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    | © Flickr/Joe Hunt/CC BY 2.0

    Chine-Vatican: 2020, l'année de la confirmation?

    À l’occasion du discours au corps diplomatique prononcé le 8 février 2021 par le pape François au Vatican, I.Média revient sur cinq dossiers qui ont marqué l’année 2020 et devraient continuer à faire l’actualité en 2021.

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    Actualités

    Chine-Vatican: 2020, l'année de la confirmation? 1/5

    Accord de cessez-le-feu au Soudan du Sud signé le 12 janvier 2020 sous l’égide de la communauté Sant’Egidio, à Rome
    Actualités

    Au Soudan du Sud, le Saint-Siège déploie toute sa diplomatie 2/5

    Depuis
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    L'eau, nouveau canal diplomatique du Vatican 3/5

    Le pape François au Parlement européen à Strasbourg, en 2014
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    Le Saint-Siège, partisan du modèle européen 4/5

    Dans son message du 24 décembre 2020, spécialement consacré à la situation au Liban, le pape avait insisté sur cette dimension universelle du pays
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    Le Liban, bastion assiégé de la fraternité 5/5

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    Chine-Vatican: 2020, l'année de la confirmation? 1/5

    À l’occasion du discours au corps diplomatique prononcé le 8 février 2021 par le pape François au Vatican, I.Média revient sur cinq dossiers qui ont marqué l’année 2020 et devraient continuer à faire l’actualité en 2021. Premier dossier: la Chine, pays avec lequel le Vatican a renouvelé l’accord portant sur la nomination des évêques.

    À l’occasion de son précédent discours au corps diplomatique, prononcé en janvier 2020, le pape François avait égrené un à un, comme c’est la coutume, tous les pays du monde touchés par la misère, les injustices ou les conflits. Un pays n’avait pas été cité: la Chine.

    Un an plus tard, lors du discours au corps diplomatique de février 2021, le pape François a cette fois-ci salué le renouvellement de l’accord pastoral de 2018 sur la nomination des évêques avec Pékin. La conclusion d’un long travail silencieux – mais très commenté – de l’administration du Saint-Siège qui a marqué l’actualité tout au long de l’année 2020.

    L’année passée, la ‘question chinoise’ au Vatican semblait avoir été dictée par le mot célèbre de Léon Gambetta: «Ne jamais en parler, y penser toujours». La discrétion du pape et de son administration sur la question chinoise s’expliquait par l’arrivée à son terme en septembre 2020 de l’accord provisoire de 2018. Cet arrangement sur les nominations des évêques, désigné par les deux parties comme essentiellement «pastoral», avait permis de rétablir un canal de discussion entre Rome et Pékin. Une première depuis l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé-toung et l’expulsion du dernier nonce apostolique en 1950.

    Une victoire diplomatique contestée

    Attaché à cette stratégie d’apaisement, l’administration du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, semble s’être particulièrement investie dans le renouvellement de l’accord tout au long de l’année. Avec succès, puisque les deux États l’ont prolongé pour deux années supplémentaires le 22 septembre. Pour y parvenir, le Saint-Siège s’est cependant abstenu de tout commentaire sur la situation dans l’Empire du Milieu, le cardinal Parolin allant jusqu’à affirmer, le 21 octobre, qu’il n’y a pas de «persécutions» en Chine.

    Le silence du pape François sur la Chine, à commencer par les événements d’Hong Kong, a lui aussi été remarqué. Comme les années précédentes, son administration a été plusieurs fois décriée par le cardinal Joseph Zen, archevêque émérite d’Hong Kong, qui accuse inlassablement le Saint-Siège d’abandonner l’Église “clandestine” – celle qui ne se soumet pas au contrôle du parti communiste chinois.

    L’ingérence étasunienne

    Mais c’est surtout l’intervention de Mike Pompeo, secrétaire d’État des États-Unis, qui a le plus irrité le Vatican. Sur un site américain, il a accusé l’accord sino-vatican d’avoir «semé la confusion parmi les catholiques chinois». Au nom de la défense de la liberté de conscience, il a exhorté le pape François à attirer «l’attention du monde sur les violations des droits de l’homme» commises en Chine.

    Une intervention jugée comme une «ingérence» par le Saint-Siège, qui n’a pas souhaité y répondre. La confrontation pourrait perdurer cependant: l’administration Biden – nouveau président investi le 20 janvier 2020 – a annoncé qu’elle souhaitait poursuivre la ligne d’opposition ferme de Donald Trump contre le gouvernement de Xi Jinping.

