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  • DOSSIERS

    Présidence d'une assemblée synodale à Berne : (de g. à dr.) Henri Bérard, G. Athanasiades, Alois Sustar, Mgr Adam, Ivo Fürer, le nonce Marchioni, Anton
Cadotsch, et Amédée Grab au pupitre (modérateur du Synode de Lugano)

    Le Synode 1972: une mobilisation de toute l’Église suisse

    Cinquante ans ont passé, mais le souvenir demeure vif. Réuni entre 1972 et 1975, le «Synode 72» a suscité un réel engouement dans l’Église catholique en Suisse.

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    Présidence d'une assemblée synodale à Berne : (de g. à dr.) Henri Bérard, G. Athanasiades, Alois Sustar, Mgr Adam, Ivo Fürer, le nonce Marchioni, Anton
Cadotsch, et Amédée Grab au pupitre (modérateur du Synode de Lugano)
    Actualités

    Le Synode 1972: une mobilisation de toute l’Église suisse 1/2

    Mgr Johannes Vonderach évêque de Coire (à dr. premier plan) ouvre le Synode 72 le 23 septembre 1972 à Zurich
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    Synode 1972: une Eglise suisse mobilisée et active 2/2

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    Présidence d'une assemblée synodale à Berne : (de g. à dr.) Henri Bérard, G. Athanasiades, Alois Sustar, Mgr Adam, Ivo Fürer, le nonce Marchioni, Anton Cadotsch, et Amédée Grab au pupitre (modérateur du Synode de Lugano) © DR - Archives André Kolly

    Le Synode 1972: une mobilisation de toute l’Église suisse 1/2

    Cinquante ans ont passé, mais le souvenir demeure vif. Réuni entre 1972 et 1975, le «Synode 72» a suscité un réel engouement dans l’Église catholique en Suisse. Stimulés par le concile Vatican II, les catholiques ont réfléchi intensément au type d’Église qu’ils souhaitaient. Retour sur un mouvement vaste.

    Bernard Litzler pour cath.ch

    «Le Synode diocésain qui paraissait, pour certains, un risque et une aventure fut une grâce»: c’est ainsi que Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg préface le document établi pour son diocèse à l’issue de trois ans de travail intense, entre fin 1972 et fin 1975.

    Appliquer Vatican II, telle est la tâche dévolue au Synode. De fait, sept sessions successives de réflexion sont organisées en Suisse, durant trois ans. Mais notre pays n’est pas le seul: la mise en œuvre de la dynamique conciliaire, après 1965, engage plusieurs pays. Consultations et débats se déroulent au niveau de diocèses (Autriche, Yougoslavie, Allemagne de l’Est) ou au niveau d’un pays (Luxembourg, Danemark, Pays-Bas, Allemagne Fédérale). La Suisse adopte une stratégie «moitié-moitié»: d’abord des sessions à l’échelle des diocèses, puis une assemblée synodale nationale.

    «Le Synode diocésain qui paraissait, pour certains, un risque et une aventure fut une grâce»

    Mgr Pierre Mamie
    Andre-Kolly
    Andre-Kolly

    André Kolly, président du comité du Centre catholique des médias Cath-Info, est l’ancien attaché de presse du Synode LGF. Il se souvient: «Les vicaires généraux des diocèses de Bâle, Coire et Saint-Gall ont impulsé l’idée du synode en Suisse. Et ils ont voulu y associer les autres diocèses». A Fribourg, Mgr Charrière ne semble pas convaincu. «Il a envoyé l’abbé Albert Menoud, professeur de philo au Collège St-Michel de Fribourg, à une réunion nationale de coordination à Olten. Et l’abbé Menoud est revenu enthousiaste!». Le train est lancé.

    Le 10 mars 1969, la Conférence des évêques suisses annonce officiellement la tenue du Synode pour tous les catholiques du pays. On commence alors à consulter les fidèles. Le nombre de réponses est impressionnant: 335'638 questionnaires à cocher sont retournés à la CES ainsi que 10'413 lettres. «Ce premier tour d’horizon a permis de dégager 300 thèmes de discussion. On les a réunis en douze chapitres, traités par des commissions nationales», indique André Kolly.

