Mariage pour tous: le droit au-delà des sentiments
Le mariage pour tous, soumis au vote populaire le 26 septembre 2021, soulève de délicates questions éthiques et sociales. Progrès nécessaire pour mettre fin à une discrimination, ou atteinte aux droits de l’enfant et à la famille?
Mariage pour tous: le droit au-delà des sentiments
Mariage pour tous: «Trop de questions sans réponses», juge Mgr Lazzeri
Mariage pour tous: des opinions divergentes chez les évêques suisses
L’EERS confirme son oui au mariage pour tous
Mariage civil pour tous: pas comme cela, pour les évêques suisses
Mariage pour tous: "Les chrétiens se marient comme tout le monde"
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Mariage pour tous: des opinions divergentes chez les évêques suisses
L'hebdomadaire alémanique Weltwoche présente les opinions de deux évêques suisses sur la question du 'mariage pour tous'. Si Mgr Felix Gmür estime que la question ne concerne pas vraiment l'Eglise, Mgr Marian Eleganti pense au contraire que l'institution doit clairement exprimer son opposition.
L’EERS confirme son oui au mariage pour tous
L’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) rappelle son adhésion au mariage pour tous, sur lequel le peuple suisse se prononcera le 26 septembre 2021.
Mariage civil pour tous: pas comme cela, pour les évêques suisses
La Conférence des évêques suisses (CES) « ne peut pas accepter sous cette forme le projet „mariage pour tous“ adopté par le Parlement le 1er décembre 2020. Après le Conseil national, le Conseil des Etats a approuvé la réforme du projet de loi dans sa version la plus extensive, qui inclut le don de s...
Mariage pour tous: "Les chrétiens se marient comme tout le monde"
Faut-il ouvrir le mariage civil pour tous? Les chrétiens sont divisés. Au fil du temps, cette union qui lie deux personnes a passablement évolué. Petit éclairage historique, proposé par Hélène Bricout, professeur de théologie à l'Institut catholique de Paris.
Mariage pour tous: le droit au-delà des sentiments
Le mariage pour tous, soumis au vote populaire le 26 septembre 2021, soulève de délicates questions éthiques et sociales. Progrès nécessaire pour mettre fin à une discrimination, ou atteinte aux droits de l’enfant et à la famille? Le prêtre et blogueur valaisan Michel Salamolard et le juriste et catholique jurassien engagé Bastien Eschmann, en débattent pour cath.ch.
Quelle est pour vous la nécessité ou pas du changement légal établissant le mariage pour tous?
Bastien Eschmann: Nous sommes en 2021 dans un Etat de droit qui prévoit une série de principes fondamentaux dont l’égalité de traitement devant la loi. Pour moi, une personne, quelle que soit son orientation sexuelle, doit pouvoir être traitée par l’Etat de manière égalitaire. Le partenariat enregistré établi en 2007 n’est pas l’équivalent du mariage, notamment en ce qui concerne la naturalisation facilitée, les assurances sociale et l’adoption. Rien ne légitime ces différences de traitement.
Michel Salamolard: Cette réforme ne s’imposait pas du tout. Cette proposition vient des milieux LGBT ce qui est normal, mais aussi du Conseil fédéral qui a poussé à légiférer sur la question. Le parlement a suivi, à mon avis, de manière imprudente, sans aller au fond des choses. Du point de vue du droit, il existe aussi un autre principe qui dit que le droit ne peut pas traiter de la même manière deux réalités objectivement différentes. Du point de vue de la personne, Il n’y a certes pas de différence de droit entre hétéros et homos, pas de différence non plus pour la vie en couple, mais par rapport à la reproduction la différence est fondamentale, on ne peut ni la gommer, ni la camoufler.
Les partisans du mariage pour tous, mais aussi le Conseil fédéral, insistent sur l’aspect symbolique de la démarche.
M.S.: On joue beaucoup sur le symbole: l’égalité, le droit, l’amour. Mais au-delà, nous devons examiner les effets profonds. Le premier est la suppression et du mariage universel et du partenariat enregistré au profit d’une union civile qui définit de manière arbitraire le mariage sans rapport avec le réel. Comme si le législateur pouvait inventer une définition du mariage, de l’homme ou de la femme en dehors de la réalité biologique, selon les pressions et les modes du moment.
