Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • DOSSIERS

    Des bougies allumées dans la cathédrale chaldéenne de Mossoul (Irak), détruite pendant la guerre

    Irak: un an après le pape, des lueurs d’espoir

    Le voyage du pape François en Irak, en mars 2021, est considéré d’ores et déjà comme l’un des gestes majeurs de son pontificat. Mais un an après, cette visite a-t-elle vraiment changé quelque chose?

    Contenu du dossier
    Des bougies allumées dans la cathédrale chaldéenne de Mossoul (Irak), détruite pendant la guerre
    Actualités

    Irak: un an après le pape, des lueurs d’espoir

    Le tabernacle a nécessité plus de deux ans de travail
    Actualités

    Mossoul: le tabernacle suisse de l'alliance

    Le sanctuaire de Lalesh est le lieu le plus saint de la religion yézidie
    Actualités

    Irak: dans le Saint des Saints des Yézidis

    Les responsables religieux d'Irak, également les non-chrétiens, ont vécu la visite du pape François dans la fraternité
    Actualités

    Irak: la visite du pape a renforcé le respect pour les chrétiens

    Mgr Najeeb Michaeel, archevêque de Mossoul, se bat depuis plus de 30 ans pour la conservation des manuscrits anciens d'Irak
    Actualités

    Irak: le Centre des manuscrits d’Erbil, un projet «anti-Daech»

    Mgr Najeeb Michaeel prie avec la délégation suisse dans la cathédrale chaldéenne de Mossoul (Irak) en ruines
    Actualités

    Irak: les chrétiens relèvent leurs murs et leurs croix

    Saker Zakeriye, responsable du musée Beituna, à Mossoul (Irak), croit à la richesse de la diversité
    Actualités

    Les Irakiens veulent dépasser les «années noires»

    Mgr Yousif Thomas Mirkis, archevêque de Kirkouk (Irak), accueille la délégation suisse au Babel College
    Actualités

    Entre la Suisse et l’Irak, des 'ponts’ renforcés

    no_image
    Des bougies allumées dans la cathédrale chaldéenne de Mossoul (Irak), détruite pendant la guerre © Raphaël Zbinden

    Irak: un an après le pape, des lueurs d’espoir

    Le voyage du pape François en Irak, en mars 2021, est considéré d’ores et déjà comme l’un des gestes majeurs de son pontificat. Mais un an après, cette visite a-t-elle vraiment changé quelque chose? A-t-elle aidé les chrétiens? A-t-elle apporté un réconfort face aux profondes blessures du pays? Autant de questions auxquelles cath.ch donnera des éléments de réponse dans une série d’articles réalisés suite à un voyage dans le nord du pays, en février 2022.

    Articles les plus lus

    no_image
    Le tabernacle a nécessité plus de deux ans de travail © Raphaël Zbinden

    Mossoul: le tabernacle suisse de l'alliance

    Un tabernacle réalisé par l’artiste genevois François Reusse a été consacré le dimanche 20 février 2022 à l’église Saint-Paul des Chaldéens de Mossoul, au nord de l’Irak. L’évêque de la ville, Mgr Najeeb Michaeel, a fait le lien entre l’œuvre et l’Arche d’alliance, signe tangible que «Dieu marche avec nous».

    Par Raphaël Zbinden, envoyé spécial de cath.ch à Mossoul

    Dans l’église de Mossoul, les chants liturgiques orientaux résonnent au milieu des senteurs d’encens. Soudain, le drap blanc étoilé posé sur le tabernacle tombe et découvre la resplendissante œuvre de bronze et d’émail coloré. Une rumeur enthousiaste parcourt la foule. Les bravos, les applaudissements et les youyous retentissent.

    Une communauté meurtrie

    Ambiance festive, sereine et familiale. Difficile d’imaginer qu’il y a plus de sept ans, la plupart de ces fidèles ont quitté précipitamment leur foyer face à l’avancée de DAECH. Comme les autres chrétiens du nord de l’Irak, qui ont été l’une des principales cibles des fanatiques chassés en 2017, les chaldéens tentent de se reconstruire un avenir et une présence dans leur région martyrisée.

    La messe de ce dimanche se déroule dans la seule église de Mossoul qui peut accueillir les célébrations. Les treize autres à disposition dans le diocèse avant l’arrivée de l’Etat islamique (EI) ont été si endommagées qu’elles ne sont pas encore utilisables. La communauté a donc bien besoin d’espoir et de soutien.

    Agir contre la dévastation

    C’est ce que François Reusse a en tête, lorsque le projet «fou» d’offrir un tabernacle fait de sa main aux chrétiens d’Irak germe dans son esprit. L’artiste-orfèvre de Genève est tellement attristé par la dévastation commise contre ce peuple et son patrimoine culturel, qu’il ne peut rester inactif. Il décide alors de mettre ses compétences spécifiques au service de ce projet. «Je voulais donner quelque chose de moi-même, fut-ce symbolique, pour leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls, pas oubliés», confie-t-il à cath.ch.

    Deux ans de travail ont été nécessaires à François Reusse pour réaliser le tabernacle
    Deux ans de travail ont été nécessaires à François Reusse pour réaliser le tabernacle @ Raphaël Zbinden

    Mais comment concrétiser un tel projet? Il se souvient alors qu’il existe une communauté chaldéenne en Suisse. Il contacte le prêtre irako-vaudois Naseem Asmaroo. Ce dernier lui conseille de s’adresser à Mgr Najeeb Michaeel. L’évêque est notamment connu pour avoir sauvé des milliers de manuscrits des griffes de DAECH en les emportant au Kurdistan irakien. L’idée plaît immédiatement au dominicain chaldéen.

    Le Christ et la baleine

    Enthousiaste, François Reusse se met tout de suite à la tâche. Des heures de conception, de recherches, de travail artisanal qui s’égrènent alors. Un temps qu’il n’a jamais pensé à comptabiliser ou à faire payer à quiconque.

    Il faut plus de deux ans pour que l’artefact voit le jour. Une boîte de bronze et d’émail tenue sur quatre piliers dont les pieds représentent les êtres emblématiques des évangélistes. Elle est dotée d’une série de symboles tenant à cœur autant à l’artiste qu’à l’évêque. Le tabernacle est notamment surmonté d’un Christ sortant de la gueule d’une baleine. Une référence à la renaissance et à la résilience, à travers l’histoire du prophète Jonas, dont le tombeau est à Ninive, dans les faubourgs de Mossoul. Deux lettres en araméen sur la porte de l’objet représentent l’Alpha et l’Omega. Deux bougeoires en bronze ont aussi été fabriqués pour être mis sur l’autel.

    Tabernacle en pièces détachées

    Mais comment transporter cet objet de 80 kilos de Genève en Irak, à un prix abordable? La solution est trouvée avec l’aide de Naseem Asmaroo.

    Le prêtre chaldéen, qui officie dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) (également dans le rite latin), pense depuis longtemps à organiser une nouvelle visite dans le pays de sa jeunesse. Il profite de l’occasion pour combiner plusieurs projets de coopération entre la Suisse et l’Irak. Avec son épouse Lusia Shammas, il réunit une délégation hétéroclite composée de représentants aussi bien de l’œuvre d’entraide Aide à l’Eglise en détresse (ACN-AED), de l’Université de Fribourg, que de cath.ch, avec des participants indépendants. Certains «délégués» sont ainsi mis à profit pour transporter les pièces du tabernacle dans des valises différentes pesant dans les 30 kilos chacune.

    Il faut en amont affronter les méandres de l’administration irakienne et l’organisation compliquée d’un tel voyage. Un défi relevé avec succès par Naseem et Lusia, puisque la délégation suisse arrive sans trop de péripéties à Ankawa, au Kurdistan, deux jours avant la consécration. De là, les pièces de l’objet sacré sont convoyées en voiture vers Mossoul, à 60 km à l’ouest.

    Musulmans à la rescousse

    Une fois dans l’église Saint-Paul, le tabernacle n’a plus qu’à être installé sur place. Une affaire pas si mince, qui prendra quatre bonnes heures, avec quelques montages, démontages et re-démontages, dans ce qui s’apparente à une mécanique de grande précision.

    Une dizaine de personnes proches de la communauté offrent leur aide. Surprise: une grande partie d’entre eux sont des musulmans du quartier. Une proximité interreligieuse pleinement encouragée par le prélat dominicain. «Travailler avec tout le monde, c’est ce que nous voulons accomplir ici. L’Irak ne pourra pas survivre si nous ne promouvons pas la fraternité humaine», explique-t-il à cath.ch.

    La communauté «élargie» de la paroisse St-Paul s’est ainsi impliquée jusqu’au bout dans le projet de nouveau tabernacle. Une famille du diocèse a offert ce qui sera au final le socle de l’œuvre: en seulement 14 jours elle a fait tailler dans le marbre une colonne de 400 kg.

    Une pierre à la reconstruction

    Dans l’homélie qui précède la consécration, Mgr Michaeel remercie chaleureusement François Reusse, ainsi que la délégation suisse et toutes les personnes qui ont contribué à la démarche. Il souligne l’importance de l’action, qui va dans le sens de redonner foi et espoir à un peuple profondément meurtri et incertain de son avenir. Un an après la visite du pape François en Irak, l’évêque de Mossoul y voit un nouveau signe que les chrétiens d’Orient sont dans les cœurs de ceux d’Occident et du reste du monde.

    L’évêque de Mossoul fait le lien entre le nouveau tabernacle et l’Arche d’alliance, symbole tangible de la présence de Dieu, qui «marche avec nous», et de l’universalité du message chrétien.

