Papes : entre chiens et chats
Cet été, I.MEDIA propose une série sur les papes et les animaux. Premier épisode : les chats et les chiens.
Papes : entre chiens et chats 1/4
Ces papes qui parlent aux oiseaux 2/4
L'éléphant du pape, entre sagesse et exotisme 3/4
L’âne et le pape, entre mimétisme et satire 4/4
Papes : entre chiens et chats
Cet été, I.MEDIA propose une série sur les papes et les animaux. Premier épisode : les chats et les chiens.
Papes : entre chiens et chats 1/4
Cet été, I.MEDIA propose une série sur les papes et les animaux. Premier épisode : les chats et les chiens.
Ces papes qui parlent aux oiseaux 2/4
Cet été, I.MEDIA vous propose une série sur les papes et les animaux. Deuxième épisode : les oiseaux.
L'éléphant du pape, entre sagesse et exotisme 3/4
La découverte en 1962, à l’occasion de la modernisation d’un système de chauffage au Vatican, des restes d’un éléphant surprend tout le monde. Comment un pachyderme s’est-il retrouvé enterré au Vatican et comment est-il arrivé jusque-là?
L’âne et le pape, entre mimétisme et satire 4/4
Dans son "Jésus de Nazareth", paru en 2007, le pape Benoît XVI avait surpris beaucoup de lecteurs en leur apprenant que l’Évangile de saint Luc ne mentionnait aucunement la présence, au sein de la Sainte Crèche, d’un âne ou d’un bœuf.
Papes : entre chiens et chats 1/4
Cet été, I.MEDIA propose une série sur les papes et les animaux. Premier épisode : les chats et les chiens.
Camille Dalmas, I.MEDIA
Le règlement est formel : il est strictement interdit à un chat comme à un chien de pénétrer dans le Vatican. Le seul État du monde officiellement dépourvu de tout représentant des races canines et félines a-t-il un problème avec les deux animaux de compagnie préférés de l’homme? Non, mais la règle est la règle, et elle résulte d’un simple raisonnement pratique : le Vatican est, pour ceux qui le fréquente quotidiennement, un lieu de travail et de foi, et donc peu compatible avec les miaulements et les déjections animales.
En 2014, une organisation animaliste italienne a pourtant supplié le pape François d’ouvrir ses portes à leurs compagnons à quatre pattes, sans succès. Certains esprits critiques considèrent que cette interdiction en dit long sur les rapports houleux qu’entretient l’Église catholique avec les “bêtes” du bon Dieu.
Cave canem !
Dans l’Apocalypse, Jean prophétise que les chiens resteront en dehors de la Jérusalem Céleste avec les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers et les idolâtres. « Prenez garde au chien », avertit pour sa part saint Paul dans une lettre envoyée aux Philippiens. Dans l’Ancien Testament, ce n’est pas mieux : le chien est l’incarnation de l’impureté puisqu’il « retourne à ce qu’il a vomi ».
Quid des chats ? Leur sort n’est pas plus enviable : ils sont considérés comme des animaux païens par excellence et sont tout simplement absents des Écritures. Des tares que paiera l’animal, puisque le pape Grégoire IX en fait une des deux incarnations du diable – avec le crapaud. Dans sa célèbre bulle Vox in Rama (1233), Ugolino d’Anagni déclare en effet qu’un félin noir «gros comme un chien» serait l’incarnation du malin lors du noir festin qui couronne le sabbat des sorcières. Le souvenir maléfique de l’animal resta ancré dans les mémoires puisque qu’en 1484, Innocent VIII publie Summis desiderantes affectibus, bulle contre les hérésies païennes qui subsistaient dans les campagnes allemandes: le chat noir est rapidement pris pour cible et désigné comme un allié des magiciennes et du Démon.
Mais cette haine chrétienne du félin tient plus de la légende noire que de l’histoire, et si les avertissements contre les comportements idolâtres envers les animaux ou encore la zoophilie continueront à être combattus par les successeurs de Grégoire IX et Innocent VIII, leur magistère ne s’occupera plus spécifiquement du sort des chats et les chiens. Dès 1520, c’est au «fourbe renard qui ravage la vigne» que s’en prend le pape Léon X dans sa bulle Exsurge Domine pour dénoncer les thèses hérétiques de Martin Luther.