B.E.: Je ne nie pas l’aspect symbolique qui est important. Avoir enfin pour les couples de même sexe une institution égalitaire est essentiel. En outre des droits en découlent. Ce qui n’est pas seulement symbolique. Les personnes pourront effectivement en bénéficier. Je ne nie pas que dans l’histoire le mariage concernait d’abord un homme et une femme. Mais je retiens que l’institution a beaucoup évolué, du mariage forcé ou arrangé avec une dimension économique, au mariage d’amour. Le mariage est une institution humaine. Pour moi il est une union entre deux personnes désireuses de partager un chemin commun et d’avoir pour cela une reconnaissance de l’Etat. En partant de cette définition, je ne vois pas pourquoi l’Etat ne pourrait pas reconnaître le mariage de couples de même sexe.
"Un couple homosexuel ne pourra jamais procréer de façon naturelle, c’est impossible. On n’y peut rien".
M.S.: La question n’est pas seulement historique. Si nous prenons les caractéristiques du mariage, ce qui a varié, ce sont les aspects seconds. La seule chose fondamentale et constante est l’altérité sexuelle. La réalité de la tendance homosexuelle foncière est une donnée objective. Elle n’est ni la faute des homosexuels, ni des hétérosexuels, ni de la société. Il n’y a donc pas de solution parfaite. Le nouveau mariage pour tous en est une, mais à mon avis très mauvaise.
L’argument principal en faveur du mariage pour tous est la notion de l’égalité.
M.S.: Parler d’égalité entre deux personnes est juste. Si le mariage est seulement le fait d’accorder à toute personne l’égalité sans tenir compte, de son sexe ou de son orientation sexuelle, la chose est évidente. Si le mariage consiste seulement à organiser la vie commune de deux personnes, il n’y a pas de problème. Mais où l’on atteint la quadrature du cercle, c’est lorsque qu’hétérosexualité et homosexualité sont mises en lien avec la reproduction. On se trouve là devant une une inégalité totale qui commence par la différence biologique entre la femme et l’homme. Le rôle de la femme d’accueillir en elle l’enfant, pendant neuf mois, avec les échanges physiques et affectifs, est évidement fondamentalement différent de celui de l’homme. Un couple homosexuel ne pourra jamais procréer de façon naturelle, c’est impossible. On n’y peut rien.
B.E.: Un couple hétérosexuel stérile ne peut pas non plus avoir d’enfant. Or le droit civil actuel permet à ce couple-là d’avoir recours au don de sperme et à la procréation médicalement assistée (PMA). Ainsi, on accorde déjà un droit à l’enfant pour ce couple. Du moment où une femme hétérosexuelle peut avoir accès au don de sperme, je ne vois pas ce qui peut poser problème lorsque deux femmes font cette même demande. C’est une question d’égalité.
Dans la réforme proposée, la question de la parentalité et de la filiation semble donc la plus délicate.
M.S.: Avec la stérilité, nous sommes dans un cas d’exception. Un couple normalement constitué n’est pas stérile. Dans le cadre d’un couple homosexuel cette exception serait érigée en règle, comme si elle devenait un droit. Une autre conséquence importante pour l’enfant est qu’il est alors privé d’un de ses deux modèles parentaux qui représentent anthropologiquement les deux parts de l’humanité. Cela pourrait lui compliquer la construction de sa propre identité affective et sexuelle. Il est aussi privé du droit, établi par la Convention des droits de l’enfant, d’être élevé par ses parents biologiques.
B.E.: La loi en votation n’ouvre pas du tout la voie aux mères porteuses. Cela dit, il existe déjà des familles arc-en-ciel homoparentales dans lesquelles les enfants se développent bien. Des études menées depuis les années 1980, surtout aux Etats-Unis, concluent qu’un enfant peut être heureux avec deux mamans ou deux papas pour autant qu’on lui offre de l’amour et de la stabilité. Ce qui n’est pas forcément toujours le cas dans les familles ordinaires. En principe dans un couple homosexuel, un enfant est vraiment un projet commun désiré et espéré. Donc l’accueil sera assuré. Le mariage pour tous vient aussi protéger les relations au sein de ces familles-là. La figure paternelle manquante peut être trouvée ailleurs auprès d’un oncle ou d’un grand-père par exemple.
"J’espère bien que dans vingt ou trente ans les gays-pride ne soient plus nécessaires pour défendre les droits des LGBT."
Le mariage est l’union de deux personnes mais il établit aussi la famille comme réalité sociale et base de la société.
