Le cardinal nigérian Okpaleke, un choix fort contre le tribalisme
Portraits de cardinaux Jusqu'au 27 août 2022, I.MEDIA publie chaque semaine le portrait d’un cardinal électeur désigné par le pape François le 29 mai dernier. Comme à son habitude, le pape François est allé vers les périphéries.
Le cardinal nigérian Okpaleke, un choix fort contre le tribalisme
Mgr Anthony Poola, premier cardinal dalit de l’histoire
Le futur cardinal William Goh, artisan de l'harmonie à Singapour
Le futur cardinal Robert McErloy, un Bergoglien pratiquant
Mgr Paulo Cezar Costa: le jeune pasteur de la capitale du Brésil
Mgr Vergez Alzaga, un cardinal promu après 50 ans passés à la Curie
Mgr You Heung-sik, un cardinal pour aider les prêtres du monde entier
Mgr Arthur Roche, bras droit liturgique du pape François
Mgr Virgilio do Carmo da Silva: un éducateur pour un jeune pays
Mgr Leonardo Ulrich Steiner, le premier cardinal de l’Amazonie
Mgr Richard Kuuia Baawobr, le Père Blanc africain devenu cardinal
Filipe Neri Ferrão, premier cardinal de l’histoire pour Goa, en Inde
Le futur cardinal Giorgio Marengo vient de la steppe mongole
Le cardinal Cantoni, un Italien en rouge pour un diocèse martyr
Mgr Jean-Marc Aveline défenseur d'une 'Méditerranée heureuse'
Adalberto Martínez Flores, l'entrée du Paraguay au Sacré Collège
Le cardinal nigérian Okpaleke, un choix fort contre le tribalisme
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Le cardinal nigérian Okpaleke, un choix fort contre le tribalisme
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Mgr Anthony Poola, premier cardinal dalit de l’histoire
Il est l’un des deux Indiens de la liste et sa nomination a été saluée comme celle du “premier cardinal dalit” de l’histoire. Mgr Anthony Poola, 60 ans, est aussi le premier cardinal de langue Telugu, parlée par plus de 75 millions de personnes, notamment dans les États de l’Andhra Pradesh et du Tel...
Le futur cardinal William Goh, artisan de l'harmonie à Singapour
Le nom de Mgr William Goa Seng Chye, archevêque de Singapour, n'était pas très attendu dans la liste des nouveaux cardinaux désignés par le pape le 29 mai dernier.
Le futur cardinal Robert McErloy, un Bergoglien pratiquant
Il est le seul cardinal désigné des États-Unis pour ce consistoire, et le cinquième choisi par le pape François dans ce pays. Véritable disciple de François, il représente une voix importante au sein de l’Église américaine, prônant une ligne moins rigoriste sur les sujets de société.
Mgr Paulo Cezar Costa: le jeune pasteur de la capitale du Brésil
«J’ai toujours voulu être, dans ma vie, un serviteur», a confié Mgr Paulo Cezar Costa lors d’une conférence de presse le 29 mai 2022, après avoir appris que le pape François l’avait inscrit sur la liste des 20 prélats appelés à entrer au Collège des cardinaux le 27 août prochain.
Mgr Vergez Alzaga, un cardinal promu après 50 ans passés à la Curie
Mgr Fernando Vérgez Alzaga, 77 ans, est un archevêque discret et peu médiatique mais reconnu pour son expérience, sa loyauté et son incorruptibilité. Cet Espagnol, membre des Légionnaires du Christ, travaille à la Curie romaine depuis exactement 50 ans.
Mgr You Heung-sik, un cardinal pour aider les prêtres du monde entier
Âgé de 72 ans, «Mgr You», comme il est souvent nommé à Rome, est aujourd’hui l’homme en charge au sein de la Curie romaine des 410’000 prêtres, 46’000 diacres et près de 7’000 séminaires actifs dans le monde.
Mgr Arthur Roche, bras droit liturgique du pape François
Premier de la liste des vingt personnes que le pape François va créer cardinaux lors du consistoire le 27 août prochain, Mgr Arthur Roche va donc être chargé du traditionnel discours de remerciement au pontife. Un signe de l’importance prise par l’actuel préfet du dicastère pour le Culte divin et la...
Mgr Virgilio do Carmo da Silva: un éducateur pour un jeune pays
"Quand j’ai appris cette nouvelle, j’ai été tellement choqué que j’ai failli m’évanouir". Telle a été la réaction de Mgr Virgilio do Carmo da Silva, archevêque de Dili, lorsqu’il a appris que le 27 août, il deviendra, à 54 ans, le premier cardinal du Timor oriental.
Mgr Leonardo Ulrich Steiner, le premier cardinal de l’Amazonie
Le 27 août, Mgr Leonardo Ulrich Steiner, 71 ans, deviendra le premier cardinal de la région amazonienne. Depuis 2020, il est archevêque de Manaus, la ville la plus peuplée du bassin de l’Amazone et la capitale de l’État d’Amazonas dans le nord-ouest du Brésil.
Mgr Richard Kuuia Baawobr, le Père Blanc africain devenu cardinal
En l’espace de quelques semaines, Mgr Richard Kuuia Baawobr a changé de dimension le 29 mai dernier, lorsque le pape François a dévoilé la liste des nouveaux cardinaux qu’il souhaite créer. Ce Père Blanc, évêque du diocèse de Wa, en fait partie.
Filipe Neri Ferrão, premier cardinal de l’histoire pour Goa, en Inde
Mgr Filipe Neri António Sebastião do Rosário Ferrão est le premier archevêque de l’histoire de l’archidiocèse de Goa et Daman à être élevé au rang de cardinal. Créé en 1557, l’archidiocèse de Goa est le foyer d’où rayonna la foi chrétienne en Inde.
Le futur cardinal Giorgio Marengo vient de la steppe mongole
Après avoir été en 2020 le plus jeune évêque du monde, il deviendra dans quelques semaines le plus jeune cardinal, et le premier à être né dans les années 1970. Le nom de Mgr Giorgio Marengo, 48 ans, préfet apostolique d’Oulan-Bator, a créé la surprise.
Le cardinal Cantoni, un Italien en rouge pour un diocèse martyr
Le choix de conférer la barrette cardinalice à Mgr Oscar Cantoni a interrogé bon nombre d’observateurs. Son diocèse, celui de Côme, n’est en effet pas connu pour être un siège cardinalice. Petit diocèse en Lombardie, voisin de la Suisse, il se retrouve souvent effacé derrière les très prestigieux di...
Mgr Jean-Marc Aveline défenseur d'une 'Méditerranée heureuse'
Parmi les 21 nouveaux cardinaux nommés par la pape François, le 29 mai 2022, on trouve un Français Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille.
Adalberto Martínez Flores, l'entrée du Paraguay au Sacré Collège
Mgr Adalberto Martínez Flores, quelques mois seulement après sa nomination comme archevêque d’Asunción, le 17 février 2022, deviendra le 27 août le premier cardinal de l’histoire du Paraguay, un pays enclavé entre le Brésil, l’Argentine, la Bolivie, et qui avait reçu une visite du pape François en 2...
Le cardinal nigérian Okpaleke, un choix fort contre le tribalisme
Le pape François a créé la surprise en élevant à la dignité de cardinal Mgr Peter Okpaleke, un prélat nigérian au parcours hors norme. Rejeté par ses diocésains car ne faisant pas partie de la même ethnie, il a démissionné de sa charge en 2018 avant d’être mis à la tête d’un diocèse créé pour lui deux ans plus tard.
Itinéraire de cet évêque humilié par ses diocésains et finalement récompensé par le pape François, qui a fustigé à de nombreuses reprises les réflexes tribaux pouvant conduire à des génocides.
Dimanche 29 mai 2022, quand le nom de Mgr Peter Okpaleke est prononcé par le pape François depuis la fenêtre du palais apostolique du Vatican – en numéro 5 sur 21 -, bien peu de fidèles réunis place Saint-Pierre comprennent que le pontife argentin envoie alors un message très fort à l’Église au Nigeria. L’histoire de Mgr Peter Okpaleke a beau être originale, le grand public ne la connaît pas forcément. Et c’est peut-être pour cela que le pontife de 85 ans a choisi de le créer cardinal: mettre un coup de projecteur sur le fléau du tribalisme, cette forme de «xénophobie domestique» qu’il dénonce depuis son élection sur le trône de Pierre en 2013.
Vocation grâce à la pluie
Peter Ebere Okpaleke naît le 1er mars 1963 avec son frère jumeau – décédé – dans un village de l’État d’Anambra, dans le sud du Nigeria. Avec ses quatre frères et sœurs, il est élevé par sa grand-mère maternelle. Il renvoie l’origine de sa vocation à un dimanche de l’année 1972, lorsqu’il est enrôlé pour servir la messe afin de remplacer les autres enfants de chœur, absents à cause de la pluie. Ce premier service auprès de l’autel le marque.
Dix ans plus tard, il rentre au séminaire et est ordonné prêtre en 1992. Il poursuit ses études après son ordination, notamment à Rome (1999-2002), où il obtient un doctorat en droit canonique avec mention très bien à l’Université de la Sainte Croix. Il est également titulaire d’un diplôme en administration ecclésiastique. Secrétaire adjoint de l’évêque du diocèse d’Awka (1992-1995) puis administrateur financier, il est finalement chancelier du diocèse de 2002 à 2011. Alors que son évêque le nomme curé de paroisse, la vie de ce prêtre va basculer.
Fronde «xénophobe»
Le 7 décembre 2012, le pape Benoît XVI le nomme évêque d’Ahiara. Le diocèse a beau n’être qu’à une centaine de kilomètres au sud d’Awka, son diocèse d’origine, la sociologie de la région est bien différente, et les problèmes de l’évêque de 49 ans commencent.
Sitôt la nomination publiée, les diocésains – prêtres et laïcs – d’Ahiara se rebellent. En cause, disent certains: le fait que Peter Ebere Okpaleke ne soit pas incardiné dans le diocèse d’Ahiara. Une manière habile de ne pas désigner les origines ethniques du jeune prélat. Contrairement à son prédécesseur qui était de l’ethnie mbaise, majoritaire dans le diocèse, Mgr Okpaleke est issu de l’ethnie ibo – comme le cardinal nigérian Francis Arinze -, majoritaire dans le sud-est du Nigeria.
Devant la fronde, Mgr Okpaleke demande de repousser de quelques semaines la date de sa consécration épiscopale en espérant que la situation s’apaise. En vain. Il est finalement consacré en dehors du diocèse d’Ahiara, au séminaire du «Siège de la sagesse» d’Ulakwo, dans l’archidiocèse d’Owerri.
Le pape François pense à supprimer le diocèse
Les mois passent sans que la situation ne bouge malgré les interventions d’autres évêques nigérians et de Rome. C’est finalement le pape François qui prend les choses en main. Le 8 juin 2017, devant une délégation du diocèse insoumis, il compare les fidèles récalcitrants aux «vignerons assassins» de l’Évangile. Et d’assurer: «Ceux qui se sont opposés à la prise de possession de l’évêque, Mgr Okpaleke, veulent détruire l’Église».
Assurant suivre la situation depuis des années, il remercie l’évêque pour sa «sainte patience» puis présente ses intentions: «J’ai écouté et j’ai beaucoup réfléchi, notamment sur l’idée de supprimer le diocèse; mais ensuite, j’ai pensé que l’Église est mère et elle ne peut abandonner tant de fils comme vous. J’éprouve une grande douleur envers ces prêtres qui sont manipulés, sans doute également de l’étranger et hors du diocèse».
30 jours pour demander pardon
Il exige alors «que chaque prêtre ou ecclésiastique incardiné dans le diocèse d’Ahiara, […] écrive une lettre à [son] intention, dans laquelle il demande pardon; tous doivent écrire individuellement et personnellement». Ils ont 30 jours pour renouveler leur obéissance au pape et accepter leur évêque. «Qui ne le fera pas ipso facto sera suspendu a divinis et perdra sa charge», prévient-il, arguant que le scandale n’a que trop duré.
La charge est lourde. Et pourtant, la situation ne va pas changer. Selon l’agence Fides, 200 prêtres écrivent individuellement au pape et lui manifestent obéissance et fidélité. Mais certains soulignent dans leur missive leur difficulté à pouvoir collaborer avec Mgr Okpaleke après des années de conflit. Sur place, quelques jours après le sermon du pape, une manifestation rassemblant près de 3’000 personnes est organisée devant la cathédrale d’Ahiara pour rejeter une nouvelle fois l’évêque.
Une situation qui «menace le Salut des âmes»
Devant la paralysie, «l’évêque sans diocèse» finit par remettre sa lettre de démission au pontife argentin début 2018. «Malheureusement, la situation dans le diocèse d’Ahiara, à ma connaissance, ne s’est pas améliorée. Plus important encore, cela a menacé ma vie spirituelle», écrit-il. Convaincu que le fait de rester évêque d’Ahiara «n’est plus bénéfique pour l’Église», le prélat juge qu’il est temps de se retirer. «Exercer le ministère dans un diocèse où les prêtres qui sont censés être mes collaborateurs immédiats et les plus proches, mes frères, mes amis et mes fils, sont en guerre les uns contre les autres, contre les laïcs et contre moi, leur principal berger, serait désastreux et menacerait le salut des âmes – y compris ma propre âme».
Une démission que Mgr Okpaleke considère comme la seule option appropriée pour faciliter la ré-évangélisation des fidèles du diocèse, en particulier des prêtres. Il précise d’ailleurs au pape que lui et la Curie peuvent désormais dénombrer «les prêtres qui ont réellement affirmé leur loyauté envers le Saint-Père et ceux qui ont décidé de se retirer de l’Église catholique par désobéissance». Et le pape François accepte finalement sa démission le 19 février 2018.