Un pape qui parle la langue des chats ?
A l'éoque contemporaine, le pape Benoît XVI fait démentir la règle. L’Allemand est probablement, dans l’histoire des papes, l’un des meilleurs amis des animaux, chats comme chiens. Pour les premiers, son secrétaire personnel le Père Alfred Xuereb rapporte qu’en tant que cardinal, Joseph Ratzinger «s’arrêtait parfois dans la rue pour s’adresser à des chats». Son ancien Secrétaire d’État Tarcisio Bertone va plus loin, affirmant qu’il leur parle dans une langue qui n’est ni l’allemand ni l’italien… On n’est plus très loin de saint François d’Assise discutant avec les oiseaux !
Le meilleur ami du cardinal
Pour ce qui est des chiens, on constate que Benoît XVI n’a pas appliqué le règlement avec une grande fermeté. Le cardinal Domenico Calcagno, ancien directeur de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique, la banque publique du Vatican, en a profité. Cet homme humble, malgré l’importance de son poste, était surnommé par ses pairs le “cardinal paysan”.
Après avoir reçu sa lourde charge de la part de Benoît XVI, le haut prélat italien a eu le cœur brisé en apprenant qu’il devait se séparer de sa chienne Diana, âgée de 11 ans. C’était trop pour lui, et contre le droit canon, il a réussi à la faire enregistrer par les services de sécurité de la Garde Suisse comme s’il s’agissait d’une collaboratrice.
Étant donné son statut de chien de cardinal, Diana a pu profiter des jardins du Vatican pendant quelques années, confiait le cardinal Calcagno à Paris Match en 2017. Quand la chienne est morte, le cardinal affirme avoir pu compter sur le soutien affectif de deux papes, puisque François et le pape émérite Benoît XVI auraient chacun trouvé les mots pour atténuer son chagrin.
Un chat papal
En tant que bergers de l’Église, les papes ont souvent eu un troupeau trop important à guider pour se charger d’un animal de plus, chat ou chien. Mais quelques exceptions existent. La tradition raconte par exemple que Grégoire Ier le Grand ne possédait aucun bien mais avait un chat comme compagnon.
Le plus célèbre des chats papaux reste sans nul doute Micetto (« Minou » en italien), le chat de Léon XII (1823-1829), un félin au destin extraordinaire. Né au Vatican, il n’est au départ qu’un vulgaire chat de gouttière au pelage bigarré. Pourtant, il réussit à attirer un jour l’œil du chef de l’Église catholique, Léon XII, 252e pape. Homme de poigne, marqué par les souffrances résultant de la Révolution française, c’est un gouvernant implacable et souvent dur qui prône un retour à l’ordre moral. Pendant ces années, Micetto sera un des rares à révéler une certaine tendresse chez le pontife.
Le chat l’accompagnera partout, se blottissant contre lui lors des audiences. C’est à l’occasion de l’une d’elles que l’ambassadeur de France François-René de Chateaubriand aura la chance de rencontrer le papal félin. Dans ses Mémoires d’outre-tombe, l’écrivain raconte même comment le chat du pape jouissait «en cette qualité d’une extrême considération auprès des âmes pieuses ». Léon XII décide de léguer son animal de compagnie au Français, qui en prendra soin jusqu’à son décès.
Dérogation pour les chiens d'aveugle
Aujourd’hui, quelques chats, malgré l’interdiction, ont réussi à s’installer dans les jardins du Vatican. Leurs confrères chiens n’ont cependant pas cette chance et restent aux grilles. Mais il existe une exception. En effet, tous les espaces du Vatican sont ouverts aux chiens qui accompagnent les aveugles. Serviteurs fidèles par excellence, certains de ces chiens d’élite ont même été reçus avec leurs maîtres par le pape actuel, qui ne se prive pas pour les bénir. Comme son ancêtre le loup de Gubbio, apprivoisé par le Poverello d’Assise, le meilleur ami de l’homme a lui aussi trouvé sa place auprès d’un François ! (cath.ch/imedia/cd/mp)
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Ces papes qui parlent aux oiseaux 2/4
Cet été, I.MEDIA vous propose une série sur les papes et les animaux. Deuxième épisode : les oiseaux.