M.S.: A mon sens, nous avons actuellement en Suisse un bon modèle, avec le mariage et le partenariat enregistré. Je plaiderais pour continuer à garder les deux choses séparées, et à faire évoluer si nécessaire le partenariat, mais sans conséquence pour le mariage. La grosse erreur est de prétendre mettre sous un même chapeau deux réalités différentes. J’ai un peu l’impression que des personnes qui étaient fières de ce qu’elles sont, qui revendiquaient leur droit à la différence, aspirent aujourd’hui à disparaître dans un grand placard social.
B.E.: Je ne vois pas ce qui peut justifier au niveau du doit civil qu’on n’aie pas la même institution pour tous. Il faut aussi remettre les choses dans leur contexte. Chez nous l’homosexualité était réprimée et elle est encore parfois mal vue. Nous allons vers une normalisation et une égalité, et la fierté homosexuelle est moins forte. J’espère bien que dans vingt ou trente ans les gays-pride ne soient plus nécessaires pour défendre les droits des LGBT. Plus d’égalité fait progresser la démocratie.
Pour les opposants, le mariage pour tous représente un danger pour le mariage hétérosexuel universel.
M.S.: Je crains une perte de reconnaissance, pour les couples hétérosexuels, mariés ou pas d’ailleurs, de la contribution énorme qu’ils apportent depuis toujours à l’existence et à la perpétuation de la société. C’est l’hétérosexualité qui fait l’humanité, même si le fait que les personnes homosexuelles aient une place au grand jour est une très bonne chose. Le statut du couple hétérosexuel ne lui revient pas par une volonté quelconque du législateur, mais bien par la réalité de la nature. Pour un tel changement, on aurait dû modifier la Constitution fédérale qui implicitement considère le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme.
B.E.: Je ne vois pas ce que le mariage pour tous viendrait enlever au mariage hétérosexuel pour lequel rien ne change. La reconnaissance reste. L’initiative du PDC contenant la définition du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme rejetée par le peuple en 2016, même si le refus avait peut-être aussi d’autres raisons, montre bien une évolution des mentalités. Une personne homosexuelle n’a pas choisi de l’être. Le droit doit donc être égalitaire. (cath.ch/mp)
Prêtre du diocèse de Sion aujourd’hui retraité, l’abbé Michel Salamolard suit depuis de nombreuses années la question du mariage pour tous à la quelle il a d’ailleurs consacré un livre en 2014 : La Suisse a-t-elle mal à son mariage ? aux Editions St-Augustin.
Bastien Eschmann, titulaire d’un master en droit, secrétaire de la Municipalité de Court dans le Jura bernois, également engagé dans la vie politique et paroissiale, milite en faveur du mariage pour tous. Elu au sein du Conseil de ville de Moutier, il est en train de réaliser un master en administration publique, à l’Université de Lausanne.
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Mariage pour tous: «Trop de questions sans réponses», juge Mgr Lazzeri
Les conséquences implicites du "mariage civil pour tous" ne concernent pas seulement ceux qui le contracteront. C’est ce que rappelle Mgr Valerio Lazzeri à la veille de la votation du 26 septembre. Pour l’évêque de Lugano, l’impact de la nouvelle loi sur la filiation et la parentalité ne peut pas être traité à la légère.
Par Maurice Page
«L'Église catholique d'aujourd'hui n'est qu'une composante de la société complexe dans laquelle nous vivons. Elle ne prétend pas pouvoir imposer à tous sa vision de la famille et du mariage», admet Mgr Lazzeri dans sa prise de position du 7 septembre 2021.
«Elle ne s'oppose pas au fait que l'État, de manière de plus en plus adéquate, veille également à ce que les unions entre personnes de même sexe bénéficient de la protection juridique appropriée. Cependant, elle ne peut se soustraire à la tâche de faire entendre sa voix sur ce qui lui tient à cœur, c'est-à-dire ce qui, à la lumière de la Parole de Dieu, lui apparaît comme authentiquement humain et inaliénable.»
Différence et discrimination
L’évêque de Lugano s’interroge d’abord sur la notion d’égalité mise en avant par les partisans du mariage pour tous. Selon eux, «le principe, généralement considéré comme acquis, est que la reconnaissance d'une différence entraîne nécessairement une discrimination. Ainsi, continuer à réserver le terme "mariage" à l'union entre un homme et une femme en vue de la génération et de l'éducation des enfants reviendrait à perpétuer une situation d'injustice à l'égard des couples de même sexe.» Ces couples ne peuvent pas en effet aujourd'hui se prévaloir de certaines des prérogatives attachées au lien contracté par deux personnes de sexe différent. Dans un premier temps, il s'agirait donc de reformuler la définition d'un terme conventionnel, afin d'éliminer une inégalité de traitement manifeste entre les ressortissants d'un même État.