    Après la messe, les paroissiens se ruent pour se faire photographier aux côtés de l’artiste genevois et de son œuvre, les remerciements cordiaux pleuvent. La joie visible dans les yeux des fidèles fait croire qu’aux travail de renouveau lancé par le pontife il y a un an, un autre François est venu apporter sa pierre. (cath.ch/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Le sanctuaire de Lalesh est le lieu le plus saint de la religion yézidie © Raphaël Zbinden

    Irak: dans le Saint des Saints des Yézidis

    Le sanctuaire de Lalesh, au nord de l’Irak, est le lieu le plus saint de la religion yézidie. Un site qui joue un rôle majeur dans le travail de résilience de cette communauté durement touchée durant la domination de l’Etat islamique (EI).

    La nuit est tombée sur le Bahdinan, au nord de l’Irak. Une immense flamme éclaire le paysage. Dans cette région peu peuplée, c’est la seule lumière permettant de distinguer la végétation clairsemée s’étalant sur les flancs des montagnes. Est-ce le feu du sanctuaire proche de Lalesh, symbolisant le Dieu-lumière vénéré par les Yézidis? Aucunement, note le chauffeur qui conduit au lieu saint la délégation suisse dont fait partie cath.ch. Il s’agit de la flamme d’un puits de pétrole. L’effet de la torchère qui éclaire d’une lueur orangée les tourelles coniques donne toute de même au lieu une aura mystique.

    Au centre du monde

    Le responsable des lieux, accompagné du prêtre chaldéen Ghazwan Shahara, vicaire général du diocèse d’Alqosh et curé de Shaïkhan, accueille avec chaleur les visiteurs. Il mène le groupe à travers les ruelles désertes et pentues, de ce qui s’apparente à un petit village. La plupart des bâtiments sont de forme triangulaire ou carrée, certains surmontés de cônes à arêtes multiples. Ils symbolisent les rayons du soleil, car les Yézidis associent Dieu à l’astre.

    La  nuit, le sanctuaire de Lalesh (Irak) est éclairé par la torchère d'un puits de pétrole proche
    La nuit, le sanctuaire de Lalesh (Irak) est éclairé par la torchère d'un puits de pétrole proche @ Raphaël Zbinden

    Le guide s’arrête devant la source de Kanîya Spi, l’un des deux points d’eau sacrés du sanctuaire avec celui de Zemzem. Un vieil arbre noueux et pittoresque semble monter la garde. A raison, car il ne s’agit pas moins que du centre du monde, le lieu d’où toute l’humanité est issue, selon les croyances yézidies.

    Tous les fidèles doivent un jour y venir pour être baptisés par cette eau. Elle est divine, à l’instar de tous les éléments, architecturaux ou naturels qui composent cette  montagne, dans laquelle Dieu lui-même réside.

    Tout, à Lalesh, a un sens spirituel. Mais le tombeau du Cheikh ‘Adî, le réformateur du yézidisme au 12e siècle, est le lieu de la plus grande vénération. C’est aussi la principale destination des nombreux pèlerins qui se rendent tout au long de l’année sur les lieux. Un grand pèlerinage a lieu à chaque début d’année liturgique sur la montagne. Il rassemble pendant une semaine, à l’occasion de la Fête du printemps, quasiment tous les Yézidis d’Irak. A cette période, le site est envahi par une grande foule, il vibre de vie et de ferveur.

    Persécutés par les djihadistes

    Des traditions ancestrales encore très suivies et vivantes chez les tenants de cette religion. Elles jouent même aujourd’hui un rôle particulier pour ce peuple profondément blessé par les «années noires» de la domination djihadiste.

    La source de Kanîya Spi, à Lalesh, est le centre du monde pour les Yézidis
    La source de Kanîya Spi, à Lalesh, est le centre du monde pour les Yézidis @ Raphaël Zbinden

    Daech n’est jamais arrivé jusqu’à Lalesh, qui est sur le territoire autonome du Kurdistan. En 2014, les islamistes ont toutefois conquis la ville de Sindjar, la principale ville yézidie, et les villages environnants, au nord-ouest de l’Irak. Près de 50'000 habitants ont fui dans le massif du Sindjar. La plupart ont pu s’échapper du piège des montagnes en rejoignant des zones sûres, notamment Duhok, au Kurdistan. Mais certains sont aussi morts de déshydratation sur ces hauteurs.

    Beaucoup de Yézidis n’ont également pas pu s’enfuir et sont tombés dans les griffes des djihadistes. De nombreuses femmes ont été utilisées comme esclaves sexuelles par les combattants islamistes, certaines torturées, d’autres exécutées.

    La torchère d'un puits de pétrole brûle à proximité du sanctuaire de Lalesh (Irak)
    La torchère d'un puits de pétrole brûle à proximité du sanctuaire de Lalesh (Irak) @ Raphaël Zbinden

    Daech aurait tué près de 5'000 Yézidis et enlevé de 5'000 à 7'000, principalement des femmes et des enfants. Certains ont pu s’échapper et rentrer en Irak.

    Un peuple menacé

    Aujourd’hui, environ 3'000 Yézidis sont toujours portés disparus. Nul ne sait exactement ce qu’il en est advenu. Près de 260’000 n’ont toujours pas pu rentrer chez eux, principalement parce que leurs maisons ont été détruites. Ils vivent loin de leurs terres d’origine, dans des camps répartis dans le nord de l’Irak, que la délégation suisse a pu voir depuis la route. Les Yézidis y vivent dans des tentes, dans des conditions particulièrement précaires, derrière de hauts barbelés.

    La médiatisation intense ayant accompagné leur oppression par Daech avait dans un premier temps suscité un vaste élan de solidarité mondial. Mais aujourd’hui, beaucoup se sentent oubliés et abandonnés par la communauté internationale. Ils doutent de leur avenir et pensent à l’exil. Selon des organisations locales, entre 2014 et 2021, près de 90’000 Yézidis sont partis à l’étranger, surtout en Allemagne et au Canada.

    Le sanctuaire de Lalesh est situé dans les montagnes du nord de l'Irak
    Le sanctuaire de Lalesh est situé dans les montagnes du nord de l'Irak @ KEYSTONE/Agence VU/Lam Duc Hien

    Mais les Yézidis sont profondément liés à leurs terres sacrées. Comment donc survivre en tant que peuple et religion en étant si éloignés les uns des autres et d’un élément central de leur foi? Tous ces facteurs agitent le spectre d’une disparition à moyen ou long terme de cette minorité. Personne ne peut dire exactement combien ils sont, en Irak et ailleurs. Les estimations les plus courantes, vont de 100'000 à 600'000 dans leur pays d’origine.

    Bonnes relations avec les chrétiens

    Le prêtre chaldéen Ghazwan Shahara, vicaire général du diocèse d'Alqosh et curé de Shaïkhan (Irak)
    Le prêtre chaldéen Ghazwan Shahara, vicaire général du diocèse d'Alqosh et curé de Shaïkhan (Irak) @ Raphaël Zbinden

    Les chrétiens locaux, notamment l’Eglise chaldéenne, leur viennent en aide comme ils peuvent, en les soutenant sur le plan moral et humanitaire. «Il faut tout faire pour sauvegarder la diversité de l’Irak, c’est notre richesse», lance le Père Shahara. Les relations sont ainsi très bonnes entre les deux communautés. «Paradoxalement, l’épisode de Daech nous a rapprochés, nous a fait comprendre que les minorités religieuses doivent s’entraider si elles veulent perdurer.» Ce lien intercommunautaire au beau fixe et l’intercession du Père Shahara ont permis à la délégation suisse de visiter le lieu sacré des Yézidis.

    Le prêtre chaldéen est bien conscient que la préservation de Lalesh, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est primordial pour la sauvegarde de l’identité yézidie et leur maintien dans le paysage religieux irakien. Dans le pays, un tiers de leurs lieux saints ont été rayés de la carte depuis 2014.

    Unis par la religion

    Ghazwan Shahara a tout de même de l’espoir pour ces amis yézidis. Il constate que la communauté se reconstruit peu à peu, malgré des défis encore immenses. Dans cet exercice de résilience, la religion est très importante, note le Chaldéen. Autant que d’apporter du réconfort aux personnes traumatisées par les violences, elle permet aux Yézidis de se réunir et de renforcer leur lien autour de symboles forts.

    Lorsque la délégation quitte le sanctuaire, le puits de pétrole brûle toujours. Lui, un jour, aura épuisé ses réserves. Mais les Yézidis sont sûrs que l’eau de Lalesh ne se tarira jamais. Tant qu’ils pourront revenir au centre du monde, prier à l’ombre des arbres sacrés, ils sauront que Dieu est avec eux. (cath.ch/rz)

    Le Yézidisme, une religion incomprise
    Les Yézidis sont une communauté kurdophone faisant partie des populations les plus anciennes de la Mésopotamie. Leur croyance y serait apparue il y a plus de quatre mille ans. Lalesh, dans le Kurdistan irakien, est leur principal lieu de culte.
    Ils ont connu plusieurs vagues de persécutions au cours de leur histoire. «Les Yézidis ont enrichi leur religion par des apports coraniques et bibliques pour se camoufler des musulmans et des chrétiens afin de ne pas trop se faire remarquer», indique Frédéric Pichon, chercheur et spécialiste du Proche-Orient à l'Université François-Rabelais de Tours, dans le journal Le Monde.

