Les stalles d’Hauterive ont beaucoup de choses à raconter
Artisans du sacré Orfèvres, restaurateurs, peintres, ou encore paysagistes… cath.ch vous fait rencontrer, cet été, quelques artisans qui, souvent dans l’ombre, créent cette beauté amenant au divin.
Les stalles d’Hauterive ont beaucoup de choses à raconter
Olivier Guyot et Julian James: sous la peinture, l’histoire
L’olivier éternel et sur mesure du Sacré-Cœur de Genève
François Reusse: un orfèvre au sacré cœur
Les stalles d’Hauterive ont beaucoup de choses à raconter
Artisans du sacré Orfèvres, restaurateurs, peintres, ou encore paysagistes… cath.ch vous fait rencontrer, cet été, quelques artisans qui, souvent dans l’ombre, créent cette beauté amenant au divin.
Les stalles d’Hauterive ont beaucoup de choses à raconter
Artisans du sacré Orfèvres, restaurateurs, peintres, ou encore paysagistes… cath.ch vous fait rencontrer, cet été, quelques artisans qui, souvent dans l’ombre, créent cette beauté amenant au divin.
Olivier Guyot et Julian James: sous la peinture, l’histoire
Olivier Guyot et Julian James sont à la tête de l’atelier Saint-Dismas de conservation et restauration, à Martigny (VS). Spécialisés dans la peinture murale, les tableaux et le bois polychrome, ils évoquent un métier qui leur fait «traverser les siècles» en redécouvrant des trésors picturaux.
L’olivier éternel et sur mesure du Sacré-Cœur de Genève
Au cœur de la Maison d’Église de Genève trône depuis mai 2024 un olivier de trois mètres de haut. Sans eau ni terre, et au bénéfice de très peu de lumière, il est prêt à affronter les ravages du temps. Par quel «miracle»? Explications de la paysagiste d’intérieur Maëlle Adobati, de Végétal Tendance,...
François Reusse: un orfèvre au sacré cœur
François Reusse est le créateur de trois objets liturgiques ornant la nouvelle église genevoise du Sacré-Cœur. Portait d’un orfèvre généreux, dont les œuvres ont soutenu la foi jusqu’en Irak.
Les stalles d’Hauterive ont beaucoup de choses à raconter
“Quand je touche ces pièces exceptionnelles, j’ai un grand respect pour le bûcheron qui a abattu et taillé ce chêne à l’hiver 1478-1479 et pour les artisans qui l’on sculpté vers 1482.” Dans son atelier de Posieux, Aurélien Chenaux s’active depuis plus de deux ans à la restauration des stalles de l’Abbaye d’Hauterive, située à 2 km de là.
Par les larges baies vitrées de l’atelier on voit passer deux randonneurs. La coquille attachée à leur sacs attestent qu’il s'agit de pèlerins de Saint Jacques de Compostelle. Peut-être ont-ils fait une halte à Hauterive?
Avec un pinceau à long manche, Alain Cheneaux applique soigneusement la cire d’abeille dans les lobes de la délicate sculpture. “C’est long et minutieux. Il faut éviter d’en mettre trop. Elle ne sécherait pas et noircirait.” Après le cirage, restera le lustrage avec une brosse douce. Ensuite, la joue de stalle pourra retourner à Hauterive pour le remontage probablement vers la fin de l’année 2024.
Les odeurs de sciure, de vieux bois et de cire règnent dans l’Atelier moderne d’Aurélien Chenaux, les larges panneaux de chêne sculptés qui ont envahi l’espace attendent de passer dans les mains expertes du restaurateur. La jouée latérale des stalles, faite d’un seul tenant, mesure plus de quatre mètres de hauteur, huitante centimètres de largeur et bien dix-huit d’épaisseur, constate l’artisan avec son double-mètre. Elle doit bien peser 200 kilos.
Un véritable jeu de construction
Le travail de restauration a commencé avec le maître ébéniste Jean-Pierre Rossier, à la fin 2021, avec le démontage des 54 stalles, certainement le premier depuis leur installation à la fin du XVe siècle. “Tout est assemblé comme un jeu de construction avec des entailles, rainures, tenons et mortaises, sans clou.”
Soigneusement numérotée et étiquetée, chaque pièce a subi un nettoyage à la vapeur et au chiffon, et parfois au solvant. “Il était exclu de poncer ou de gratter, en utilisant des outils mécaniques.” Mis a part, les dégâts localisés de quelques insectes xylophages et un peu de pourriture cubique dans les soubassements, les stalles sont dans un très bon état de conservation.