Il ne s’agit pas d’un simple ajustement de langage
Mais pour Mgr Lazzeri, «quel que soit le point de vue adopté, il est clair que nous ne sommes pas en présence d'une demande de simple ajustement linguistique. En effet, chacun peut constater qu'en donnant le statut de mariage civil aux partenariats de même sexe, l'objectif est de reconnaître le droit à la parentalité pour tous les couples.
Le scénario qui se dessine n'est donc pas seulement celui de la possibilité d'adopter, mais aussi de recourir légitimement à des interventions, en dehors du lien conjugal lui-même, qui sont nécessaires pour avoir des enfants dans toute situation d'infertilité.»
Pour une réflexion plus critique
C'est précisément sur ce point que la modification législative soumise au vote du peuple suisse soulève des difficultés et appelle une réflexion plus profonde et plus critique, note le prélat. «Une fois que le terme "mariage" aura été adopté pour couvrir à la fois les unions hétérosexuelles et homosexuelles, le débat sur des questions aussi sensibles sera prédéterminé, avec des implications non négligeables pour l'avenir de notre coexistence civile.»
Les conséquences implicites du "mariage civil pour tous", en effet, ne concernent pas seulement ceux qui le contracteront. Elles ouvriront un ensemble de problèmes éthiques, liés au début de la vie et à la dignité de chaque personne, qui n'ont pas encore été élaborés et résolus.
Trop de questions sans réponses
Et Mgr Lazzeri de lancer lance une série d’interrogations: «Que signifie pour un être humain le fait de naître d'un père et d'une mère ou de grandir avec des parents du même sexe, qui ont souhaité ce type d'insertion dans leur vie relationnelle? Que signifie la référence au masculin et au féminin dans la psychologie et la biographie d'un individu? Quelles sont les méthodes de conception auxquelles il faudrait donner accès, non pas dans des cas particuliers, mais en général, pour garantir la possibilité d'avoir des enfants dans le cas des couples mariés de même sexe? Les expériences positives de couples homosexuels individuels qui, pour des raisons différentes, se retrouvent déjà à exercer des fonctions parentales, sont-elles suffisantes pour dissiper tout doute raisonnable quant à l'opportunité d'une réforme aussi radicale de notre ordre familial actuel?
Respecter le mystère de la vie
L’absence de réponses sérieuses à ces questions empêche l’Eglise d’être favorable au projet présenté, estime l’évêque de Lugano. «Certes, sa compétence spécifique concerne directement le mariage, célébré pour les fidèles comme le sacrement de l'union d'un homme et d'une femme pour la génération de la vie, le soin et l'éducation des enfants.
Cependant, face aux changements culturels qui affectent les conditions mêmes de la naissance des nouveaux êtres humains, l'Église se sent engagée à appeler chacun à une vigilance responsable, à la nécessité de ne pas se comporter comme des maîtres totalement autonomes et indépendants de leur propre destin et de celui des autres, mais comme des serviteurs humbles et attentifs de l'immense et insaisissable mystère de la vie», conclut Mgr Lazzeri. (cath.ch/com/mp)
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Mariage pour tous: des opinions divergentes chez les évêques suisses
L'hebdomadaire alémanique Weltwoche présente les opinions de deux évêques suisses sur la question du 'mariage pour tous'. Si Mgr Felix Gmür estime que la question ne concerne pas vraiment l'Eglise, Mgr Marian Eleganti pense au contraire que l'institution doit clairement exprimer son opposition.
Raphael Rauch, kath.ch/traduction et adaptation: Raphaël Zbinden
"Le 'mariage pour tous' ne correspond certes pas à la conception catholique du mariage, mais il n'a pas de conséquences directes", affirme Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle, dans la Weltwoche du 15 juillet 2021. Selon lui, "les évêques ont déjà activement communiqué leurs critiques, au niveau éthique, concernant la médecine reproductive et les droits de l'enfant à être consulté. Mais, considérant que le 'mariage pour tous' est une institution civile, les évêques laissent les électeurs libres de leur choix".
