Marthe Robin: La naissance d’une mystique
Dans un livre paru début octobre 2020 dont l'auteur, le Père Conrad de Meester, accuse Marthe Robin de "fraude mystique". La thèse du carme, décédé en 2019, a soulevé un tollé, notamment du côté des Foyers de charité et de la famille de Marthe Robin. I.Media a mené l’enquête et propose une série de...
Marthe Robin: La naissance d’une mystique 1/5
Marthe Robin: la plus grande mystique du XXe siècle? 2/5
Marthe Robin: une enquête diocésaine 3/5
Marthe Robin: un procès à rebondissements 4/5
Marthe Robin: La naissance d’une mystique
Dans un livre paru début octobre 2020 dont l'auteur, le Père Conrad de Meester, accuse Marthe Robin de "fraude mystique". La thèse du carme, décédé en 2019, a soulevé un tollé, notamment du côté des Foyers de charité et de la famille de Marthe Robin. I.Media a mené l’enquête et propose une série de...
Marthe Robin: La naissance d’une mystique 1/5
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Marthe Robin: la plus grande mystique du XXe siècle? 2/5
La parution d'un livre remettant en cause la vie mystique de Marthe Robin a suscité une vague d'indignation. Nous poursuivons l'enquête sur cette affaire avec ce deuxième volet consacré à la vie de Marthe Robin et sur l'influence qu'elle aurait eue sur la création de nombreuses communautés et mouvem...
Marthe Robin: une enquête diocésaine 3/5
Après deux premiers épisodes consacrés à la vie “mystique” de Marthe Robin, I.MEDIA poursuit l’enquête avec deux volets consacrés au procès de béatification de celle qui fut déclarée Vénérable par l’Eglise en 2014. Un procès à rebondissements puisque le Père de Meester, alors expert, a soutenu la th...
Marthe Robin: un procès à rebondissements 4/5
La travail de la commission d'enquête est terminé. Les milliers de pages de l'enquête sont envoyées à Rome, à la congrégation pour la cause des Saints. Le Père Ravanel passe la main au Père Bernard Peyrous, prêtre de la communauté d'Emmanuel. La Congrégation se met au travail pour valider l'enquête....
Marthe Robin: La naissance d’une mystique 1/5
Par Hugues Lefèvre/I.Media
Dans un livre paru début octobre 2020, son auteur, le Père Conrad de Meester, accuse Marthe Robin de "fraude mystique". La thèse du carme, décédé en 2019, a soulevé un tollé, notamment du côté des Foyers de charité et de la famille de Marthe Robin. I.Media a mené l’enquête et propose une série de cinq articles pour comprendre l'affaire, en commençant par la vie de la "Mystique de la Drôme".
Pour faire la lumière sur cette affaire complexe et aux conséquences potentiellement graves, I.MEDIA a mené l’enquête et propose une série de cinq articles donnant à ses lecteurs des clés pour la comprendre. Nous vous proposons ici la première partie de la série consacrée à la vie de Marthe Robin.
Marthe Robin naît en 1902 à Châteauneuf-de-Galaure, petit village de la campagne drômoise (France). Elle est le sixième et dernier enfant de la famille. Ses parents exploitent une ferme dans laquelle vit modestement la fratrie. Jeune fille à la santé fragile, elle fréquente l’école jusqu’à ses 13 ans. Le Père Bernard Peyrous, qui fut postulateur de sa cause et qui a publié en 2006 Une Vie de Marthe Robin (Éditions de l’Emmanuel –Éditions Foyer de Charité), la décrit comme étant «intelligente, joyeuse, ouverte à l’avenir, serviable, volontiers taquine». Ses parents sont catholiques mais ne pratiquent pas. Pour autant, Marthe Robin fait sa première communion en 1912. Elle écrira avoir «toujours énormément aimé le Bon Dieu comme petite fille» et avoir «toujours énormément prié».