Diocèse sur mesure
Deux années passent avant que le nom de Mgr Okpaleke ne revienne sur le devant de la scène. Le 5 mars 2020, il est nommé évêque d’Ekwulobia, un diocèse spécialement découpé pour l’évêque de 57 ans. Le Nigérian est installé dans sa cathédrale le 29 avril suivant. Il prend alors les rênes d’un diocèse d’un million d’habitants (61% de catholiques) et qui compte 250 prêtres.
Lorsque, le 29 mai dernier, le pape dévoile à Rome la liste des nouveaux cardinaux, l’évêque nigérian sort à peine d’une messe durant laquelle il a donné le sacrement de confirmation à 138 fidèles. Quand il apprend la nouvelle, il pense alors à une blague de son secrétaire, avant de réaliser le geste du pape. À Vatican News, le cardinal désigné raconte que ses années difficiles lui ont permis de toucher la paix de Dieu; une paix qu’il tire de sa relation toute particulière avec la Vierge Marie et Jésus Eucharistie; et puis aussi de l’Esprit Saint, à qui l’évêque a dédié sa devise épiscopale: «Veni sancte Spiritus».
Un pape vent debout contre le tribalisme
Si le pape François a certainement été touché par l’épreuve personnelle endurée par l’évêque nigérian, il a sans doute aussi voulu, par cette nomination, mettre une nouvelle fois le doigt sur le tribalisme, un fléau qui afflige l’Afrique. Interrogé sur cette question lors du vol qui le ramenait de son voyage en 2019 au Mozambique, à Madagascar et à Maurice, le pape François avait été très clair sur ce «problème culturel» que le continent doit résoudre.
«Nous avons commémoré le 25e anniversaire de la tragédie du Rwanda il y a peu de temps: c’est un effet du tribalisme», avait-il insisté, se rappelant par ailleurs son voyage au Kenya quatre ans plus tôt. «Je me souviens au Kenya, au stade, j’ai demandé à tous de se lever et de se donner la main et de dire ‘non au tribalisme, non au tribalisme!’». Désormais, le cardinal désigné Okpaleke sera un symbole de ce combat contre le tribalisme qui s’intègre dans les appels inlassables du pape François à la fraternité et qui demeure un défi complexe au sein même de l’Église. (cath.ch/imedia/hl/rz)
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Mgr Anthony Poola, premier cardinal dalit de l’histoire
Il est l’un des deux Indiens de la liste et sa nomination a été saluée comme celle du “premier cardinal dalit” de l’histoire. Mgr Anthony Poola, 60 ans, est aussi le premier cardinal de langue Telugu, parlée par plus de 75 millions de personnes, notamment dans les États de l’Andhra Pradesh et du Telangana. Il représentera l’une des régions les plus pauvres du sous-continent.
L’archevêque est originaire de Chindhukur, dans le district de Kurnool, au sud-est du pays, où il est né le 15 novembre 1961 au sein d’une famille de la caste inférieure des “intouchables”, à laquelle appartiennent les deux tiers (65%) des 18 millions de catholiques indiens. Bien que les discriminations du régime des castes soient abolies par la Constitution depuis plus de 70 ans, les dalits sont parfois encore opprimés, voire persécutés, et relégués aux travaux subalternes comme le ramassage des ordures.
Un prélat simple et travailleur
Le 29 mai à midi – il est alors 16h en Inde – Mgr Poola est bien loin de s’imaginer que le chef de l’Église catholique vient de citer son nom place Saint-Pierre parmi les nouveaux cardinaux. Des amis de Sardaigne qui regardaient la télévision l’appellent alors, mais le cardinal désigné pense à une fake news. «Et puis j’ai reçu un autre appel de Sicile, raconte-t-il à Crux. Et puis des prêtres de Rome m’ont appelé. Et au bout d’un moment, le nonce [Mgr Leopoldo Girelli, ndlr] m’a appelé.»
Le futur cardinal ne se sent «pas digne» de cette charge mais il voit dans ce choix la sollicitude du pontife pour «les périphéries, les plus pauvres des pauvres, […] pour la région où je me trouve, car elle est parmi les plus pauvres de l’Inde, mais aussi celle qui compte la plus grande concentration de catholiques». Catholiques qui représentent une faible minorité de 1,5% de la population indienne.
Selon le Père Joseph Arlagadda, secrétaire adjoint du Conseil des évêques catholiques télugus interrogé par The News Minute, Mgr Poola doit ce titre à «son dévouement et son engagement envers l’Église». Le prélat, affirme-t-il, «a des pensées très profondes sur l’Église. Il travaille dur et il est un serviteur engagé».
Lui-même se décrit comme «un prêtre simple, un missionnaire simple». Nombre de commentaires évoquent un «gentleman cultivé, très gentil avec tout le monde. […] ouvert et généreux», et démontrant «un amour particulier pour les pauvres».
L’éducation des jeunes
Après ses études au séminaire de Bangalore, Anthony Poola a été ordonné prêtre le 20 février 1992 pour le diocèse de Cuddapah. Sa vocation? Il la doit à la générosité de missionnaires qui financèrent les études de celui qui était alors trop pauvre pour payer sa formation. «Ils m’ont pris en charge, m’ont aidé à aller à l’école et ont fait de moi quelqu’un de valable. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu rejoindre le séminaire», confie-t-il dans un entretien à Vatican News.
Entre 1992 et 2001, le jeune prêtre a été vicaire puis curé pour diverses paroisses. De 2001 à 2003, il a ensuite suivi un Master en pastorale de la santé à la Loyola University deChicago aux États-Unis. De retour en Inde, il a été quatre ans directeur de l’association de bienfaisance Christian Foundation for Children and Aging.
Le 8 février 2008, il est nommé évêque de Kurnool, où il restera 12 ans. En parallèle, Mgr Poola a été douze ans président de l’Andhra Pradesh Social Service Society, ainsi que secrétaire général de la Conférence des évêques de langue Telugu de 2014 à 2020. Le 19 novembre 2020, le pape François l’a nommé archevêque d’Hyderabad, dans l’État voisin, le Télangana.
Davantage de place aux femmes et aux enfants
Mgr Poola est aussi très impliqué dans le domaine de l’éducation, dans les villages les plus pauvres. Il a été président de la Commission pour la jeunesse de la Conférence des évêques de l’Andhra Pradesh et directeur adjoint des écoles catholiques du diocèse. Et il a entamé dans son diocèse une réforme pour donner davantage de place aux femmes et aux enfants.
«J’ai ressenti de la compassion et de l’amour, et surtout une grande responsabilité envers les enfants, celle de leur donner une éducation, car ils n’ont pas d’argent ou de biens à vendre. Mais si vous leur offrez une éducation, ce sera un grand cadeau», assure-t-il à Vatican News. Le vœu du futur cardinal, qui s’est souvent chargé lui-même d’amener des enfants pauvres à l’école, est «d’aider autant d’enfants pauvres que possible».
L’Église avait besoin d’un cardinal dalit
En choisissant un «Intouchable», le pape François fait une nouvelle fois un geste vers les périphéries les plus marginalisées. D’après la presse indienne, divers groupes dalits ont vu cette nomination comme un honneur pour les franges défavorisées de la société. «Le pape attend de moi que je résolve les problèmes des marginaux et peut-être aussi des dalits», estime Mgr Poola à Vatican News.
Pour le Père Devasagaya Raj, ancien secrétaire national de la Commission pour les castes de la conférence épiscopale indienne, «l’histoire de l’Église catholique indienne prend un nouveau tournant». «Un jour, a-t-il confié à Crux, un théologien bien connu, le Père Felix Wilfred, a écrit dans un article que les dalits n’avaient pas besoin d’un cardinal mais que l’Église avait besoin d’un cardinal dalit. Ce besoin est maintenant comblé.»
Une promotion au rang des Princes de l’Église d’autant plus célébrée que ces derniers mois, des militants dalits ont demandé au Vatican d’augmenter la représentation des dalits dans la hiérarchie de l’Église. Dans l’État du Tamil Nadu, ils regrettaient que seul un diocèse sur 18 compte un prélat dalit. Sur les 215 évêques indiens, seuls 11 sont de cette origine et les 31 archevêques du pays ne comptent que deux “intouchables”. Les mouvements dalits réclament aussi à Rome un rite liturgique représentatif de leur culture.
Avec le deuxième Indien qui sera aussi créée cardinal le 27 août, Mgr Filipe Neri Antonio Sebastiao di Rosario Ferrao, archevêque de l’ancienne colonie portugaise de Goa à l’est du pays, ils rejoindront les trois cardinaux indiens de moins de 80 ans – Baselios Cleemis Thottunkal, George Alencherry et Oswald Gracias –, portant à cinq le nombre d’Indiens électeurs dans le Collège cardinalice. (cath.ch/imedia/ak/bh)
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Le futur cardinal William Goh, artisan de l'harmonie à Singapour
Le nom de Mgr William Goa Seng Chye, archevêque de Singapour, n'était pas très attendu dans la liste des nouveaux cardinaux désignés par le pape le 29 mai dernier.
À Singapour, minuscule île-État située au bout de la péninsule malaise, aux portes du détroit de Malacca, le catholicisme est arrivé au XVIe siècle avec les marchands portugais. Le premier prêtre de Singapour, arrivé en 1821, est suivi en 1839 du Père Jean-Marie Beurel, missionnaire breton considéré aujourd’hui comme le fondateur de l’Église catholique locale. Deux cent ans après, la petite République du sud-est asiatique va bientôt compter dans ses rangs son premier cardinal en la personne de son actuel archevêque, Mgr William Goh Seng Chye.
William Goh est né à Singapour en 1957 au sein d’une famille catholique pratiquante. L’actuel archevêque de l’île considère devoir sa vocation à la grande ferveur de sa mère, affirmant se souvenir de la façon dont elle récitait avec ardeur son chapelet alors qu’il n’avait que quatre ans. À seulement douze ans, il prie lui-même le chapelet tous les jours, entretient une grande dévotion pour la Vierge Marie et médite sur les écritures.
Un banquier devenu prêtre
Ses parents l’inscrivent dans un établissement catholique de l’île, où il intègre un mouvement de jeunesse catholique puis devient enfant de chœur, se prenant de passion pour la liturgie. Quand il finit son secondaire, en 1976, il a déjà l’idée de devenir prêtre mais hésite encore. Après son service militaire, il choisit alors de travailler pour la banque britannique Barclays. Une période de deux ans qu’il décrit comme très joyeuse et pendant laquelle sa foi et sa vie spirituelle continuent de croître. Mais l’appel au sacerdoce est trop fort et, malgré l’opposition de son père, il décide de rejoindre le séminaire local de Penang où il est accepté.
En 1985, il passe une année à Rome où il obtient un diplôme en théologie à l’université pontificale urbanienne, puis rentre à Singapour où il est ordonné le 1er mai. Il retourne alors à Rome pour poursuivre ses études en théologie dogmatique au sein de l’université pontificale grégorienne. De retour à Singapour, il se voit confier des responsabilités d’enseignant et de formateur au séminaire majeur, en devenant par la suite le doyen, le procurateur et enfin le directeur, poste qu’il occupera jusqu’en 2013. En 1995, il intègre la commission théologique de la commission des conférences épiscopales d’Asie.
Pendant ces années, il a aussi été directeur spirituel du centre spirituel diocésain et de plusieurs mouvements de jeunes et charismatiques, une de ses passions en tant que pasteur. Il décrit la jeunesse catholique de Singapour comme « vibrante, créative et pleine d’énergie », considérant que l’Église, pour grandir, doit apprendre à comprendre leurs aspirations.
Un évêque engagé dans le dialogue interreligieux
En 2012, le pape Benoît XVI le nomme archevêque coadjuteur de Singapour auprès de l’archevêque Mgr Nicholas Chia Yeck Joo, qui se retire l’année suivante à 75 ans. Mgr William Goh devient dès lors archevêque à sa place, devenant le second prélat natif de Singapour à prendre la tête du diocèse.
L’archevêque singapourien est très investi dans la culture de dialogue interreligieux, une spécificité de la ville-État qui promeut l’harmonie entre les communautés bouddhistes, musulmanes, taoïstes, hindou, protestantes et catholique locales. Depuis 2014, il fait partie des représentants officiels de la ville pour le dialogue entre ces communautés. Le lendemain de son ordination épiscopale en 2013, lors d’une rencontre en présence des principaux représentants religieux de Singapour, il déplore la sécularisation du monde et la montée du laïcisme, responsable des progrès du relativisme et donc de la fragmentation des sociétés.
Mobilisé contre les abus
En Asie, Mgr Goh a été un des rares prélats à s’exprimer publiquement sur la question des abus. En mai dernier, il a présenté ses excuses à la communauté catholique après la condamnation d’un prêtre de son diocèse qui avait abusé deux adolescents, appelant à une « prise de conscience des réalités ». Sous sa gouvernance, le bureau indépendant en charge des abus du diocèse, qui existe depuis 2011, est passé sous la direction d’un laïc en 2018.
Enfin, dans la vie sociale du pays, Mgr Goh est, comme le promeut l’Église catholique, un des grands défenseurs de l’abolition de la peine de mort à Singapour, où la sentence capitale est encore régulièrement prononcée, notamment en cas de trafic de drogue. (cath.ch/imedia/cd/mp)
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"J’ai dit plusieurs prières parce que j’étais abasourdi et choqué", a confessé le prélat de 68 ans après l’annonce du pape. Originaire de San Francisco, il a été ordonné prêtre pour cet archidiocèse californien le 12 avril 1980, où il a été ensuite secrétaire de l’archevêque puis évêque auxiliaire de 2010 jusqu’à sa nomination à la tête du diocèse de San Diego en 2015.