La possibilité pour les couples de même sexe de conclure un mariage sur le plan civil sera soumise au peuple suisse le 26 septembre 2021. La Conférence des évêques suisses (CES) avait indiqué, en décembre 2020, ne "pas accepter sous cette forme» le projet de 'mariage pour tous' adopté par le Parlement. La CES estime en effet que le débat n’est pas envisagé comme il se doit, étant donné les conséquences éthiques liées à la procréation médicalement assistée (PMA).
L'enfant en jeu
Dans la Weltwoche, Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire émérite de Coire, fait valoir une opinion plus tranchée. Selon lui, "on ne peut pas du tout", en tant que catholique, accepter le 'mariage pour tous'. Il assure que les "unions homosexuelles ne sont pas un mariage d'un point de vue catholique". Pour le prélat saint-gallois, le mariage est forcément lié à la procréation. Les enfants ont ainsi pour lui "le droit d'avoir à leurs côtés leur père et leur mère biologiques, de grandir avec eux et de développer ainsi leur propre identité. Tous les enfants veulent connaître leurs véritables parents, ils ne sont pas une marchandise que l'on peut commander et acquérir". Mgr Eleganti estime que "deux hommes ne peuvent pas remplacer la présence d'une mère et deux femmes ne peuvent pas remplacer un père".
Il souligne que l'enseignement de l'Église catholique romaine au sujet de l'homosexualité est clair et largement documenté depuis longtemps. Celui-ci a été régulièrement rappelé par les papes et les conciles, ainsi que dans le Catéchisme de l'Église catholique.
Des prêtres "lâches"?
L'ancien évêque auxiliaire, qui a démissionné de son poste en février 2021, ne cache pas non plus qu'il est déçu par ses collègues prêtres. Pour lui, si ces derniers se taisent en rapport au 'mariage pour tous', c'est parce qu'ils "ne défendent plus eux-mêmes la foi de l'Église ou qu'ils sont simplement lâches". Le prélat assure ainsi que "si, comme c'est le cas ici [avec le 'mariage pour tous', ndlr.], la soi-disant réalité de la vie doit dicter ce qui est socialement souhaitable, alors même le vol et les excès de vitesse seront bientôt des droits qui pourront être revendiqués par une minorité". (cath.ch/kath/rr/rz)
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L’EERS confirme son oui au mariage pour tous
L’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) rappelle son adhésion au mariage pour tous. Le peuple suisse se prononcera le 26 septembre 2021 sur une modification du Code civil visant à offrir aux couples de même sexe la possibilité de se marier et aux couples de femmes d'avoir accès aux dons de sperme.
Par Raphaël Zbinden
Dans un communiqué du 8 juillet 2021, l'EERS rappelle que son assemblée a réitéré en 2019 le message central: «Nous sommes voulus par Dieu tels que nous sommes créés. Nous ne pouvons pas choisir notre orientation sexuelle. Nous l’intégrons comme une expression de notre plénitude de créature». En conséquence, les délégués se sont prononcés en faveur de la diversité de la vie et ont approuvé l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au plan civil. En même temps, le Synode a recommandé à ses Églises membres de faire en sorte que le mariage religieux soit aussi accessible à tous les couples mariés sur le plan civil.
Pour une alliance réfléchie
À la veille de la votation sur le référendum, le Conseil de l’EERS résume à nouveau la discussion et la position ecclésiales et présente son point de vue dans un bref aide-mémoire. "Conformément à la tradition libérale, différentes conceptions du mariage doivent pouvoir exister au sein de l’Église réformée", note l'EERS. Elle se dit "confiante en ce que Dieu lui-même a scellé et bénit le lien conjugal du couple qui se tient devant la communauté, et cela quel que soit le sexe des personnes ainsi unies". Du point de vue de l’EERS, "il faut seulement s’assurer que les deux partenaires qui entrent dans cette alliance le fassent librement et de leur plein gré, avec une intention sérieuse et de manière mûrement réfléchie". (cath.ch/com/rz)
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Mariage civil pour tous: pas comme cela, pour les évêques suisses
La Conférence des évêques suisses (CES) « ne peut pas accepter sous cette forme » le projet de "mariage pour tous" adopté par le Parlement le 1er décembre 2020. Après le Conseil national, le Conseil des Etats a approuvé la réforme du projet de loi dans sa version la plus extensive, qui inclut le don de sperme pour les couples lesbiens.
Par Jacques Berset, 16.12.2020
La CES estime que le débat n’est pas envisagé comme il se doit, étant donné les conséquences éthiques liées à la procréation médicalement assistée (PMA).