Durant l’été 1918, celle qui a alors 16 ans tombe gravement malade. A la fin de l’année, elle sombre durant quatre jours dans le coma et doit rester couchée 27 mois durant. Ne supportant plus la lumière, elle demande que sa chambre soit plongée dans le noir. Migraines violentes, fièvres, raideurs soudaines et totales de tout le corps, période de rémission et d’aggravation: ces symptômes montrent que la jeune femme serait atteinte d’encéphalite léthargique. Progressivement, après plusieurs crises, la maladie l’immobilise. En 1928, «la paralysie des membres inférieurs ne reculera plus, souligne le Père Peyrous. Les jambes se replient progressivement sous elle. Elle souffre en permanence».
L’acte d’abandon à Dieu et premiers stigmates
C’est dans cette décennie que Marthe Robin professe un «acte d’abandon et d’amour à la volonté de Dieu». Sophie Guex, actuelle postulatrice de la cause de béatification, confie à I.MEDIA que Marthe Robin «choisit alors de croire à l’amour infini de Dieu pour elle au sein de cette épreuve. C’est le message de Marthe: celui qui consiste à dire qu’on ne choisit pas les épreuves mais qu’on peut choisir la manière de les vivre, et de les vivre avec Dieu». Selon le Père Peyrous, c’est au début des années 1930 que celle que tout le monde appelle par son prénom reçoit les premiers stigmates du Christ. Elle revit «la Passion» les vendredis, et ce jusqu’à la fin de sa vie. « Je vis aussitôt mon lit transformé en une grande croix épineuse» écrit-elle dans un texte du 14 novembre 1931. À l’académicien Jean Guitton, auteur d’un livre sur Marthe Robin, la malade confie considérer ses stigmates comme un «feu brûlant, intérieur (et parfois extérieur). Un feu qui sortait de Jésus».
Dans son procès de béatification, cinquante personnes ont témoigné avoir «vu du sang couler des plaies de Marthe», révèle l’ancien postulateur de la cause en 2006. Des événements surnaturels qui ne sont pas isolés puisqu’au cours de sa vie, Marthe Robin aurait vécu de nombreux phénomènes spirituels extraordinaires dont on peut avoir un résumé dans l’ouvrage du Père Peyrous: «visions lumineuses de Marthe», «hosties reçues sans contact», «vision des cœurs, «'voyages' de Marthe», etc.
L’arrivée du Père Finet et la naissance des Foyers de Charité
En 1933, la mystique reçoit une "révélation» qu’elle consigne dans un texte qui deviendra fondateur pour les Foyers de Charité. «C’est alors qu’il (Jésus) me parla de l’Œuvre splendide qu’il voulait réaliser ici, à la gloire du Père, pour l’extension de son règne dans toute l’Eglise et pour la régénération du monde tout entier par l’enseignement religieux qui y serait donné et dont l’action surnaturelle et divine s’étendrait à tout l’univers», écrit-elle. Un an plus tard est créée une petite école de filles à Châteauneuf-de-Galaure.
En 1936, un prêtre lyonnais, le Père Georges Finet, se rend à son chevet. Cette rencontre est décisive puisque Marthe demande à celui qui était sous-directeur de l’enseignement libre à Lyon de prêcher une première retraite en septembre 1936 dans les locaux de la toute nouvelle école. C’est la première d’une longue série puisqu’il ne quittera plus Châteauneuf-de-Galaure jusqu’à sa mort, en 1990. Avec Marthe Robin, le Père Finet fonde les Foyers de Charité, ces centres rassemblant des laïcs, hommes et femmes, célibataires ou mariés, et des prêtres, qui participent à la nouvelle évangélisation notamment par la prédication spirituelle lors de retraites de six jours.
«Personne n’a jamais vu Marthe manger»
Devant l’influence grandissante et l’aura de Marthe Robin, l’évêque de Valence, Mgr Camille Pic, demande en 1942 à trois prêtres du diocèse de Lyon de se rendre à Châteauneuf-de-Galaure. Ils émettent un avis favorable, rapporte le Père Peyrous. Deux médecins se penchent également sur son cas. Ils établissement l’unique rapport médical sur Marthe Robin. Selon l’ancien postulateur de la cause, ils ont établi un «diagnostic opportun de la maladie» mais «se sont trouvés devant des phénomènes, comme les stigmates, qu’ils ne pouvaient pas nier, phénomènes qui ne pouvaient avoir de causes naturelles.»