Greffe du nez et de la mâchoire
L’étape suivante consiste à faire les réparations qui s’imposent: recoller une fissure, restituer un élément de sculpture abîmé, remplacer une pièce de bois trop rongée. Toujours avec les outils traditionnels: la scie, le rabot, la gouge à sculpter et la colle de poisson. La tête de ce personnage sculpté sur un accoudoir attend une greffe du nez et de la mâchoire inférieure. Le dragon aux larges ailes, longue queue et griffes acérées, n’a eu besoin que d’un bon nettoyage pour retrouver sa rage.
Sur une table à part sont déposées des corbeilles de fruits, des guirlandes de fleurs et de feuillages élégants. “Ce sont des ajouts que des abbés du XVII et XVIIIe siècles ont déposés au sommet des stalles, souvent avec leurs armoiries.”
Respecter les marques du temps
Les marques du temps sont respectées. On trouve ça et là les brûlures de la bougie d’un moine qui avait dû s’endormir à l’office. Ou les entailles laissées par un visiteur peu respectueux.
Nettoyée et cirée, chaque pièce du puzzle sera ré-assemblée pour restituer le remarquable ensemble dans lequel les moines d’Hauterive prient depuis plus de 500 ans.
“Au cours de l’ensemble du processus, je tiens chaque élément cinq ou six fois en main et je découvre chaque fois de nouveaux détails”, s’enthousiasme Aurélien Chenaux. “Ici les repères taillés par le sculpteur pour tracer son lobe, là la marque du ciseau dans un feuillage, la encore un signe d'assemblage. Tout est taillé dans la masse, il n’y a pas d’éléments rapportés. On peut déceler aussi la main de plusieurs sculpteurs.” Aurélien imagine une large équipe d’artisans autour du maître qui a probablement travaillé sur place. La qualité des stalles est d'autant plus grande que sculpter le chêne est plus difficile que d'autres bois comme le noyer utilisé pour les stalles de la cathédrale de Fribourg.
Passeur entre les époques
Jouer ainsi les intermédiaires entre les époques passionne Aurélien Chenaux. “Lors de la dépose les moines sont venus regarder notre travail. Ils étaient très intéressés de voir comment les stalles étaient construites. Les échanges ont été très intéressants. Tout ce qui est du bois est de notre ressort, tout ce qui est de la spiritualité leur appartient. Ils nous ont expliqué les images de la Vierge, des apôtres et des prophètes.” En décembre 2023, les moines sont venus en visite à l’atelier. “J’ai été frappé de leur attachement à ces stalles dans lesquelles, ils passent chaque jour plusieurs heures en prière. Elles auraient beaucoup de choses à raconter.” (cath.ch/mp)
Aurélien Chenaux
Après un apprentissage d’ébéniste dans la restauration de meubles anciens, Aurélien Chenaux s’est spécialisé dans le travail avec les machines de menuiserie numériques avant de revenir à un artisanat plus traditionnel. Il s’est mis à son compte en 2019 et s’est associé à Jean-Pierre Rossier, un ébéniste restaurateur d’art réputé, dont il a repris ensuite les activités. Installé à Posieux, il s’est spécialisé dans la restauration, notamment du mobilier d’église. MP

Les stalles d'Hauterive, un chef-d'oeuvre du Moyen-Age
Les stalles d’Hauterive au musée
Avant d’être réinstallées à Hauterive une partie des stalles font une halte durant l’été au Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg. L’occasion de voir la finesse de leur exécution et d’approcher le travail de restauration. "Les stalles ont été le point de cristallisation du chantier de restauration de l'église abbatiale d'Hauterive" explique Stanislas Rück, chef du service des biens culturels du canton de Fribourg. Elles sont une œuvre totale qui regroupe l'architecture, la sculpture, la peinture, et la musique puisque les moins s'y réunissent plusieurs fois par jour pour chanter les offices. Elles sont un instrument théologique, par les représentations du Christ, des prophètes et des apôtres, et liturgique au service du chant grégorien. Elles forment une structure qui accueille, protège, réchauffe. Elles sont le lieu de la rencontre entre le monde terrestre et le monde céleste. MP
> Musée d'art et d'histoire, du 28 juin au 1er septembre 2024.