Lutter contre les discriminations
Dans un long développement, la CES souligne en préalable la nécessité de lutter de manière générale contre les discriminations. La CES reconnaît, à l’instar de la Commission des affaires juridiques du Conseil national, l’importance d’introduire l’égalité pour toute personne dans le cadre du droit de cité et des rentes de survivants.
L’argumentation qui vise à introduire le «mariage pour tous» repose sur la nécessité d’éradiquer toute discrimination. La CES souligne toutefois qu’il existe une distinction entre discrimination et différenciation, cette dernière permettant parfois de mieux faire valoir les intérêts des minorités.
Conséquences sur la filiation et l’accès à la PMA
La CES considère comme préférable pour les couples de même sexe d’adapter la législation actuelle en vue du partenariat enregistré, plutôt que d’introduire un « mariage pour tous » qui, à son sens. serait une uniformisation de projets de vie les plus divers.
Les évêques suisses insistent sur le fait qu’il est impossible d’aborder le débat du «mariage pour tous» en éludant les conséquences que sont la filiation et l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA). Ces deux aspects posent des questions délicates et complexes du point de vue éthique. Le fait de ne pas en évoquer les conséquences pour promouvoir aujourd‘hui plus facilement l'égalité, sans différencier entre couples hétérosexuels et homosexuels, peut induire demain l’acceptation inconditionnelle d'un principe déjà accepté.
Les évêques opposés à la PMA
La CES relève que le mariage civil n’est pas seulement une reconnaissance publique de sentiments réciproques. En effet, il a pour but l‘inscription de la filiation dans une institution stable, notamment en vue de protéger la mère (matri-omnium) et l’enfant. Le mariage civil est en ce sens ordonné à la fondation de la famille. Or, pour ce faire, les couples de même sexe doivent recourir à la PMA. La CES s’oppose de manière générale à son utilisation (aussi pour les couples hétérosexuels), puisque la PMA impliquant un don de gamètes s’oppose aux droits de l’enfant. La CES signale notamment la souffrance et la difficulté qu’ont ces enfants de se construire, par l’impossibilité de connaître leur origine biologique.
Consciente de ces graves enjeux éthiques, la CES ne peut pas accepter sous cette forme le projet de « mariage pour tous ».
A partir des droits de l’enfant évoqués ci-dessus, elle signale que le domaine de compétence de l’Eglise catholique à ce sujet se rapporte principalement au mariage sacramentel. «Elle y célèbre devant Dieu l’union de l’homme et de la femme en vue d‘une communion d’amour et de vie stable et ouverte à la procréation. C’est pourquoi, pour ce qui est du domaine civil, la CES garde également la conviction que l‘emploi du terme «mariage» ne devrait pas être élargi à toute union entre deux individus indépendamment de leur sexe. Un tel emploi du terme réaliserait une égalité qui, à son avis, ne peut pas subsister de la sorte.
«Personne ne possède un droit à l’enfant»
La CES rappelle que personne ne possède un «droit à l’enfant». En revanche, il existe des «droits de l’enfant». En ce sens, considère la CES, le mariage civil ne donne aucun droit à l’enfant, mais il est institué pour protéger les enfants nés de l’union conjugale. «Dans l’intérêt supérieur de l’enfant et pour son bien», la CES s’oppose de manière générale à l’accès à la PMA (aussi) aux couples de même sexe, en vertu du droit de l’enfant de connaître son ascendance génétique. Elle souligne le risque d’ouverture à la maternité de substitution, interdite à juste titre en Suisse pour des raisons de protection de la mère et de l’enfant.
Discrimination ou différenciation?
Pourquoi la CES relève-t-elle une distinction entre discrimination et différenciation? Dans une société qui tend à l’uniformisation et à l’égalitarisme, la différenciation peut être le moyen efficace de parvenir à l’égalité et faire reconnaître en même temps les particularités et les droits de chacun et chacune. La CES relève le danger de vouloir régler les problèmes de discrimination en ignorant les différences entre les personnes. La considération de la diversité lui semble plus opportune pour vivre ces différences dans l’égalité.
Proposition d’adaptation du droit
La CES estime bien plus que les difficultés qu’elle a mentionnées devraient être palliées en amendant la loi sur le partenariat enregistré, entrée en vigueur en 2007. «Il aurait été plus juste à cette époque de proposer des adaptations du droit, afin d’éviter toute discrimination injuste».