    Les premiers fruits de l’accord ont été finalement récoltés dès l’automne : le pontife a pu participer à la nomination de deux évêques, avec la validation du régime communiste chinois. Cependant, le nombre des nominations reste faible: seulement quatre en deux ans. Néanmoins, d’autres nominations devraient avoir lieu en 2021, assure-t-on au Vatican.

    Un seul “couac”

    Quelques semaines après la signature de l’accord, le pape François a pour la première fois évoqué le cas des Ouïghours dans un livre, Un temps pour changer. Il a comparé le sort de cette ethnie musulmane résidant dans l’ouest de la Chine à celui des Rohingyas, des Yézidis et des chrétiens d’Égypte. Le gouvernement chinois a dénoncé le commentaire du pape, considérant qu’il n’avait «pas du tout de fondement factuel».

    Cette “sortie” du pontife apparaît comme le seul faux-pas dans la stratégie de diplomatie silencieuse et patiente imposée par la Secrétairerie d’État sur ce dossier qu’on dit géré personnellement par le cardinal Pietro Parolin. Depuis lors, on constate que personne au Vatican ne s’est exprimé sur le sujet.

    L’intervention du pape François lors du discours au corps diplomatique le 8 février 2021 constitue d’ailleurs un retour à la posture de négociation mise en avant jusqu’alors: «le Saint-Siège espère que le chemin parcouru se poursuivra, dans un esprit de respect et de confiance mutuelle, contribuant davantage à la solution des différends entre les parties». (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Retrouvez le deuxième volet de notre série le 12 février: Le Sud Soudan

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    Accord de cessez-le-feu au Soudan du Sud signé le 12 janvier 2020 sous l’égide de la communauté Sant’Egidio, à Rome © www.santegidio.org

    Au Soudan du Sud, le Saint-Siège déploie toute sa diplomatie 2/5

    À l’occasion du discours au corps diplomatique prononcé le 8 février 2021 par le pape François au Vatican, I.Média revient sur les cinq dossiers qui ont marqué l’année 2020 et devraient continuer à faire l’actualité en 2021. Après la Chine, nous poursuivons la série avec le Soudan du Sud.

    Le geste avait fait le tour du monde: le 11 avril 2019, lors d’une rencontre au Vatican, le pape François avait supplié les responsables du Soudan du Sud de se réconcilier, allant même jusqu’à se mettre à genoux devant eux et leur embrasser les pieds pour appuyer sa supplication de paix. Pour leur donner un horizon positif concret, il avait alors exprimé son souhait de se rendre dans le jeune pays une fois que le conflit serait réglé et que la situation serait plus stable.

    La forte implication du Saint-Siège dans ce conflit relativement peu médiatisé s’inscrit dans une longue tradition d’arbitrages et d’intermédiations propre à la diplomatie du Vatican, en particulier en Afrique. Le secrétaire d’État Pietro Parolin en a récemment donné un nouvel exemple en prenant part directement aux négociations pour la paix dans le nord du Cameroun.

    Tache complexe pour les nonces du pape

    Au Soudan du Sud, l’enlisement généralisé de la guerre civile a rendu la tâche particulièrement complexe pour les nonces du pape. En effet, depuis la fondation du pays en 2001, une faction gouvernementale et plusieurs mouvements d’opposition, rassemblés au sein du SSOMA (Alliance des mouvements d’opposition du Soudan du Sud) s’opposent dans une lutte sans merci pour le pouvoir.

    Face à ce type d’affrontements tribaux, le Saint-Siège n’hésite pas à multiplier les démarches et à s’appuyer sur ses réseaux locaux. Au Soudan du Sud, où les catholiques ne sont pas majoritaires (37,5% de la population), le Saint-Siège a mis en place une stratégie originale de diplomatie œcuménique.

    Pour faire porter le message de paix, l’Église catholique a dès lors fait appel aux anglicans et aux calvinistes écossais, très présents dans cette ancienne colonie britannique. Le 25 décembre 2019, en coopération avec l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, le pontife avait fixé un délai de cent jours aux deux parties pour qu’elles trouvent une solution, mettant une fois encore dans la balance un voyage au Soudan du Sud.