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
Olivier Guyot et Julian James: sous la peinture, l’histoire
Olivier Guyot et Julian James sont à la tête de l’atelier Saint-Dismas de conservation et restauration, à Martigny (VS). Spécialisés dans la peinture murale, les tableaux et le bois polychrome, ils évoquent un métier qui leur fait «traverser les siècles» en redécouvrant des trésors picturaux.
Hormis une Vierge Marie sculptée dans une défense d’éléphant posée dans un coin, la grande table de travail blanche, centre de gravité autour duquel l’atelier semble être agencé, est nue et diffuse une douce clarté sous des tubes de néon et de puissants éclairages de chantier. Tout est calme dans cet atelier impeccablement rangé, situé dans la zone d’activité économique de Martigny (VS), où Olivier Guyot et Julian James, associés à la tête de l’atelier Saint-Dismas, reçoivent cath.ch.
Les deux compères, spécialisés dans la conservation-restauration de peintures murales, de bois polychromes et de tableaux, répondent posément aux questions chacun leur tour et s’écoutent attentivement comme s’ils ne se connaissaient pas. Pourtant, ils se sont rencontrés sur un chantier de restauration du cloître de l’abbaye d’Hauterive (FR) en 2002. «Nos caractères sont différents, assure Olivier Guyot, il y a avant tout du respect.»
Les deux conservateurs restaurateurs – ils insistent sur le terme «conservation» – évoquent une collaboration factuelle. «Travailler à deux, c’est l’idéal», précise Julian James qui ajoute qu’ils ne partagent pas leur vie privée. Si son accent indique ses origines anglaises, il s’exprime dans un excellent français.
De Londres à Martigny
Ce Londonien d’origine, né en 1958, le doit sans aucun doute à sa licence en littérature française obtenue durant ses études. La passion de la restauration lui est venue par la suite d’un stage de restauration de peinture murale effectué à la fin de ses études de français. Sans doute une vocation restée enfouie: «Quand j’étais enfant, mon père qui était architecte m’emmenait dans les églises et m’expliquait l’architecture en lien avec l’aspect religieux. J’aimais beaucoup cela.»
Au moment de boucler son diplôme de conservateur restaurateur, préparé durant quatre ans à l’institut Courtauld de l’Université de Londres, il cherche un pays francophone pour y effectuer un stage de perfectionnement. Ce sera la Suisse où il arrive en 1989.
Olivier Guyot est passé par un apprentissage de peintre en bâtiment, une sorte de filiation avec son beau-père qui était lui-même peintre. Le Neuchâtelois a découvert sa vocation par hasard. «J’étais à l’usine de Saint-Prex (VD) quand j’ai vu des restaurateurs travailler sur des peintures murales dans le hall de l’entreprise. J’ai beaucoup discuté avec eux.» Il a 20 ans et enchaîne à l’atelier de restauration Stähli à Neuchâtel. Il se lance dans l’apprentissage de sa vocation en cumulant un poste de stagiaire et une formation continue de trois ans. «J’ai toujours été attiré par l’art», détaille-t-il. Il suit finalement des cours à la Haute Ecole de Berne et en sort diplômé en 1998.
Pas d’exubérance dans le propos, mais on entrevoit la passion à l’évocation d’anecdotes. «En grattant les couches de badigeon, on traverse les siècles et on se retrouve parfois face à des apôtres d’un autre temps», explique Olivier Guyot. Il évoque un chantier à la chapelle Vers-Saint-Pierre à Treyvaux (FR) où une restauration débuta avec de la peinture «de la fin du XIXe siècle pour nous emmener en 1300». En évoquant ce souvenir, il sort son smartphone et fait défiler une galerie de photos d’un chantier récent montrant des restaurateurs s’appliquant à gratter le plafond d’une église.
«De blanc 'sale’ à quatre évangélistes»
«Là, nous sommes passés de blanc sale à quatre évangélistes», résume-t-il en évoquant le dernier gros chantier que l’atelier a mené dans l’église Saint-Marie-Madeleine de Troistorrents (VS). «Au départ, nous devions repeindre le plafond blanc et restaurer les cinq autels en bois polychrome présents dans l’église». Or le président de paroisse, Jean-Michel Defago, a retrouvé dans les archives une photo ancienne de l’église. Le cliché montre une peinture murale représentant les quatre évangélistes et l’Agneau immolé dans un décor naturel, dans les voûtains situés au-dessus du chœur.