Ce qui est «stigmatisant» pour la CES, «ce n’est pas le refus du mariage pour tous, mais un partenariat enregistré qui renseigne seulement et uniquement sur l’orientation sexuelle». La CES par conséquent soutient qu’il faut trouver des aménagements du droit actuel, plutôt que proposer un «mariage pour tous qui entraîne de nombreuses difficultés administratives, juridiques et éthiques dans sa réalisation».
En conclusion, en vertu de la compétence principale de l’Eglise catholique dans le domaine du mariage sacramentel, «force est de signaler que la CES ne saurait se prononcer en faveur du projet ‘Mariage civil pour tous’». La CES encourage la recherche d’une solution qui tienne compte des demandes justifiées des personnes LGBT+ de se voir reconnue l’égalité vis-à-vis du droit de cité et des prestations sociales. Pour les évêques suisses, «une telle solution devrait impliquer une différenciation bénéfique pour tout un chacun, permettant à la fois la considération des diversités et le respect des droits de l’enfant». (cath.ch/ces/be)
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Mariage pour tous: "Les chrétiens se marient comme tout le monde"
Faut-il ouvrir le mariage civil pour tous? Les chrétiens sont divisés. Au fil du temps, cette union qui lie deux personnes a passablement évolué. Petit éclairage historique, proposé par Hélène Bricout, professeur de théologie à l'Institut catholique de Paris.
Par Grégory Roth
A quand remontent les premières traces du 'mariage chrétien'?
Hélène Bricout: Pour l’Église ancienne, il vaut mieux parler du "mariage des chrétiens" que du "mariage chrétien". La première expression désigne des pratiques de célébration du mariage à une époque où la christianisation des sociétés est très partielle. La seconde suppose une élaboration systématique suffisante de ce que l’on entend par "mariage" en dépendance de la foi chrétienne.
"Augustin déjà proposait une vision du mariage des chrétiens fondée sur leur baptême"
A l’époque ancienne, cette élaboration n’existe pas encore. Mais on trouve dans les écrits chrétiens quelques principes assez récurrents: les chrétiens n’abandonnent pas leurs enfants, ils vivent la fidélité mutuelle, ils ne se répudient pas. Augustin (4-5e siècle) a en outre proposé une vision du mariage des chrétiens fondée sur leur baptême – une réflexion qui pourrait nous inspirer aujourd’hui encore. Mais l’élaboration systématique d’une pensée chrétienne du mariage date du Moyen Âge, d’abord avec les canonistes, puis les théologiens.
Quels rites antérieurs ont inspiré le mariage proprement chrétien?
Comme l’a dit un Père de l’Eglise, "les chrétiens se marient comme tout le monde" (selon un auteur anonyme du 2e siècle). Ce qui veut dire: selon les coutumes locales, qui sont en général familiales. A Rome, on a repris le rite païen de la velatio, l’imposition du voile sur l’épouse; en Orient, celui du couronnement; plus à l’Orient encore, des rites juifs de la chambre nuptiale ou d’autres encore. En Espagne ou en Gaule, on trouve fréquemment le rite de la bénédiction du lit nuptial. Par la suite, ces rites ont reçu un sens proprement chrétien.
Qu’est-ce qui définit ou rend valide ce mariage?
Là encore, pour l’époque ancienne, on doit admettre une pluralité de pratiques. Augustin témoigne de différentes formes d’engagement, plus ou moins officielles, qui dépendent en partie de la condition sociale: lui-même a vécu dix ans maritalement dans une forme reconnue socialement, le concubinat, mais pas optimale selon le droit romain.
"Jusqu’au 16e siècle en Occident, le mariage est socialement reconnu par simple cohabitation"
La validité n’est pas une catégorie utilisée à l’époque ancienne. Il faut attendre le Moyen Âge. Le mariage est socialement reconnu, soit par les rites par lesquels il est conclu (les "tables nuptiales" romaines, un accord entre les familles, une dot, un banquet, la translation de la jeune fille, une bénédiction par le père de famille, etc.) ou par la simple cohabitation – et ce jusqu’au 16e siècle en Occident. Pendant tout le Moyen Âge, les rites proprement religieux n’ont jamais été absolus, bien que l’Église ait tenté obstinément de les imposer.
À partir de quand parle-t-on de consentement et de sacrement?