    Des progrès concrets en 2020

    L’année 2020 avait commencé sur d’excellentes bases, puisque les deux principaux opposants sud-soudanais avaient signé un accord le 12 janvier, premier pas vers une réconciliation. Paraphé à Rome au siège de la communauté Sant’Egidio – association de laïcs catholiques qui joue un rôle clé dans la diplomatie du pape François – le document engageait les deux parties à mettre fin à la guerre civile. Elles tombaient d’accord pour un cessez-le-feu dès le 15 janvier.

    Le 21 février, le président sud-soudanais avait fait un geste de plus vers la paix, annonçant depuis la capitale du pays la dissolution de son gouvernement et la nomination de l’opposant Riek Machar à un poste de vice-président dans le nouveau gouvernement. C’était une des recommandations de l’administration du pape François. Mais force est de constater que la situation n’a pas été réglée et que la pandémie a freiné les avancées jusqu’alors observées. Pire, certaines, régions semblent avoir été régulièrement sujettes à des violences.

    Ressentir “les effets de la paix”

    Résultat: le 24 décembre 2020, à la veille de Noël, le pontife a envoyé une missive co-signée par Justin Welby, archevêque de Cantorbéry et Martin Fair, Modérateur de l’Église d’Écosse, dans laquelle les chefs religieux rappelaient les engagements pris par les dirigeants sud-soudanais. «Nous avons été heureux de constater les petits progrès que vous avez accomplis», déclaraient les trois leaders religieux aux hommes politiques sud-soudanais, mais «nous savons qu’ils sont insuffisants pour que votre peuple ressente le plein effet de la paix».

    Depuis lors, la diplomatie vaticane a axé son intervention sur le plan humanitaire, tentant de sensibiliser l’opinion sur une situation peu connue du grand public. Dans son discours au corps diplomatique en 2021, le pape François a cette fois-ci mis en garde contre le risque d’une famine au Soudan du Sud et dénoncé les carences alimentaires dont souffriraient plus d’un million d’enfants dans ce pays. Il a aussi déploré que les corridors alimentaires soient souvent « entravés » et demandé une action internationale.

    Dialogue œcuménique, communication du pape, utilisation des réseaux pastoraux et d’associations laïques, sensibilisation de l’opinion publique: le Saint-Siège continue d’user de tous les leviers disponibles pour mettre fin au conflit au Soudan du Sud. Aussi faut-il s’attendre à ce que les diplomates du pape continuent leur travail de longue haleine pour la paix en 2021. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Retrouvez le troisième volet de notre série le 15 février: la diplomatie de l'eau du Saint-Siège

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    Depuis "Laudato si’" en 2015, le pape s’est exprimé à dix reprises sur la thématique de l'eau, notamment sur la pollution © Pixabay

    L'eau, nouveau canal diplomatique du Vatican 3/5

    À l’occasion du discours au corps diplomatique prononcé le 8 février 2021 par le pape François au Vatican, I.Média revient sur les cinq dossiers qui ont marqué l’année 2020 et devraient continuer à faire l’actualité en 2021. Après la Chine et le Soudan du Sud, la nouvelle diplomatie de l’eau.

    Le 30 mars dernier, la publication par le Dicastère pour le service du développement intégral d’un document, Aqua fons vitae, était globalement passée inaperçue du grand public. Pour autant, cette discrétion, qui s’explique surtout par la concomitance de la crise sanitaire, ne signifie pas que l’initiative soit restée sans fruits. Dans le sillage de l’encyclique Laudato si’, dont on a fêté le cinquième anniversaire en juin dernier, ce document qui intégrait une réflexion sur toutes les dimensions de l’eau se révèle être aussi un instrument diplomatique original.

    Si la diplomatie “traditionnelle” est le pré carré de la Secrétairerie d’État et en particulier de la seconde section de celle-ci, sous le contrôle de Mgr Paul Richard Gallagher, le soft-power du Saint-Siège peut compter depuis quelques années sur le Dicastère pour le service du développement humain intégral, le département de la Curie auquel le pape a confié la mission d’être le relais et l’amplificateur de l’ambition que porte l’Église d’un monde en paix et plus juste.