«Marthe ne se nourrissait pas», affirme le Père Peyrous dans son ouvrage même s’il admet au détour d’une phrase qu’il est arrivé qu’«elle se traîne sur le plancher de sa chambre pour satisfaire parfois ses besoins intimes». «Personne n’a jamais vu Marthe manger», appuie la nouvelle postulatrice, Sophie Guex, qui a accès à l’ensemble des 17'000 pages du procès. Ainsi, Marthe Robin ne se serait nourrie durant plusieurs décennies que de l’Eucharistie.
Cette affirmation a été et est toujours la source de suspicions. Et certains regrettent qu’elle n’ait jamais été vérifiée de manière scientifique. Cela aurait pourtant pu être le cas, notamment en 1949. Le Père Bernard Peyrous rapporte en effet qu’un neuropsychiatre parisien se rendit chez Marthe Robin pour lui proposer de la «mettre en clinique pendant un ou deux mois afin de pouvoir convaincre [ses] collègues de la réalité des phénomènes extraordinaires». Réponse de Marthe Robin: «Docteur, je n’ai qu’une règle, celle de l’obéissance. Que mon directeur, mon évêque ou le Saint-Père évidemment, décident de m’hospitaliser, je dirai oui aussitôt et vous pourrez m’emmener si vous le désirez. Mais croyez-vous vraiment que le problème soit là où vous le cherchez?» Lorsque le docteur lui demande à nouveau, elle répond: «Non, docteur, le problème n’est pas là.»
"Il est certain que Marthe tente de se déplacer"
Concernant sa mobilité, il est admis que Marthe Robin soit restée sans sortir de sa chambre durant près de cinquante ans. Mais le Père Peyrous reconnaît que la maladie de Marthe Robin est faite « d’évolutions, mais aussi d’involutions». Ainsi, «même si ses jambes sont paralysées, il est certain que Marthe tente de se déplacer quand ses bras lui répondent […]. Elle s’appuie alors sur ses coudes, imprimant à son corps un mouvement de torsion sur le sol». Il écrit un peu plus loin: «elle n’est pas dans un milieu porteur: elle agit donc ainsi la nuit, dans les périodes où cela est possible», et il glisse qu’il est «probable qu’elle récupérera cette possibilité, à certaines périodes au moins, jusqu’à la fin de sa vie.» Ainsi, selon lui, cela pourrait expliquer pourquoi Marthe Robin fut retrouvée au matin de sa mort en bas de son lit: «Elle était alors dans une période où la locomotion – si l’on peut parler ainsi – lui était possible. Épuisée par la maladie, elle n’a pas pu remonter sur son lit.»
Cette hypothèse n’est toutefois pas acceptée par la famille de Marthe Robin «qui parle d’un scénario totalement improbable». Ses héritiers refusent de laisser dire que leur tante se déplaçait. À l’inverse, le Père Conrad de Meester affirme le contraire, comme nous le verrons plus tard dans notre enquête. La capacité ou non qu’avait la mystique de la Drôme de se mouvoir ou de se nourrir demeure, près de quarante ans après sa mort, source de vives suspicions. (cath.ch/imedia/hl/bh)
Retrouvez le 2e épisode de notre série mardi 13 octobre. Marthe Robin a-t-elle eu une influence dans la création de communautés et de mouvements spirituels?
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Marthe Robin: la plus grande mystique du XXe siècle? 2/5
Par Hugues Lefèvre/I.Media
La parution d'un livre remettant en cause la vie mystique de Marthe Robin a suscité une vague d'indignation. Nous poursuivons l'enquête sur cette affaire avec ce deuxième volet consacré à la vie de Marthe Robin et sur l'influence qu'elle aurait eue sur la création de nombreuses communautés et mouvements spirituels. Une filiation revendiquée par certains que contestent les membres de la famille de Marthe.