Les deux doivent être distingués. Le terme de "consentement" est le premier utilisé, dans le droit romain, et à sa suite par certains Pères de l’Église, comme Ambroise de Milan (4e siècle) Il désigne alors l’accord des parties, qui ne sont pas nécessairement les intéressés! Il peut s’agir des familles – la liberté de consentement, bien qu’affirmée principiellement, est très tardive. Bien des chansons populaires de "mal mariées" (sous-entendu: par leur père) en témoignent. En réalité, il a fallu attendre plus ou moins le 20e siècle en Occident, même si formellement, on demandait le consentement des époux. L’emprise paternelle sur les jeunes filles ne leur laissait pas nécessairement le choix de dire non...
C'est donc assez tardivement que l'Église élève le mariage au rang de sacrement…
Pour le sacrement, il faut distinguer deux choses: la définition technique du mot "sacrement", dans le courant du 12e siècle, et la réalité de ce que l’on veut dire par ce mot. Techniquement, le mariage est placé parmi les sept sacrements à partir du 12e siècle. Mais la réalité que désigne ce mot, c’est-à-dire un rite ecclésiastique (quand il est accompli) signifiant de manière particulière le salut qui rejoint la vie chrétienne, existait dans la conscience de l’Église bien avant. En ce sens, il n’est pas exact de dire que le sacrement de mariage est apparu au 12e siècle, comme on l’entend parfois.
"La conception théologique du mariage conservera une perspective principalement juridique jusque au 20e siècle"
A partir de la définition du sacrement en général, en son sens technique, la théologie du mariage s’élabore, mais en fonction des catégories de l’époque, d’abord avec une perspective juridique. Elle imposera le terme de "contrat", mis en service par les canonistes. Ce terme n’est pourtant pas très heureux pour rendre compte de la nature sacramentelle du mariage, et conduira à penser le mariage surtout en termes de droits, de devoirs et de catégories morales. Ce n’est que dans la seconde moitié du 20e siècle que la théologie du mariage s’est véritablement renouvelée en développant les perspectives biblique, anthropologique, historique, spirituelle et théologique.
Est-il correct de dire qu’en Occident, le mariage religieux a inspiré le mariage civil?
Depuis le Moyen Âge, l’Église a encouragé la tenue de registres par le clergé, de manière à assurer le bon ordre social, en contrôlant les mises en ménages de sa paroisse par un acte à la fois juridique et religieux. C’est à cette époque que se multiplient aussi les Rituels pour la célébration des actes les plus fréquemment administrés par le curé. Le mariage en fait naturellement partie.
"L'enregistrement matrimonial de la paroisse a sans doute fourni le modèle pour la procédure civile"
Cet enregistrement administratif a sans doute fourni le modèle d’une procédure civile, à partir du moment où les États ont commencé à revendiquer le contrôle de l’institution matrimoniale, en raison de son importance pour la société civile. Mais c’est vraiment avec le Code napoléonien [ou Code civil, promulgué par l'empereur en 1804, ndlr] que cette procédure s’est généralisée. Il est difficile de dire à quel point la ritualisation civile a emprunté à la célébration chrétienne: l’échange des consentements jugé nécessaire a été quasiment "copié". La lecture des articles du Code civil a peut-être une fonction semblable à l’exhortation du Rituel catholique qui vise à rappeler les grands principes du mariage.
Dans la société contemporaine, c’est le mariage civil qui "fait foi": quels défis pour les Églises?
Le mariage civil est socialement reconnu, et il l’est également par l’Église, car il consiste en un véritable engagement conjugal envers une autre personne. Le défi consiste donc, comme le suggère Amoris laetitia, [l'exhortation apostolique post-synodale sur la famille, publiée par le pape François en 2016] à faire découvrir ce que le mariage chrétien apporte aux conjoints: une compagne de route (la Parole de Dieu), un renouvellement de la grâce baptismale dans la perspective de la vie conjugale, la possibilité d’une croissance humaine et spirituelle dans la foi au Christ ressuscité, un chemin de vie où l’amour se cultive, se construit, s’entretient, se renouvelle même après une chute, la promesse de la présence de Dieu dans la vie des conjoints et des familles par l’Esprit, les sacrements, etc. En bref, une perspective toujours ouverte à la progression de l’amour conjugal, et à sa diffusion dans l’ensemble de la vie humaine. (cath.ch/gr)
Hélène Bricout est professeur de théologie à l'Institut catholique de Paris (ICP) au sein de l'Unité de Recherche "Religion, Culture et Société". Elle est également directrice-adjointe de l’Institut Supérieur de Liturgie (ISL). Ses domaines de recherches sont la théologie du mariage, le temps liturgique et la liturgie du haut Moyen Âge. GR
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