    En ce sens, la publication d’Aqua fons vitae – en plus d’offrir aux relais chrétiens locaux des moyens de s’engager sur ces questions – s’inscrit dans un travail d’influence important du Saint-Siège auprès de réseaux de diplomatie informels, par l’intermédiaire des nombreuses instances multilatérales et d’associations de la société civile. Par ailleurs, cette préoccupation n’est pas apparue sui generis mais est la condensation du magistère des derniers pontifes à propos de l’eau, et en particulier de celui du pape François.

    Un magistère pontifical sur l’eau

    Depuis Laudato si’ en 2015, le pontife argentin s’est en effet exprimé à dix reprises sur le sujet, que ce soit à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau (2019) ou pour se faire le porte-parole de diverses causes liées à l’eau, comme les conditions de vie des marins – via le réseau de l’Apostolat de la mer Stella Maris – la pollution ou encore la sécurisation des migrations maritimes.

    Cependant, c’est probablement dans son exhortation apostolique Queridia Amazonia (février 2020) – texte où la pensée du pape François épousait les méandres et affluents du grand fleuve pour se porter au plus proche des préoccupations des populations locales – que cette sensibilité thématique s’est le plus ressentie.

    Une préoccupation qui s’est traduite concrètement par une quinzaine d’actions de la diplomatie vaticane au sein des instances multilatérales des Nations unies telles que la FAO (partenaire romain privilégié du Saint-Siège) ou l’UNESCO. Le Dicastère pour le service du développement humain intégral, à l’œuvre derrière chacune de ces actions, avait d’ailleurs de grandes chances de participer à la Conférence des Nations unies sur les Océans à Lisbonne (Portugal) en 2020 et au Forum Mondial de l’eau à Dakar (Sénégal) en 2021. Malheureusement, ces événements ont tous été annulés ou repoussés en raison de la crise sanitaire.

    Une expertise vaticane

    Le Saint-Siège peut aujourd’hui faire valoir une expertise sur ce sujet de société majeur. En mai 2020, le président sénégalais Macky Sall s’était entretenu avec le pape François au téléphone, et après l’avoir invité à se rendre dans son pays, s’était réjoui de la participation du Vatican au Forum de l’Eau. «Cette invitation solennelle est une première», a rapporté à I.Média un membre du Dicastère pour le service du développement humain intégral.

    Autre signe que l’Église devient un relais important sur ce sujet: récemment, le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit humain à l’eau potable et à l’assainissement, le professeur Pedro Arrojo, a profité d’un webinar de la Commission Justice et Paix Espagne pour diffuser un appel contre la spéculation boursière sur l’eau qui a récemment débuté aux États-Unis.

    Une diplomatie fraternelle

    Parmi les mesures principales défendues par le Saint-Siège, on trouve la volonté de «renforcer la codification et la mise en œuvre – dans les conventions internationales et les législations nationales – de l’accès à l’eau potable en tant que droit humain fondamental et universel» ou la «résolution des conflits concurrentiels déloyaux dans le domaine de l’eau».

    Dans Aqua fons vitae est d’ailleurs explicitement souligné l’existence d’une «valeur de l’eau pour la paix», celle-ci étant opposé aux tentatives de privatisation des richesses liées à l’eau voire de l’eau elle-même. Cependant, le Saint-Siège défend aussi une vision “positive” de l’eau comme élément central de socialisation et de construction d’une communauté. La diplomatie de l’eau du Vatican est ainsi l’illustration de l’ambition plus vaste de sollicitude fraternelle universelle que le pape François essaye de transmettre aux nations. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Retrouvez le quatrième volet de notre série le 17 février: Le Saint-Siège, partisan du modèle européen.

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    Le pape François au Parlement européen à Strasbourg, en 2014 © Flickr/european_parliament/CC BY-NC-ND 2.0

    Le Saint-Siège, partisan du modèle européen 4/5

    À l’occasion du discours au corps diplomatique prononcé le 8 février 2021 par le pape François au Vatican, I.Média revient sur les cinq dossiers qui ont marqué l’année 2020 et devraient continuer à faire l’actualité en 2021. Après la Chine, le Soudan du Sud, et la nouvelle diplomatie de l’eau, décryptage de la politique européenne du Saint-Siège.

    En 2020, le Saint-Siège et l’Union européenne ont fêté leur 50 ans de relations diplomatiques. Depuis 1970, un nonce apostolique est en effet accrédité auprès de la communauté européenne. Une reconnaissance légitime, puisque le Vatican a toujours été un des fervents soutiens du projet européen.