    Pas des adorateurs du diable
    Le yézidisme est une religion monothéiste qui puise une partie de ses croyances dans le zoroastrisme, la religion de la Perse antique. Leur culte et leurs rituels se transmettent oralement, c'est pourquoi on ne devient pas yézidi, on naît yézidi.
    Les fidèles de cette religion croient en un dieu unique, Xwede, qui fut assisté par sept anges lorsqu'il créa le monde, dont le plus important est Malek Taous, souvent représenté par un paon, symbole de diversité, de beauté et de pouvoir.
    Si les Yézidis sont persécutés depuis la nuit des temps, c'est parce que les autres religions, que ce soit l'islam ou le christianisme, ont pu avoir une interprétation erronée de leur culte. «En Irak et en Syrie, on les a pris pour des adorateurs du diable parce qu'ils ont fait une espèce de bricolage entre les deux religions du Livre», précise Frédéric Pichon. L'archange Malek Taous a ainsi faussement été pris pour le diable par les musulmans. RZ/Le Monde

    Mossoul: le tabernacle suisse de l'alliance

    21/02/2022

    Mossoul: le tabernacle suisse de l'alliance

    Un tabernacle réalisé par l’artiste genevois François Reusse a été consacré le dimanche 20 février 2022 à l’église Saint-Paul des Chaldéens de Mossoul, au nord de l’Irak. L’évêque de la ville, Mgr Najeeb Michaeel, a fait le lien entre l’œuvre et l’Arche d’alliance, signe tangible que «Dieu marche av...

    Articles les plus lus

    no_image
    Les responsables religieux d'Irak, également les non-chrétiens, ont vécu la visite du pape François dans la fraternité © KEYSTONE/VATICAN MEDIA

    Irak: la visite du pape a renforcé le respect pour les chrétiens

    La visite du pape François en Irak, en mars 2021, a eu un effet significatif sur les relations entre les communautés du pays. Les chrétiens se réjouissent d’un climat plus fraternel, notamment avec les musulmans, même si la logique communautaire est toujours bien ancrée.

    «François est venu pour panser nos plaies. Cela nous a donné beaucoup de courage, d’espoir et d’espérance», affirme Mgr Najeeb Michaeel. L’archevêque chaldéen de Mossoul se souvient avec émotion des larmes dans les yeux du pape, lors de sa visite, en mars 2021, lorsqu’il a vu l’ampleur de la destruction de la ville du nord de l’Irak et de ses églises.

    Un an après la venue du pape et cinq ans après l’éviction de DAECH, Mgr Michaeel prend le thé, à l’archevêché, avec quatre hommes. Tous sont musulmans. L’ambiance est joyeuse et festive. Aucune once de méfiance ou de distance entre ces citoyens irakiens qui ont l’habitude de se côtoyer. Certains d’entre eux travaillent pour l’Eglise locale, d’autres gravitent autour de la communauté chrétienne, offrent leur aide de temps à autre.

    Mgr Najeeb Michaeel, archevêque de Mossoul, encourage les contacts avec les musulmans
    Mgr Najeeb Michaeel, archevêque de Mossoul, encourage les contacts avec les musulmans @ Raphaël Zbinden

    Un climat interreligieux fraternel que cath.ch, accompagnant une délégation suisse en Irak fin février 2022, a pu constater sur place. Le point d’orgue du voyage était l’installation, dans l’église St-Paul de Mossoul, d’un tabernacle réalisé par l’artiste genevois François Reusse et offert à la communauté chaldéenne locale. Une opération activement soutenue, sur place, par «les musulmans de l’évêché».

    Un nouveau langage

    Cette proximité, encouragée par Mgr Michaeel, est ancrée dans la tradition, à Mossoul, en dépit des épisodes sombres. Mais l’après-DAECH et la visite du pape François dans la ville ont renforcé les relations. «Aujourd’hui, il y a un nouveau langage qui s’est créé entre les musulmans et les chrétiens, dans la région de Mossoul. Il apporte une lueur d’espoir pour cette ville martyre», remarque l’archevêque.

    "Les habitants de Mossoul, surtout les jeunes, en ont marre des fanatiques religieux"

    Mgr Najeeb Michaeel

    La visite d’un ami

    La deuxième ville d’Irak a en effet été occupée de 2014 à 2017 par les combattants de l’Etat islamique (EI). Ils y ont commis de nombreuses exactions, aussi bien contre les non-sunnites que contre les sunnites réfractaires. La plupart des églises, et une partie de la ville, ont été détruites lors de cette période, soit par DAECH, soit dans les combats pour la libération de la cité. La quasi-totalité des chrétiens avaient alors fui ou avaient été chassés par les islamistes. «Mais, aujourd’hui, les habitants de Mossoul, surtout les jeunes, en ont marre des fanatiques religieux, ils veulent retrouver la vraie tradition irakienne de tolérance, progresser vers la démocratie et les droits humains», assure le prélat chaldéen.

    Le pape François a été très touché par sa visite dans une ville de Mossoul dévastée, en mars 2021
    Le pape François a été très touché par sa visite dans une ville de Mossoul dévastée, en mars 2021 @ KEYSTONE/AFP/ZAID AL-OBEIDI)

    Une nouvelle aube sur le dialogue intercommunautaire, que Mgr Michaeel met aussi au crédit du pontife. «La présence de François et ses mots si justes, le 7 mars 2021, n’étaient pas que pour les chrétiens, mais pour tous les habitants de la ville. Les musulmans ont été très honorés et touchés de cette visite, qu’ils considèrent comme une bénédiction, assure l’archevêque. Ils ont perçu l’événement comme la visite d’un ami venu en pèlerinage pour être avec nous dans ces souffrances. Depuis, la fraternité est devenue un slogan. Quand je marche dans les rues, les enfants se mettent à danser et crient : 'Le pape est venu, le pape est venu, il est le bienvenu’».

    Plus de «Nazaréens»

    Dix jours avant l’arrivée de la délégation suisse, une quinzaine de responsables religieux, principalement sunnites, sont venus à Mgr Michaeel pour le saluer et échanger avec lui. «Ils m’ont dit: 'Nous sommes proches de vous, nous pouvons travailler ensemble, vous aider si quelqu’un vous cause des ennuis’». Un langage que l’on n’entendait pas avant le discours de François dans les ruines de la vieille ville.

    La délégation suisse, emmenée par Mgr Michaeel, prie sur les lieux du discours du pape François à Mossoul (Irak)
    La délégation suisse, emmenée par Mgr Michaeel, prie sur les lieux du discours du pape François à Mossoul (Irak) @ Raphaël Zbinden

    Le ton des prédications dans les mosquées a également changé.  «Même avant l’occupation par les djihadistes de l’Etat islamique, notamment sous l’influence d’Al Qaïda, on entendait fréquemment que les impies, les mécréants, étaient voués à l’enfer.» Les musulmans ont également cessé d’utiliser certaines expressions, telles que le terme péjoratif de «Nazaréens» pour désigner les chrétiens.

    Chute de préjugés

    Une ambiance fraternelle déjà observée pendant la visite apostolique, relève le Frère dominicain Ameer Jaje, contacté à Bagdad via Zoom. Le religieux irakien a organisé la rencontre interreligieuse d’Ur, le 6 mars 2021. «C’était vraiment très émouvant, très fort, de voir tous les dignitaires prier ensemble. Après la prière, tous ont afflué autour du pape dans un élan extrêmement humain et amical. Ce sont des images inoubliables». Le pape François possède ce charisme de simplicité de la rencontre, note Ameer Jaje. «Des amis chiites et sunnites m’on dit: 'C’est un homme béni, vrai, honnête’».

    "L’ouverture envers les chrétiens a été grandement favorisée par la rencontre de François avec Ali al-Sistani"

    Frère Ameer Jaje

    Cette visite a eu des effets réels et qui vont perdurer, estime le religieux. Avant la venue du pape, certains journalistes étrangers, mais aussi des Irakiens, ne savaient même pas qu’il y avait des chrétiens dans le pays. Et que leur présence était si ancienne et ancrée dans l’histoire de l’Irak.

    L’ouverture envers les chrétiens a été grandement favorisée par la rencontre de François avec l’ayatollah Ali al-Sistani, le 6 mars, à Nadjaf. «Pour les chiites, le fait de voir leur très respecté guide spirituel boire le thé avec le pape a permis de briser nombre de clichés, d’idées reçues. Par exemple qu’un chrétien est impur. Auparavant, on allait même jusqu’à jeter la tasse dans laquelle un chrétien avait bu.»

    Anwar Abada est responsable de la Maison Beit-Anya, à Bagdad
    Anwar Abada est responsable de la Maison Beit-Anya, à Bagdad @ Raphaël Zbinden

    Le ton des prêches a également changé dans la communauté chiite, qui représente près de 60% de la population irakienne, assure Ameer Jaje. Même pour le clergé le plus «fermé», il ne serait plus possible de dénigrer les chrétiens. Une nouvelle valorisation que le religieux «ressent tous les jours», aussi bien dans les hautes sphères de la société, notamment au niveau académique, que dans le peuple. «Quand je vais à Nadjaf ou à Kerbala [deux villes saintes de l’islam chiite, ndlr.], avec l’habit dominicain, même les personnes âgées se lèvent en signe de respect».

    Noël sans la peur

    La crainte et la méfiance se sont aussi éloignées. «Avant la visite, on avait toujours peur de ne pas pouvoir célébrer Noël correctement, à Bagdad, d’être attaqués. Des prêcheurs musulmans disaient: 'C’est haram, c’est interdit de faire des manifestations de Noël’. Mais cette année, beaucoup de musulmans ont fêté la Nativité. Ils ont mis des sapins dans leurs maisons ou leurs quartiers. Et il n’y a eu aucun incident.»