    Délégués laïcs pour moitié

    Synode-72-Abbaye-St-Maurice
    Synode-72-Abbaye-St-Maurice

    Deuxième temps, la désignation des délégués. La Suisse adopte un type de représentation original. «L’engagement des laïcs a fait parler de lui jusqu’au Vatican, dit André Kolly. Pour la Suisse, le Saint-Siège a accepté que la proportion des laïcs atteigne 50%, tandis que l’autre moitié des sièges serait attribuée aux ecclésiastiques, prêtres, religieux et religieuses».

    Ainsi, pour le diocèse LGF, l’assemblée synodale comptera 180 délégués. Et la deuxième tranche composée de laïcs comprend au moins un tiers de jeunes de 16 à 25 ans, un tiers d'étrangers et un tiers de femmes. Une percée décisive dans un pays où le droit de vote des femmes est tout récent.

    Discussions vives

    Les 6 et 7 mai 1972, le Synode entre dans sa phase active avec des élections à deux tours. Les grands électeurs élus par les paroisses se réuniront par régions pour élire les quelque 500 laïcs qui prendront part aux assises synodales des six diocèses suisses et de l'Abbaye de Saint-Maurice.

    Les discussions en session commencent: elles sont sérieuses, passionnantes souvent, vives parfois. Car la participation forte de membres de la société civile, de personnalités de mouvements d’Eglise, ainsi que d’invités d’autres confessions chrétiennes donnent aux débats un piment particulier. «Les évêques ont été confrontés à des débats auxquels ils n’étaient pas toujours préparés. La richesse de ce Synode a été de faire se rencontrer, par exemple, un patron et un syndicaliste, au nom de leur foi commune», relève André Kolly.

    Sehr-Geehrter-Herr-Bischof
    Sehr-Geehrter-Herr-Bischof

    Statut des saisonniers

    «Les laïcs ont pris la parole comme on a, autrefois, pris la Bastille!», commentera l’abbé Menoud, très engagé dans la démarche synodale. Du côté de l’Action de Carême est publié un livret titré Expression libre (en français) et Sehr geehrter Herr Bischof («cher Monseigneur» - photo) en allemand pour interpeller les évêques suisses. Les douze thèmes de discussion choisis pour le Synode y sont illustrés de témoignages et de textes officiels. Parmi ces thématiques: l’annonce de la foi, mariage et famille, Église et politique, Monde du travail et économie, notamment.

    «Les laïcs ont pris la parole comme on a, autrefois, pris la Bastille!»

    Abbé Menoud

    Si la prise de parole large suscite quelques surprises, elle engendre également une cohésion de la catholicité suisse. Le processus suivi y contribue: afin de coordonner les résultats, les sessions diocésaines sont entrecoupées de brèves sessions nationales. «Car certaines décisions relèvent de la compétence diocésaine, tandis que d’autres thématiques regardaient l’ensemble des catholiques suisses», précise l’ancien attaché de presse. Exemples: le statut des saisonniers ou l’hospitalité eucharistique, ou l’instauration du diaconat permanent.

    Effets sur l’œcuménisme

    Les effets sur le dialogue œcuménique sont également positifs. La présence de représentants protestants, catholiques-chrétiens et orthodoxes stimule les relations entre Églises. La reconnaissance des sacrements - comme le baptême - célébrés au sein d’autres Églises chrétiennes se développent.

    Au final, chaque diocèse va publier les résultats de sa consultation synodale. Les thèmes abordés y sont résumés de manière à garder une trace des débats. Ces documents font encore foi, aujourd’hui, de la pertinence d’une démarche qui a profondément marqué l’Eglise catholique en Suisse. (cath.ch/bl)

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    Mgr Johannes Vonderach évêque de Coire (à dr. premier plan) ouvre le Synode 72 le 23 septembre 1972 à Zurich © Keystone/Photopress-Archiv/Kl

    Synode 1972: une Eglise suisse mobilisée et active 2/2

    Le chanoine Claude Ducarroz, à l’époque jeune prêtre à Fribourg, a vécu de près le Synode 72. Cinquante ans après, il en tire le bilan qui, selon lui, a marqué l’Église catholique en Suisse grâce à des avancées encore en place aujourd’hui.