Lors d’une conférence de presse rapportée par OSV, lui-même a expliqué sa nomination par le fait que le pape "voulait avoir un cardinal sur la côte ouest" du pays. Une autre raison a été soulignée par les observateurs : diocèse frontalier avec le Mexique, San Diego est concerné par le thème des migrants, cher au pontife.
Dans son ministère, Mgr McElroy est un proche du pape François. Il a tissé sa propre pastorale autour des thèmes bergogliens – accompagnement mutuel entre pasteur et Peuple de Dieu, Église en sortie. "Le pape François a lancé une série d’initiatives qu’il essaie d’apporter à la vie de l’Église… Et j’ai essayé de prendre ces initiatives et de les implanter ici", a affirmé ce disciple convaincu.
Très engagé pour la défense de l’environnement dans sa pastorale diocésaine, il était l’un des deux évêques américains personnellement nommés par le pontife argentin pour participer au Synode des évêques sur l’Amazonie en 2019. Il est aussi membre du Dicastère pour le service du développement humain intégral.
Une voix forte sur les sujets de société
Plus récemment, sa voix a porté dans le débat sur la "cohérence eucharistique" : Mgr McElroy a estimé que l’interdiction de la communion aux politiciens catholiques qui seraient en faveur de la légalisation de l’avortement était une mesure "destructrice" qui "diminue l’Eucharistie", l’instrumentalise à des fins politiques et promeut "l’esprit partisan dans notre société". Il a donc représenté le contrepoint de l’archevêque de San Francisco, Mgr Cordileone – son ancien supérieur – sur ce sujet.
En février 2021, Mgr McElroy a signé avec d’autres évêques américains une déclaration condamnant la "violence, l’intimidation ou le harcèlement" à l’encontre des personnes LGBT, s’inquiétant du taux de suicide élevé constaté chez les jeunes LGBT.
L’archevêque a aussi confié au National Catholic Reporter qu’il était favorable à l’ordination diaconale des femmes. Une question actuellement étudiée au Vatican par une commission mandatée par le pape François.
Puisque Mgr McElroy s’est souvent opposé à la priorisation du débat sur l’IVG sur les autres sujets tels le climat, les migrants, le racisme, certains ont décrit le choix du pape François comme une véritable "claque" à la Conférence épiscopale des États-Unis, plus frontale sur les sujets moraux – en particulier son président, Mgr José Gomez, archevêque de Los Angeles, dont San Diego est un diocèse suffragant. Ce geste du pape est "un message fort et clair pour l’Église aux États-Unis (en accord avec Vatican II)", a écrit le jésuite Antonio Spadaro, rédacteur en chef de La Civiltà cattolica, et proche du pontife, sur Twitter.
Un point noir dans sa gestion des abus
Sur la question des abus, Mgr McElroy a dénoncé "un très mauvais schéma" qui a conduit à la couverture des crimes dans l’Église. En 2019, il a rassemblé les plus de 2’500 employés de son diocèse, leur demandant de signaler les cas d’abus sexuels sur des enfants dont ils soupçonnent l’existence, quels que soient les délais de prescription. Il a également annoncé la création d’un groupe de travail sur ce sujet.
Mais, rapporte The Catholic Telegraph, Mgr McErloy a été critiqué pour n’avoir pas répondu à une lettre d’un expert sur les abus, Richard Sipe, aujourd’hui décédé, dénonçant des évêques et des prêtres américains – entre autres des dissimulations du cardinal Roger Mahony et des agissements du cardinal Theodore McCarrick – en 2016. L’évêque de San Diego a argué que les allégations de cette lettre manquaient de preuve.
La santé du cardinal désigné a été récemment éprouvée : en novembre 2021, il a subi un pontage coronarien, pour quatre artères bloquées. Opération qui a été couronnée de succès, d’après le Register.
Quant à l’hypothèse qu’il puisse être pape un jour ? "Je ne pense pas qu’un Américain devrait être pape", a-t-il répondu lors de la conférence de presse, expliquant que les États-Unis avaient du pouvoir "à tant de niveaux", que si l’Église était dirigée par un pape américain, cela représenterait un "contre-témoignage” (cath.ch/imedia/ak/mp)
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Mgr Paulo Cezar Costa: le jeune pasteur de la capitale du Brésil
«J’ai toujours voulu être, dans ma vie, un serviteur», a confié Mgr Paulo Cezar Costa lors d’une conférence de presse le 29 mai 2022, après avoir appris que le pape François l’avait inscrit sur la liste des 20 prélats appelés à entrer au Collège des cardinaux le 27 août prochain.
Depuis sa nomination comme évêque il y a seulement onze ans, Paulo Cezar Costa, qui a aujourd’hui 55 ans, a rapidement gravi les échelons de l’épiscopat brésilien. Depuis décembre 2020, il s’est ainsi vu confier l’archidiocèse de la capitale de son pays, Brasilia, où il cherche à promouvoir le dialogue et à être proche de son troupeau.
«Une surprise totale», a reconnu le futur cardinal à propos de l’annonce. Pour lui, elle reflète la «gentillesse du pape François» envers l’Église au Brésil et dans sa ville de Brasilia. «Ma profonde gratitude au pape François pour m’avoir choisi», a-t-il ajouté.
En août, Mgr Costa deviendra le troisième plus jeune électeur du Collège des cardinaux, après Mgr Giorgio Marengo, 48 ans, préfet apostolique d’Oulan-Bator (Mongolie) et Mgr Virgílio do Carmo da Silva, 54 ans, archevêque de Dili (Timor Oriental), qui vont également êtres créés cardinaux lors de ce consistoire d’août. Jusqu’alors, le poste de benjamin était occupé par Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui (République centrafricaine), qui a lui aussi 55 ans mais est plus âgé de quatre mois.
Un éducateur et un pasteur de la première heure
Mgr Costa est né le 20 juillet 1967 à Valença, dans l’État de Rio de Janeiro. Ordonné en 1992, il a étudié la philosophie et la théologie au Brésil, puis a fait son doctorat à l’Université pontificale Grégorienne de Rome, dont il a été diplômé en 2001.
De retour au Brésil en 2002, il a été curé de paroisse pendant plusieurs années et puis de 2006 à 2010, il s’est consacré à l’éducation et à la formation du futur clergé, en tant que recteur d’un séminaire, directeur d’un institut de théologie et de philosophie et directeur et professeur du département de théologie de l’Université catholique pontificale de Rio de Janeiro. En 2010, à seulement 43 ans, il a été nommé par Benoit XVI évêque auxiliaire de l’archidiocèse de São Sebastião do Rio de Janeiro, dirigé par le cardinal Orani João Tempesta.
En tant qu’évêque, il a continué à travailler pour diverses commissions et bureaux en charge des étudiants et des universités, entre autres choses. En 2013, il a notamment été le directeur administratif des Journées mondiales de la jeunesse. À cette occasion, Mgr Costa a rencontré le pape François, qui effectuait alors son premier voyage international.
Evêque de São Carlos
En 2016, Mgr Costa a été nommé évêque de diocèse de São Carlos, dans l’État de São Paulo, qui compte environ un million de catholiques. Au cours de ses années en poste – il est resté jusqu’à 2020 – il a créé le Tribunal ecclésiastique, une Commission pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables, des vicariats épiscopaux, ordonné au moins huit nouveaux prêtres et rouvert le Séminaire propédeutique, rapportent les médias locaux.
En 2019, il a reçu, avec l’un de ses évêques auxiliaires, la citoyenneté d’honneur de la ville en reconnaissance de leurs services rendus à la communauté. Lors de sa messe d’adieu l’année suivante, une laïque s’exprimant au nom des fidèles du diocèse a déclaré que les habitants de São Carlos gardent pour lui «un grand sentiment de gratitude» pour avoir, entre autres, été au milieu des fidèles «l’image du bon berger».
«J’ai donné ma vie à São Carlos pendant quatre ans et quatre mois et j’y étais très heureux. São Carlos a été pour moi une grande école où j’ai pu apporter ma contribution, en prenant tout le bagage que j’avais, de foi et de vie, que l’Église m’avait donné. Mais où j’ai aussi pu apprendre et mûrir beaucoup » , a déclaré Mgr Costa dans un entretien avec le responsable de la communication du diocèse, publié le 1er juin 2022.
Promouvoir le dialogue dans un environnement politiquement tendu
Après avoir été nommé en octobre 2020, Mgr Costa a été installé en décembre suivant comme archevêque de Brasilia, qui couvre le territoire du district fédéral du Brésil, lequel comprend la capitale et sa périphérie et compte environ deux millions de catholiques. Le siège de la Conférence épiscopale se trouve également à Brasilia.
Mgr Costa y a succédé au cardinal Sergio da Rocha, qui depuis 2020 est primat du Brésil en tant qu’archevêque de São Salvador da Bahia. Depuis la création du diocèse de Brasilia en 1960, tous les archevêques, à l’exception du premier, ont été nommés cardinaux.
"Construire la culture de la rencontre"
«Je pars avec l’envie de rencontrer les pouvoirs: l’exécutif, le législatif, le judiciaire. [Avec l’envie] de dialoguer, de construire ce que le pape François appelle la culture de la rencontre», a déclaré Mgr Costa au média Metrópoles le 21 octobre 2020, le jour de sa nomination comme archevêque.
Dans un pays qui est de plus en plus polarisé politiquement, qui a été extrêmement touché par la pandémie de COVID-19 (avec plus de 675'000 morts) et qui est toujours en difficulté économique, l’objectif de Mgr Costa n’est pas facile à atteindre. Cependant, il considère que promouvoir le dialogue et parler du point de vue de l’Église est crucial dans sa mission.
«[La polarisation] devient quelque chose qui peut être négatif, lorsque les gens deviennent plus tranchants dans leurs positions et perdent la capacité de dialoguer», a-t-il déclaré au Jornal Opção en juillet 2022. «Le danger de la polarisation, c’est quand elle s’attache plus à l’idéologie qu’aux vrais problèmes des gens», assure-t-il, considérant qu’il s’agit d’un des problèmes de la politique aujourd’hui.
Attentif durant la campagne des présidentielles
Lors de la conférence de presse qui a suivi sa création comme cardinal, il avait évoqué cette idée en disant qu’il espérait que lors de la prochaine élection présidentielle, en octobre 2022, les candidats proposeront des solutions concrètes pour le bien du peuple, plutôt que de passer du temps à discuter d’idéologies.
Bien qu’il ait déclaré que «l’Église ne se mêle pas de la politique des partis», Mgr Costa est bien conscient que Brasilia est le centre de la gouvernance du pays et a déclaré qu’il n’avait pas peur d’être ferme sur les questions que l’Église trouve importantes. Dans une interview accordée à O Estadão en novembre 2020, il a reconnu que «être inflexible» est parfois nécessaire quand on a conscience «que là se trouve le bien, là se trouve la voie de l’humanité», citant en exemple les questions relatives à l’écologie et à la protection de l’Amazonie.
«Il y a beaucoup de travail en perspective. Du travail dans notre cher archidiocèse de Brasilia et du travail également au service de l’Église», a déclaré Mgr Costa en commentant sa création comme cardinal, en mai 2022. «Mais il faut tout faire avec joie, en cherchant à servir avec joie», a-t-il ajouté. (cath.ch/imedia/ic/bh)
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Mgr Vergez Alzaga, un cardinal promu après 50 ans passés à la Curie
Mgr Fernando Vérgez Alzaga, 77 ans, est un archevêque discret et peu médiatique mais reconnu pour son expérience, sa loyauté et son incorruptibilité. Cet Espagnol, membre des Légionnaires du Christ, travaille à la Curie romaine depuis exactement 50 ans.
Né le 1er mars 1945 à Salamanque, Fernando Vérgez Alzaga entre très jeune dans la congrégation des Légionnaires du Christ, prononçant ses voeux à seulement 20 ans, à Noël 1965 et recevant l’ordination sacerdotale en 1970, à 25 ans. Il est alors ordonné à Rome dans le même groupe que Mgr Brian Farrell, l’actuel secrétaire du dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens.
Après des études à la Grégorienne et une formation d’archiviste, il est embauché à l’été 1972 comme assistant à la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Trois ans plus tard, le cardinal argentin Eduardo Francisco Pironio devient préfet de ce dicastère et choisit le jeune prêtre espagnol, alors âgé de 30 ans, comme secrétaire particulier. Il suivra le cardinal Pironio dans sa nouvelle charge de président du Conseil pontifical pour les Laïcs en 1984, dans le contexte du lancement des JMJ.
Mgr Vérgez Alzaga demeurera secrétaire du cardinal Pironio jusqu’à la mort de ce dernier en 1998. Cette proximité avec le cardinal argentin, qui fait actuellement l’objet d’un procès en béatification et été reconnu «Vénérable» le 18 février 2022, est probablement l’une des raisons de la confiance que lui accorde le pape François, très attaché à la figure du cardinal Pironio. Le pontife a exprimé à plusieurs reprises son affection personnelle pour son compatriote argentin, «l’ami de Dieu, de l’homme et de tous les hommes» «qui, quand on le rencontrait, te faisait sentir comme l’unique personne qui comptait», avait-il déclaré lors d’une commémoration en 2008.
Un prêtre reconnu pour ses compétences techniques et administratives
Après avoir poursuivi une mission d’études au Conseil pontifical pour les laïcs jusqu’en 2004, Mgr Vergez Alzaga devient chef de bureau et responsable du bureau internet au sein de l’APSA (Administration du Patrimoine du Siège Apostolique). En 2008, Benoît XVI lui confie la charge de directeur des télécommunications de l’État de la Cité du Vatican.
Le 30 août 2013, le pape François le nomme secrétaire général du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, et l’ordonne évêque le 15 novembre suivant. Il choisit alors de reprendre la devise épiscopale du cardinal Pironio, tirée de la lettre de saint Paul aux Colossiens: Christus in vobis spes gloriae, “le Christ est en vous l’espérance de la gloire”.