    «La visite du pape a donné une image positive des chrétiens, mais les problèmes de tous les jours n’ont pas changé»

    Père Albert Hisham

    Ameer Jaje note que la contribution des chrétiens pour le pays, notamment au travers de l’éducation et des activités caritatives, est de plus en plus remarquée par les musulmans. De nombreuses institutions scolaires très réputées sont d’orientation chrétienne, en Irak. Les chrétiens composent généralement une petite frange des étudiants.

    La musulmane qui croyait en la Résurrection

    Une réalité confirmée par Anwar Abada, directrice de l’organisation caritative Beit-Anya, à Bagdad. Elle est venue spécialement de la capitale à Ankawa (Kurdistan irakien) pour rencontrer la délégation suisse, lord d’une table ronde avec d’autres personnalités engagées. Elle évoque les relations cordiales que les chrétiens et les musulmans entretiennent dans son institution spécialisée dans l’accueil des personnes âgées et des handicapés. Elle illustre son propos par une anecdote: «Nous avons recueilli il y a quelques années une femme très âgée qui avait été mise à la rue par sa famille. Elle y a vécu des années. Musulmane, elle a tenu à écouter l’homélie de Pâques avec les résidents chrétiens. L’un d’eux lui a demandé: 'Croyez-vous en la Résurrection’  La musulmane lui a répondu: 'oui, oui, le Christ est ressuscité. Moi, j’étais morte, dans la rue, et on m’a donné une nouvelle vie. Le Dieu de la dame [de Beit-Anya, ndlr.] ne laisse personne dans la mort’».

    En Irak, il est normal d'afficher son appartenance religieuse
    En Irak, il est normal d'afficher son appartenance religieuse @ ici, un pont près de Qaramless, dans la plaine de Ninive © Raphaël Zbinden

    En tout cas, les chrétiens ne pensent plus à «se cacher», dans ce pays où il est normal d’afficher sa foi. Mgr Michaeel raconte avec le sourire comment il a débattu un jour avec un de ses employés musulmans de l’installation d’une croix dans le quartier de Mossoul où se trouve l’évêché: «Je pensais que la croix devait faire de 1,2 m à 1,5m de haut. Quand j’ai dit ça à Mohamed, il m’a regardé d’un air contrarié. J’ai relevé: 'Est-ce que c’est trop haut ?’. Il m’a répondu: 'Non, c’est trop petit, il faut qu’elle fasse 3 ou 4 mètres, qu’elle illumine tout le quartier!»

    Permanence des problèmes

    Une amitié indéfectible s’est-elle donc tissée entre chrétiens et musulmans en Irak? Le tableau global n’est certes pas si rose. «La visite du pape a donné une image positive des chrétiens, note le Père Albert Hisham, participant à la table ronde, qui a œuvré à la communication du voyage papal. Les problèmes de tous les jours n’ont cependant pas changé», souligne le prêtre.

    Samy Raad, le chauffeur de Mgr Najeeb Michaeel, voit difficilement son avenir en Irak
    Samy Raad, le chauffeur de Mgr Najeeb Michaeel, voit difficilement son avenir en Irak @ Raphaël Zbinden

    Il déplore ainsi que le gouvernement irakien, malgré les belles paroles et les promesses qui ont suivi la visite, a complètement instrumentalisé l’événement pour ses propres intérêts. Les dirigeants n’ont jamais rien entrepris de réellement constructif pour favoriser le dialogue interreligieux. Les politiciens, et la majorité des Irakiens, restent dans une logique communautaire et clanique qui entrave la formation d’une véritable unité et solidarité nationales.

    Les chrétiens toujours inquiets

    Pour le croyant de base, la vision des choses est aussi souvent teintée de noir. Samy, le chauffeur de l’archevêque Michaeel, ne voit plus vraiment d’avenir pour lui et sa famille, à Mossoul, voire en Irak. En 2014, à l’arrivée de DAECH, il a fui à Ankawa, la banlieue chrétienne d’Erbil, avec des milliers d’autres chrétiens.

    Certes, il a des amis musulmans, qu’il côtoie notamment à l’évêché. Mais, «c’est une très petite minorité». Il confirme qu’une sourde méfiance demeure entre les communautés. Pour lui, la sécurité n’est pas suffisante à Mossoul pour revenir y vivre avec sa famille. Le pessimisme est également prégnant chez d’autres chrétiens rencontrés par cath.ch.

    Les participants de la table ronde d’Ankawa relèvent effectivement tous les embûches sur la route vers un Irak dans lequel la diversité serait réellement vécue comme une richesse. «L’élan de fraternité éveillé par la visite du pape est une petite bougie allumée dans une vaste salle obscure», admet ainsi Anwar Abada. Les personnalités irakiennes notent toutefois que c’est à partir de petites flammes que l’on allume les grands feux. (cath.ch/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Najeeb Michaeel, archevêque de Mossoul, se bat depuis plus de 30 ans pour la conservation des manuscrits anciens d'Irak © Raphaël Zbinden

    Irak: le Centre des manuscrits d’Erbil, un projet «anti-Daech»

    Le Centre de numérisation des manuscrits orientaux (CNMO), à Erbil, au Kurdistan irakien, abrite des milliers de documents d’une valeur inestimable, sauvés in extremis des griffes de Daech en 2014. Visite d’une institution qui veut consolider les racines culturelles de l’Irak contre la faucheuse de l’obscurantisme.

    «Ce sont les pièces magnifiques qui composent la grande mosaïque de l’Irak», affirme Mgr Najeeb Michaeel en présentant fièrement les enluminures d’un manuscrit syriaque du Moyen Age. L’ouvrage est l’un des nombreux trésors culturels et historiques conservés au CNMO, à Ankawa, la banlieue chrétienne d’Erbil. cath.ch a visité fin février 2022 l’institution fondée par Mgr Michaeel, en compagnie d’une délégation suisse en Irak.

    Le CNMO s'occupe également de restaurer les manuscrits
    Le CNMO s'occupe également de restaurer les manuscrits @ Raphaël Zbinden

    Les documents et les ouvrages qui s’empilent sur des étagères entières, dans le petit immeuble, sont de diverses traditions chrétiennes, mais également d’autres religions, notamment musulmane et yézidie. Pour démontrer la diversité de la collection, Mgr Michaeel ouvre une Bible hébraïque écrite en latin. Des pièces uniques remontent entre les 12e et 15e siècles. Un parchemin carolingien du 10e siècle figure même au catalogue.

    Sauvés du feu fanatique

    L’archevêque dominicain est bien conscient de la chance qu’il a de pouvoir manipuler ces manuscrits.  Ils ont en effet échappé de justesse, en 2014, à la furie obscurantiste de l’Etat islamique (EI).

    Les documents étaient alors gardés à Qaraqosh, un village chrétien à 40 minutes de voiture à l’est de Mossoul. Lorsque l’arrivée de Daech est devenue inéluctable, Mgr Michaeel a rempli deux chargements de camion vers Erbil, au Kurdistan irakien, une ville à l’époque non directement menacée par l’EI. Il est parti en emportant dans sa voiture les derniers manuscrits, quelques heures seulement avant que Daech ne prenne la localité, dans la nuit du 6 au 7 août.

    Le CNMO, à Ankawa (Kurdistan irakien), abrite une grande diversité de documents, notamment une
    Le CNMO, à Ankawa (Kurdistan irakien), abrite une grande diversité de documents, notamment une "Bible hébraïque" écrite en latin @ Raphaël Zbinden

    La population, qui fuyait les djihadistes, a été mise à contribution pour le transfert. Des ouvrages précieux ont même été confiés à des enfants. Tout a été retrouvé intact à l’arrivée. Cet épisode et le combat de Mgr Michaeel ont notamment été racontés dans le livre Sauver les livres et les hommes (Grasset, 2017).

    850 manuscrits anciens, des archives, des correspondances vieilles de plusieurs siècles, des photographies et plus de 50’000 livres ont ainsi été sauvés. Parmi eux, «Sidra», un livre de prières liturgiques en araméen, rédigé autour des 14 et 15e siècles. Le «livre sacré » de Qaraqosh a été présenté au pape François lors de sa visite en Irak, début mars 2021.

    L’éternité numérique

    Mais les manuscrits d’Ankawa sont-ils définitivement en sécurité? Le climat sec de l’Irak permet déjà de les préserver de l’humidité. Les Irakiens sont toutefois habitués à ne pas compter sur la stabilité des situations, surtout politiques. Le CNMO a donc rapidement mis en route un processus de numérisation de sa collection. Plus de 8'000 manuscrits issus de 112 collections différentes ont ainsi déjà été digitalisés.

    Une démarche commencée en 2009, dans un partenariat avec les dominicains du Minnesota. Ces derniers réalisent un travail colossal de conservation des archives de par le monde.

    Le CNMO s’est récemment doté d’un matériel de numérisation plus sophistiqué, qui permet d’accélérer et de simplifier le processus. Des avancées rendues en grande partie possible par des aides obtenues d’organisations internationales, telles que l’UNESCO ou USAID.

    Gardien de la mémoire irakienne

    Une tâche titanesque rendue possible par la détermination de Mgr Michaeel, passionné d’histoire et de culture irakiennes. La vocation lui est notamment venue de sa fonction d’archiviste, au couvent dominicain de Mossoul, en 1988. Les dominicains sont en effet, depuis le 19e siècle, les chevilles ouvrières de la conservation de la mémoire, en Irak.