«Les échafaudages étant déjà montés, on nous a demandé d’effectuer des sondages pour voir ce qu’il en était. Au fur et à mesure que nous avons élargi les zones de travail, nous nous sommes aperçu que la peinture était encore présente et en relativement bon état de conservation». Décision a été prise de restaurer la peinture murale et de lui rendre son éclat d’antan. Le résultat est spectaculaire. L’ensemble est de Benvenuti et date de 1913, «et il n’est pas si fréquent d’avoir en plus la signature de l’auteur et la date», souligne Julian James.
Les travaux réalisés par l’atelier de restauration ont consisté à dissoudre et gratter la couche de peinture superficielle, nettoyer la couche remise à jour afin de supprimer un voile blanchâtre résiduel. Les divers lacunes et éléments manquants ont ensuite été comblés afin de redonner une cohérence à l’ensemble. Le chantier, qui comprenait également le relevage de l’orgue et la réfection de la toiture, a duré six mois.
Des évangélistes
Olivier Guyot et Julian James ont été impressionnés par le résultat final. Les travaux de restauration dans les églises représentent environ 70 à 80% de leurs mandats. On leur doit, entre autres, la restauration de la fresque de Severini à la basilique du Valentin, à Lausanne. Le restant se répartit entre les monuments historiques, des châteaux ou encore des bâtiments communaux dont la conservation représente un enjeu patrimonial important. De quoi développer une sensibilité spirituelle?
«Je me suis posé beaucoup de questions par rapport à la foi, j’y suis sensible», précise Olivier Guyot sans toutefois éprouver une vocation religieuse, ajoute-t-il. Il a eu des discussions avec des prêtres au sujet de la Bible, en particulier le Nouveau Testament. Au contraire de Julian James qui n’a pas eu ce questionnement spirituel.
Tous deux se rejoignent sur l’aspect primordial, selon eux, de l’éthique et de la déontologique de leur travail. Ils travaillent selon la charte de Venise et les recommandations de l’Office fédéral de la Culture. C’est leur credo. «Notre métier, ce n’est pas du business, relève Olivier Guyot, Nous travaillons en pensant aux artistes qui nous ont précédés, à leur geste et nous avons à cœur de restaurer leur travail et de le conserver pour les générations futures.» (cath.ch/bh)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
L’olivier éternel et sur mesure du Sacré-Cœur de Genève
Au cœur de la Maison d’Église de Genève trône depuis mai 2024 un olivier de trois mètres de haut. Sans eau ni terre, et au bénéfice de très peu de lumière, il est prêt à affronter les ravages du temps. Par quel «miracle»? Explications de la paysagiste d’intérieur Maëlle Adobati, de Végétal Tendance, l’entreprise créatrice de cette œuvre végétale.
Contrairement aux plantes vivantes, souvent cultivées en serre, avec un besoin constant de soins et une durée de vie limitée à quelques années, les plantes artificielles et les stabilisées offrent une longévité exceptionnelle et ne nécessitent pas d'entretien. Elles sont en vogue, tant auprès des particuliers que des entreprises, assure Maëlle Adobati, chargée de projet à Végétal Tendance. La création de l’olivier de l'église du Sacré-Cœur de Genève a cependant été un défi à part entière pour cette petite entreprise artisanale, spécialisée dans ce domaine.
Un arbre au cœur de la maison d’Église de Genève
Ravagée par un incendie en juillet 2018, l’église du Sacré-Cœur de Genève a rouvert ses portes à Plainpalais le 1er juin 2024, après trois années de rénovation sous l'égide de sa paroisse et de l’Église catholique romaine – Genève (ECR), marquant ainsi le retour des communautés francophone et hispanophone dans ce lieu historique. Nouveau siège de l’ECR, le bâtiment accueille aussi dorénavant une partie de son personnel à l'étage.
Jean-Marie Duthilleul, spécialiste du réaménagement et de la modernisation des églises, et l'agence Ribo+, représentée par Christian Rivola et Sara Anzi, ont conçu l’architecture des lieux autour d’un espace central sacramentel. La Maison d’Église de Genève est aujourd’hui à la fois un lieu de vie spirituelle et d’enracinement de l’Église dans la ville. Ce lien entre le Ciel et la Terre est notamment symbolisé par la présence d’un grand olivier en son cœur, un arbre qui a donné son nom au restaurant qu’elle abrite aussi, «L’Olivier du Sacré-Cœur».