Claire Guigou, I.MEDIA
13 mars 2013. Les journalistes du monde entier ont les yeux rivés sur la cheminée de la Chapelle Sixtine à l’affût de la célèbre fumée blanche. Voilà maintenant plus de 20h que les cardinaux du monde entier délibèrent. Soudain, vers 16h30, une mouette blanche vient se poser sur le chapeau chinois du conduit en cuivre rouge. Le volatile blanc est bien vite remplacé par un second un peu plus gros. Du haut de son saint perchoir, l’animal semble toiser la foule.
« L’Esprit saint arrive au conclave », plaisante un journaliste sur son compte Twitter. Il n’en faut pas plus aux vaticanistes pour faire du volatile la mascotte de cette élection. Dans les minutes suivantes, un compte Twitter (@SistineSeagull) est créé, et, en deux temps trois mouvements, près de 4.000 personnes s’abonnent. Le réseau social “gazouille” à n’en plus finir.
La présence de ce drôle d’oiseau à quelques heures de l’annonce de l’élection du pape François, amoureux de la Création et auteur de la célèbre encyclique Laudato si’ est-elle un hasard ? Certains s’amusent de la coïncidence. Dans la soirée du 13 mars 2013, l’agence AICA établit quant à elle un lien très sérieux entre l’oiseau et Bergoglio. Le volatile du conclave est une mouette de l’espèce Larus argentatus, avance le média argentin en expliquant que le terme argentatus fait référence au nom du pays d’origine du 266e pape.
La colombe, signe de l’élection
Cet épisode qui prête à sourire n’est pas sans rappeler le lien – tout à fait avéré cette fois-ci – qui existe entre les papes et un oiseau bien plus noble : la colombe. Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe raconte comment, au IIIe siècle, le pape Fabien fut choisi par cet oiseau biblique pour conduire l’Église. « Tout à coup, une colombe descendit du Ciel et se posa sur [la tête de Fabien], (…) reproduisant la descente du Saint-Esprit sur le Sauveur en forme de colombe », écrit l’historien avant d’ajouter : « sur quoi tout le peuple (…) cria qu’il était digne, et sans aucun délai (…) on le plaça sur le siège épiscopal ».
Fabien, un simple homme de la campagne, n’est pas le seul homme providentiellement élevé au rang de pape de cette façon: à en croire différentes sources mentionnées dans Le Bestiaire du pape, saint Sévère, Polycarpe ou encore Zéphyrin auraient été désignés par ce biais explique Agostino Paravicini Bagliani, auteur de cet ouvrage. L’Italien fait d’ailleurs remarquer que les récits de conclaves mentionnent la descente de l’oiseau de l’Esprit saint à l’occasion d’élections inattendues – hommes simples ou encore étrangers au monde romain.
La colombe est aussi le symbole d’un pape bien connu : Grégoire Ier dit “Le Grand”. Dans sa biographie du saint, le moine Paul Diacre narre les origines de cette association. Un homme épiant Grégoire en train de dicter son commentaire sur Ézéchiel aurait aperçu l’un de ces volatiles sacrés virevolter au-dessus de l’épaule du 64e pape. Lorsque ce dernier cessait de dicter, l’animal mettait son bec entre ses lèvres pour lui suggérer un nouveau commentaire. De pape en pape, la colombe devient ainsi le symbole de l’Église et de la papauté. Ses multiples représentations à Saint-Pierre de Rome – pas moins de cinq cent – l’attestent.
L’aigle, symbole du pouvoir pontifical
L’oiseau de la paix n’est toutefois pas le seul à avoir investi les murs léonins. Dans un autre registre, l’historien du XIIIe siècle Gilles de Rome utilise en effet l’aigle pour définir la fonction du pape. Selon lui, cet oiseau majestueux représente de manière évidente le symbole du pouvoir pontifical sur l’Église universelle. Capable de protéger « toute chose » grâce à ses grandes ailes, l’aigle est « plein de plumes, c’est-à-dire de vertus » à l’image des Souverains pontifes, analyse-t-il.
Davantage connu pour ses bavardages que pour sa sagesse, le perroquet a lui aussi eu une place de choix auprès des papes. L’histoire d’amitié entre cet animal coloré et les pontifes commence au XIe siècle, lorsqu’un souverain – probablement Etienne Ier, roi de Croatie et de Dalmatie – envoie un perroquet au pape Léon IX. L’animal était capable non seulement de répéter continuellement « je vais chez le pape » mais également le nom du pontife, Leo. Lorsque ce dernier était fatigué et découragé, le volatile conférait une «nouvelle force intérieure» à ce pontife d’origine étrangère et imposé dans des circonstances difficiles.