Le pape argentin manifestera sa grande confiance en cet évêque expérimenté en lui confiant le soin spirituel des employés du Vatican, et en le nommant en 2020 membre de la commission des matières réservées, une instance chargée de veiller à la transparence des contrats publics, et donc d’éviter toute infiltration des mafias ou de l’économie informelle au sein du Vatican.
Nommé le 8 septembre 2021 président de la Commission pontificale pour l’État de la Cité du Vatican et président du gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican à 76 ans, avec prise de fonction au 1er octobre suivant, il est alors élevé à la dignité d’archevêque. Il débute son nouveau service alors qu’il a dépassé l’âge de la retraite canonique. Évolution notable, en novembre 2021, c’est une femme, la religieuse italienne Raffaella Petrini, qui lui succède comme secrétaire général du Gouvernorat.
Le premier cardinal Légionnaire du Christ
Mgr Fernando Vérgez Alzaga est le premier Légionnaire du Christ à intégrer le Sacré-Collège: le cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie, est un ancien membre de cette congrégation mais il l’avait quittée en 1984 pour être incardiné dans le diocèse de Washington. Malgré les scandales ayant impliqué leur fondateur, le prêtre mexicain Marcial Maciel Degollado, reconnu coupable d’abus sur mineurs, le futur cardinal espagnol est resté membre des Légionnaires du Christ.
Le cardinalat de Mgr Fernando Vérgez Alzaga porte par ailleurs à sept le nombre de cardinaux électeurs originaires d’Espagne. Deux autres occupent un poste à la Curie (les préfets des dicastères pour la Doctrine de la foi et pour le Dialogue interreligieux), trois sont en fonction en Espagne (les archevêques de Madrid, Barcelone et Valence) et le missionnaire Cristóbal López Romero, archevêque de Rabat au Maroc, complète la liste.
Le profil de ce nouveau cardinal s’inscrit plutôt à contre-courant des évolutions actuellement palpables au sein du Collège cardinalice, qui tend à se détacher progressivement de son ancrage curial et européen. Dans un contexte de remaniements en profondeur au sein de la Curie romaine, le futur cardinal Fernando Vérgez Alzaga incarne une figure de continuité, ayant servi cinq pontifes, de Paul VI à François, qui relativise ainsi les critiques sur sa volonté supposée de rupture avec le style de gouvernement de ses prédécesseurs. (cath.ch/imedia/cv/bh)
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Mgr You Heung-sik, un cardinal pour aider les prêtres du monde entier
Âgé de 72 ans, «Mgr You», comme il est souvent nommé à Rome, est aujourd’hui l’homme en charge au sein de la Curie romaine des 410’000 prêtres, 46’000 diacres et près de 7’000 séminaires actifs dans le monde. Le Coréen du Sud fait partie de cette «jeune» génération de dirigeants – avec les cardinaux Grech, Semeraro ou le futur cardinal Roche – proches du pape et appelés à jouer un rôle dans les prochaines années.
Arrivé en 2021 à Rome, il est originaire de Nonsan, une petite ville située près de Daejeon au centre de la Corée du Sud, dans une région connue pour son dynamisme économique et scientifique. Né dans une famille catholique, il rejoint le séminaire de l’Université catholique de Corée à Séoul à l’âge de 18 ans.
Son évêque l’envoie à Rome en 1976 pour étudier à l’université du Latran. Il y est ordonné en 1979. Le jeune prêtre poursuit ses études et obtient son doctorat en théologie dogmatique en 1983.
Il retourne alors en Corée du Sud après sept ans passés dans la Ville Éternelle qui l’ont ouvert à l’universalité de l’Église et lui ont permis d’apprendre l’italien. Il travaille alors comme prêtre à la cathédrale de Daejeon puis est nommé directeur du centre d’éducation catholique du diocèse en 1984, puis directeur pastoral du diocèse en 1989. En 1994, il devient directeur spirituel et professeur à l’Université catholique de Daejeon puis président de l’université en 1998.
Un évêque dynamique
En 2003, il est désigné par le pape Jean Paul II pour devenir évêque coadjuteur de son diocèse d’origine, et en devient l’évêque en 2005 à la retraite de son successeur. Son diocèse est célèbre pour être celui de la plupart des martyrs de Corée, canonisé par Jean-Paul II en 1984, notamment celui du premier prêtre coréen André Kim Taegon. Mgr You sera particulièrement actif dans la promotion de l’héritage d’évangélisation héroïque de ces saints locaux.
Comme évêque, il se distingue par son engagement pour la Caritas coréenne, son intérêt pour les questions sociales et liées aux migrants et pour la pastorale des jeunes. En tant qu’ancien membre des Focolari, il a participé aux JMJ de 2013 au Brésil, puis a organisé dans son diocèse les Journées asiatiques de la jeunesse en 2014. En 2020, il est choisi par ses pairs pour être secrétaire de la Conférence épiscopale coréenne.
L’homme qui veut emmener le pape en Corée du Nord
C’est son engagement pour la réconciliation avec la Corée du Nord qui marquera les esprits et le fera connaître au-delà des frontières de son pays. En tant qu’évêque, il s’est rendu au-delà du 38e parallèle nord à quatre reprises pour accompagner des convois humanitaires.
En 2021, il s’est fait remarquer en affirmant que le pape François comptait se rendre en Corée du Nord: il s’agit en fait d’un grand projet que l’évêque porte dans ses prières et ses déclarations depuis 2019.
Le modèle sud-coréen
Le choix du pape de le faire venir à Rome pour diriger le Dicastère pour le Clergé n’est pas surprenant: l’Église catholique coréenne est perçue comme très dynamique depuis Rome. La Corée du Sud a vu le nombre de catholiques augmenter ces dernières décennies, pour atteindre 11% de la population.
Une croissance bâtie sur l’alternative que propose l’Église catholique à une société «victime du matérialisme, de la convoitise et de la compétition égoïste», avait affirmé Mgr Lazarus You à Asianews en 2020. Dans cette société où progresse aussi l’athéisme, «les personnes ont besoin de vie communautaire, avec l’amour mutuel comme nouveau commandement», avait-il insisté.
Le nouvel élan donné par Mgr You à la tête du Dicastère pour le Clergé est pour l’heure trop récent pour être mesuré. Il a cependant été particulièrement apprécié par plusieurs évêques suisses et français qui l’ont rencontré en visite ad limina ces derniers mois.
Engagé contre la baisse des vocations
Dans un entretien accordé à Vatican News le 24 juin dernier, il s’est dit «très préoccupé» par la baisse des vocations sacerdotales qu’on observe dans «presque tous les pays». Pour lui, les fortes vocations observées en Corée du Sud sont avant tout un «cadeau» que Dieu leur a donné et continue de à leur donner «à travers» leurs martyrs.
Il s’agit donc avant tout de donner des «témoignages crédibles» aux jeunes qui veulent devenir prêtres, a insisté le Coréen. Il a aussi insisté sur l’importance pour cela de «former des prêtres solides et matures», notamment pour éradiquer le fléau des abus. (cath.ch/imedia/cd/bh)
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Mgr Arthur Roche, bras droit liturgique du pape François
Premier de la liste des vingt personnes que le pape François va créer cardinaux lors du consistoire le 27 août prochain, Mgr Arthur Roche va donc être chargé du traditionnel discours de remerciement au pontife. Un signe de l’importance prise par l’actuel préfet du dicastère pour le Culte divin et la discipline des sacrements au sein de la Curie romaine ces dernières années.
Celui qui a longtemps été le numéro deux – et dans l’ombre – du cardinal Robert Sarah avant de prendre sa place en 2021 fait aujourd’hui partie de la ‘nouvelle génération’ lancée par François récemment, aux côtés des cardinaux Grech ou You Heung-sik.
Arthur Roche, âgé de 71 ans, est né dans le Yorkshire, tout au nord de l’Angleterre, dernier enfant d’une famille catholique. Son grand frère Brian est mort alors qu’il était encore jeune, lors d’une opération pendant son service militaire en Extrême Orient.
Après des études dans des établissements catholiques, Arthur Roche se sent appelé au sacerdoce et est envoyé au séminaire royal anglais de Valladolid, St. Alban, un établissement datant des temps difficiles de la Réforme anglicane. Il fréquente pendant ces six années l’université jésuite de Comillas où il obtient son diplôme de théologie puis, de retour en Angleterre, est ordonné pour le diocèse de Leeds en 1975.
Organisateur de la visite de Jean Paul II au Royaume-Uni
Il œuvre dans ce diocèse du Nord de l’Angleterre, d’abord comme vicaire avant d’être nommé en 1978 secrétaire de l’évêque, Mgr William Gordon Wheeler. Pendant ces années il est aussi aumônier d’une école catholique, puis, en 1979, vice-chancelier du diocèse – il est en charge de la rédaction du directoire diocésain entre 1981 et 1986.
En 1982, on lui confie la responsabilité d’organiser la visite du pape Jean Paul II à York, après quoi il rejoint l’équipe de la cathédrale de Leeds où il restera pendant plus de sept ans. Il se voit confier les finances du diocèse entre 1986 et 1991. En 1989, il devient curé d’une paroisse de Leeds, St Wilfrid.
Il renonce à toutes ses responsabilités en 1991 pour poursuivre ses études à la Grégorienne à Rome, où il rejoint le Collège anglais et en devient le directeur spirituel en 1992. Il y reste jusqu’en 1996, date à laquelle il est rappelé au Royaume-Uni pour devenir secrétaire de la Conférence des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles.
Il y restera en poste pendant cinq ans avant d’être nommé par le pape Jean-Paul II évêque auxiliaire de Westminster à Londres en 2001, puis, un an plus tard, évêque coadjuteur de son diocèse d’origine, Leeds. La même année, il devient le président de la Commission internationale pour l’anglais dans la liturgie. À ce poste, il supervise la nouvelle traduction du Missel romain en anglais. On lui confie aussi la supervision des trois collèges internationaux anglais, les Collège Anglais de Rome et de Valladolid et le Collège Bède de Rome.
Dans l'ombre du cardinal Sarah
En 2012, Benoît XVI l’appelle à Rome et le nomme secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Il devient alors le numéro 2 du dicastère auprès du cardinal Antonio Cañizares Llovera jusqu’en 2014 et au remplacement de ce dernier par le cardinal Sarah, nommé par le pape François. Il travaille discrètement pendant sept ans sous les ordres du Guinéen, dont il ne partage pas les positions traditionalistes, avant que le pape François n’envoie le cardinal Sarah à la retraite en 2021.
Quelques semaines plus tard, le pontife argentin confie à Mgr Roche les rênes de la Congrégation pour le Culte divin. Quelques mois plus tard, le pontife publie le Motu proprio Traditionis custodes, qui revient sur la libéralisation de la messe tridentine mise en place par Benoît XVI et provoque un certain émoi dans le milieu traditionaliste.
L’Anglais défend alors fidèlement la décision du pontife, se posant comme le gardien de l’unité liturgique mais aussi de la nécessité pour la liturgie de s’adapter « aux besoins de l’époque », comme elle l’a toujours fait selon lui. (cath.ch/imedia/cd/mp)
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Mgr Virgilio do Carmo da Silva: un éducateur pour un jeune pays
"Quand j’ai appris cette nouvelle, j’ai été tellement choqué que j’ai failli m’évanouir". Telle a été la réaction de Mgr Virgilio do Carmo da Silva, archevêque de Dili, lorsqu’il a appris que le 27 août, il deviendra, à 54 ans, le premier cardinal du Timor oriental. Avec sa création, ce petit archipel d’Asie du Sud-Est de 1,3 million d’habitants, dont environ 97% sont catholiques, fait un pas de plus vers la scène mondiale après une histoire mouvementée et une indépendance récente.
"Je suis convaincu que le pape François ne m’a pas offert cela à moi, Virgilio, mais plutôt à l’Église et au peuple du Timor oriental", a déclaré Mgr Virgilio do Carmo da Silva lors d’une conférence de presse le 30 mai, après avoir appris sa nomination. "Le peuple et l’Église du Timor oriental méritent cette grâce et cette reconnaissance de Dieu, dans un pays où l’Évangile est arrivé il y a 500 ans et qui a célébré le 20 mai le 20e anniversaire de son indépendance".
Né en 1967 dans la ville de Venilale, Virgilio do Carmo da Silva a étudié dans des établissements scolaires gérés par la Société de Saint François de Sales – les Salésiens de Don Bosco. Il a ensuite décidé de rejoindre cette congrégation, faisant sa première profession en 1990 et sa profession perpétuelle en 1997. Il a ensuite été ordonné prêtre le 18 décembre 1998.
Il a consacré la première période de sa vie sacerdotale à la formation des novices et à la direction d’écoles salésiennes au Timor oriental, avec un détour par Rome de 2005 à 2007 pour suivre un diplôme en spiritualité à l’Université pontificale salésienne. Il est ensuite retourné dans son pays natal et, en 2015, a été élu supérieur de la province salésienne du Timor oriental et de l’Indonésie. Un an plus tard, le 18 mars 2016, le pape François le nomme évêque de Dili, ou se trouve la capitale du Timor oriental, qui sera ensuite élevé au rang d’archidiocèse, faisant de lui un archevêque en 2019. Le futur cardinal est également vice-président de la Conférence épiscopale timoraise.
En août, Mgr Virgilio do Carmo da Silva, 54 ans, deviendra également le deuxième plus jeune cardinal après l’Italien Mgr Giorgio Marengo, 48 ans, préfet apostolique d’Oulan-Bator (Mongolie).