Marthe Robin ne sort pas de sa chambre mais reçoit beaucoup de monde, notamment les retraitants qui passent par Châteauneuf-de-Galaure. Les Foyers de Charité estiment que plus de 100'000 personnes se seraient pressées au pied de son lit jusqu’en 1981. Lors de ses rencontres, ni prophéties, ni commandements. Le Père Peyrous rapporte que «Marthe ne donnait pas de conseils affirmatifs, encore moins catégoriques. Elle posait des questions, faisait des suggestions, dégageait les fausses pistes et laissait la personne conclure d’elle-même».
«Un livre entier pour traiter de l’influence de Marthe»
On compte, parmi les visiteurs de Marthe Robin, des laïcs, des prêtres, des évêques, des intellectuels mais aussi des fondateurs et fondatrices de communautés nouvelles désireux de rencontrer celle qui avait “prophétisé” peu avant le Concile Vatican II une nouvelle « Pentecôte d’Amour ».
Marthe Robin rencontre ainsi ceux qui sont ou seront responsables de nombreux mouvements comme la communauté de l’Emmanuel, les Béatitudes, la communauté de Saint-Jean, l’Arche de Jean Vanier, Notre-Dame de la Sagesse, la Fraternité monastique de Jérusalem, les Petits Frères de Marie Mère du Rédempteur, les Petites Sœurs de Nazareth, les Missionnaires de Notre-Dame, l’Office culturel de Cluny, les Chanoines réguliers de Champagne-sur-Rhône, la Fraternité Bethléem-Saint-Benoît, le Foyer Marie-Jean, la communauté Nouvelle Alliance, les Petites Sœurs mariales d’Israël et de Saint-Jean ou bien encore l’œuvre d’éducation de l’Eau Vive. Son ancien postulateur écrit: «il faudrait sans doute un livre entier pour traiter de l’influence de Marthe».
Une «filiation» contestée
Or, cette «filiation» proclamée par certains fondateurs de communautés nouvelles pose aujourd’hui problème, notamment aux membres de la famille Robin. Refusant que leur grande tante soit considérée comme la «prophétesse qui aurait annoncé le Renouveau charismatique des années 1970», ils contestent cette filiation.
Contactée par I.MEDIA, Marie-Hélène Gaillard, petite-nièce de Marthe Robin, estime d’une part que certains ont cherché à «détourner à leur profit la notoriété de Marthe». D’autre part, elle se désole que, «parmi ces fondateurs, certains se sont révélés par la suite être des pervers manipulateurs, salissant par ricochet la figure Marthe Robin». On peut citer par exemple les noms des Pères Marie-Dominique et Thomas Philippe ou du laïc Jean Vanier, tous trois auteurs – selon des révélations déplorées par leur communauté et la hiérarchie de l’Église catholique en France – d’abus spirituels et sexuels.
De son côté, la postulatrice Sophie Guex reconnaît que Marthe n’a cessé d’encourager les personnes qu’elles recevaient à annoncer l’Evangile. «Comment les gens se sont-ils servis de ces encouragements?», se demande-t-elle, reconnaissant que, «certains ont pu se prévaloir publiquement d’un encouragement de Marthe et présenter une vision partielle. Il n’y avait pas d’enregistreur dans la chambre de Marthe donc on a forcément qu’une vision partielle au final». Sophie Guex souligne par ailleurs que «Marthe Robin, qui aimait l’Eglise, renvoyait toujours au supérieur hiérarchique».
Mort de Marthe et début d’un procès hors norme
Quand Marthe Robin meurt en 1981 à l’âge de 78 ans, 52 Foyers de Charité ont été créés et se sont déployés partout dans le monde. On compte alors près de 750 membres, des laïcs consacrés et des prêtres. Quatre évêques, deux cents prêtres et plus de cinq mille personnes assistent à son enterrement dans le petit village de Châteauneuf-de-Galaure. Si certains restent dubitatifs – en témoigne un article du journal Le Monde publié à la mort de la mystique -, elle est considérée par un grand nombre de catholiques comme l’une des plus grandes mystiques du 20e siècle.