    Bernard Litzler pour cath.ch

    Claude Ducarroz, prévôt émérite de la cathédrale de Fribourg, a vécu de près le Synode 72. Ce processus original manifestait, dit-il, «la ferme volonté de faire atterrir en Suisse l’esprit et la lettre des impulsions et décision du concile Vatican II (1962-1965)».

    Ce fut «une synodalité en actes made in Switzerland, précise le chanoine, c’est-à-dire l’expérimentation de méthodes de gouvernance ecclésiale inspirées de notre pratique démocratique bien "suisse": une consultation du peuple, la publication des résultats, des assemblées représentatives, une maturation des décisions par débats, la recherche de consensus large, la liberté d’expression».

    «Nouvelle catholicité»

    Claude-Ducarroz_IMGL5032
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    Claude Ducarroz voit alors émerger une «nouvelle catholicité»: «Nous avons eu conscience, de manière approfondie, d’être une Eglise régionale, dans l’unité essentielle et la diversité des cultures. Et nous avons allié la liberté et la responsabilité, y compris celles des évêques». Résultat: «La montée en engagements des laïcs dans une Église peuple de Dieu, avec des personnes plus responsables ad intra et plus prophétiques ad extra».

    Avec le recul, le prévôt émérite de la cathédrale de Fribourg constate que la démarche a conduit à «la sortie de certains ghettos cathos et l’entrée courageuse dans un nouveau dialogue Église-société». Durant la phase préparatoire du Synode il est en ministère à Fribourg et à Lausanne. Puis il poursuit des études en théologie à Rome et à Munich durant la phase de célébration du Synode, entre 1972 et 1975, avant de revenir diriger le séminaire diocésain et s’engager dans l’aumônerie de la jeunesse.

    Femme assistante pastorale

    Des fécondités se manifestent «dans les profondeurs catholiques», se souvient le chanoine Ducarroz: «Un renouveau liturgique "populaire" et la fréquentation de la Bible, personnellement et en groupes». Autre nouveauté: «la création de plusieurs conseils à tous les niveaux pour favoriser la participation des fidèles, avec leurs charismes et leurs générosités».

    La libération de la parole favorise les mouvements d’Action catholique et d’apostolat des laïcs ainsi que «l’éclosion de nouveaux ministères, certains ouverts aux femmes, dans une ambiance de liberté». Ainsi les servantes de messe prennent place dans les liturgies, les femmes portent la communion aux malades et en Appenzell, l’évêque de Saint-Gall Mgr Otmar Maeder institue même une femme comme assistante pastorale, une nouveauté dans les années 1970.

    Relations plus fraternelles

    Le Synode 72 ose aborder des sujets délicats: l’ordination d’hommes mariés, la réinsertion des prêtres mariés avec une dispense, l’ouverture de l’ordination aux femmes et la participation du peuple dans le choix des évêques.

    Au sein de l’Église se déploient alors, selon Claude Ducarroz, «des relations plus fraternelles, de meilleure proximité, entre les responsables hiérarchiques et le commun des fidèles». On expérimente joyeusement de nouvelles expressions de la foi et une créativité liturgique, comme les célébrations pénitentielles collectives. Et la pastorale de la famille progresse: «Un nouveau regard sur l’homosexualité et l’accès à la communion des divorcés remariés» constituent des fruits de la démarche synodale.

    Hospitalité eucharistique

    Par ailleurs, les relations œcuméniques s’intensifient. «Un nouveau dynamisme s’installe, se souvient le prélat fribourgeois, avec la conscience qu’il fallait témoigner le plus possible "ensemble" pour relever les défis d’un renouveau ecclésial dans une société en crise de transition vers son futur sécularisé». L’ouverture œcuménique permettant l’hospitalité eucharistique, même réciproque, est mise en œuvre dans certaines paroisses catholiques et protestantes.

    Pour Claude Ducarroz, la démarche synodale a également des effets sur l’engagement social. Les discussions ont abordé ouvertement des points chauds de l’époque: «l’abolition du statut des saisonniers, la promotion du service civil, la solidarité avec les migrants, la place des étrangers dans nos institutions, ainsi que le soutien à l’idée de participation en économie». (cath.ch/bl)

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