    François dans cette tradition europhile. Pour contrer «les ombres d’un monde fermé», c’est au «rêve» des Pères fondateurs de l’Union européenne qu’avait spontanément pensé le chef de l’Église catholique dans son encyclique Fratelli tutti, parue en octobre dernier. Et si, déplore-t-il dans ce document, «l’histoire est en train de donner des signes de recul», c’est encore dans son «grand patrimoine culturel et religieux» qu’il considérait que l’Europe devait venir puiser pour assumer son devoir de «responsabilité fraternelle».

    L’Europe n’est plus le centre de l’Église universelle

    L’importance de l’ancienne “Chrétienté” reste prégnante pour le Saint-Siège, quand bien même le Vatican considère, à l’instar du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, qu’elle «n’est plus le centre de l’Église universelle». Malgré cela, l’Europe a encore une mission à porter, considère le pape François. Alors que le Vieux Continent luttait contre la pandémie le 14 avril 2020, le pontife avait eu ces mots lourds de responsabilité: «Aujourd’hui, l’Union européenne fait face au défi du moment dont dépendra, non seulement son avenir, mais celui du monde entier.»

    Le pape François avait à l’époque plaidé pour que ne «soit pas perdue l’occasion de donner une nouvelle preuve de solidarité», en rappelant aux origines de l’Union européenne, née du désastre de la Seconde guerre mondiale. Un souhait qu’il avait renouvelé le 29 avril, en la fête de Catherine de Sienne, patronne de l’Europe. Il avait alors prié pour l’unité de l’Europe et de l’Union européenne, condition nécessaire selon lui pour «aller de l’avant, comme frères».

    L’héritage des Pères fondateurs

    Dans cette perspective, le pape François n’a d’ailleurs pas manqué de citer l’héritage de Robert Schuman, dont le procès en canonisation est toujours en court. Le 10 mai, à la fenêtre du Palais apostolique, il avait fait de la déclaration Schuman – prononcée 70 ans auparavant – le modèle d’une reconstruction fraternelle de l’Europe après la crise du Covid-19. «Europe, retrouve-toi toi-même!», exhortait-il encore dans une lettre publiée le 27 octobre 2020, soulignant le rôle décisif qu’elle avait de par «sa conception de l’homme et de la réalité".

    Dans le sillage de son discours prononcé à Strasbourg en 2014, le pape François n’a pas manqué en 2020 de rappeler à l’Union européenne ses devoirs, à commencer par celui de l’accueil des migrants, lui demandant de trouver le «juste équilibre» entre l’accueil de l’étranger et la protection des droits de ses propres citoyens. De son côté, son administration, par le biais de ses nombreux dicastères, s’active sans relâche pour améliorer le sort des populations immigrées.

    En février 2020, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège avait ainsi déclaré que la «contribution» des migrants au développement des pays du nord de l’Europe n’avait «pas été pleinement reconnue». Il s’était dit attristé d’observer une Europe selon lui «peu consciente» et «peu active» face à la situation migratoire actuelle. Il avait aussi plaidé pour une révision du Règlement Dublin III, qui oblige le premier pays d’accueil à assumer la responsabilité d’un migrant.

    Un rôle central pour l’avenir

    Le Saint-Siège, d’un autre côté, ne cesse de mettre en avant les initiatives multilatérales de l’Union européenne, et d’épauler les tentatives de l’organisation pour «harmoniser les différences». S’appuyant constamment sur les liens diplomatiques historiques qui unissent presque tous les pays d’Europe à Rome l’administration pontificale met en avant, dès qu’elle le peut, la dimension européenne dans laquelle s’intègrent ces relations.

    Dans son discours du 8 février 2021 au corps diplomatique, c’est encore vers l’Union européenne que le pontife s’est tourné. Même s’il met en avant les périphéries depuis le début de son pontificat, le pape François semble avoir fait de l’Union européenne la clé de la «révolution copernicienne» des relations internationales qu’il entend promouvoir partout dans le monde. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Retrouvez le dernier volet de nore série le 19 février: Le Liban, bastion assiégé de la fraternité

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    Dans son message du 24 décembre 2020, spécialement consacré à la situation au Liban, le pape avait insisté sur cette dimension universelle du pays © Caritas Liban

    Le Liban, bastion assiégé de la fraternité 5/5

    À l’occasion du discours au corps diplomatique prononcé le 8 février 2021 par le pape François au Vatican, I.Média revient sur les cinq dossiers qui ont marqué l’année 2020 et devraient continuer à faire l’actualité en 2021. Après la Chine, le Soudan du Sud, la nouvelle diplomatie de l’eau, et la politique européenne du Saint-Siège, la série s'achève avec le Liban, laboratoire menacé de la fraternité.