Un bain de glycérine végétale
Impossible pourtant d’assurer la survie d’un olivier en pot dans un tel espace. «Un olivier ne peut pas vivre en intérieur. Il a besoin de beaucoup de lumière et de changement de températures», précise Maëlle Adobati. Et de place pour étendre ses racines!
La société Végétal Tendance s’est donc chargée de la création d’un olivier sur mesure, composé du tronc d’un arbre mort, sans racines donc, sur lequel une composition de feuillage a été fixée à l’aide de vis. Le tout garanti «100% stabilisé ».
«Le tronc, les branches et le feuillage ont été préalablement trempés dans un bain de glycérine végétale, un produit naturel, pour assurer leur conservation. Les feuillages ont absorbé cette glycérine et se retrouvent ainsi figés dans le temps», explique la paysagiste.
Seules deux entreprises dans le monde possèdent le brevet de cette glycérine végétale et effectuent ce travail de stabilisation, précise-t-elle encore.
Le défi, dans le cas du Sacré-Cœur, était de répondre aux demandes précises de Ribo+ en ce qui concerne la forme de cet olivier et ses dimensions. «Les demandes pour les oliviers d’intérieur sont de plus en plus fréquentes, d’autant plus que toutes les plantes ne sont pas stabilisables, en particulier celles qui contiennent beaucoup de sève. Nous travaillons généralement sur des tailles standards. La demande des architectes du Sacré-Cœur a été un challenge au vu de ces dimensions inhabituelles et de l’architecture de ce lieu d’exception. Il n’a pas été facile de trouver un tronc si grand, en bon état, non rongé de l’intérieur.»
Des troncs récupérés, pour un arbre reconstitué
Le photomontage imaginé à l’origine par les architectes représentait un gros olivier âgé et tordu. «Nous n’arrivions pas à trouver un tronc répondant totalement à ces vœux. Nos arbres proviennent d’une pépinière espagnole. Ce sont des troncs d’oliviers morts.» Végétal Tendance essaye en effet de récupérer au maximum des troncs d’arbres déjà morts, pour ne pas avoir à en abattre.
Maëlle Adobati a ainsi eu plusieurs échanges avec Ribo+ en ce qui concerne la conception du tronc et le calibrage de l’arbre, afin que le résultat final corresponde le plus possible au projet. Il a fallu aussi répondre aux contraintes de sécurité contre les incendies, car ces arbres ne sont pas traités contre le feu.
L’équipe de l’entreprise vaudoise, formée de techniciens et créateurs spécialisés dans le végétal, a alors fait une première proposition, avec un tronc naturel mais un feuillage artificiel. Cela n’a pas plu aux architectes qui souhaitaient un ensemble plus naturel.
Des sprinklers nécessaires
L’entreprise générale EDIFEA s’est alors entendue avec la police du feu pour installer les sprinklers* nécessaires autour de l’arbre. «Cela nous a permis de suggérer un tronc naturel et un feuillage stabilisé, et c’est cette solution qui a été retenue.»
Plusieurs troncs récupérés disponibles ont été proposés à Ribo+ dont le choix s’est porté sur celui présent aujourd’hui dans le Sacré-Cœur. Des visuels présentant le repiquage de branchage ont été présentés ensuite dans un deuxième temps aux architectes. Et c’est sur place que le branchage a été posé, suite à la mise en place, non aisée, de cet arbre de 350 kg!
«C’est de la reconstitution d’arbre. Il serait possible, par exemple, d’accrocher une nouvelle branche à l’avenir», précise Maëlle Adobati, illustrant ainsi la flexibilité et l’adaptabilité de ces créations. «C’était la première fois que nous œuvrions dans un espace sacré», souligne la chargée de projet, qui dit espérer renouveler l’expérience dans d’autres églises. (cath.ch/lb)
*Appareil d'extinction se déclenchant en cas de chaleur excessive dans un local ou un site lors d'un incendie.
Le paradoxe des plantes stabilisées
Société spécialisée dans la végétalisation d’intérieurs, Végétal Tendance propose des œuvres uniques, des murs ou tableaux végétaux, artificiels ou stabilisés, qui ne demandent ni arrosage ni rempotage, etc. «Les gens ne veulent pas nécessairement du vivant, car ils n’ont pas tous la main verte, mais ils souhaitent aussi avoir du naturel chez eux. Et tant pis si les avantages du ‘vivant’ se perdent, comme la dépollution de l’air permise par certaines plantes, ou une hydrométrie plus importante. Ce que cherche les clients, c’est l’impression que la nature a élu domicile chez eux, sans ses inconvénients comme de possibles insectes.
