Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté?
Quelle place pour le pape dans le monde chrétien? La question est scrutée par le document «L’évêque de Rome», publié le 13 juin 2024 par le Vatican. Les théologiens luthérien André Birmelé et orthodoxe Noël Ruffieux croisent leur regard sur le nouvel appel d’air œcuménique venant de Rome.
Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté? (1/2)
Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté? (2/2)
Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté?
Quelle place pour le pape dans le monde chrétien? La question est scrutée par le document «L’évêque de Rome», publié le 13 juin 2024 par le Vatican. Les théologiens luthérien André Birmelé et orthodoxe Noël Ruffieux croisent leur regard sur le nouvel appel d’air œcuménique venant de Rome.
Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté? (1/2)
Quelle place pour le pape dans le monde chrétien? La question est scrutée par le document «L’évêque de Rome», publié le 13 juin 2024 par le Vatican. Les théologiens luthérien André Birmelé et orthodoxe Noël Ruffieux croisent leur regard sur le nouvel appel d’air œcuménique venant de Rome.
Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté? (2/2)
Quelle place pour le pape dans le monde chrétien? La question est scrutée par le document «L’évêque de Rome», publié le 13 juin 2024 par le Vatican. Les théologiens luthérien André Birmelé et orthodoxe Noël Ruffieux croisent leur regard sur le nouvel appel d’air œcuménique venant de Rome.
Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté? (1/2)
Quelle place pour le pape dans le monde chrétien? La question est scrutée par le document L’évêque de Rome, publié le 13 juin 2024 par le Vatican. Les théologiens luthérien André Birmelé et orthodoxe Noël Ruffieux croisent leur regard sur le nouvel appel d’air œcuménique venant de Rome.
Le pape de Rome peut-il être le «chef» de tous les chrétiens? Et en tant que «chef», devrait-il être plutôt «souverain infaillible», «porte-parole» ou juste «gentil organisateur» du “Club chrétienté”?
De multiples points de vue existent, que le Vatican a décidé de clarifier en proposant le document d’étude intitulé L’évêque de Rome. Primauté et synodalité dans les dialogues œcuméniques et dans les réponses à l’encyclique Ut unum sint. Concocté par le dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, et son préfet, le cardinal suisse Kurt Koch, le texte fait figure de première guirlande en vue du 30e anniversaire (en 2025) d’Ut unum sint.
Cette encyclique, publiée par Jean Paul II en 1995, est considérée comme une «borne milliaire» dans le cheminement œcuménique moderne. Son titre signifiant "Qu'ils soient un", tiré de la prière de Jésus dans l'Évangile de Jean (Jean 17:21), encourage notamment tous les catholiques à s'impliquer activement dans la promotion de l'unité des chrétiens, considérant qu’il s’agit d’un aspect fondamental de la foi. Le pape polonais y propose en particulier un dialogue sur le ministère du pape qui est, à ses yeux, un obstacle majeur sur le chemin de l’unité.
Un bon panorama des difficultés
L’évêque de Rome expose ainsi les derniers axes routiers au départ d’Ut unum sint. Une carte géographique jugée «encourageante» par des responsables catholiques. Le Père Hyacinthe Destivelle, official au dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, a notamment considéré que le document mettait en valeur «de nouvelles pistes de réflexion sur la manière dont le ministère de l’unité pourrait être exercé dans une Église réconciliée».
Un texte également salué par des spécialistes non catholiques de l’œcuménisme. «Le fait même de pouvoir discuter de tout ceci est une excellente chose», affirme André Birmelé à cath.ch. Le pasteur et théologien luthérien apprécie que Jean Paul II ait, à travers Ut unum sint, «spécifié les divers problèmes qui marquent le cheminement vers l’unité.»
"L’époque ou Luther qualifiait le pape 'd’antéchrist’ est aujourd’hui largement révolue"
Du côté orthodoxe, le théologien Noël Ruffieux se rappelle qu’en 1995, la lecture de l’encyclique l’avait «globalement réjoui», surtout «son invitation aux responsables ecclésiaux et à leurs théologiens à instaurer un dialogue fraternel et patient». «Un appel qui n’est pas resté sans réponse», rappelle le Fribourgeois. L’un des mérites de L’évêque de Rome est ainsi de «réunir ces réponses, d’en faire un florilège, qui borde d’espérances et d’écueils le chemin vers l’unité».
Malgré ses qualités, le nouveau document romain trouve aussi ses limites. «Il y a à boire et à manger, note André Birmelé. Certains textes importants me manquent, et je me demande pourquoi y figurent d’autres, qui me paraissent mineurs.» Le luthérien regrette aussi que le document «passe trop de temps sur des choses acquises depuis longtemps.» Pour Noël Ruffieux également, les sources «sont diverses et d’inégale signification ecclésiale».