Cinq ans après sa mort, le Conseil pontifical pour les laïcs reconnaît l’œuvre des Foyers de Charité comme association internationale de fidèles de droit pontifical. C’est aussi l’année où s’ouvre son procès de béatification, conformément à la règle qui prévoit un délai de cinq ans après la mort d’une personne pour entamer une procédure. Celle-ci, toujours en cours, est aujourd’hui directement contestée par la sortie du livre du Père Conrad de Meester, expert qui a rendu son rapport aux débuts des années 1990. (cath.ch/imedia/hl/bh)
Retrouvez le 3e épisode de notre série le 14 octobre. Un retour sur le procès hors norme de la cause de béatification de Marthe Robin. Un procès dans lequel l’un des experts a donc décrit la paralysée de la Drôme comme une «princesse du mensonge».
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Marthe Robin: une enquête diocésaine 3/5
Par Hugues Lefèvre/I.Media
Après deux premiers épisodes consacrés à la vie “mystique” de Marthe Robin, I.MEDIA poursuit l’enquête avec deux volets consacrés au procès de béatification de celle qui fut déclarée Vénérable par l’Eglise en 2014. Un procès à rebondissements puisque le Père de Meester, alors expert, a soutenu la thèse que Marthe Robin était une fausse mystique.
Cinq ans après sa mort survenue le 6 février 1981 s’ouvre le procès en béatification de Marthe Robin par la décision de Mgr Didier-Léon Marchand, évêque de Valence, à la demande des Foyers de Charité. C’est le début d’une enquête diocésaine qui va durer dix ans. Suivant la procédure, l’évêque du lieu sollicite Rome pour obtenir l’autorisation de procéder à l’instruction de la cause.
1986-1996: la phase diocésaine
Cette demande, envoyée à la Congrégation pour la cause des Saints, doit notamment permettre aux différents dicastères romains de “fouiller” dans leurs archives et vérifier si un dossier compromettant pourrait entraver la cause. Lorsque rien ne s’y oppose, Rome délivre ce qu’on appelle le Nihil Obstat. Il est accordé à la cause de Marthe Robin en 1991. Parallèlement, Mgr Marchand demande l’avis des évêques de la province ecclésiastique sur la pertinence d’une telle démarche. Celui-ci est favorable.
Conformément au droit canon, l’évêque de Valence nomme un tribunal pour instruire le dossier. Les membres de cette commission canonique d’enquête prêtent serment et jurent de garder le secret «en toutes choses qui pourraient nuire au serviteur de Dieu ou à d’autres personnes».
Mgr Marchand désigne également un postulateur sur proposition des Foyers de Charité. C’est le Père Jacques Ravanel, alors responsable du foyer de la Flatière, en Haute-Savoie (France), qui hérite de la tâche. Cheville ouvrière de la procédure, il a pour fonction d’apporter tous les éléments de preuve pour fonder la réputation de sainteté de Marthe Robin.
700 témoignages recueillis et 126 témoins auditionnés
Au début du processus, l’évêque a publié un décret annonçant l’ouverture de l’enquête. Ainsi, toutes les personnes qui souhaitent s’exprimer positivement ou négativement sur Marthe Robin sont invitées à le faire. Un notaire enregistrera leurs dépositions. En tout, environ 700 témoignages sont recueillis et 126 témoins sont auditionnés lors de cette phase initiale.
Sophie Guex, l’actuelle postulatrice de la cause, confie que seule une personne se montre alors «dubitative». Les 125 autres décrivent notamment «l’humilité, la joie et la bonté» de Marthe Robin mais aussi «la simplicité et l’authenticité de ses conseils». Présent lors des auditions, un promoteur de justice est chargé de vérifier leur bon déroulement. Tout au long de l’enquête diocésaine, il veillera à ce que le processus avance conformément aux règles canoniques.