L’arrivée d’un couple venu découvrir le tableau végétal conçu pour eux par la petite entreprise confirme ces dires. Composé de lichens et de mousses en provenance de forêts nordiques stabilisées, il représente une forêt primaire vue de dessus. «C’est tout à fait comme ça que je l’imaginais», explique la cliente. «J’ai beaucoup voyagé, en Malaisie notamment. Je voulais une œuvre végétale qui me rappelle la jungle et qui ne se dégrade pas sur le long terme. Je retrouve ces dégradés de verts qui m’ont tant transportée là-bas.» LB
L'ECR abrite sur son site une page spéciale consacrée à l’église du Sacré-Cœur, avec notamment des articles consacrés à la signification symbolique de l'olivier et aux travaux d'autres artisans ayant œuvré à sa restauration. LB
30/05/2024
Le Sacré-Cœur bat à nouveau, au centre de Genève
Le Sacré-Cœur rouvre ses portes le 1er juin 2024, après quelques années de rénovation. Le bâtiment multi-activités genevois entend être un organe battant de la spiritualité au milieu de la cité et des gens.
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
François Reusse: un orfèvre au sacré cœur
François Reusse est le créateur de trois objets liturgiques ornant la nouvelle église genevoise du Sacré-Cœur. Portait d’un orfèvre généreux, dont les œuvres ont soutenu la foi jusqu’en Irak.
Dans l’atelier de François Reusse, le grand globe de laiton trône sur l’établi, exposant ses méridiens et tropiques aux reflets dorés. C’est le «squelette» du tabernacle qui sera bientôt installé dans l’église du Sacré-Cœur. Il sera le troisième meuble liturgique à enrichir l’intérieur du grand bâtiment blanc qui s’érige au centre de Genève. Ce dernier a rouvert début juin 2024, après quelques années de rénovation suite à un incendie qui l’avait partiellement détruit en 2018.
François Reusse a signé l’ambon et le baptistère du lieu de culte, qui sont déjà sur place depuis l’inauguration. Ces travaux ont donné lieu à de nombreux besoins de coordination et de coopération, parfois inattendus. “J’ai dû travailler en concertation avec le maître de chantier, les responsables d’Église, les architectes...j’ai même reçu la visite de l’ingénieur du son, parce que l’on ne savait pas où mettre le micro dans l’ambon. Ce sont de tout bêtes détails auxquels il faut penser.”
La forme parfaite
Pour le tabernacle, il s’est lancé dans un projet original. «Je l’ai imaginé comme une sphère, la forme parfaite», explique-t-il à cath.ch. Dans l’atelier au sous-sol de sa maison de Troinex, dans la banlieue genevoise, il travaille depuis des mois à la confection du réceptacle de la sainte eucharistie. Il montre les croquis de ses différentes idées, colombe, croix de feu… qu’il a eues avant de reconnaître l’évidence de la forme ronde. «La sphère représente bien sûr la perfection de Dieu. C’est aussi la forme de notre monde, qu’Il a créé. J’aime bien l’idée qu’Il se trouve à l’intérieur.»
Le globe sera au final recouvert de plaques de bronze et décoré d’une manière encore tenue secrète. Les fidèles du Sacré-Cœur pourront prochainement découvrir le nouveau tabernacle. François Reusse montre à cath.ch certaines étapes de la confection de l’œuvre, des esquisses du projet au crayon au découpage des plaques de métal qui la façonneront, à l’aide d’un immense ciseau.
Un retraité très actif
Les gestes lestes et ajustés de l’octogénaire témoignent d’une vie entière à dompter la matière. Une vocation apparue «naturellement» au Genevois, son père ayant été également «dans la branche». Après des formations spécialisées en Suisse et en Allemagne, François a repris l’atelier de son père situé dans la maison familiale. Les objets liturgiques ont été une demande régulière au cours de sa carrière, avec des “hauts et des bas”.