    Conscient de l’importance de ces documents quelque peu négligés, il crée le Centre des manuscrits orientaux en 1990, alors qu’il n’est encore que prêtre. Il sillonnera dès lors le nord de l’Irak, mais aussi des pays voisins, pour y retrouver des documents précieux.

    "Il s’agit d’éclairer les générations futures sur la beauté de la diversité de l’Irak"

    Mgr Najeeb Michaeel

    Il a réussi à sauver des pièces inestimables de la destruction de la part de propriétaires ignorant souvent leur valeur. Après 2017, il a aussi racheté des centaines de livres pillés dans les églises par Daech, parfois vendus sur les trottoirs. Les documents, hors des collections dominicaine et bénédictine, ont été rendus à leur propriétaire légitime, après avoir été numérisés.

    Le Centre de manuscrits a dû une première fois déménager à Qaraqosh en 2007, face à l’hostilité grandissante envers les chrétiens à Mossoul. Pour son second déplacement «dans l’urgence» vers Ankawa, en 2014, la Providence semble avoir été à l’œuvre. Les dominicains avaient en effet acheté seulement trois mois auparavant le spacieux bâtiment où les manuscrits ont finalement trouvé refuge. A l’époque lieu de résidence des Prêcheurs locaux, l’immeuble a finalement été destiné à abriter le Centre.

    L’héritage de toute l’humanité

    Tout en haut du bâtiment, a été installé un atelier de restauration. Car le CNMO s’occupe non seulement de préserver «l’âme» des manuscrits, par la numérisation, mais aussi leur «enveloppe charnelle».  Lorsque l’archevêque de Mossoul y emmène la délégation suisse, une poignée de jeunes filles armées de pinceaux s’affairent à redonner leur lustre à de vieux ouvrages ou documents.

    L’équipe de spécialistes a été recrutée par les dominicains principalement parmi les près de 100'000 réfugiés chrétiens arrivés à Erbil en 2014. Ces personnes sont des professionnels qui ont perdu leur emploi dans leur exode. Mgr Michaeel tient à souligner que le groupe est composé de plusieurs confessions chrétiennes d’Irak, et que certaines unions mixtes sont survenues dans ce contexte. Le CNMO remplit donc également un rôle social et de contact interconfessionnel.

    Mgr Najeeb Michaeel a récupéré des objets de culte dans les églises détruites par DAECH
    Mgr Najeeb Michaeel a récupéré des objets de culte dans les églises détruites par DAECH @ Raphaël Zbinden

    L’institution rend service à toutes les communautés, relève Mgr Michaeel. Les étagères soutiennent de 200 à 300 manuscrits islamiques, dont des pièces rares, tels que des textes du philosophe du 12e siècle Averroès. Des académiciens musulmans sont déjà intéressés par leur étude.

    Il sera en effet bientôt possible d’effectuer des recherches sur place. «Et tout sera entièrement gratuit», souligne l’évêque dominicain. L’idée est de favoriser le plus possible l’étude et la diffusion des recherches. Les aides et partenariats dont bénéficient le CNMO rendent cette option réalisable. «Cette mémoire appartient non seulement à l’Irak, mais à toute l’humanité», martèle l’archevêque.

    La lumière de la culture contre les ténèbres de l’obscurantisme

    Il amène la délégation suisse dans une autre salle, où il garde des objets brisés ou abîmés, récupérés dans les églises détruites par l’EI. Un morceau de l’horloge de l’église du même nom, à Mossoul, un ciboire calciné, des restes de tabernacles. Il espère pouvoir un jour ouvrir un musée présentant ces objets, dédié au souvenir de ce qui s’est passé.

    Durant leur occupation de la région, de 2014 à 2017, les djihadistes ont détruit ou vendu des milliers d’œuvres culturelles ou historiques. Dans ce contexte, le combat de conservation du prêtre chaldéen avait été spécialement remarqué. Et son nom était sur une liste de personnalités à éliminer. Mgr Michaeel n’a pas été surpris de l’apprendre. Il a tout à fait conscience que pour les fondamentalistes, la culture, l’éducation et le savoir sont les principaux ennemis à abattre. «Avec ces projets, il s’agit d’éclairer les générations futures sur la beauté de la diversité de l’Irak. Cette lumière apportée par la mémoire et la connaissance de nos racines est nécessaire pour lutter contre les ténèbres de Daech». (cath.ch/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Najeeb Michaeel prie avec la délégation suisse dans la cathédrale chaldéenne de Mossoul (Irak) en ruines © Raphaël Zbinden

    Irak: les chrétiens relèvent leurs murs et leurs croix

    Pendant l’occupation de l’État islamique (EI), de 2014 à 2017, le nord de l’Irak a été largement dévasté, en particulier les villages et lieux de culte chrétiens. Si aujourd’hui beaucoup reste à redresser, l’élan de reconstruction donne aux communautés l’espoir d’une vie future dans le pays.

    «Voici ma cathédrale», lance Mgr Najeeb Michaeel. La phrase, teintée d’ironie, est lancée par l’archevêque de Mossoul face à ce qui n’a plus rien d’un lieu de culte. A l'intérieur de l’édifice, dont seuls les murs sont encore debout, quelques bougies brûlent sur un «autel» fait d’une pile de dalles. Elles n’éclairent qu’à peine l’immense espace froid et sombre. Minuscules signes d’un retour de la sacralité dans ce lieu multiplement profané.

    Entre 2014 et 2017, l’État islamique a utilisé l'édifice pour stocker des armes ou fabriquer des explosifs. Les djihadistes se sont attaqués à tout ce qui pouvait évoquer le christianisme. A l’heure actuelle, les travaux n’ont pu se limiter qu’à l’évacuation des gravats de l’intérieur de l’église. L’archevêque est cependant bien décidé à y faire revenir la vie et la lumière, autant matérielle que spirituelle.

    «Daech est là pour l’éternité»

    Il entame un Notre Père face aux bougies. La prière résonne lugubrement dans la nef poussiéreuse. Le «délivre-nous du mal» prend tout son sens en cet endroit qui porte encore l’empreinte de la malfaisance. Un grafiti en arabe, sur une paroi, dit: «Daech est là pour l’éternité».

    Des grafitis laissés par l'Etat islamique après l'occupation de la cathédrale chaldéenne de Mossoul, il est notamment dit:
    Des grafitis laissés par l'Etat islamique après l'occupation de la cathédrale chaldéenne de Mossoul, il est notamment dit: "Daech est là pour l'éternité" @ Raphaël Zbinden

    L’archevêque continue de guider sur les lieux la délégation suisse dont cath.ch fait partie. Le délabrement de l’endroit ne l’empêche pas de se projeter: «Là, il y aura du gazon, avec des fleurs», assure-t-il en parcourant ce qui fut le parvis de la cathédrale. Difficile de l’imaginer, alors que le site est recouvert de gravats. A quelques pas de là, quelqu’un a eu l’idée de faire un petit jardin, avec des fleurs artificielles. Minuscule îlot de couleur dans un océan de pierre grise. Moins dérisoire, sans doute, qu’il peut sembler.

    «Les gens ne veulent plus suivre les règles moyenâgeuses prônées par les extrémistes"

    Mgr Najeeb Michaeel

    La cathédrale chaldéenne fait partie d’un vaste complexe surnommé le «Vatican de Mossoul», où sont regroupées les églises des diverses confessions chrétiennes d’Irak. Les bâtiments ont été détruits à la fois par les islamistes et par les combats. L’endroit a subi de plein fouet les bombardements qui ont accompagné la libération de la ville par l’armée irakienne, d’octobre 2016 à juillet 2017. Les djihadistes ont utilisé les églises pour toutes sortes d’activités. D’une part parce qu’ils pensaient que les Occidentaux ne les bombarderaient pas et d’autre part parce que leurs murs épais leur offraient une protection efficace.

    Une reconstruction financée par les Emirats

    L’archevêque de Mossoul emmène ensuite le groupe vers la tribune où le pape François a prononcé un discours, le 7 mars 2021. Le pontife y avait versé des larmes en contemplant les outrages commis contre ces si anciens et vénérables bâtiments. La tribune, restée en place, avait symboliquement été placée à l’endroit-même où les sbires de l’État islamique (EI) fouettaient les musulmans de Mossoul qui n’adhéraient pas totalement à leurs idées.

    Un jardin de fleurs artificielles dans les ruines du
    Un jardin de fleurs artificielles dans les ruines du "Vatican de Mossoul" (Irak) @ Raphaël Zbinden

    Si la reconstruction, dans la cathédrale chaldéenne, débute à peine, dans d’autres parties du «Vatican» irakien, les travaux sont plus avancés. L’église syriaque catholique Al-Tahira présente encore des stigmates de la guerre. Des murs et des sols criblés d’impacts laissent imaginer la violence des combats. Des tréteaux et des échafaudages marquent les zones où les travaux sont en cours.  Des pancartes informent sur le projet de reconstruction. Elles apprennent notamment que le chantier est partiellement financé par le gouvernement des Émirats arabes unis.

    Un État musulman qui finance la reconstruction d’églises? Pour Mgr Michaeel, c’est un signe supplémentaire qu’un nouveau paradigme s’est créé après la défaite de Daech. «On assiste à la création de nouvelles relations et collaborations entre les religions.» Une évolution générale dans le monde arabe? L’archevêque ne peut le dire. Ce qu’il sait, c’est qu’à Mossoul, la population veut tirer un trait définitif sur l’épisode djihadiste. «Les gens ne veulent plus suivre les règles moyenâgeuses prônées par les extrémistes, ils veulent vivre, faire la fête, écouter de la musique».