Au XIIIe siècle, la redécouverte de la Rome antique et de son symbolisme renforce l’intérêt de la Curie pour cet animal impérial. Il faut toutefois attendre la période avignonnaise pour constater la présence récurrente des volatiles auprès des pontifes, jusque dans leur chambre. Les deux derniers papes avignonnais – Urbain V et Grégoire XI – rentrèrent quant à eux à Rome avec un perroquet. Dès lors, la tradition du “perroquet du pape”, animal transporté au gré des déplacements du successeur de Pierre, se poursuit jusqu’au XVe siècle.
La “chambre du Perroquet”
En 1420, un document signale pour la première fois l’existence d’une “chambre du perroquet” dans le Palais apostolique, dans laquelle le pape réunissait les cardinaux en consistoire et se préparait avant de participer à des cérémonies solennelles. Sorte de confins entre l’espace privé et public, cette salle servait aussi à recevoir les ambassadeurs.
Sous Léon X, le symbolisme du perroquet au Vatican atteint son apogée : pour honorer le pape Médicis, le peintre Raphaël représente saint Jean-Baptiste le regard tourné vers un petit perroquet sud-américain. Reprenant la tradition romaine et médiévale qu’avait l’animal d’annoncer l’empereur, l’artiste associe le Baptiste avec un perroquet pour annoncer le pape comme représentant du Christ sur Terre.
Le canari de Pie XII
Bien plus tard, François remet l’animal au goût du jour lors d’une audience en 2014. Alors qu’il fend la foule place saint Pierre, un perroquet vient se poser sur ses doigts. La photo légendaire fait le tour du monde et suscite des commentaires affectueux. En bon fils spirituel de saint François, le 266e pape dira au propriétaire de l’animal : «c’est un très beau don de la nature». Cette tendresse pour le cacatoès ne l’empêchera pas de mettre en garde les fidèles contre le risque de prier comme des perroquets, c’est-à-dire machinalement.
Dans l’histoire récente de la papauté, le successeur de Pierre le plus proche des oiseaux fut cependant Pie XII. Le pape de le Seconde Guerre mondiale avait en effet une affection particulière pour un petit canari qu’il aimait voir se percher sur son doigt. Et si les membres de la Curie romaine pouvaient parfois se gausser de ce petit volatile – un drôle d’animal de compagnie pour un pape – , sa secrétaire, Sœur Pascalina prit grand soin de ce passereau qui apporta du réconfort à cet homme tourmenté.
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L'éléphant du pape, entre sagesse et exotisme 3/4
La découverte en 1962, à l’occasion de la modernisation d’un système de chauffage au Vatican, des restes d’un éléphant surprend tout le monde. Comment un pachyderme s’est-il retrouvé enterré au Vatican et comment est-il arrivé jusque-là?
1962. Alors que l’Église catholique s’apprête à lancer son aggiornamento en réunissant le Concile Vatican II, des ouvriers italiens s’activent sur un tout autre chantier dans le plus petit État du monde: la modernisation d’un système de chauffage devenu très obsolète. En creusant dans la cour du Belvédère, les terrassiers tombent sur un os. Puis une grande dent. Rapidement, on découvre que ces fragments de squelette appartiennent, à la surprise de tous, à un pachyderme qu’on a enterré là, au beau milieu du Vatican.
Silvio Bedini, historien américain intrigué par cette affaire, va mener une longue enquête pour comprendre comment un éléphant a pu arriver jusqu’ici. En 1997, il sort un ouvrage qui raconte la fabuleuse histoire d’Hanno, un éléphant venu d’Inde jusqu’au cœur de Rome.
Un cadeau diplomatique
Bien évidemment, cet éléphant blanc n’a pas atterri par hasard dans la Ville éternelle. Il est offert en guise de cadeau diplomatique par Manuel Ier, souverain du Portugal, au pape Léon X, en 1514. À cette époque, le Portugal souhaite consolider sa domination sur le commerce des épices et sur la route des Indes, et soigne donc ses relations diplomatiques. Pour féliciter le fils de Laurent de Médicis pour son élection au trône de saint Pierre – et se faire bien voir de ce grand amateur d’arts et de fêtes – le royaume lusitanien envoie une panoplie de présents, en particulier une dizaine d’animaux rares… dont le jeune pachyderme venu d’Inde.