Un évêque de Rome signe de modestie
Les deux théologiens saluent toutefois le fait que le document s’intitule modestement L’évêque de Rome. La dénomination est loin d’être anodine dans le contexte œcuménique. «En se considérant comme évêque de Rome, avant d’être primus inter pares pour l’ensemble de l’Église catholique, le pape se place dans la conférence mondiale des évêques», relève André Birmelé. «Évêque de Rome est le titre le plus fréquent dans les premiers siècles de l’Église, souligne Noël Ruffieux. C’est dire qu’il est le pasteur d’une communauté qui, pour être eucharistique, ne peut être que locale.»
Une approche donc tout à fait acceptable pour les théologiens non catholiques. «L’époque ou Luther qualifiait le pape 'd’antéchrist’ est aujourd’hui largement révolue, assure le pasteur français. Depuis que je fais de la théologie, je n’ai jamais entendu quelqu’un contester qu’il y avait un évêque de Rome avec une fonction primatiale dans l’Église catholique.» La notion théologique de «primauté» consiste à reconnaître le pape comme successeur de l'apôtre Pierre, aussi bien sur le siège épiscopal de Rome que comme chef du collège épiscopal. (cath.ch/rz)
La seconde partie de l'article paraîtra le 7 juillet à 17h
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Le Vatican a publié le 13 juin 2024 la première synthèse générale depuis le Concile Vatican II sur le sujet sensible de la place du pape dans le monde chrétien.
La seconde partie de cette article paraîtra le 7 juillet à 17h
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Le pape, «souverain» ou «animateur» de la chrétienté? (2/2)
Quelle place pour le pape dans le monde chrétien? La question est scrutée par le document L’évêque de Rome, publié le 13 juin 2024 par le Vatican. Les théologiens luthérien André Birmelé et orthodoxe Noël Ruffieux croisent leur regard sur le nouvel appel d’air œcuménique venant de Rome.
Si le pontife romain peut être accepté comme le 'Kephas’ (nom de Pierre en araméen) moderne, a-t-il pour autant, davantage que tout baptisé, une ligne directe avec le Saint-Esprit? Et peut-il imposer ses vues à tous les chrétiens?
La première question a été soulevée lors du Concile Vatican I (1870). Qui a donné une forme de réponse en dogmatisant l’infaillibilité pontificale. Une décision qui a provoqué maintes controverses, allant jusqu’à provoquer un schisme, avec la création de l’Église catholique chrétienne.
L’infaillibilité est souvent vue comme une des principales pierres d’achoppement pour l’unité des chrétiens. L’évêque de Rome admet ainsi que “ces définitions dogmatiques [de l’infaillibilité, ndlr] se sont révélées être un obstacle important pour les autres chrétiens en ce qui concerne la papauté”. (p.42) Le document rappelle “(...) l’importance d’interpréter les déclarations dogmatiques de Vatican I, non pas de manière isolée, mais à la lumière de l’Évangile, de toute la tradition et dans son contexte historique.”
Le synode, chance ou obstacle?
Une infaillibilité qui pourrait donc être rendue “œcuménico-compatible”? L’option soulève des sourcils chez les théologiens non catholiques. “Pour moi, l’infaillibilité n’est pas réellement un problème, relève le théologien luthérien André Birmelé. Parce qu’elle n’a pratiquement jamais été utilisée, et qu’elle ne le sera sans doute plus. L’obstacle plus important est celui du primat magistériel de l’évêque de Rome qui en fait un super-évêque pour chaque diocèse catholique.”
"L’orthodoxie n’a que faire de la primauté, si elle est autre chose et plus qu’une simple primauté d’honneur"
Le professeur à l’Université de Strasbourg interroge également la faisabilité d’une modification du dogme de l’infaillibilité. “La question est de savoir s’il est envisageable de remettre en cause une décision conciliaire sans ébranler la structure-même de l’Église catholique.” Est-il ainsi approprié de discuter du rôle du pape dans la chrétienté alors que l’Église catholique est elle-même en pleine remise en question de sa hiérarchie?
Le synode sur la synodalité, dont la dernière phase se déroulera à Rome en automne prochain, est censé clarifier les choses. Mais le peut-il vraiment? “Cette belle vision de la synodalité est chère à l’Orthodoxie», souligne Noël Ruffieux. «Mais une fois admis que la seule tête de l’Église est le Christ, quelle forme praticable donner à la synodalité, quelle forme canonique permettrait-elle au peuple de Dieu de s’exprimer?”, s’interroge le théologien orthodoxe.