    Mossoul mise sur la paix

    Dans la ville sur le Tigre, l’ambiance a changé ces dernières années, en comparaison des dernières décennies. Suite à l’invasion américaine, en 2003, Al Qaïda et ses groupes affiliés avaient réussi à semer la discorde et la méfiance entre les communautés. Un climat délétère qui s’était notamment manifesté par des attaques contre les chrétiens. Mais la domination brutale de Daech a agi comme un électrochoc. Installant paradoxalement une ère de tranquillité et de recherche de paix. «Depuis la libération de la ville, aucune balle, aucune bombe, aucun kidnapping», note Mgr Michaeel.

    L'église des Saints-Pierre-et-Paul, à Tel Kaif (Irak), a été gravement endommagée par l'Etat islamique
    L'église des Saints-Pierre-et-Paul, à Tel Kaif (Irak), a été gravement endommagée par l'Etat islamique @ Raphaël Zbinden

    Une sécurité qui reste évidemment relative. Tout le monde sait que Daech n’a pas complètement quitté les lieux et que des cellules dormantes sont encore là. La délégation suisse n’aurait ainsi pas pu réaliser ces visites sans une escorte de la police.

    Le royaume des oiseaux

    Après Mossoul, le groupe de visiteurs se rend dans les villages de la Plaine de Ninive, occupés pendant trois ans par l’État islamique. Le premier est Tel Kaif, à une quinzaine de kilomètres au nord de la métropole. Cette bourgade qui abrite une forte minorité chrétienne est tombée peu de temps après Mossoul. Beaucoup de chrétiens de la ville y avaient trouvé refuge, avant de devoir partir plus loin face à l’avancée des djihadistes. La camionnette doit se faufiler par des rues étroites et cahoteuses pour arriver au centre du village, où sont regroupées trois églises chaldéennes.

    Deux ont subi de fortes déprédations; Les islamistes les utilisaient pour fabriquer des voitures piégées. Dans l’église des Saints-Pierre-et-Paul, la fresque de la sainte cène qui trônait au-dessus de l’autel a été détruite à l’arme automatique. L’endroit est à présent le royaume des oiseaux, dont les fientes parsèment abondamment tout l’espace du chœur. La troisième église a maintenant été restaurée et accueille des célébrations. Les rénovations sont soutenues par la diaspora chrétienne de Detroit, aux États-Unis.

    Des besoins immenses

    Dans la Plaine de Ninive, entre des paysages de collines arides et d’étendues herbeuses, où pointent parfois les ruines d’une maison, la camionnette doit s’arrêter à de nombreux checkpoints. Signe d’un climat toujours sous tension. Dans les divers villages, les travaux de reconstruction sont plus ou moins avancés, suivant les dommages subis.

    En fin d’après-midi, le groupe parvient à Betnaya. La localité est connue pour avoir été la plus touchée pendant la guerre. Ce village de 5'000 à 6'000 habitants a été détruit à 80%. Dans les faubourgs, la dévastation est encore bien visible.

    Dans le centre, l’ambiance est laborieuse. Des pelleteuses déblaient les ruines, des camions-bennes repartent remplis de gravats. La reconstruction bat son plein. Les responsables du village sont fiers de présenter l’avancement des travaux. Près de 370 maisons ont été reconstruites. Elles ne sont pour l’instant pas habitées, les familles qui doivent revenir étant encore dans les localités où elles ont fui, à Ankawa (la banlieue chrétienne d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien), Tel Eskof ou Alqosh (plaine de Ninive). Les infrastructures d’eau et d’électricité ont été pour la plupart rétablies.

    Les travaux de restauration de l'église de Betnaya (Irak) vont bon train
    Les travaux de restauration de l'église de Betnaya (Irak) vont bon train @ Raphaël Zbinden

    Le financement vient principalement des organisations occidentales et de la diaspora. Mais les besoins sont immenses et des fonds encore considérables seraient nécessaires pour parachever les travaux, note Razi, le responsable de la reconstruction.

    Assurer le retour

    Le chantier de l’église de Betnaya avance à grand train. Mais pourquoi mettre autant d’énergie dans ces travaux, alors que d’autres infrastructures vitales font encore défaut? C’est que l’église, pour les chrétiens d’Irak, est bien plus qu’un lieu de culte, «c’est le centre de la communauté», assure Razi. «Les églises sont aussi le symbole de notre identité, mise à mal par Daech».

    Dans ce contexte, leur reconstruction figure donc au rang des priorités. Car le but ultime est que les familles qui ont fui à l’arrivée de l’EI se sentent assez en confiance pour revenir vivre dans le village et y rester. Une gageure, alors que de nombreux chrétiens ont déjà choisi l’exil et que beaucoup d’autres lorgnent vers l’étranger. Rebâtir les maisons est un premier pas nécessaire. «Mais, pour assurer le retour et l’envie de rester, il faut offrir aux personnes et surtout aux jeunes des perspectives d’avenir», note le responsable des travaux. Le taux de chômage très élevé reste le principal problème dans la région.

    Le sanctuaire de Ste-Barbe, près de Karamles (Irak) a été très vite rebâti
    Le sanctuaire de Ste-Barbe, près de Karamles (Irak) a été très vite rebâti @ Raphaël Zbinden

    Behnam est en train de travailler dans l’église lors de la visite de la délégation. Le jeune chrétien de 28 ans tient à participer à l’effort de reconstruction. Lui, ne pense pas à l’émigration. «C’est notre pays, si nous partons, nous le perdons».

    La foi, pierre angulaire de la reconstruction

    La dernière visite de la journée est pour le sanctuaire de Sainte-Barbe, près de Karamles. Il est construit sur les lieux présumés du martyre de la chrétienne, au 4e siècle. Les lieux sont flambants neufs. Le sanctuaire a été reconstruit très rapidement après la fuite de Daech. Les djihadistes avaient creusé tout un réseau de tunnels dans la zone. Les bâtiments ont été en conséquence lourdement bombardés par les avions de la coalition. Le tombeau de sainte Barbe, détruit par les islamistes, a été entièrement reconstitué. «Les travaux ont été rapides, parce que c’est un symbole important», souligne Mgr Michaeel.

    Lorsque le groupe repart, la nuit est tombée sur la plaine. Le grand crucifix lumineux qui surmonte le complexe doit être visible de très loin. «C’est la première chose qui a été remise en place», souligne l’archevêque de Mossoul. En Irak, aucun chrétien ne conçoit de relever les murs sans d’abord relever les croix. (cath.ch/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Saker Zakeriye, responsable du musée Beituna, à Mossoul (Irak), croit à la richesse de la diversité © Raphaël Zbinden

    Les Irakiens veulent dépasser les «années noires»

    Face à la situation socio-économique difficile en Irak, des citoyens de diverses communautés s’organisent pour l’avenir du pays et le vivre-ensemble. Des chrétiens s’engagent notamment pour la résilience de la population blessée par les «années noires» de l’occupation djihadiste.

    Sara* n’a jamais pu oublier le bombardement de sa maison. Lors de cet événement de la guerre qui a opposé le groupe Etat islamique (EI) à l’armée irakienne, entre 2014 et 2017, elle et sa famille n’ont pas été atteints physiquement. Mais les blessures psychiques étaient profondes. La musulmane d’une soixantaine d’années s’est réfugiée avec sa famille à Souleimaniyé, dans le Kurdistan irakien. Elle s’y est inscrite au programme de traitement des personnes traumatisées proposée par la Communauté Al-Khalil, fondée par l’Église chaldéenne locale. «Maintenant, Sara* se sent pleinement en phase avec sa vie», assure Sœur Yosé Höhne Sparborth, responsable du programme. La religieuse néerlandaise voit dans le cas de la sexagénaire l’une de ses principales «happy ending stories».

    Refuge de chrétiens

    Elle explique à cath.ch, en visite à Souleimaniyé avec une délégation suisse, comment «beaucoup de personnes se sont reconstruites», dans la salle en sous-bassement du monastère de Deir Maryam (Vierge Marie) Al-Adhra, où se déroulent les séances.

    La participation est majoritairement féminine. «Ici, les hommes sont réticents face aux approches psychologiques», assure Sœur Yosé. Les personnes accueillies sont notamment des réfugiés chrétiens ayant fui la Plaine de Ninive face à l’avancée des djihadistes, en 2014. Ils sont souvent marqués par le déracinement et les angoisses liées au départ précipité. Certains étaient encore en pyjama quand ils ont dû quitter leur maison.

    (à g.) Ayman Aziz, vicaire de la paroisse chaldéenne de Souleimaniyé (Irak), et le prêtre suisse Jens Petzold
    (à g.) Ayman Aziz, vicaire de la paroisse chaldéenne de Souleimaniyé (Irak), et le prêtre suisse Jens Petzold @ Raphaël Zbinden

    Des dizaines de milliers de chrétiens sont arrivés dans un temps très court à Souleimaniyé. Les habitants, et en particulier la communauté chrétienne locale, s’est mobilisée pour les héberger. Près de 350 personnes ont vécu pendant environ un an, avec quelques mètres carrés d’espace, dans la maison de paroisse locale. Le prêtre suisse Jens Petzold, responsable de la paroisse et de la communauté Al-Khalil, se souvient d’une période très intense. «Pendant des jours, nous avons travaillé 24 heures sur 24», assure le religieux lié au monastère de Mar Moussa, en Syrie. Beaucoup de réfugiés chrétiens sont encore aujourd’hui à Souleimaniyé.