Le rôle et les thèses du Père Conrad de Meester
Parmi les experts de la commission se trouvent, comme il est d’usage, deux censeurs. Ces derniers doivent étudier les écrits de Marthe Robin et vérifier s’ils comportent des éléments allant contre la foi ou les mœurs. Le Père Conrad de Meester, carme déchaussé de la Province des Flandres, grand spécialiste de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de sainte Élisabeth de la Trinité, est choisi en 1988 par Mgr Marchand pour être l’un d’eux. Il étudie alors plus de 4'000 pages dactylographiées, correspondant aux lettres et écrits de la mystique.
Il réalise un premier rapport en 1989 qui sera complété en 1994. Selon les informations que I.MEDIA s’est procurées, le carme aurait obtenu à l’époque l’autorisation de photocopier les archives pour les rapporter en Belgique, où il vivait. Autant d’éléments qu’il gardera pour poursuivre son enquête après qu’il a rendu ses travaux à la commission.
Selon les carmes déchaussés de la Province des Flandres qu’I.Media a contactés, le Père Conrad «a soigneusement lu et étudié tous ces documents. Il en résultait un rapport volumineux, soulevant nombreuses interrogations».
Les hypothèses du Père Conrad de Meester
Il n’est pas possible d’affirmer avec certitude ce que contient cette première étude du religieux. Mais le carme aurait déjà émis au moins quatre hypothèses. La première est celle d’une Marthe Robin qui aurait plagié en reprenant, dans ses extases notamment, des textes de mystiques et de grands saints de l’Eglise. Elle aurait même écrit certains textes alors qu’il était entendu que, du fait de sa maladie la rendant progressivement aveugle et paralytique, elle était dans l’incapacité de rédiger quoi que ce soit.
La deuxième hypothèse est celle d’une Marthe Robin qui se serait nourrie. La troisième est celle d’une Marthe Robin qui se serait déplacée. La quatrième, que le sang qui coulait parfois de son front n’était pas le sien.
Au final, pour le Père de Meester, Marthe Robin s’est livrée à un comportement frauduleux. Dans un extrait de l’expertise de l’époque, il écrit que cette «malade» «manipule magistralement et avec une lucidité pour ainsi dire jamais en défaut, jusqu’à la fin de sa vie».
19 expertises sont effectuées lors de l’enquête diocésaine
En 1989, le rapport d’expertise du Père Conrad est l’un des premiers à atterrir dans le dossier de la cause. Complété en 1994, il compte en tout 330 pages. «Il représente 5 volumes sur les 55 volumes de la phase diocésaine», indique Sophie Guex. Les conclusions du carme font l’effet d’une douche froide tant elles contredisent l’image de la paralysée de la Drôme. Elles renforcent l’idée de multiplier les expertises pour approfondir certains éléments de la vie de la mystique.
Durant la phase d’instruction, une batterie d’expertises est lancée sur le plan médical (neurologique, psychiatrique, psychologique, etc.) mais aussi démonologique, graphologique, judiciaire, théologique ou encore littéraire. En tout, 19 expertises sont effectuées lors de l’enquête diocésaine – il y en aura sept supplémentaires demandées lors de la phase romaine.
Sans entrer encore sur le fond des arguments du Père Conrad, on constate, chez les Foyers de Charité comme du côté de la famille de Marthe Robin, que le carme a débordé de ses prérogatives pour réaliser ce premier rapport. «Il doit vérifier la conformité des textes mais s’improvise tout d’un coup graphologue et puis médecin», tacle un membre de Foyer de Charité qui poursuit: «lorsqu’on doit se faire opérer du cœur, on préfère aller voir un chirurgien qu’un théologien…».
Nous avons demandé à Mgr Marchand les raisons pour lesquelles il avait choisi le Père Conrad de Meester comme censeur et s’il avait été effectivement surpris par la tonalité et le contenu de ces travaux, comme le rapporte le Père Vignon, prêtre de la Drôme, qui défend sans relâche la cause de Marthe Robin. Au téléphone, l’archevêque émérite de Valence n’a pas souhaité commenter.
Quoi qu’il en soit, le travail de recherche de la commission se poursuit jusqu’en 1996, année durant laquelle l’évêque de Valence clôt l’instruction diocésaine. (cath.ch/imedia/hl/bh)
Retrouvez le 4e épisode de notre série jeudi 15 octobre. Marthe Robin est finalement déclarée vénérable par le pape François. Les Foyers s'activent à préparer la béatification.