En Italie, l’arrivée de l’animal exotique ne laisse à l’époque personne indifférent. La Péninsule garde encore la mémoire d’Hannibal et de ses éléphants de guerre qui traversèrent les Alpes en 218 avant Jésus-Christ pour marcher sur Rome… sans succès.
Cependant, le 19 mars 1514, la délégation arrive bel et bien à Rome après avoir drainé un grand nombre de spectateurs désireux d’admirer le mammifère. Le succès est total. À tel point qu’il donnera l’idée à Manuel Ier d’envoyer l’année suivante au pape un rhinocéros. Malheureusement pour la bête, elle sera victime d’une tempête en Méditerranée… et arrivera empaillée devant l’évêque de Rome.
Le “Testament de l’éléphant“
La présence d’Hanno au Vatican marque profondément la Ville éternelle et sa littérature. Après sa mort le 18 juillet 1516, le Bestiaire du pape raconte qu’une «féroce satire» s’est répandue à Rome sous la forme d’un testament dictée à la première personne par un éléphant. Dans ce texte qui est attribué à Pierre l’Arétin, le pachyderme explique léguer des parties de son corps aux différents cardinaux et institutions de la Curie romaine.
Chacun des ces legs – allant des nerfs aux mâchoires – est associé à des qualités morales. Par cet artifice, le “Testament de l’Eléphant” dénonce de manière très sarcastique tous les maux dont sont atteints la Curie. À titre d’exemple, l’animal dit léguer ses testicules à un haut prélat accusé d’avoir des relations avec une moniale.
Au-delà de ce texte lapidaire, le souvenir d’Hanno survécut au travers d’une œuvre d’art. Dans l’une des splendides estampes du mathématicien Sigismond Franti, le pachyderme est au centre d’un horoscope baptisé “Roue de l’éléphant”. L’œuvre est dédiée à Clément VII, second pape Médicis.
L’éléphant et l’obélisque
Au cours du XVIIe siècle, les textes rapportent la visite de deux autres éléphants à Rome sans toutefois qu’ils aient un lien avec les pontifes. Il faudra attendre la découverte du célèbre obélisque de la place de la Minerve – sous le pontificat d’Alexandre VII en 1665 – pour que l’animal soit de nouveau mis sur le devant de la scène par un pontife.
Pour mettre en valeur l’obélisque, le pape Chigi demanda à un savant connu pour sa connaissance de l’écriture égyptienne de lui fournir une interprétation. Ce jésuite du nom d’Anathase Kircher expliqua au pontife que cette colonne avait été consacrée par les Égyptiens au «génie suprême» dont le siège était fixé dans le soleil.
C’est finalement l’éléphant qui est choisi pour “supporter” cette forme de sagesse ancestrale. Il est sculpté par Ercole Ferrata à partir d’un dessin du Bernin. Sur le côté du monument, on peut d’ailleurs lire: «L’obélisque égyptien, symbole des rayons du soleil, est porté par l’éléphant du septième Alexandre comme un don. N’est-ce pas un animal sage?» Associé à Minerve, l’éléphant est aussi ici célèbre ainsi, pour les âges, le grand pouvoir du pape Alexandre VII. (cath.ch/imedia/cg/bh)
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L’âne et le pape, entre mimétisme et satire 4/4
Dans son Jésus de Nazareth, paru en 2007, le pape Benoît XVI avait surpris beaucoup de lecteurs en leur apprenant que l’Évangile de saint Luc ne mentionnait aucunement la présence, au sein de la Sainte Crèche, d’un âne ou d’un bœuf. L’ajout des deux animaux est en fait une construction a posteriori issue d’un extrait d’Isaïe. Le prophète avait annoncé l’arrivée d’un Messie: «Le bœuf a connu son propriétaire et l’âne la crèche de son maître, Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas…»
Si cette présence originelle de l’âne au côté du Christ se limite donc à la tradition folklorique, l’âne accompagne bel et bien le Christ à de nombreuses reprises durant sa vie: c’est en effet cet animal qui transporte la Vierge Marie à Bethléem avant sa naissance, puis en Égypte pendant la fuite de la colère d’Hérode. Et surtout c’est l’animal aux longues oreilles que le Christ choisit pour effectuer son entrée «royale» dans Jérusalem à l’aube de sa Passion.