    Sortir de la violence

    Le prêtre Jens Petzold dirige la communauté Al-Khalil, à Souleimaniyé (Irak)
    Le prêtre Jens Petzold dirige la communauté Al-Khalil, à Souleimaniyé (Irak) @ Raphaël Zbinden

    La constatation des nombreux traumatismes chez les arrivants avait décidé l’évêque de Kirkouk, Mgr Yousef Thomas Mirkis, à mettre en place un programme d’aide psychologique. Sœur Yosé l’a élaboré avec des connaissances acquises dans d’autres parties du monde au contexte difficile, notamment en Amérique Centrale. La méthode se base principalement sur la localisation physique de la souffrance psychique, son évacuation, et la reconnexion à son identité profonde, grâce à des techniques de visualisation.

    Le complexe de Deir Maryam Al-Adhra, dans la vieille ville de Souleimaniyé, accueille ainsi toutes les religions et communautés locales. Les traumatismes liés aux violences armées ne sont cependant pas la majorité des cas. Beaucoup de femmes viennent dans le cadre de violences domestiques, un fléau qui touche tout l’Irak, et qui a encore augmenté depuis la pandémie de coronavirus. Sœur Yosé a aussi accompagné quelques femmes yézidies. Même si, contrairement à beaucoup d’autres femmes de ce peuple, elles ont pu éviter d’être prises par Daech, elles portaient tout de même en elles de profonds traumatismes. «Les Yézidis souffrent depuis des siècles, tout le monde souffre en Irak», note la religieuse néerlandaise.

    Aider les jeunes

    A Souleimaniyé, la détresse n’est en effet pas moins grande que dans le reste de l’Irak, et le besoin d’aide est immense. Le taux de chômage s’élève à 30%, bien au-dessus chez les jeunes. La communauté Al-Khalil aide ces derniers à optimiser leurs chances sur le marché du travail. Lorsque la délégation visite Deir Maryam, le lieu fourmille effectivement de jeunes occupés à jouer ou à étudier. Sur les terrasses du monastère, des pièces supplémentaires ont été construites pour des cours de langues ou d’informatique. Des formations sont aussi offertes aux Yézidis du camp de déplacés de Kanakawa, à une vingtaine de kilomètres de Souleimaniyé.

    En 2014, plus de 350 réfugiés chrétiens ont été accueillis dans la
    En 2014, plus de 350 réfugiés chrétiens ont été accueillis dans la "salle rouge" de la maison de paroisse de Souleimaniyé (Irak) @ Raphaël Zbinden

    Deir Maryam al-Adhra est ainsi également dédié au dialogue interreligieux. Jens Petzold montre au groupe «l’espace culturel» en construction, comprenant une bibliothèque de recherches trans-religieuses et une salle de 200 places pour des rencontres interculturelles. Un petit théâtre multi-ethnique, multilingue et multi-religieux a été lancé, ainsi qu’un groupe de musique. «Il est primordial d’aider ces jeunes, qui représentent l’avenir du pays (ils constituent près de 65% de la population irakienne)», souligne le Père Jens.

    Au secours des plus faibles

    Mais, le diocèse chaldéen de Kirkouk s’efforce aussi d’aider les plus vulnérables de la société. Parmi eux, les personnes âgées et les enfants handicapés. Le moine originaire du canton de Zurich emmène le groupe vers les hauts de Souleimaniyé, où s’érige un nouvel institut destiné à accueillir les personnes atteintes par Alzheimer et les enfants touchés par l’autisme, notamment.

    "Les anciennes mentalités et pratiques n’ont amené que douleur et désespoir"

    Mourad*

    L’immeuble flambant neuf et bénéficiant d’une infrastructure des plus modernes a accueilli en mars 2022 les premiers patients. «Il nous a semblé important d’avoir un endroit où les personnes autistes puissent être prises en charge, indique Jens Petzold. Ce trouble est encore tabou dans la société et ces enfants ont tendance à être mis à l’écart. Le lieu sera aussi l’occasion de renseigner des familles ayant peu accès à l’éducation sur les meilleures façons de s’occuper des enfants différents.» Les troubles autistiques ont sensiblement augmenté ces dernières années, au Kurdistan. Un phénomène en partie dû aux situations de guerre successives, estime le prêtre suisse.

    Retrouver la tradition de coexistence

    Si la jeunesse irakienne est partout durement éprouvée, elle est cependant également pleine de ressources et déterminée à prendre en main son destin. Les jeunes du pays ont en particulier été à l’origine du plus grand mouvement social des dernières années, en octobre 2019, quand ils ont manifesté massivement dans les grandes villes du pays contre la corruption des élites et l’impéritie du gouvernement.

    L'institut pour enfants autistes et personnes âgées fondé par le diocèse de Kirkouk, à Souleimaniyé (Irak)
    L'institut pour enfants autistes et personnes âgées fondé par le diocèse de Kirkouk, à Souleimaniyé (Irak) @ Raphaël Zbinden

    Des jeunes se sont organisés depuis quelques années pour tenter de concrétiser ce changement désiré. C’est le cas des membres de l’association Beituna (notre maison), à Mossoul. Ce groupe de jeunes interreligieux a fondé dans la vieille ville un musée présentant le patrimoine culturel de la cité sur le Tigre. L’institution, visitée par le président français Emmanuel Macron en août 2021, est sise dans un bâtiment ancien et pittoresque, typique de la région. Un trou dans le plafond laissé par un obus a été volontairement conservé. Témoignage des destructions subies par la ville lors de sa libération de l’EI, en 2017.

    A travers le musée, Beituna promeut la tradition de coexistence pacifique de la cité. Mossoul a en effet abrité en bonne entente pendant des siècles de nombreuses communautés. Les objets et photographies exposées rappellent ce passé que Daech et Al-Qaïda ont tenté d’occulter.

    Le musée fondé par l'association Beituna, à Mossoul (Irak), regroupe d'anciens objets des diverses traditions religieuses de la ville
    Le musée fondé par l'association Beituna, à Mossoul (Irak), regroupe d'anciens objets des diverses traditions religieuses de la ville @ Raphaël Zbinden

    Un combat pour la culture et la mémoire qui a longtemps été très difficile. Saker Zakeriye, le responsable du musée, explique avoir été menacé et avoir dû s’exiler. Aujourd’hui, même si le danger est toujours présent, il confirme que la situation est beaucoup plus sûre et que les habitants prennent de plus en plus conscience de l’impasse que représente l’intransigeance et le fondamentalisme.

    Futur partagé

    A Qaraqosh, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Mossoul, cath.ch rencontre des responsables du groupe Al-Amal (l’espoir, en arabe), dans un restaurant. Une douzaine de Jeunes filles et de garçons habillés à l’occidentale, souriants et au dynamisme manifeste. L’association rassemble elle aussi des jeunes de plusieurs religions. Ils travaillent sur un projet précis, dénommé «le futur partagé», qui agit dans plusieurs domaines, tels que les droits humains ou la valorisation des femmes. Les projets dans la plaine de Ninive, sont réalisés en communs avec des organisations telles qu’USAID ou Caritas. Il s’agit principalement de donner aux jeunes un pouvoir économique, et de tisser des liens entre les communautés. Des cours de nouvelles technologies, de langues ou encore du coaching personnel sont proposés aux jeunes, notamment aux filles, pour renforcer leur indépendance.

    Désir de rester

    Des jeunes pleins d’espérance pour leur futur, mais qui restent malgré tout réalistes. Ils sont bien conscients des défis que doit affronter l’Irak. Leur point commun est de ne pas croire en la capacité des élites actuelles à améliorer leur avenir.

    L'association Al-Amal regroupe des jeunes de diverses religions de l'Irak
    L'association Al-Amal regroupe des jeunes de diverses religions de l'Irak @ Raphaël Zbinden

    Mais si la situation socio-économique en incite beaucoup à l’émigration, la volonté de rester gagne également du terrain. «L’épisode de Daech a eu des effets inattendus, raconte Mourad*, qui habite la campagne, dans la région de Qaraqosh. Quand les chrétiens ont fui, les musulmans se sont rendus compte des avantages de cette diversité perdue. Les chrétiens qui sont revenus ont également un plus grand sentiment d’appartenance à cette terre et un désir de rester».

    "L’identité irakienne peut être basée sur la diversité, si celle-ci est acceptée et vécue comme une richesse"

    Saker Zakeriye

    Ayman Aziz, vicaire dans la paroisse de Souleimaniyé, constate lui-aussi un rapprochement entre jeunes de diverses communautés. Un effet de la visite du pape François dans le pays, l’an passé? «Le pape a certes encouragé le vivre-ensemble, mais le principal moteur de ces mouvements dans la jeunesse est le ras-le-bol, la constatation que les anciennes mentalités et pratiques n’ont amené que douleur et désespoir».

    Des racines humaines

    Soeur Yosé propose des séances aux personnes souffrant de traumatismes, dans la région de Souleimaniyé (Irak)
    Soeur Yosé propose des séances aux personnes souffrant de traumatismes, dans la région de Souleimaniyé (Irak) @ Raphaël Zbinden

    Myassar Behnam, prêtre rédemptoriste qui s’occupe des jeunes à Bagdad, fait le même constat de souffrance dans la jeunesse de la capitale. Venu trouver la délégation suisse à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, il relève le manque de perspectives qui jette souvent les jeunes dans la criminalité ou la drogue. L’Eglise chaldéenne locale n’a pas les moyens de les aider matériellement. Elle ne peut que les sensibiliser sur le mal et les sources de malheur. Certains jeunes choisissent aussi de rejoindre les milices des communautés auxquelles ils appartiennent, ce qui renforce le sectarisme. «La mentalité clanique est une autre plaie ouverte de notre société», note le prêtre.

