébral de niveau 3 sur l’échelle dite de Glasgow qui en compte 20. Elle a fait de multiples arrêts cardiorespiratoires; elle présente une anoxie cérébrale.

    Le médecin des urgences fait transférer l'enfant dans un autre service car elle est dans un coma profond, sous assistance cardio-respiratoire et sous alimentation artificielle. L’avis du professeur du département est clair: si elle survit, Mayline ne retrouvera jamais son état antérieur.

    Une neuvaine à l’école

    Mayline était en maternelle à l'école du Cours Diot à Lyon. Apprenant ce qui lui était arrivé, la directrice, les enseignants, les élèves et leurs parents sont sous le choc. Notamment les parents d'Alix, qui avaient déjà perdu deux enfants. Une idée leur vient: c'est l'année du jubilé de Pauline Jaricot, pourquoi ne pas faire une neuvaine avec l'école?
    Le dernier jour de la neuvaine le 23 juin 2012, les parents de Mayline sont présents à la messe. Entre-temps, les Missionnaires du Rosaire Vivant (une œuvre créée en 2005 avec l'accord et les encouragements du cardinal Barbarin, qui a repris les intuitions de Pauline Jaricot) prient également pour Mayline.

    Une guérison inexplicable

    Mayline est en soins intensifs depuis dix jours lorsque son cœur recommence à fonctionner sans aide et présente des valeurs normales. Mais elle est très loin d’être tirée d’affaire. Les médecins rappellent à ses parents que les résultats des analyses sont lourds. Ils évoquent les dispositions de la loi Leonetti qui leur permet, dans ces conditions et au vu des résultats cliniques et biologiques, de ne plus entreprendre de manœuvres de réanimation en cas d'infection ou autre problème. Nathalie, la maman refuse.

    Entre-temps, la famille Tran déménage à Nice. Les chaînes de prière se poursuivent et les parents reçoivent des messages de soutien du monde entier. Le 2 juillet 2012, Mayline est attendue par ses parents à l'hôpital de Nice. Dans le hall, ils voient arriver Mayline sur un brancard, immobile, inerte, mais ils perçoivent que quelque chose a changé. Ses yeux, ses pupilles sont différentes, elles brillent et laissent transparaître une lueur de vie.

    Le professeur Richelme qui reçoit les parents leur confirme que selon son dossier médical, en cas de survie, la petite fille sera gravement handicapée, elle ne marchera pas, ne mangera pas, n'aura pas conscience de son environnement, tout au plus pourra-t-elle bouger les yeux.
    Mais le 22 juillet 2012, lors de tests physiques de flexion et de mouvement, des améliorations inattendues sont constatées. Dans les bras de Nathalie, Mayline murmure de manière inattendue: ‘mom’. Ce n’est que le début de progrès spectaculaires.

    Retour à la maison à Noël

    A tel point qu’en décembre 2012, le professeur Richelme écrit en grosses lettres sur le dossier médical de Mayline: guérison extraordinaire. La fillette rentre à la maison pour fêter Noël, elle commence sa rééducation, qui l'amène progressivement à retrouver l'usage complet de ses jambes et à marcher. En mai 2013, après un examen médical approfondi, on constate que le niveau 20 de Glasgow est revenu bilatéralement à 100% . Un an plus tard, en mai 2014, la confirmation médicale de la guérison intervient.

    L’enquête romaine sur la guérison

    Mayline sauvée, ses parents sont convaincus de l’intervention de Pauline Jaricot en faveur de la guérison de leur fille. Après une enquête diocésaine en 2019, le dossier est transmis à la Congrégation pour la cause des saints à Rome. Sa commission médicale, après avoir fait examiner la fillette, valide la guérison comme inexplicable. La commission théologique certifie pour sa part l’intervention de la vénérable Pauline Jaricot. (cath.ch/fides/mp)

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    Une des très rares photo de Pauline Jaricot âgée © Maurice Page

    Le pape fait acclamer Pauline Jaricot

    À l’issue de la prière dominicale du Regina Coeli, le 22 mai 2022, le pape François a rendu hommage à Pauline Jaricot, qui doit être béatifiée le même jour à Lyon par le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples. «Cette fidèle laïque était une femme courageuse, attentive aux changements de son temps, avec une vision universelle de la mission de l’Église», a-t-il affirmé.