Un pays jeune, catholique et proche de l’Église
Le Timor oriental est un jeune pays insulaire aux fortes racines catholiques. Du 17e siècle à 1975, la petite nation était sous la domination coloniale portugaise, qui a apporté le catholicisme à sa population. En 1975, l’indépendance a été déclarée, mais peu après, l’Indonésie voisine a envahi le pays, ce qui a entraîné de nombreuses années de violence et de conflit entre l’armée et les groupes séparatistes.
L’Église catholique a joué un rôle important durant cette période en aidant la population timoraise, notamment sous la direction de l’évêque Carlos Ximenes Belo, alors administrateur apostolique de Dili, qui a ouvertement condamné l’occupation des forces indonésiennes et appelé à une résistance non violente. En 1996, il a reçu le prix Nobel de la paix pour ses efforts, aux côtés de l’homme politique José Ramos-Horta, qui est aujourd’hui le président du pays.
Par ailleurs, en 1989, le pape Jean-Paul II a effectué une visite controversée dans le pays, contribuant ainsi à placer l’occupation indonésienne du Timor oriental sous les feux de la rampe pour la première fois. Le pontife a condamné les violations des droits de l’homme sans nommer explicitement les forces indonésiennes, tout en prenant soin de ne pas faire de gestes qui auraient fait valoir la souveraineté du Timor oriental. Le Vatican a soutenu les prêtres et évêques locaux tout en restant officiellement neutre sur la question de l’indépendance.
Plus de 5.000 fidèles ont assisté à une messe célébrée par Mgr Virgilio do Carmo da Silva en 2019 pour commémorer les 30 ans de la visite du pape polonais. Un autre évêque a alors déclaré que la visite de Jean-Paul II "a été le moment où le monde a commencé à connaître la lutte des Timorais pour l’indépendance". Le pays a observé trois jours de deuil national après la mort du pontife.
Les Nations unies ont finalement parrainé un référendum sur l’indépendance qui a conduit au départ des forces indonésiennes en 1999. La constitution du pays, qui est entrée en vigueur en 2002, stipule que "l’État reconnaît et apprécie la participation de l’Église catholique au processus de libération nationale".
Un accent sur l’éducation et la stabilité dans la période post-indépendance
C’est dans ce contexte que l’évêque Virgilio do Carmo da Silva a grandi et qu’il navigue aujourd’hui, alors que ce pays encore fragile, marqué par des divisions politiques, tente de trouver ses marques en tant que nation indépendante. Comme ses prédécesseurs avant lui, il a gardé des relations étroites avec l’État.
Le Président Ramos-Horta et le Premier ministre Taur Matan Ruak n’ont pas tardé à féliciter l’évêque en apprenant sa création en tant que cardinal. Le Parlement a également publié une déclaration de félicitations, affirmant qu’il s’agissait d’un "moment historique" pour le pays et d’une source de "fierté pour le peuple du Timor oriental".
Ayant lui-même un passé d’éducateur, Mgr Virgilio do Carmo da Silva a collaboré étroitement avec l’État pour tenter d’améliorer la qualité de l’enseignement et les opportunités scolaires offertes dans son pays. De plus, le Timor oriental étant un pays très jeune, avec une moyenne d’âge de 20,8 ans en 2020, le futur cardinal a souligné la nécessité d’éduquer et de former les jeunes à la foi catholique.
En décembre 2021, le prélat timorais a inauguré la première université catholique du pays, dédiée à Jean-Paul II, réalisant ainsi un objectif à long terme de l’archidiocèse. "L’université catholique du Timor doit offrir une éducation de classe mondiale dans tous les domaines de l’activité humaine, inspirée par les traditions intellectuelles, morales et spirituelles catholiques", a-t-il déclaré.
En mai 2022, Mgr Virgilio do Carmo da Silva était également présent lors du renouvellement d’un accord entre l’Église et le gouvernement du Timor oriental, qui alloue des fonds publics pour soutenir le travail et les activités de l’Église. Pour l’année 2022, le gouvernement a alloué 15 millions de dollars, dont 50 % devaient soutenir les objectifs éducatifs, selon UCA News.
Malgré les relations étroites avec l’État, l’archevêque de Dili n’a pas non plus hésité à faire entendre sa voix sur les processus politiques, qui n’ont pas toujours été sans heurts dans la jeune nation en développement. Lors des élections d’avril 2022, il a appelé le futur président à "tenir ses promesses électorales afin que la population ne perde pas confiance" et à "être proche du peuple non seulement pendant la campagne, mais aussi pendant le mandat, afin de connaître les difficultés rencontrées par les citoyens".
"Nous devons maintenir la Constitution et inculquer la discipline à tous les résidents pour convertir définitivement notre nation en une société pacifique, prospère et démocratique", a-t-il ajouté.
Une éventuelle visite papale?
Le pape François devait se rendre au Timor oriental, en Indonésie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée en septembre 2020. Le voyage n’a jamais été officiellement annoncé mais si aucune raison n’avait été avancée pour l’annulation, la pandémie avait été considérée comme l’explication la plus probable.
Toutefois, dans une interview accordée à l’agence de presse argentine Telam en octobre 2021, le pape François a déclaré vouloir "régler la facture impayée du voyage en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Timor oriental". Un éventuel voyage au Timor oriental ne semble pas cependant à l’ordre du jour, alors que le pape de 85 ans souffrant de gonalgie est attendu dans plusieurs pays dans les prochains mois. (cath.ch/imedia/ic/mp)
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Mgr Leonardo Ulrich Steiner, le premier cardinal de l’Amazonie
Le 27 août, Mgr Leonardo Ulrich Steiner, 71 ans, deviendra le premier cardinal de la région amazonienne. Depuis 2020, il est archevêque de Manaus, la ville la plus peuplée du bassin de l’Amazone et la capitale de l’État d’Amazonas dans le nord-ouest du Brésil.
Son engagement pour l’Amazonie et à ses habitants est cependant ancien, puisqu’il a occupé deux postes épiscopaux dans cette région et a par ailleurs été évêque auxiliaire du diocèse de la capitale brésilienne Brasilia ainsi que secrétaire général de l’épiscopat.
«Ma nomination ne concerne pas seulement ma personne, nous savons que le pape François a une affection particulière pour l’Amazonie et pour les Églises qui s’y trouvent. […] Et maintenant, avec cette nomination, cela montre une fois de plus à quel point il est proche de nos Églises, il est proche de notre région», a déclaré Mgr Leonardo Steiner aux journalistes lors d’une conférence de presse le 30 mai 2022, après l’annonce qu’il recevrait la barrette rouge lors du consistoire du 27 août prochain.
Le prélat brésilien est né le 6 novembre 1950 à Forquilhinha, dans l’État méridional de Santa Caterina, au sein d’une famille d’origine allemande. Il était le treizième de seize enfants, dont deux, une sœur et un frère, ont également embrassé la vie religieuse. En 1972, il entre dans l’ordre des Frères mineurs, comme son frère, et en 1978, il est ordonné prêtre par son cousin, le cardinal Paulo Evaristo Arns, alors archevêque de São Paulo.
Avant de devenir évêque et de défendre avec passion l’Amazonie et ses habitants, ‘Dom Leonardo’ a également occupé plusieurs fonctions d’enseignement et de formation des novices et des séminaristes à Rome et au Brésil. Il a étudié la philosophie à l’Université pontificale de Saint-Antoine à Rome, puis en est devenu le secrétaire et y a enseigné de 1999 à 2003.
Au service de l’Amazonie depuis les années 2000
En 2005, Mgr Steiner est nommé évêque par Jean-Paul II et est mis à la tête de la prélature São Félix do Araguaia, dans le Mato Grosso, l’un des neuf États du bassin amazonien.
Cette zone troublée a connu historiquement des tensions entre les populations autochtones locales et les propriétaires terriens, ainsi que des troubles pendant la dictature militaire du Brésil dans les années 1960 et 1970. Mgr Steiner a succédé à l’évêque espagnol Pedro Casaldáliga, qui était un partisan de la théologie de la libération et défendait fermement les minorités et les populations autochtones. Dans une interview accordée en 2010 à O Diário, Mgr Steiner a assuré qu’il n’avait «aucune difficulté à poursuivre le travail» de son prédécesseur et que toutes les populations autochtones «font partie de l’Église».
Durant son mandat de prélat de São Félix do Araguaia, Mgr Steiner est également devenu l’évêque de référence du Conseil indigéniste missionnaire (CIMI) de la Conférence des évêques brésiliens (CNBB), qui œuvre en faveur de la protection de ces populations et de leurs cultures.
Le soutien de Mgr Steiner à ces populations s’est poursuivi après son départ du Mato Grosso, puisqu’en 2011 il a été élu secrétaire général de la CNBB et également évêque auxiliaire de Brasilia, la capitale du pays, cumulant ces deux postes jusqu’en 2019. Dans ce rôle important, le prélat brésilien n’a pas craint de faire entendre sa voix, à titre individuel et en tant que représentant de la CNBB, sur des questions sociales et politiques importantes, y compris celles concernant l’Amazonie et les populations autochtones du Brésil.
Mgr Steiner et la CNBB ont condamné la corruption des politiciens brésiliens et ont appelé au dialogue lors des crises de gouvernance. L’évêque a également critiqué l’accent mis par le gouvernement sur l’agrobusiness au détriment des populations autochtones et de leurs terres, et il a demandé aux politiciens de ne pas oublier ces populations.
Au cœur de la région amazonienne pendant une période difficile
Le prélat brésilien a finalement été nommé archevêque de Manaus en novembre 2019 par le pape François un mois après le grand synode des évêques sur l’Amazonie, et a été officiellement installé en janvier 2020. Manaus, cité placée sur une confluence de l’Amazone, compte plus de deux millions d’habitants, et est un hub pour toute la région. En 2022, Mgr Steiner a également été nommé président de la Commission épiscopale spéciale pour l’Amazonie, succédant au cardinal Claudio Hummes, et vice-président de la Conférence ecclésiale de la région amazonienne (CEAMA).
Mgr Steiner a hérité d’une région en proie à des tensions croissantes et à la violence, notamment depuis l’élection du président populiste Jair Bolsonaro en 2018, qui a promu des politiques favorisant la déforestation et l’agriculture intensive au détriment des populations autochtones et de l’environnement.
Dans une interview à Tutameia en juin 2022, réagissant au meurtre du journaliste britannique Dom Phillips et de l’expert autochtone Bruno Pereira lors d’un reportage dans des zones reculées de la forêt amazonienne, Mgr Steiner a décrit cette affaire comme «un reflet de la violence que subit l’Amazonie». Il a déploré que «l’impunité [ait] augmenté la violence» et a affirmé qu’«il est nécessaire que la loi agisse, que la justice agisse. Ici, il y a un manque de surveillance et de punition».
«Ce n’est pas un évêque qui reste assis sur la barrière. Quand il parle, les gens l’entendent. Depuis qu’il est devenu archevêque de Manaus, il a délivré un message fort et prophétique», a déclaré à Crux le père Luis Miguel Modino, chargé de communication à la section régionale Nord 1, dont fait partie Manaus, de la CNBB.
En plus des problèmes concernant l’Amazonie, Manaus a également été l’une des villes les plus touchées du Brésil pendant la pandémie de Covid-19, car les services de santé ne parvenaient pas à traiter le nombre élevé d’infections. En janvier 2021, le nombre moyen de décès dans l’État de l’Amazonas est passé à 130 personne par jour. Au total, plus de 14’000 personnes sont mortes depuis le début de la crise.
Mgr Steiner a fermement condamné la réponse du gouvernement à la pandémie en déclarant dans une interview à Tutameia en février 2021 qu’«ils ont été élus pour s’occuper du peuple, mais ce n’est pas ce qui se passe».
Le Père Zenildo Lima da Silva, recteur du séminaire de l’archidiocèse de Manaus, a déclaré à Crux que Mgr Steiner a été extrêmement actif pour tenter d’aider la population souffrante, participant personnellement à la distribution de matériel médical et organisant une assistance spirituelle et matérielle pour les familles en deuil.
Le synode sur l’Amazonie
Lors de la conférence de presse du 30 mai 2022, le futur cardinal Leonardo Steiner a rappelé aux journalistes qu’il avait personnellement remis au pape François une requête des évêques brésiliens d’Amazonie demandant un synode sur l’Amazonie, montrant ainsi sa proximité avec la cause. Le Synode a ensuite été annoncé en 2017 et s’est tenu en octobre 2019 et, en tant que secrétaire général de la CNBB à l’époque, Mgr Steiner a suivi tous les travaux préparatoires.
Alors que certains voient son cardinalat comme un «fruit» du Synode sur l’Amazonie, le prélat a estimé que «le pape demande peut-être à nos Églises de s’attaquer réellement au Synode, en particulier à Querida Amazonia et au Document final». (cath.ch/imedia/ic/bh)
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Mgr Richard Kuuia Baawobr, le Père Blanc africain devenu cardinal
En l’espace de quelques semaines, Mgr Richard Kuuia Baawobr a changé de dimension le 29 mai dernier, lorsque le pape François a dévoilé la liste des nouveaux cardinaux qu’il souhaite créer. Ce Père Blanc, évêque du diocèse de Wa, en fait partie.
Quand on lui annonce la nouvelle à la sortie d’une messe, l’évêque ghanéen croit en une plaisanterie. «C’est une blague, c’est pas sérieux… Les cardinaux, normalement on les nomme parmi les archevêques», rapportera-t-il en confiant sa réaction à Vatican News, encore étonné par la «surprise» du pape argentin.
Deux mois passent et une nouvelle charge tombe sur les épaules de ce pasteur de 63 ans qui fut en 2010 le premier Africain élu à la tête des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), société fondée à la fin du XIXe siècle par le cardinal français Charles Lavigerie. Réunis en assemblée au Ghana, ses frères évêques africains le choisissent comme président du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM). Une première pour un Ghanéen depuis l’instauration de cette institution en 1969.