"A mon âge, je devrais peut-être me reposer, mais l’orfèvrerie me procure tant de plaisir que je ne pense pas à m’arrêter"
“La fréquence de fabrication de mobilier pour les églises a varié suivant les périodes. Aujourd’hui, cela se fait moins, mais j’ai tout de même encore des commandes, comme le démontre celle pour le Sacré-Cœur, pour laquelle je suis d’ailleurs très fier et honoré.” Entre deux calices, l’orfèvre a pu gagner son pain grâce à de menus travaux de bijouterie.
Ces décennies de travail minutieux lui ont forgé un nom dans la région. “Je suis assez connu dans les paroisses, c’est pourquoi, lorsqu’il y a du mobilier liturgique à faire, l’on pense assez spontanément à moi.” C’est ainsi qu’à 82 ans, il constate n’avoir encore jamais été aussi actif dans son travail. “C’est vrai qu’à mon âge, je devrais peut-être me reposer, mais l’orfèvrerie me procure tant de plaisir que je ne pense pour l’instant pas à m’arrêter.”
Un tabernacle pour les chrétiens d’Irak
François Reusse n’a pas déployé ses talents uniquement pour gagner sa croûte. Son art a aussi soutenu des causes qui lui tiennent à cœur. L’une de ses inspirations en la matière l’a ainsi amené jusqu’au Moyen-Orient.
En 2014, il est en effet rempli de compassion lorsqu’il voit à la télévision le malheur des chrétiens d’Irak réduits à l’exode ou à la soumission par Daech. “Leur situation me désolait tellement, je voulais vraiment faire quelque chose pour eux, mais quoi? C’est alors que m’est venue l’idée un peu folle de leur offrir un tabernacle.”
"Pour la grâce, je l’ai déjà reçue en ayant la possibilité de faire ce métier"
L’orfèvre prend alors contact avec Naseem Asmaroo, un prêtre irakien bi-ritualiste (chaldéen-latin) qui officie dans le canton de Vaud. Ce dernier, emballé par le projet, lui propose de l’accompagner à Mossoul, au nord de l’Irak, pour que le Genevois y apporte lui-même son tabernacle. Ce sera chose faite en février 2022. Depuis lors, l’objet réside dans l’église Saint-Paul de Mossoul, attendant de rejoindre, à terme, la cathédrale de la ville. L’édifice est dans son ultime phase de reconstruction, après avoir été pratiquement anéanti dans les combats pour la libération de la cité, en 2017.
Une foi solidement ancrée
François Reusse a renouvelé l’aventure, en fabriquant en 2023 un ostensoir pour les chrétiens d’Irak. L’objet a été consacré par Mgr Najeeb Michaeel, évêque de Mossoul, en 2024 à Mala Barwan, un village des montagnes du Kurdistan abritant une importante population chrétienne. “Cela a été un moment incroyable, très émouvant, se rappelle l’orfèvre.”
Une richesse pour lui bien plus grande que s’il avait vendu ces deux objets sacrés. Le tabernacle a en effet été le fruit de plus de deux ans de travail, et l’ostensoir de plusieurs mois. Si François Reusse ne peut pas donner exactement leur valeur marchande, il estime que des dizaines de milliers de francs auraient sans doute été en jeu.
Une générosité qui “va de soi” pour un chrétien, assure-t-il. Alors que le catholique genevois se dit “très fidèle, très pratiquant”, “bien que sans ostentation”. Une foi qu’il a toujours eu “très solidement ancrée”, transmise par des parents eux aussi très engagés.
Des objets qui mènent à Dieu
Pour François, il est ainsi naturel de penser que la grâce imprègne son travail. “L’on me demande souvent s’il faut être chrétien ou croyant pour réaliser des œuvres religieuses. Je ne peux pas répondre catégoriquement, mais je pense que ça aide. On a toujours à l’esprit non pas l’utilisation pratique de l’objet, mais ce qu’il va apporter aux personnes. Pour la grâce, je l’ai déjà reçue en ayant la possibilité de faire ce métier. Je ne m’enrichis pas d’argent mais de la joie de créer, de donner.”
Un sens du sacré qui résonne encore plus fort en lui lorsqu’il repense à la consécration de l’ostensoir dans les montagnes irakiennes. “Toute la communauté est venue. Plus de 200 personnes, des plus âgés aux enfants, ils se sont tous agenouillés devant l’ostensoir pour être bénis, avec une ferveur extraordinaire. Cela m’a encore plus persuadé qu’un objet pouvait réellement nous amener vers une forme de transcendance.” (cath.ch/rz)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.