Primauté vs synodalité
En d’autres termes, n’y a-t-il pas une contradiction fondamentale entre synodalité et primauté, que les catholiques, malgré leur meilleure volonté, seraient incapables de résoudre? Le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Secrétariat général du Synode, s'est récemment exprimé sur ce point. «S'il existe un 'lieu’, un contexte qui peut aujourd'hui manifester -et qui manifeste- une nouvelle manière d'exercer la primauté, a-t-il déclaré, c'est précisément le processus synodal». Le prélat maltais a ainsi rappelé que «le pape ne se trouve pas seul au-dessus de l'Église, mais en son sein, en tant que baptisé parmi les baptisés et en tant qu'évêque parmi les évêques.”
"Si le pape François faisait une déclaration sur la guerre en Ukraine, l’on pourrait imaginer que plusieurs responsables d’Églises se rangent derrière lui"
De beaux mots, mais qui n’ont pas d’impact réel tant que l’enjeu de la “primauté magistérielle” du pontife romain n’est pas réglée, estime toutefois André Birmelé. Ce concept, qui stipule l'autorité suprême et ultime du pape en matière de doctrine et de morale dans chaque diocèse, est, pour le théologien protestant, l’élément le plus problématique, aussi bien dans les relations intra-catholiques qu’interconfessionnelles. “Finalement, nous tombons toujours sur la question: 'Qui est le garant de la vérité’. Pour les catholiques, normalement, c’est le pape, puisque c’est lui qui a le dernier mot, aussi au terme d’un processus synodal. Mais, cela ne peut pas être accepté par les autres Églises.” Pour Noël Ruffieux, “l’Orthodoxie n’a que faire de la primauté, si elle est autre chose et plus qu’une simple primauté d’honneur, avec laquelle on peut toujours s’accommoder”.
Le pape, une force “médiatique”
Si l’autorité d’un pape “je sais tout mieux que vous” semble donc exclu pour les autres confessions chrétiennes, le prestige et la portée symbolique de sa figure ne sont cependant pas dénués d’intérêt. André Birmelé estime notamment qu’une “primauté” “médiatique” serait intéressante. “Si, par exemple, le pape François faisait une déclaration sur la guerre en Ukraine, l’on pourrait imaginer que plusieurs responsables d’Églises se rangent derrière lui en affirmant: 'Il dit, au nom de nos communautés, ce qui est à dire’. Cela donnerait une très grande force à ce message.” Une démarche qui ne devrait toutefois pas se faire sans consultation préalable, précise le luthérien.
La base, le vrai lieu de l’unité?
Mais pour les deux théologiens, plus important peut-être que le rôle du pape, est l’œcuménisme “d’action”, celui qui va au-delà des déclarations en portant des fruits concrets. Tels que le récent voyage de trois responsables chrétiens au Soudan du Sud (pape François, Justin Welby [primat anglican] et Ian Greenshields [Église d’Écosse]), ou encore la visite commune du camp de réfugiés de Lesbos, en Grèce (pape François, Bartholomée Ier [patriarche œcuménique de Constantinople], Hiéronyme II [chef de l'Église orthodoxe grecque].
L’orthodoxe et le luthérien mettent également en avant toutes les belles collaborations quotidiennes entre les fidèles des diverses Églises de par le monde, qui contribuent à unir les chrétiens par leur foi et leur souci du prochain, au-delà de leurs différences. Et de se demander si ces espaces de rencontre ne sont pas finalement les vrais lieux de la communion. “L’Église ne vit pas au niveau de ses superstructures canoniques ou administratives, mais dans chaque communauté qui célèbre l’Eucharistie”, remarque ainsi Noël Ruffieux. (cath.ch/rz)
Le pape, à nouveau «Patriarche d’Occident»
Dans l’Annuaire pontifical du 9 avril 2024, la page contenant les titres attribués au pape François, évêque de Rome, comprenait à nouveau celui de 'Patriarche d’Occident’. Une définition disparue depuis 2006, à la demande de Benoît XVI. Pour le pape allemand, ce titre peu clair était devenu obsolète dans l’évolution de l’histoire. Le titre de 'Patriarche d’Occident’ rappelle l’expérience du premier millénaire chrétien, lorsque les cinq sièges de l’ancienne chrétienté (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem) coexistaient en se référant tous à l’unique Tradition apostolique.
Pour les vaticanistes, la décision de François a pu être liée à un souci œcuménique qui le pousserait à regarder vers les premiers siècles du christianisme, lorsqu’il n’y avait pas de divisions entre les Églises. MP
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