À la tête de cet organe, il devra notamment faciliter la coordination et le dialogue entre tous les épiscopats africains. Une tâche délicate quand on sait que, sur ce continent, ce sont plutôt les grandes conférences épiscopales régionales qui disposent de liens et de moyens importants.
L’exposition soudaine de cet homme d’Église ne semble pas lui faire perdre le cap de sa vocation: «Que ce soit cardinal, que ce soit comme président du SCEAM, j’y vois un appel à servir. Servir l’Église, servir mes frères et sœurs, et être disponible», confie-t-il en marge de son élection à la fin du mois de juillet. Conscient que l’Afrique a aujourd’hui quelque chose à apporter à l’Église universelle, il souhaite contribuer à manifester la prophétie du pape Benoît XVI qui parlait de ce continent comme de l’un des poumons spirituels du monde.
Un Père Blanc passé par Fribourg
Né au Ghana le 21 juin 1959, Richard Kuuia Baawobr a rejoint les Pères Blancs en 1981 après avoir étudié la philosophie au séminaire Saint-Victor de Tamale. De 1981 à 1982, il est à Fribourg, en Suisse, pour son noviciat. Par la suite, de 1982 à 1987, il complète ses études en théologie à l’Institut missionnaire de Londres. C’est dans la capitale britannique qu’il fait ses vœux religieux avant d’être ordonné prêtre un an plus tard, le 18 juillet 1987.
Après avoir exercé son ministère dans une paroisse de République démocratique du Congo, le prêtre part pour Rome afin d’étudier l’exégèse à l’Institut biblique pontifical de Rome. Puis il traverse les Alpes pour se former à Lyon à la spiritualité ignatienne au centre spirituel jésuite du Châtelard. Il y obtient une licence en Écriture sainte et un doctorat en théologie biblique.
Après une expérience en Tanzanie, il est de 1999 à 2004 le directeur de la maison de formation des Pères Blancs à Toulouse. Une anecdote survenue en 2004 témoigne que le quadragénaire ne manque alors pas d’humour. «Les candidats de la Fraternité Lavigerie (Toulouse) me taquinaient en me demandant où ils devraient mettre ma photo si j’étais élu Supérieur général. Je leur ai dit: ‘Vous pouvez la mettre dans les toilettes, je suis sûr que là-bas vous me verrez tous les jours!’», s’amusera-t-il à raconter des années plus tard.
Cardinal 140 ans après l’élévation à la pourpre de Charles Lavigerie
La même année, il devient le premier assistant général des Missionnaires d’Afrique. Durant son mandat, il survit à une thrombose veineuse profonde. En 2010, il est élu supérieur général des Missionnaires d’Afrique, fonction qu’il endosse jusqu’en 2016. Une première pour un Africain. À ce poste, il confie prendre conscience que la mission ne se limite plus désormais à l’Afrique mais aussi à l’Europe, aux Amériques, à l’Asie. Il réalise l’importance de la «déterritorialisation de la mission».
Il est par ailleurs choisi par l’Union des Supérieurs généraux pour participer au Synode sur la Famille d’octobre 2015. En 2016, ce spécialiste de l’islam – il a été vice-grand chancelier du PISAI (Institut pontifical d’études arabo-islamiques) – est nommé évêque de Wa, au Ghana. Le pape François le nomme par ailleurs membre et consulteur du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens en juillet 2020.
Le 27 août, en recevant du pape François la barrette cardinalice, Mgr Richard Kuuia Baawobr aura peut-être une pensée pour le fondateur des Pères Blancs, Charles Lavigerie, qui, 140 ans plus tôt, avait reçu de Léon XIII la pourpre cardinalice, le 28 mars 1882. (cath.ch/imedia/hl/bh)
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Filipe Neri Ferrão, premier cardinal de l’histoire pour Goa, en Inde
Mgr Filipe Neri António Sebastião do Rosário Ferrão est le premier archevêque de l’histoire de l’archidiocèse de Goa et Daman à être élevé au rang de cardinal. Une nomination d’autant plus remarquée que l’archidiocèse de Goa, créé en 1557, est le foyer d’où rayonna la foi chrétienne en Inde et plus largement sur le continent asiatique.
C’est à Goa, en bord de mer d’Arabie, que débarqua le missionnaire jésuite François-Xavier (1506-1552) et c’est là que repose aujourd’hui la dépouille de ce grand évangélisateur de l’Inde et du Japon, dans la basilique Bom Jesus. Aujourd’hui, 465 ans après la création du diocèse sous colonie portugaise, Goa va fêter son premier 'Prince de l’Église'.
"C’est une grande nouvelle […] parce que notre archidiocèse est l’un des plus anciens de l’Est", s’est réjoui ainsi le père Aleixo Menezes, recteur du Rachol Seminary – séminaire de l’archidiocèse –, interviewé par Herald Goa.
Pour l’artiste catholique indien Agnelo Fernandes, interrogé par le même média, le futur cardinal est une personne "très accessible aux fidèles". Considéré comme discret, le pasteur n’a pas fait quant à lui de déclaration publique sur sa nomination.
Passage par Rome et Louvain
Mgr Filipe Neri António Sebastião do Rosário Ferrão, 59 ans, est né le 20 janvier 1953 à Aldona, dans l’archidiocèse de Goa. Après des études de théologie, il a été ordonné prêtre le 28 octobre 1979 à l’âge de 26 ans. Puis il s’est spécialisé en théologie biblique à l’Université urbanienne de Rome, ainsi qu’en catéchèse et en pastorale au Centre international Lumen Vitae de l’Université catholique de Louvain, en Belgique.
Le 20 décembre 1993, Jean Paul II l’a nommé évêque auxiliaire de Goa et Daman. Il a été consacré évêque le 10 avril 1994 dans son diocèse de naissance, en choisissant pour devise épiscopale "Qu’ils soient un" (Jean 17,21). Au niveau de la Conférence des évêques de l’Inde de rite latin, il a présidé la Commission pour les laïcs; et s’est investi sur les thèmes de justice et développement. Il a fait également partie de l’équipe chargée de la visite apostolique demandée par le Saint-Siège auprès des séminaires et des instituts de formation en Inde, en 1998-1999.
Le patriarche des Indes orientales
Le 25 novembre 2006, il a été nommé archevêque métropolitain de Goa et Daman par le pape Benoît XVI, recevant par le fait même le traditionnel titre honorifique de "patriarche des Indes orientales" et primat de l’Inde.
Mgr Filipe Neri Ferrão parle le konkani – langue de plus de 2 millions de personnes sur la côte ouest de la péninsule indienne –, l’anglais, le portugais, l’italien, le français et l’allemand.
Dans un pays à forte majorité hindoue (plus de 80 %), Mgr Filipe Neri Ferrão est pasteur de l’un des rares îlots catholiques. Goa compte en effet un quart de baptisés. Au fil des ans, le prélat s’est illustré à plusieurs reprises en dénonçant la corruption des politiciens, et en offrant des clés de vote – sans nommer toutefois de candidat – aux citoyens catholiques.
Symbole de réconciliation entre Goa et Rome
Pour Jason Keith Fernandes, chercheur au Centre de recherche en anthropologie de Lisbonne (ISCTE), ce cardinalat est "un moment de fierté pour Goa, car il s’agit d’une reconnaissance de plus de l’effort acharné que les Goans ont fourni pendant des siècles pour évangéliser de grandes parties du sous-continent". Si l’un des prédécesseurs de Mgr Filipe Neri Ferrão à Goa, José da Costa Nunes, a lui aussi été cardinal, il a cependant reçu la pourpre en 1962, alors qu’il avait déjà quitté sa charge d’archevêque depuis une dizaine d’années.
Cette nomination met aussi un point final "aux expériences amères du conflit entre Propaganda Fide et le Padroado", explique l’expert au Diario de Noticias. Alors que l’empire colonial portugais avait obtenu de Rome la prérogative des missions en terre indienne, son déclin aux XVIIe et XVIIIe siècles entraîna la diminution de missionnaires.
Pour répondre à ses besoins, le Saint-Siège commença à envoyer ses propres missionnaires indépendants du Portugal, et nomma des vicaires apostoliques. Naquirent alors en certains lieux des conflits de juridiction, jusqu’à une division des Églises entre le "Padroado" – côté portugais – et Propaganda Fide – ancien dicastère dédié à l’évangélisation.
Goa n'a jamais obtenu son cardinal
En 1838, le pape Grégoire XVI supprima tous les diocèses portugais, à l’exception de Goa, avec le bref apostolique Multa praeclare. Des décennies plus tard, en 1886, la bulle Humanae Salutatis Auctor de Léon XIII permit de parvenir à un accord sur les juridictions respectives et d’établir la hiérarchie ecclésiale indienne. Réputé fief des Portugais et héritier de ce conflit historique, le siège de Goa n’obtint jamais son cardinal… jusqu’à aujourd’hui.
Avec le deuxième Indien qui sera aussi créé cardinal le 27 août, Mgr Anthony Poola, archevêque d’Hyderabad, Mgr Filipe Neri Ferrão s’adjoindra aux trois cardinaux indiens de moins de 80 ans – Baselios Cleemis Thottunkal, George Alencherry et Oswald Gracias –, portant à cinq le nombre d’Indiens électeurs au sein du Collège cardinalice. (cath.ch/imedia/ak/gr)
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Le futur cardinal Giorgio Marengo vient de la steppe mongole
Après avoir été en 2020 le plus jeune évêque du monde, il deviendra dans quelques semaines le plus jeune cardinal, et le premier à être né dans les années 1970. Le nom de Mgr Giorgio Marengo, 48 ans, préfet apostolique d’Oulan-Bator, a créé la surprise lorsqu’il a été prononcé par le pape François depuis la fenêtre du Palais apostolique après la prière du Regina Caeli, le 29 mai dernier
De nationalité italienne, le premier cardinal représentant la Mongolie suscite depuis cette annonce un certain engouement médiatique, en cette année 2022 qui marque le 30e anniversaire de l’arrivée des premiers missionnaires catholiques dans ce pays d’Asie, et de l’établissement des relations avec le Saint-Siège. La création de ce nouveau cardinal missionnaire donne l’occasion de découvrir un pays rarement placé sous les feux des projecteurs, et d’observer le visage jeune d’un christianisme qui naît et se développe dans un contexte de minorité, mais sans complexe d’infériorité.
Né à Cuneo, dans le Piémont, le 7 juin 1974, Giorgio Marengo a été ordonné prêtre en 2001 pour les missionnaires de la Consolata, une congrégation italienne fondée au début du XXe siècle et qui s’est spécialisée dans l’accompagnement des jeunes Églises. Après avoir obtenu un doctorat en missiologie à l’Université urbanienne de Rome, cet ancien scout et escrimeur est parti à l’aventure à la rencontre d’un peuple qui n’avait jamais entendu parler de Jésus, une figure parfois difficile à appréhender dans la mentalité asiatique, où le christianisme est généralement associé à l’histoire coloniale européenne.
La Mongolie, elle, est enclavée entre les sphères d’influence russe et chinoise mais n’a jamais été atteinte par les puissances européennes. C’est donc sur un terrain vierge de tout préjugé que s’installe dans les années 2000 le Père Giorgio Marengo, envoyé à Avayheer, une petite ville de 20’000 habitants située au centre du pays, où il fonde la paroisse Marie Mère de Miséricorde.
«Susurrer l’Évangile au cœur de l’Asie»
Dans ce premier logement avec ses frères missionnaires de la Consolata, «nous étions vraiment les étranges Martiens venus de Saturne», confiait-il avec humour dans un témoignage donné en 2020 dans un sanctuaire italien.
Dans sa première localité de mission, où aucune église catholique n’avait existé auparavant, «les gens nous considéraient comme des espions ou comme les émissaires d’un État. Il a fallu beaucoup de temps pour créer des relations, pour se faire confiance les uns les autres, mais cela vaut la peine!», assurait-il.
«Les gens ont une attitude de curiosité, de nouveauté, parfois aussi de suspicion car cette réalité n’est pas bien connue mais ensuite il y a un intérêt, un désir de connaître», confiait-il en mai 2022 à Telepace. Son objectif comme missionnaire est que «la foi s’enracine en profondeur» au sein de la population mongole.
En 2020, après plus de quinze années de mission, il a été choisi par le pape François comme préfet apostolique d’Oulan-Bator et a été ordonné évêque par le cardinal Tagle, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Mgr Marengo avait alors témoigné de l’approche pleine de patience, de finesse et de douceur avec laquelle les missionnaires sont appelés à «susurrer l’Évangile au cœur de l’Asie». «Être missionnaire ce n’est pas faire une propagande ou diffuser une idéologie, mais rendre concrètement possible la rencontre avec Jésus pour des personnes qui, autrement, n’en n’auraient pas la possibilité», expliquait-il.
Il avait aussi exprimé sa «joie de voir que le Seigneur agit de façon mystérieuse et amène les gens vers l’Église», en donnant l’exemple d’une femme mongole de 75 ans qui, après le parcours catéchuménal de sa fille, était venue le voir à l’église en lui demandant le baptême, sans pouvoir offrir d’argument rationnel mais simplement car elle se sentait «bien avec Lui», disait-elle en montrant Jésus sur la croix.
Le «courage et la détermination» des nouveaux baptisés
Les baptisés qui ont choisi de suivre le christianisme le vivent «avec courage et détermination», quitte à sembler «étranges, un peu en dehors du chœur» et à s’exposer à «des oppositions, des discriminations, même si la Mongolie est un pays démocratique», a expliqué Mgr Marengo dans un entretien à Vatican News.
Signe d’ouverture du pays, y compris de la part des autorités religieuses bouddhistes, une délégation mongole a été reçue par le pape François le 28 mai, à la veille de l’annonce du consistoire. Le préfet apostolique d’Oulan-Bator a ainsi pu présenter directement au pape cette expérience étonnante de témoignage de l’Évangile dans une société dénuée de toute référence occidentale.