    Il serait fastidieux de rappeler toutes les fois où le pape François a exprimé sa grande inquiétude concernant le Liban en 2020: on décompte plus d’une dizaine d’interventions – dont une journée de prière et de jeûne spéciale le 4 septembre – une attention que n’a reçue aucun autre pays dans le monde. Pour le Saint-Siège, le petit pays est de fait plus qu’une nation en crise, mais l’incarnation du «rêve de fraternité» du pape François, aujourd’hui en grave péril.

    La question migratoire

    À l’occasion de son adresse au corps diplomatique le 9 janvier 2020, le chef de l’Église catholique avait fait part de sa grande préoccupation face à la situation humanitaire du Liban. La petite enclave du Levant de 5,8 millions d’habitants accueille en effet depuis plusieurs années plus de deux millions de réfugiés, principalement originaires d’Irak et de Syrie.

    Cette question migratoire – centrale dans le pontificat de François – avait été largement abordée quelques semaines plus tard lors de la rencontre de Bari (Italie) en février 2020, qui rassemblait des évêques de l’ensemble du pourtour méditerranéen. Devant ces derniers, le pape François avait défini la Mare Nostrum comme «une région cruciale du monde parce que mer du métissage», mais aussi en tant qu’ "épicentre des lignes de rupture et de conflits».

    Dans la perspective du pontife, qui a récemment exhorté l’Église à «rentrer dans la crise», le marasme du Liban – pris dans une grave crise économique et politique, à laquelle se mêle des tensions entre les différents composants de cette société mutliculturelle – est donc devenu une catastrophe paradigmatique. Du sort du Liban, pays où de nombreux visages de l’islam et du christianisme cohabitent, dépend en partie la crédibilité de l’entreprise de pacification des conflits par le dialogue interreligieux défendue par le pape François depuis la signature du Document pour la fraternité à Abou Dabi en février 2019.

    Ce message est en effet le point nodal du magistère pontifical en 2020, consacré par la publication de l’encyclique Fratelli tutti en octobre. Cet appel à la fraternité entre les peuples et à l’amitié sociale trouve ses racines dans l’espérance d’une dialogue avec les musulmans. La “chute” du Liban, censé incarner parfaitement ces valeurs, serait dès lors un revers considérable.

    Le monde a besoin du Liban

    C’est dans cette perspective que, quelques jours après la spectaculaire explosion du port de Beyrouth, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège et bras droit du pape, avait affirmé: «Le Liban a besoin du monde, mais le monde a besoin de l’expérience unique du Liban».

    Dans son message du 24 décembre 2020, spécialement consacré à la situation au Liban, le pape avait insisté sur cette dimension universelle du pays, et prié pour que ce pays puisse continuer à diffuser «le parfum du respect, de la cohabitation et du pluralisme, celui d’un peuple qui n’abandonne pas ses maisons ni son héritage».

    La vision “prophétique” du pape François en jeu

    Plus récemment, dans son discours au corps diplomatique du 8 février 2021, le pape argentin a une nouvelle fois appelé à un engagement national et international en faveur du Liban. Selon lui, il faut défendre cette image d’un «Moyen Orient pluriel, tolérant et divers, où la présence chrétienne [peut] offrir sa contribution et ne [doit pas être] réduite à une minorité qu’il faut protéger».

    Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le pape pendant cette année marquée par la pandémie: de toute crise, on ressort «meilleur ou pire», c’est la seule alternative. C’est donc bien plus que le simple Moyen-Orient, mais la vision “prophétique” que porte toute la diplomatie “fraternelle” prônée par le pape François qui semble en quelque sorte se jouer dans le pays du Cèdre. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Le Liban, bastion assiégé de la fraternité 5/5

    19/02/2021

    Le Liban, bastion assiégé de la fraternité 5/5

    À l’occasion du discours au corps diplomatique prononcé le 8 février 2021 par le pape François au Vatican, "I.Média" revient sur les cinq dossiers qui ont marqué l’année 2020 et devraient continuer à faire l’actualité en 2021.

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