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La travail de la commission d'enquête est terminé. Les milliers de pages de l'enquête sont envoyées à Rome, à la congrégation pour la cause des Saints. Le Père Ravanel passe la main au Père Bernard Peyrous, prêtre de la communauté d'Emmanuel. La Congrégation se met au travail pour valider l'enquête. Le pape déclare finalement Marthe Robin vénérable. On s'active alors pour préparer la béatification, mais de mauvaises nouvelles contrarient le processus.
Les milliers de pages de l’enquête franchissent les Alpes et atterrissent à la Congrégation pour la cause des Saints. Nouvelle étape, nouveau postulateur, comme il est parfois d’usage. Le Père Ravanel passe la main au Père Bernard Peyrous, prêtre de la communauté de l’Emmanuel.
Experte dans le discernement des causes, la Congrégation commence d’abord par étudier la validité de l’enquête, vérifiant notamment la pluralité des témoins entendus. En 1998, la Congrégation romaine promulgue un décret qui ratifie le bon respect des règles.
La positio prend en compte les hypothèses du Père Conrad
Puis commence en 1998 la rédaction de la positio par un rapporteur – qui appartient à la Congrégation – et le postulateur. Le binôme opère comme on rédige une thèse, avec le rapporteur en directeur de thèse et le postulateur en doctorant, explique un membre de la Congrégation pour la cause des saints que I.MEDIA a contacté sur ce dossier. Le rapporteur veille ainsi à ce qu’aucun élément important du dossier de l’instruction ne soit omis ou bien exagéré.
Contactée par I.MEDIA, la Congrégation pour la cause des saints explique que «tout ce qui est contenu dans le rapport d’expert du Père de Meester (336 pages) et tout ce qu’il a lui-même exposé devant le Tribunal diocésain au cours de son audition (72 pages), avec son argumentation et ses observations écrites, sont intégralement rapportés dans l’imposante positio».
Elle ajoute que la positio contient également «des documents visant à faire la lumière sur les problématiques signalées, par exemple une expertise graphologique, une évaluation médicale, etc.»
Les théologiens valident en connaissance de cause
En 2010, la positio, sorte de résumé de 2'000 pages de l’enquête diocésaine, est finalisée. Le recueil est alors soumis en 2012 à neuf théologiens qui prennent le temps de l’étudier séparément. Ces théologiens ont accès à l’ensemble des éléments de l’enquête – contrairement aux experts de la phase diocésaine qui ne travaillaient que dans leur champ d’activité; ainsi, le Père de Meester n’a pas eu accès aux autres rapports d’expertise.
Puis les théologiens se réunissent autour du Promoteur de la foi. Chacun lit son avis et donne son intention de vote: «affirmatif», «négatif» ou «suspensif» – lorsqu’un ou plusieurs éléments du dossier sont à approfondir. Après une discussion, le collège de théologiens vote. Dans le cas où les deux tiers des votes sont favorables, la cause est transmise aux cardinaux et évêques membres de la Congrégation.
Dans le cadre du procès de Marthe Robin, il ne nous est pas donné de savoir avec quelle majorité sa cause l’a emporté ni d’affirmer si des approfondissements ont été demandés par les théologiens. Néanmoins, il est probable que cela ait été le cas à ce stade puisque sept expertises supplémentaires ont été requises lors de la phase romaine.
Le pape François, en dernier juge, proclame Marthe Robin Vénérable
L’étape des théologiens franchie, la positio arrive en 2014 chez les cardinaux et évêques membres de la Congrégation. Encore une fois, impossible de savoir quelle fut la teneur des échanges lors de l’étude de la positio par les prélats.
Mais leur décision finale est positive puisque, cette même année, le pape François, en dernier juge, proclame Marthe Robin vénérable. L’Eglise catholique reconnaît alors l’héroïcité des vertus de la mystique de la Drôme, c’est-à-dire la perfection de l’amour humain et chrétien, et son déploiement dans toute la vie.