Pour autant, le pape ne lui a alors adressé aucun signal allant dans le sens d’un cardinalat, et la surprise, le lendemain, a été totale. «J’ai reçu la nouvelle à la fin de la célébration de l’Eucharistie dominicale de nos Sœurs Missionnaires de la Consolata dans leur maison générale, et ce fut un moment fraternel et inattendu», a-t-il confié au média du Vatican. Il avait alors exprimé sa gratitude pour «l’attention du successeur de Pierre pour l’Église dans des contextes marginaux et petits».
La Mongolie, pays immense grand comme trois fois la France et peuplé de seulement trois millions d’habitants, rassemble l’une des plus petites communautés catholiques au monde: après l’extinction du christianisme nestorien qui avait essaimé en Asie centrale au premier millénaire, c’est seulement en 1992, au début de l’ouverture démocratique du pays, que les premiers missionnaires catholiques sont arrivés, dans un contexte religieux dominé par le bouddhisme tibétain.
Actuellement, l’Église locale compte huit paroisses et entre 1’300 et 1’400 baptisés, un chiffre bien inférieur à celui de la plupart des paroisses italiennes, mais en progression constante. L’émergence de cette Église avait beaucoup intéressé Jean Paul II, qui souhaitait s’y rendre pour la consécration de la cathédrale d’Oulan-Bator en 2003, mais ce projet de voyage n’a jamais pu se concrétiser.
Un pari stratégique avec la Chine en ligne de mire?
Au-delà de cette attention aux périphéries, l’enjeu géopolitique peut aussi avoir motivé ce choix du pape François, estimait peu après cette annonce un expert russe dans une tribune publiée par le site Regnum. La Mongolie est en effet un pays tampon entre la Russie et la Chine, et, d’une façon étonnante, elle est aussi l’un des rares pays au monde à entretenir des relations suivies à la fois avec la République populaire de Chine et avec Taïwan, car c’est au temps du régime de Tchang Kaï-chek, en 1945, que l’indépendance de la Mongolie a été formellement reconnue par la Chine.
Dans le contexte du grand jeu géopolitique qui se joue en Asie, le cardinal d’Oulan-Bator pourrait apporter un point de contact précieux pour le Saint-Siège vis-à-vis de l’Asie centrale, de la Russie et de l’ancienne zone d’influence soviétique, et surtout vis-à-vis de la Chine.
La puissance chinoise ne peut pas être abordée frontalement par le Saint-Siège en raison de l’absence de relations diplomatiques officielles et de l’impossibilité de créer un nouveau cardinal chinois, compte tenu, semble-t-il, d’une clause de l’accord provisoire sur les nominations épiscopales signé en 2018 entre Rome et Pékin, indique Il Sismografo. Le souhait du pape est donc peut-être de faire de cette petite communauté chrétienne perdue dans la steppe mongole une porte d’entrée vers un monde chinois encore méconnu et difficile d’accès, mais qui pourrait constituer un pôle majeur de développement du catholicisme dans les décennies à venir.
31/05/2022
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Le pari du pape François de décentrer le Sacré Collège de son ancrage européen et de l’orienter progressivement vers les périphéries missionnaires prendrait ainsi tout son sens. L’avenir montrera si le premier pape venu d’Amérique latine fut aussi celui du basculement vers l’Asie. Sous le pontificat de l’Argentin qui, jeune jésuite, rêvait d’être envoyé en mission en Asie, c’est bien ce continent qui a connu la plus forte augmentation en nombre de cardinaux représentés dans le Sacré Collège, passant de 9% en 2013 à 15% aujourd’hui.
Si cette évolution se poursuit sur le long terme, le cardinal Giorgio Marengo, qui demeurera électeur jusqu’en juin 2054 et devrait logiquement participer à plusieurs conclaves, pourrait donc devenir une figure clé des grandes mutations du christianisme au XXIe siècle. (cath.ch/imedia/cv/bh)
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Le cardinal Cantoni, un Italien en rouge pour un diocèse martyr
Le choix de conférer la barrette cardinalice à Mgr Oscar Cantoni a interrogé bon nombre d’observateurs. Son diocèse, celui de Côme, n’est en effet pas connu pour être un siège cardinalice. Petit diocèse en Lombardie, voisin de la Suisse, il se retrouve souvent effacé derrière les très prestigieux diocèses du nord que sont Venise, Turin ou bien encore Milan, dont Côme est un diocèse suffragant.
D’ailleurs, quand le pape François a dévoilé sa liste des nouveaux cardinaux, en marge de l’Angélus du 29 mai, beaucoup s’attendaient à ce qu’il redonne enfin un cardinal à l’un des archevêques en poste dans ces diocèses. Tel ne fut pas le cas, le pape confortant ainsi l’effacement progressif sous son pontificat de la notion de siège cardinalice.
Sans doute faut-il y voir aussi la volonté du pontife argentin de choisir – même en Italie – des diocèses considérés comme des périphéries pour composer le Sacré Collège. Ce n’est d’ailleurs pas une première depuis 2013 : François a par exemple donné un cardinal aux diocèses de L’Aquila (2018), d’Agrigente (2015) ou encore d’Ancône (2015).
Mais la nomination de Mgr Oscar Cantoni, 71 ans, ne tient pas au hasard non plus. C’est peut-être pour consoler un diocèse éprouvé par la mort récente en martyr d’un prêtre et encourager un évêque qui « sent l’odeur de son troupeau » que le pape François l’a choisi.
Né en 1950 dans la province italienne de Côme, au nord de Milan, Oscar Cantoni a été ordonné prêtre en 1975 pour son diocèse. Fondateur puis directeur du centre pour les vocations et professeur d’éducation religieuse dans les écoles secondaires de la région, il contribue notamment à la naissance et au développement de l’Ordo Virginum, une association de vierges consacrées. En 1990, il devient directeur spirituel au séminaire diocésain et s’y consacre pendant 15 ans – il connaît de ce fait une très large partie de son clergé actuel. Vicaire épiscopal du diocèse de Côme durant deux ans, il est nommé en 2005 évêque de Crema, au sud de Milan. En 2016, le pape François lui demande finalement de revenir prendre les rênes de son diocèse d’origine.
Homme de terrain, à l’initiative de multiples projets de charité, l’évêque poursuit la dynamique missionnaire enclenchée des années plus tôt auprès des jeunes notamment et des plus démunis. En 2020, un de ses prêtres, le père Roberto Malgesini, est assassiné par une personne de la rue dont il prenait soin. La mort de ce pasteur de 51 ans ébranle toute l’Italie, et le pape François s’en émeut lors d’une audience générale. « Rendons grâce à Dieu pour le témoignage, le martyre, de ce témoin de la charité envers les plus pauvres », confie-t-il, réclamant un temps de silence pour le défunt et « pour tous les prêtres, religieuses, laïcs, qui travaillent avec les personnes dans le besoin, en marge de la société ».
Revenant quelques jours plus tard sur la figure de ce prêtre, le pape François salue un homme qui « n’a pas fait de théorie » et qui « a simplement vu Jésus dans les pauvres et le sens de la vie dans le service ». Mgr Oscar Cantoni, lui aussi bouleversé par le drame de ce prêtre dont il était proche, est reçu par le pape avec la famille du défunt. « Nous avons vécu un moment de tendresse durant lequel le pape François nous a réconfortés », racontera-t-il alors.
Au lendemain de l’annonce de son cardinalat, il confie à Vatican News au sujet du Père Malgesini : « Je le sens très proche parce que j’étais très proche de lui, je sens sa protection et je crois que du Ciel il me bénit et aussi le ministère qui m’attend, mais il bénit aussi tous les membres de cette communauté diocésaine. »
Un diocèse déjà éprouvé
Certains médias italiens ont par ailleurs mis en avant le fait que le diocèse de Côme n’en est pas à son premier martyr, et que le pape François avait peut-être tenu à rendre hommage à cette terre d’Italie meurtrie. Au tournant des années 2000, deux autres religieux ont, avant le Père Malgesini , perdu la vie dans des circonstances tragiques. Ce fut le cas de Don Renzo, abattu sur la porte de la maison paroissiale par un jeune homme d’une trentaine d’années à la recherche d’argent en 1999.
Ce fut aussi le cas de la désormais bienheureuse Maria Laura Mainetti. En l’an 2000 cette religieuse est assassinée par trois jeunes filles se réclamant de Satan. Mortellement blessée, la religieuse italienne a juste eu le temps de demander à Dieu de pardonner à ses meurtrières.
Autant de drames qui ont amené le journaliste italien Nello Scavo à tirer cette conclusion en apprenant l’élévation de Mgr Cantoni au cardinalat : « Presque aucun diocèse italien et européen n’a connu un nombre aussi élevé de martyrs, de bienheureux et de saints au cours des trente dernières années. Religieux et prêtres tués dans leurs communautés pour leur témoignage concret de foi. D’autres se sont élevés aux honneurs des autels pour leur héritage spirituel […] Oscar Cantoni est le fils et le pasteur de cette Église. Et quiconque l’a vu et entendu au temps du martyre de Don Roberto Malgesini sait que le sens de la « pourpre » a longtemps été la clé de sa mission d’évêque ».
Le nom de Mgr Cantoni dans l’affaire de Londres
Le nom de Mgr Cantoni a ressurgi récemment dans deux affaires de justice qui ont secoué le Vatican. La première concerne celle du petit séminaire saint Pie X, qui se situait jusqu’en 2021 dans l’enceinte du Vatican mais dont la structure était déjà gérée par le diocèse de Côme. Dans ce procès, conclu à l’automne 2021 par un acquittement, l’un des deux prévenus, provenant du diocèse de Côme et séminariste au moment des faits, était accusé d’avoir abusé sexuellement un de ses camarades de séminaire dans les années 2010. Devant le tribunal du Vatican, Mgr Cantoni a dû s’expliquer sur la gestion de ce séminariste qu’il a ordonné prêtre en 2017 avant de prendre des mesures disciplinaires à son encontre après la diffusion d’une enquête journalistique la même année.
L’autre affaire est celle du procès tentaculaire de l’immeuble de Londres dans lequel le cardinal Angelo Becciu comparaît aux côtés de neuf autres accusés. L’ancien substitut de la Secrétairerie d’État y est inculpé pour détournement de fonds, abus de pouvoir en bande organisée et subornation de témoin. Sur ce dernier point, la personne sur laquelle le cardinal sarde aurait tenté de faire pression n’est autre que l’évêque de Côme. Le cardinal Becciu lui aurait demandé de pousser un prêtre incardiné dans son diocèse – Mgr Perlasca, responsable du bureau administratif de la Première section de la Secrétairerie d’État entre 2009 et 2019 – à retirer les accusations le visant. Une thèse que dément formellement l’ancien “numéro 3” du Saint-Siège qui, lors d’une audience en mai dernier, a trouvé cette accusation « particulièrement douloureuse ». Sur ce dossier, la justice vaticane n’a pas encore tranché. (cath.ch/imedia/hl/mp)
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Mgr Jean-Marc Aveline défenseur d'une 'Méditerranée heureuse'
Parmi les 21 nouveaux cardinaux nommés par la pape François, le 29 mai 2022, on trouve un Français Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille.
En choisissant d’élever au plus au rang de l’Église catholique ce natif d’Algérie, le pape signifie son estime pour un prélat défenseur d’une «Méditerranée heureuse» où les migrations sont d’abord un enrichissement. Pour les observateurs, Mgr Aveline est le plus ‘bergoglien’ des évêques français.
À 63 ans, Mgr Jean-Marc Aveline rejoint les quatre autres cardinaux français âgés de moins de 80 ans et qui auraient donc la charge d’élire un nouveau pape en cas de conclave – Dominique Mamberti, Philippe Barbarin, Jean-Pierre Ricard et André Vingt-Trois.
Le 15 mai dernier, l’archevêque de la cité phocéenne était venu à Rome assister aux canonisations de dix bienheureux, dont le Français Charles de Foucauld. L’avant-veille, il avait brillamment retracé la vie du saint Français lors d’une conférence tenue à l’église française de la Trinité-des-Monts, à Rome.
En avril 2021, Mgr Aveline avait rencontré le pape François durant près d’une heure en tête-à-tête. «Une première», avait-il confié au sortir d’une audience où les deux hommes avaient largement évoqué la "théologie de la Méditerranée", cette idée selon laquelle le dialogue et les échanges entre les peuples du pourtour méditerranéen doivent permettre de déployer «une grande tente de paix".
Un profil "méditerranéen" qui a touché le pape
Manifestement, le pape François a été touché par ce chaleureux pasteur au parcours singulier. Un profil "méditerranéen" qui n’a pas laissé indifférent le pontife argentin aux origines italiennes.
Jean-Marc Aveline est né en Algérie française à Sidi Bel Abbès en 1958. Sa famille, des pieds noirs originaires d’Andalousie, s’y est installée à la fin du XIXe siècle. Le prélat marseillais aime à rappeler qu’elle y était "venue fuir la famine et chercher du travail à une époque où les flux migratoires en Méditerranée allaient plutôt du Nord vers le Sud".
Lui-même ne connaîtra qu’à peine les "plateaux de terre brune au sud d’Oran" où s’enracinèrent les siens pendant près d’un demi-siècle: la guerre d’Algérie et les Accords d’Évian les poussèrent, comme tant d’autres, à prendre la fuite. Il se souvient de la violence de ce temps là, des "balles perdues" qui brisaient les vitres de leur appartement familial. À quatre ans, il traverse la Mare Nostrum, laissant une "histoire familiale […] avec ses souvenirs heureux et ses cicatrices douloureuses" qui, pour sûr, le marquèrent radicalement.