    Le pontife a rappelé qu’elle était la fondatrice de l’Œuvre de la propagation de la foi pour le soutien des missions, ancêtre des Œuvres pontificales missionnaires. «Son exemple suscite en tous le désir de participer avec la prière et la charité à la diffusion de l’Évangile dans le monde», a-t-il conclu, avant de demander à la foule rassemblée sur la place Saint-Pierre de l’applaudir.

    Pauline, bienheureuse missionnaire de Lyon

    Pauline Jaricot est la fondatrice des Œuvres pontificales missionnaires et du ‘Rosaire vivant’. Cette Lyonnaise, née en 1799 dans une famille de soyeux, qui aimait les mondanités, est bouleversée à l’adolescence par un sermon sur la vanité. Elle décide alors de se consacrer à la Vierge, à Notre-Dame de Fourvière (Lyon) en 1816.

    À partir de cette conversion: sa vie change. Entre 1819 et 1820, avec quelques amies parmi les ouvrières ou des proches, réunis par une vie de prière et d’actions charitables, elle imagine une collecte faite pour recueillir des fonds pour des missions. Ce système s’étendra rapidement dans le monde et deviendra l’Association de la Propagation de la Foi, créée le 3 Mai 1822. Elle meurt d’une maladie en 1862 et est proclamée vénérable par le pape Jean XXIII le 25 février 1963. Dès 1922, Pie XI érige la Propagation de la foi en Œuvre Pontificale, et la direction est transférée à Rome.

    Le pape François avait déjà rendu hommage à la Française dans un message aux OPM, le 16 mai dernier. L’histoire de Pauline Jaricot, qui à 23 ans initia la première œuvre des OPM, révèle «le secret de la vie», expliquait-t-il, assurant que «ce n’est qu’en la donnant qu’on la possède, et ce n’est qu’en la perdant qu’on la retrouve». Le véritable missionnaire ne centre pas sa vie «sur lui-même, mais sur Jésus», avait-il conclu. (cath.ch/imedia/cd/rz)

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    Le cardinal Antonio Tagle a présidé la messe de béatification de Paulin Jaricot, le 22 mai 2022 à Lyon © Missio Suisse

    12'000 personnes à Lyon pour la béatification de Pauline Jaricot

    Quelque 12'000 personnes ont assisté avec beaucoup de ferveur à la béatification de Pauline Jaricot, la fondatrice de l’Œuvre de la Propagation de la Foi et du Rosaire Vivant, le 22 mai 2022 à Eurexpo, dans les environs de Lyon.

    Durant la cérémonie présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, la relique du cœur de Pauline Jaricot a été portée jusqu’à l’autel, rapporte Missio, la branche suisse des Œuvres pontificales missionnaires (OPM). Une lettre du pape François a été lue aux fidèles. «Que cette béatification soit l’occasion d’un plus grand enracinement de tous dans la charité et d’un élan renouvelé sur le chemin commun de chacun vers la sainteté», a notamment écrit le Saint-Père.

     Précurseur du catholicisme social

    120 directeurs nationaux des OPM étaient présents à la béatification de celle qui fut l’inspiratrice de ces œuvres missionnaires. Une délégation suisse, avec Erwin Tanner-Tiziani, directeur de Missio Suisse, et Mgr Jean Scarcella, Père-Abbé de Saint-Maurice et responsable du dicastère «mission» au sein de la Conférence des évêques suisses (CES), était présente à la cérémonie. «Cette célébration en présence de la miraculée Mayline Tran et de sa famille, ainsi que de gens issus de tellement de cultures différentes et venus du monde entier, m’a beaucoup touché. Nous avons enfin notre Bienheureuse Pauline Jaricot!», s’est réjoui Erwin Tanner-Tiziani.

     Née en 1799 et morte en 1862, Pauline Jaricot a œuvré toute sa vie pour la mission. Elle a aussi été l’une des précurseurs du catholicisme social dans sa ville natale de Lyon. En octobre 2022, les paroisses et les groupes vont partir sur les traces de Pauline Jaricot. (cath.ch/com/rz)

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