Les Foyers s’activent pour préparer la prochaine béatification…
À cet instant, rien ne semble plus s’opposer à une béatification de Marthe Robin. L’Eglise a tranché et a clos un dossier qu’elle n’ouvrira plus. Autrement dit, plus rien ne peut remettre en cause sa qualité de vénérable. Désormais, un nouveau dossier doit sanctionner un miracle pour valider une béatification.
Selon nos informations, un miracle est alors à l’étude. Il semble qu’il ait eu lieu dans le cadre d’une prière charismatique. En 2015, du côté de Châteauneuf-de-Galaure, on s’active pour préparer la prochaine béatification. «Il y a eu une certaine précipitation, peut-être un manque de prudence et d’humilité», reconnaît un membre des Foyers de Charité.
Le cofondateur des Foyers de Charité accusé d’abus sexuel
Car une série d’événements va venir freiner puis bloquer le processus – officiellement toujours en cours. Le premier intervient en 2016 quand le cardinal Ricard, archevêque de Bordeaux, en lien avec les responsables de la communauté de l’Emmanuel, indique prendre «des mesures conservatoires» à l’égard du père Peyrous, alors postulateur de la cause, «à la suite de gestes gravement inappropriés vis-à-vis d’une femme majeure». Un nouveau postulateur doit reprendre le dossier. Sophie Guex, membre des Foyers de Charité est nommée deux ans plus tard, en 2018.
Autre révélation qui concerne davantage le dossier Marthe Robin. Au printemps 2020, les Foyers de Charité révèlent les résultats d’une enquête indépendante sur le cofondateur de l’œuvre. Une enquête faite à la demande du Modérateur des Foyers de charité. Elle établit que le Père Finet a posé des gestes gravement déviants sur des élèves durant une période allant de 1945 à 1983. «26 femmes, principalement des anciennes élèves de Châteauneuf-de-Galaure, alors âgées pour la plupart de 10 à 14 ans, ont dénoncé le comportement du Père Finet au cours de confessions», indique le communiqué.
«Marthe n’était ni une voyante ni une magicienne»
Ces annonces sur le père spirituel de Marthe Robin – révélations actuellement contestées en justice par un collectif d’anciennes élèves des Foyers de Charité – sèment le trouble. «Comment Marthe Robin, dont on dit qu’elle sondait les cœurs, ne s’est pas aperçue des dérives du cofondateur?» se demandent légitimement bon nombre de catholiques.
À cette question, le modérateur des Foyers de Charité, le Père Moïse Ndione répond dans l’hebdomadaire Famille Chrétienne: «Marthe n’était ni une voyante ni une magicienne, et ceux qui le pensent se trompent.» A cet instant, si l’on répète que ces révélations n’auront pas d’effets sur la procédure de béatification en cours, certains, même au sein des Foyers, en doutent.
Enfin, le troisième événement venant bousculer le dossier Marthe Robin est évidemment la sortie du livre de Conrad de Meester, le 8 octobre dernier. Développant ses premières thèses des années 1990 dans un ouvrage rédigé jusqu’en 2019, année de sa mort, le Père Conrad de Meester dit révéler une vaste imposture en dressant le portrait d’une «princesse du mensonge».
«Ce qui nous arrive, c’est Hiroshima et Nagasaki»
«Après la bombe sur le Père Finet, voilà le livre du Père de Meester. Ce qui nous arrive, c’est Hiroshima et Nagasaki», lâche Marie-Hélène Gaillard, petite-nièce de Marthe Robin, révoltée par ces «révélations qui sonnent comme une insulte». Une insulte contre sa grande tante mais aussi «contre l’Eglise qui, à travers le travail de la Congrégation pour la cause des Saints, se serait trompée». Mais est-ce seulement possible?
Retrouvez le dernier épisode de noter série vendredi 16 octobre. Il développera les enjeux que soulève l'affaire Marthe Robin et tentera de répondre à cette question: Marthe Robin peut-elle encore être béatifiée?
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