    Dans le musée de Mossoul, Saker Zakariye montre une petite menorah, rappelant qu’il y a également eu une présence juive dans la ville. «Les Irakiens n’ont pas besoin d’effacer leurs appartenances, assure-t-il. L’identité irakienne peut être basée sur la diversité, si celle-ci est acceptée et vécue comme une richesse.»

    A Souleimaniyé, Sœur Yosé n’accompagne pas des chiites, des sunnites, des Kurdes ou des chrétiens, mais seulement des personnes. Sans nier les appartenances culturelles, elle fonde sa théorie sur le tronc de conscience commun à toute l’humanité. Ce n’est pas un hasard si elle demande aux personnes traumatisées de se représenter en arbres solidement ancrés au sol. «Les personnes ne peuvent se reconstruire complètement qu’ainsi, explique la religieuse, en retrouvant leurs véritables racines». (cath.ch/rz)

    *prénoms fictifs

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Yousif Thomas Mirkis, archevêque de Kirkouk (Irak), accueille la délégation suisse au Babel College © Raphaël Zbinden

    Entre la Suisse et l’Irak, des 'ponts’ renforcés

    Consolider les liens spirituels, culturels et académiques entre la Suisse et l’Irak. Tel a été le but d’une délégation de représentants de Suisse romande proches de l’Eglise catholique récemment partis à la rencontre des chrétiens d’Irak.

    Après les épisodes de Daech et du Covid, Ashna* s’est retrouvée sans revenus. La jeune Irakienne n’avait pas les 2'000 dollars nécessaires pour relancer sa petite activité d’artisanat d’objets de maison. Une somme qu’a pu lui allouer l’association Basmat-al-Qarib, lui permettant d’acheter le matériel nécessaire pour recommencer à travailler. «Aujourd’hui, elle n’a plus besoin de nous», se réjouit Lusia Shammas, la fondatrice de l’association d’aide à l’Irak, basée en Suisse.

    Lusia Shammas a fondé en 2004 l'association d'aide à l'Irak Basmat-al-Qarib
    Lusia Shammas a fondé en 2004 l'association d'aide à l'Irak Basmat-al-Qarib @ Raphaël Zbinden

    L’agente pastorale helvético-irakienne résidant dans le canton de Vaud faisait partie de la délégation romande partie à la rencontre des chrétiens du nord de l’Irak, fin février 2022, que cath.ch a accompagnée.

    Reconstruire 'l'individu irakien'

    Après quelques années sans avoir pu se rendre dans son pays d’origine, pour cause de situation sanitaire, la native de Zakho, dans le nord de l’Irak, a renoué les contacts avec les partenaires sur place de Basmat-al-Qarib. L’association fondée en 2004 se veut un pont entre la Suisse et le pays du Moyen-Orient. Signifiant en arabe «Sourire du prochain», elle déploie des activités très diverses dans tout le pays. «Le mot d’ordre, c’est  'reconstruire l’individu irakien’», relève Lusia. «Pour les bâtiments, d’autres associations s’en occupent», souligne-t-elle avec le sourire.

    "Soutenir la femme, c'est soutenir l'Irak"

    Lusia Shammas

    A l’exemple de l’aide apportée à Ashna*, Basmat-al-Qarib accompagne les personnes vers leur indépendance. Les projets se concentrent naturellement sur les femmes. «Si on soutient la femme, on soutient la famille, et la famille c’est l’Irak», explique Lusia.

    Les femmes sont en effet un pivot central de la société irakienne. En particulier après les guerres dont a souffert le pays durant les dernières décennies, desquelles de nombreux hommes ne sont pas revenus. Les programmes visant à permettre un accès à l’éducation pour les femmes, mais aussi les enfants, sont donc au cœur de l’action de l’association basée en Suisse.

    Informer en Suisse

    Basmat-al-Qarib soutient aussi des projets en faveur des personnes traumatisées et pour la coexistence. Les partenaires en Irak sont les communautés religieuses, particulièrement actives dans l’aide aux plus démunis, et les ONG. L’association collabore notamment étroitement depuis des années avec l’organisation Al-Amal, fondée par l’activiste des droits humains Hanaa Edwar. L’ONG lutte entre autres pour le développement démocratique, les droits des femmes et la tolérance intercommunautaire.

    L'Université catholique d'Erbil (Catholic University in Erbil) reçoit le soutien de l'Aide à l'Eglise en détresse (AED/ACN)
    L'Université catholique d'Erbil (Catholic University in Erbil) reçoit le soutien de l'Aide à l'Eglise en détresse (AED/ACN) @ Raphaël Zbinden

    L’organisation irakienne et l’association suisse collaborent actuellement dans un projet intitulé «Vivre ensemble», à Mossoul, la grande ville du nord de l’Irak, pour établir une confiance mutuelle entre les jeunes des diverses communautés.

    Mais Basmat-al-Qarib ne se contente pas d’aider les personnes sur place. En Suisse, elle se charge d’informer et de sensibiliser la population sur la situation en Irak. Notamment à travers des événements organisés dans des paroisses, des églises ou des sociétés dans toute la Suisse romande.

    Témoigner pour les chrétiens

    La situation de l’Eglise locale a été une préoccupation de la délégation suisse. Cette solidarité s’est notamment exprimée par la présence de l’organisation Aide à l’Eglise en détresse (AED/ACN). Le responsable pour la Suisse romande, Emmanuel French, est venu témoigner de la communion de l’Eglise universelle avec une minorité chrétienne durement éprouvée, en particulier par la guerre entre l’Etat islamique (EI) et le gouvernement irakien, de 2014 à 2017. L’AED/ACN soutient un grand nombre de projets en Irak, d’aide aux réfugiés, à l’éducation, à la santé, à la subsistance, à l’apostolat de prêtres et de religieuses, aux médias et centres sociaux chrétiens. En tout 44 projets en 2021, dont 8 de reconstructions d’églises. «La visite m’a permis de me rendre compte de la situation sur place. Et je pourrai d’autant mieux en témoigner en Suisse», explique Emmanuel French.

    Le Babel College a été la première faculté de théologie d'Irak
    Le Babel College a été la première faculté de théologie d'Irak @ Raphaël Zbinden

    Collaboration académique

    L’organisation apporte en particulier son soutien aux institutions du Babel College et de l’Université catholique d’Erbil (CUE), toutes deux situées dans la capitale du Kurdistan irakien. Deux lieux visités par la délégation suisse.

    Le Babel College a la spécificité d’être lié par une convention à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Dans le petit monde des relations helvético-irakiennes, Lusia Shammas a également été une cheville ouvrière de ce rapprochement. Celle qui a été accessoirement la première femme catholique aumônière dans l’armée suisse a été, au début des années 1990, la première femme à entrer dans ce qui était alors la première faculté de théologie en Irak.

    "Un modèle de confédération serait le plus adapté pour l'Irak"

    Lusia Shammas

    La visite de la délégation au Babel College a été l’occasion de retrouvailles chaleureuses entre Mgr Yousif Thomas Mirkis, archevêque de Kirkouk et cofondateur de l’institution, et Franz Mali, professeur de théologie et vice-recteur de l’Université de Fribourg. C’est sous l’égide de ce dernier et l’impulsion de Lusia Shammas (étudiante en master de 1997 à 2001 et par la suite doctorante - qui a intégré la Faculté de théologie de Fribourg), que la convention liant les deux institutions a été signée, en 2010.

    En lien avec l’accord, des échanges académiques, notamment d’étudiants, ont eu lieu, avant que l’invasion de Daech en 2014 et la pandémie en 2020 ne perturbent les relations. La visite de la délégation avait ainsi pour but d’amorcer une reprise de la collaboration.

    Mgr Yousif Mirkis (à g.) et Franz Mali veulent relancer la collaboration entre le Babel College (Irak) et l'Université de Fribourg
    Mgr Yousif Mirkis (à g.) et Franz Mali veulent relancer la collaboration entre le Babel College (Irak) et l'Université de Fribourg @ Raphaël Zbinden

    Mgr Mirkis et Franz Mali ont souhaité que le renouvellement du lien puisse mener à une revalorisation des études orientalistes. «Avec la montée de l’islam en Europe, les chrétiens d’Orient peuvent constituer un très bon ‘pont’ entre les cultures», a souligné l’évêque chaldéen.

    Echange de fraternité

    Si les Suisses peuvent donc apprendre des Irakiens, l’inverse est vrai également, estime Lusia Shammas. «Après la chute du régime irakien en 2003, une délégation était partie de Suisse pour présenter le système politique helvétique aux Irakiens. Un échange certainement utile, car je pense qu’au vu de l’importante diversité culturelle, linguistique et religieuse de l’Irak, un modèle de confédération serait le plus adapté pour ce pays».

    Mais au-delà des apports financiers, culturels ou intellectuels, la délégation suisse est venue chercher en Irak un souffle mutuel de fraternité humaine. Partout où le groupe est passé, un immense sentiment de reconnaissance a été palpable. Les photos de groupe, les invitations aux repas se sont multipliées. Avant le départ de la délégation, un prêtre irakien glissait ainsi une phrase plusieurs fois entendue: «Merci encore, simplement d’être venus. Notre plus beau cadeau, c’est de constater que nous ne sommes pas oubliés!» (cath.ch/rz)

    *prénom fictif

    Articles les plus lus