Après quelques années passées à Paris, où son père, pourtant ébéniste, trouve un travail dans les chemins de fers, il rejoint Marseille. Là, Jean-Marc Aveline connaît une enfance heureuse dans les quartiers populaires de la cité phocéenne. Il réside dans les Quartiers Nord, à Saint-Barthélémy dans une cité HLM construite pour les agents de la SNCF. Ses parents sont croyants, son père bénévole au Secours catholique, est un exemple qui l’a marqué. Bon élève, il est admis au Lycée Victor Hugo, où il obtient un bac scientifique en 1975 avant d’intégrer le prestigieux Lycée Thiers en classes préparatoires. Maths Sup’, Maths Spé, il passe les concours, s’apprête à "cuber", mais lui revient alors une "petite chanson" qui lui trottait dans la tête depuis ses 8-9 ans: devenir prêtre.
Au début de l’été, il part en retraite pendant huit jours dans un monastère provençal où il prie en silence, une épreuve pour lui qui est d’un naturel plutôt joyeux. De retour à Marseille, il croise un prêtre qui lui demande à la cantonade quand est-ce qu’il rentre au séminaire. Sans vraiment réfléchir, le jeune homme répond "en septembre".
Le début de sa mission de prêtre est particulièrement lié à l’enseignement, une aubaine pour celui qui rêvait d’être professeur. En septembre 1977, il intègre ainsi le séminaire d’Avignon, où il reste jusqu’en 1979. Il rejoint ensuite le séminaire des Carmes à Paris, où il étudie le grec et l’hébreu biblique. En 1984, il est ordonné prêtre, et poursuit pendant deux ans ses études. En 1986, il retourne enfin à Marseille. Professeur au séminaire puis vicaire dans une paroisse du centre-ville, il se voit confier la charge des vocations pour le diocèse en 1991.
En 1992, il crée l’Institut de sciences et de théologie des religion (ISTR), dont il restera le directeur jusqu’en 2002. On lui confie aussi les rênes de l’institution Saint-Jean et un cours à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon. En 2007, il est choisi pour devenir vicaire général de l’archidiocèse de Marseille.
C’est alors qu’il est appelé pour venir à Rome en tant que consulteur du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. "Le dialogue interreligieux n’était pas ma qualification, ni mon goût. Mais la vie, souvent, nous éclaire longtemps après sur des cohérences qui nous avaient échappé… Cette expérience a changé ma vie", confiait-il à La Provence en 2019. En 2013, il est nommé par le pape François chez lui, à Marseille, comme évêque auxiliaire.
Un des évêques les plus "bergogliens" de l’Hexagone
Six ans plus tard, le pontife argentin lui confie la mission de succéder à Mgr Georges Pontier qui part à la retraite. Vu comme un des évêques les plus "bergogliens" de l’Hexagone, sa nomination fait de cet évêque français un des ponts privilégiés entre la France et Rome, bien qu’il ne maîtrise pas l’italien. C’est d’ailleurs vers lui que se sont récemment tournés ses confrères pour tenter – sans succès – de faire venir le pape François à Marseille cet automne. À I.MEDIA, il avait en effet confié que, si le pape "devait venir en France, Marseille serait au programme".
Le pape François et le futur cardinal partagent une certaine vision de la mission de l’Église catholique en Méditerranée, entre dialogue apaisé avec l’Islam, fraternité et solidarité avec l’autre rive. "Marseille est plus qu’une ville: c’est un message ! Un message où la détresse se mêle à l’espérance", a-t-il lancé au Président de République Emmanuel Macron lors de sa visite dans sa ville en août 2021, à un moment où les projecteurs étaient braqués sur les déboires sécuritaires persistants du port provençal.
"Message" : un terme souvent employé par le pape François – lui-même l’ayant emprunté à Jean Paul II – pour évoquer une autre réalité méditerranéenne: celle du Liban. Ainsi, sans doute le pape François aura été surtout séduit par la dimension méditerranéenne de l’archevêque. (imedia/cd/mp)
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Adalberto Martínez Flores, l'entrée du Paraguay au Sacré Collège
Mgr Adalberto Martínez Flores, quelques mois seulement après sa nomination comme archevêque d’Asunción, le 17 février 2022, deviendra le 27 août le premier cardinal de l’histoire du Paraguay, un pays enclavé entre le Brésil, l’Argentine, la Bolivie, et qui avait reçu une visite du pape François en 2015.
Cet évêque de 71 ans, très expérimenté, qui administre actuellement son cinquième diocèse, est un proche du cardinal O’Malley, l’actuel archevêque de Boston, qui a accompagné sa vocation depuis les années 1970.
Né dans la capitale paraguayenne en 1951, Adalberto Martínez Flores n’a pas effectué le cursus classique du petit et du grand séminaire, mais s’est orienté vers le sacerdoce en vocation tardive. Après avoir été scolarisé dans un lycée professionnel tourné vers le commerce, il étudie l’économie au début des années 1970 à l’université nationale d’Asunción, puis part à Washington pour des études d’anglais et de philosophie.
Il s’investit alors dans la pastorale des migrants latino-américains, en lien avec le père Sean Patrick O’Malley, alors jeune frère capucin, ordonné prêtre en 1970 après une expérience missionnaire sur l’île de Pâques, territoire chilien isolé dans l’Océan Pacifique. Le religieux américain, qui fonde le Centro Católico Hispano en 1973 alors qu’il n’a que 28 ans, reçoit l’aide de l’étudiant paraguayen pour prêter assistance aux réfugiés et immigrés venus chercher refuge dans la capitale fédérale américaine, dans le contexte des dictatures et des guerres qui frappent alors de nombreux pays du continent.
Adalberto Martínez Flores s’oriente ensuite vers le sacerdoce en intégrant, à partir de 1977, l’École internationale sacerdotale du mouvement des Focolari à Frascati, en Italie tout en suivant un cursus théologique à l’Université du Latran. Au début des années 1980, le séminariste s’investit dans l’organisation de plusieurs congrès sur les vocations, à Rome et à Buenos Aires.
Le début de sacerdoce du futur cardinal paraguayen se situe dans la filiation de son ami américain. En 1985, Sean Patrick O’Malley devient évêque du diocèse de saint Thomas, dans les Îles Vierges américaines. Le jeune évêque américain, qui n’a alors que 41 ans, se déplace à Asunción le 24 août 1985 pour ordonner prêtre Adalberto Martínez Flores, qu’il intégrera dans le clergé de son diocèse insulaire. Cet archipel caribbéen peuplé d’environ 100'000 habitants est administré par les États-Unis depuis 1917, année du rachat de ce territoire qui était jusqu’alors une colonie danoise.
Retour au Paraguay après la dictature
Après neuf ans de service en paroisse à Sainte-Croix et à Saint-Thomas, le prêtre paraguayen quitte les Îles Vierges américaines deux ans après Mgr O’Malley, devenu entre temps évêque de Fall River, dans le Massachusetts.
En 1994, le Père Adalberto Martínez Flores revient dans son diocèse natal, à Asunción, où il devient curé de paroisse et responsable de la pastorale des jeunes. Il est aussi le secrétaire du premier synode diocésain organisé dans ce pays enclavé, qui venait alors de sortir de la longue dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989), dont le parti Colorado continuait à contrôler les maillages de l’État.
Jean-Paul II le nomme évêque auxiliaire d’Asunción en 1997. Il devient ensuite le premier évêque du diocèse de San Lorenzo lors de sa fondation en l’an 2000, puis il est transféré en 2007 à San Pedro, où il s’investira notamment dans le développement de ce territoire en lien avec les entreprises et associations locales. Son prédécesseur dans ce diocèse rural et très pauvre est Fernando Lugo, évêque laïcisé en raison d’une reconnaissance de paternité, qui deviendra président de la République un an plus tard à la tête d’une coalition de gauche.
C’est en présence du président Lugo – peu avant son renversement -, que Mgr Martínez Flores est installé comme évêque aux Armées, en 2012. Dans ce pays fragile, l’armée est une institution essentielle pour garantir une certaine continuité de la puissance publique, et l’évêque parvient à assurer son service dans un contexte de grave instabilité politique, alors que trois présidents se succèdent à la tête du pays. Reconnu comme proche des pauvres, il s’investit également dans le domaine sanitaire et social avec la présidence de l’organisation sociale San Roque González de Santa Cruz, une fondation qui vient notamment en aide aux personnes atteintes de maladies rénales.
En 2018, il devient évêque de Villarrica del Espíritu Santo, une charge qu’il cumule avec la présidence de la conférence épiscopale. Confronté là encore à l’instabilité politique, aggravée par la crise économique liée à la pandémie de Covid-19, il parvient à faire de l’épiscopat une instance incontournable pour retisser le lien entre la société civile et les institutions. Selon la presse paraguayenne, il montre l’image d’une Église proche des pauvres, attentive aux droits des paysans et des indigènes.
L’histoire contemporaine de l’Église au Paraguay a été marquée par de graves fractures au sein de l’épiscopat, notamment en 2014 lors de l’éviction de l’évêque de Ciudad del Este, Mgr Rogelio Rivieres Plano, mis en cause pour la gestion de son séminaire et pour la protection accordée à son vicaire général, un transfuge des lefebvristes, reconnu coupable d’abus. La situation est aujourd’hui plus apaisée et l’épiscopat paraguayen est parvenu à se montrer uni face aux soubresauts de la vie politique et sociale du pays.
L’affection du pape argentin pour le Paraguay
Après son transfert récent dans le diocèse d’Asunción, la création comme cardinal de Mgr Martínez Flores apparaît donc comme un nouveau signe d’attention aux périphéries de la part du pape venu d’Argentine, pays dont les relations avec le Paraguay furent souvent belliqueuses.
La Guerre de la Triple Alliance, entre 1865 et 1870, fut un véritable génocide durant lequel la quasi-totalité des hommes paraguayens adultes furent tués par une puissante coalition rassemblant l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay. Aucun processus de pardon et de reconnaissance n’a jamais été amorcé après cette guerre et les relations du Paraguay avec ses voisins demeurent marquées par cette profonde blessure.
Le racisme anti-paraguayen est par ailleurs profondément enraciné en Argentine. Le choix du pape François de visiter le Paraguay en 2015, alors qu’il n’a toujours pas effectué de voyage apostolique dans son Argentine natale, fut une décision choquante pour de nombreux Argentins. Mais le pape a souvent exprimé son affection pour le Paraguay, pays de “périphérie” avec lequel il avait de nombreux contacts lorsqu’il était provincial des jésuites d’Argentine.
Plusieurs siècles d’attente pour le premier cardinal paraguayen
Le diocèse de la capitale paraguayenne aura attendu précisément 475 ans pour devenir un siège cardinalice. C’est en effet dès 1547, par la bulle du pape Paul III Episcopatum Paraguensis, que fut érigé le diocèse d’Asunción, plus de 70 ans avant celui de Buenos Aires, qui ne sera fondé qu’en 1620. L’histoire du christianisme dans ces terres enclavées a été très marquée par l’aventure des “réductions” jésuites, des villages communautaires dans lesquels les missionnaires de la Compagnie de Jésus formaient les indigènes Guaranis à des techniques très avancées dans l’artisanat, l’agriculture mais aussi l’art, la musique, la liturgie.
Au XVIIIe siècle, l’autonomie politique prise par ces villages entre en contradiction avec les intérêts des puissances coloniales de l’époque, l’Espagne et le Portugal. La dissolution violente des réductions jésuites, racontée dans le film Mission, palme d’or au Festival de Cannes en 1986, est restée un élément central dans la mémoire paraguayenne et dans son rapport au catholicisme, longtemps associé à la domination européenne.
Le Synode sur l’Amazonie de 2019 a contribué à renouveler le regard sur la sensibilité historique des populations indigènes et à redonner à l’Église sa crédibilité comme institution porteuse de sens, de respect du sacré et du lien entre les générations, des thèmes porteurs pour les populations autochtones. C’est aussi à la lumière de cette évolution et de cette nouvelle maturité du catholicisme latino-américain que peut s’interpréter cette entrée d’un représentant du Paraguay au sein du Sacré Collège.
Le Paraguay, un pays fragile mais porteur de nouvelles dynamiques
Détail étonnant : si le cardinal désigné Adalberto Martínez Flores sera le premier représentant direct du Paraguay au sein du Sacré Collège, il n’en sera pas le seul ressortissant. Le cardinal Cristobal Lopez Romero, archevêque de Rabat au Maroc, dispose en effet de la double nationalité espagnole et paraguayenne, car il a obtenu un passeport du pays d’Amérique latine lorsqu’il y fut missionnaire entre 1984 et 2002.
Ce salésien s’y est enraciné au point de devenir président de la Conférence nationale des religieux et d’y fonder l’association des journalistes catholiques, avant de rejoindre le Maroc dans les années 2000. En cas de conclave, avec deux ressortissants, il y aurait donc autant de Paraguayens que d’Argentins – les cardinaux Poli et Sandri.
Longtemps sous-représenté, le Paraguay devient ainsi, paradoxalement, un pays sur-représenté en proportion de sa modeste population de sept millions d’habitants : avec deux cardinaux électeurs, le Paraguay compte donc plus de ressortissants au sein du Sacré Collège que des terres de chrétienté européenne plus peuplées comme la Belgique, l’Autriche, la Suisse ou la Hongrie, qui ne comptent chacune qu’un seul cardinal électeur.
La création du premier cardinal paraguayen, qui fut lui-même missionnaire aux États-Unis, constitue donc un signe supplémentaire du basculement vers le Sud des pôles de dynamisme du catholicisme. Le parcours original du futur cardinal Adalberto Martínez Flores montre que le témoignage missionnaire ne se vit plus seulement du Nord vers le Sud, mais désormais aussi du Sud vers le Nord, où les communautés migrantes peuvent réveiller des Églises en perte de vitesse. (cath.ch/imedia/mp)
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