Animal christique, l’âne est donc logiquement associé à la papauté, mais sa présence est discrète, et ambivalente. Cela pourrait s’expliquer par l’opposition originelle entre l’Église d’Orient et celle d’Occident à partir du IVe siècle. En effet, le patriarche de Constantinople ne montait pas de cheval mais, par humilité, suivait l’exemple du Christ et chevauchait un âne. Par opposition, il semblerait que la papauté ait privilégié le cheval, monture plus noble et plus rapide.
La monture du Christ
Néanmoins, la symbolique associée à l’âne est bien connue des papes, comme en atteste la fête médiévale de Cornomannia, une sorte de carnaval célébré à Rome le premier samedi après Pâques. À cette occasion, en présence de la population romaine, le pape assistait des scènes burlesques pendant lesquelles un archiprêtre chevauchait un âne, mais à l’envers. Une posture particulièrement infamante, parce qu’opposée à celle du Christ, et qui jouait un rôle cathartique typique de ce genre d’événements. Quelques années plus tard, c’est l’antipape Grégoire VIII, arrêté par le pape légitime Calixte II en 1121, qui se vit forcé, par humiliation, de chevaucher à l’envers une monture à grandes oreilles.
Rares sont les papes qui ont monté un âne. Un des seuls pontifes à l’avoir fait est Célestin V, moine ermite connu aussi pour être le seul évêque de Rome à avoir renoncé à sa charge avant Benoît XVI. La chronique de l’époque atteste en effet qu’en entrant dans la ville de L’Aquila en 1294, à 100 km à l’est de Rome, où il venait pour être couronné, le pontife aurait choisi, dans un geste mimétique reproduisant l’entrée de Jésus dans Jérusalem, de passer les portes de la ville des Abruzzes à dos d’âne.
Le monstre de Rome
La Renaissance met fin à l’utilisation symbolique de l’âne par les papes, l’animal étant de plus en plus associé, comme dans la culture païenne classique qu’on redécouvre alors, à la stupidité. Un événement va en donner la preuve.
En 1495, le Tibre rentre en crue. Sur le lit du fleuve, les Romains stupéfaits retrouvent le cadavre d’un étrange monstre aux formes hybride dont nul ne connaît aujourd’hui la véritable forme. La nouvelle fait le tour de la ville, du Latium et de toute la péninsule. Certains imprimeurs astucieux de la Ville éternelle profitent de l’engouement pour vendre des lithographies représentant la bête, laissant parler toute leur imagination, et rencontrent un succès certain. Des contemporains s’effraient alors encore plus et voient dans l’apparition de ce monstre dans la ville de saint Pierre le signe d’une décadence apocalyptique de la papauté.
Disparu de la "ménagerie" papale
En 1498, deux marchands originaire de la Bohème, en Allemagne, tombent par hasard sur l’une de ces gravures, et associent immédiatement l’étrange monstre – qui a une tête d’âne – à la corruption du pape. L’image est rapportée en Allemagne et copiée par des imprimeurs, diffusant l’image du “Papst-Esel“, le pape-âne, pour moquer le Trône de Pierre.
L’histoire ne s’arrête pas là. Martin Luther lui même, associé à Philippus Melanchton et au graveur Lucas Cranach, reprend l’outil de propagande et publie, en 1523, un pamphlet dans lequel il fait une exégèse de ce sinistre monstre qui hante Rome. La tête d’âne, affirme-t-il, est le signe de l’idiotie de la Curie romaine… chaque autre membre animal – éléphant, le rapace, le bœuf – étant associé à un défaut du Saint-Siège. Une attaque basse mais qui réussit, le Pape-Âne étant devenu, à l’image d’un loup-garou ou d’un vampire, un monstre célèbre dans la tradition protestante.
Depuis lors, l’âne a globalement disparu de la “ménagerie” de la papauté. On mentionnera juste, pour conclure, que le pape François, en 2015, a confié à des choristes qu’il «chantait comme un âne»! (cath.ch/imedia/cd/rz)
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