Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • DOSSIERS

    Des cardinaux assistent à la messe dans la basilique St-Pierre de Rome

    21 nouveaux cardinaux pour l'Eglise

    Le collège des cardinaux comptera dès le 30 septembre 2023 21 nouveaux membres dont «la provenance exprime l’universalité de l’Église qui continue à annoncer l’amour miséricordieux de Dieu à tous les hommes de la Terre», a annoncé le pape François lors de l’angélus du 9 juillet. L'agence I.MEDIA...

    Contenu du dossier
    Des cardinaux assistent à la messe dans la basilique St-Pierre de Rome
    Actualités

    21 nouveaux cardinaux pour l'Eglise

    Mgr Christophe Pierre est nonce apostolique aux Etats-Unis depuis 2016
    Actualités

    Le futur cardinal français Christophe Pierre, nonce et pasteur

    Saint-Maurice le 22 septembre 2017. Mgr Emil Paul Tscherrig, nonce apostolique en Italie
    Actualités

    Le futur cardinal Emil Paul Tscherrig, premier nonce suisse en Italie 

    Mgr Robert Francis Prevost a été nommé préfet du dicastère pour les Évêques en avril 2023
    Actualités

    Le futur cardinal Prevost, un missionnaire au service de la Curie

    Luis José Rueda Aparicio, un cardinal mobilisé pour la paix en Colombie
    Actualités

    Luis José Rueda Aparicio, un cardinal mobilisé pour la paix en Colombie

    Mgr Claudio Gugerotti deviendra cardinal le 30 septembre 2023
    Actualités

    Mgr Claudio Gugerotti, un cardinal spécialiste de l’Europe de l'est

    Mgr François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio, sera créé cardinal par le pape François, une première pour un pasteur de la petite île de Méditerranée
    Actualités

    Mgr Bustillo, l'évêque de Corse qui plaît au pape François

    Le patriarche Pizzaballa créé cardinal, un signe pour la Terre Sainte 
    Actualités

    Le patriarche Pizzaballa créé cardinal, un signe pour la Terre Sainte 

    Le pape François et Mgr Protase Rugambwa, en 2018, qui sera créé cardinal au prochain consistoire
    Actualités

    Brislin, Rugambwa et Mulla, ces futurs cardinaux au "style François"

    Les cardinaux vénèrent la croix
    Actualités

    Comment le pape François façonne le collège cardinalice

    Le cardinal Sebastian Francis est un artisan du dialogue interreligieux
    Actualités

    Sebastian Francis, un cardinal pour la Malaisie

    Le cardinal Ángel Fernández Artime, un successeur de Don Bosco
    Actualités

    Ángel Fernández Artime, un successeur de Don Bosco

    Mgr Agostino Marchetto, nonce apostolique, Italien, 83 ans, fait partie des nouveaux cardinaux
    Actualités

    Les trois cardinaux non-électeurs du consistoire du 30 septembre

    La notoriété internationale de Mgr Aguiar vient essentiellement de sa mission de président de la Fondation des JMJ de Lisbonne
    Actualités

    Américo Aguiar: un jeune cardinal organisateur pour le Portugal

    stephen.Brislin
    Actualités

    Stephen Brislin: un pasteur discret mais actif

    Mgr Stephen Chow., évêque de Hong Kong
    Actualités

    Stephen Chow, trait d'union entre Pékin et Rome

    Le nouveau cardinal Angel Sixto Rossi est un proche du pape François
    Actualités

    Le cardinal Ángel Sixto Rossi, un compagnon de route de François

    Mgr José Cobo Cano, a avait pris possession de sa charge d’archevêque de la capitale espagnole le 8 juillet 2023
    Actualités

    José Cobo Cano, porte-voix d'une nouvelle génération d'évêques en Espagne

    Grzegorz Ryś, un évêque polonais investi dans la nouvelle évangélisation
    Actualités

    Grzegorz Ryś, un évêque polonais investi dans la nouvelle évangélisation

    Victor Manuel Fernandez a été créé cardinal par le pape François le 30 septembre 2023
    Actualités

    Le cardinal Víctor Manuel Fernández, plume du pape François

    no_image
    Des cardinaux assistent à la messe dans la basilique St-Pierre de Rome © I.Media

    21 nouveaux cardinaux pour l'Eglise

    Le collège des cardinaux comptera dès le 30 septembre 2023 21 nouveaux membres dont «la provenance exprime l’universalité de l’Église qui continue à annoncer l’amour miséricordieux de Dieu à tous les hommes de la Terre», a annoncé le pape François lors de l’angélus du 9 juillet. L'agence I.MEDIA un portrait de chacun de ces hommes en rouge:

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Christophe Pierre est nonce apostolique aux Etats-Unis depuis 2016 © jonathunder/Wikimedia Commons

    Le futur cardinal français Christophe Pierre, nonce et pasteur

    Il aurait l’âge de prendre sa retraite – les nonces apostoliques peuvent la prendre à 70 ans – mais Mgr Christophe Pierre est toujours en mission au poste aussi prestigieux que stratégique de nonce aux États-Unis. À 77 ans, le natif de Rennes s’apprête à recevoir la barrette cardinalice, une marque de confiance et d’estime du pontife argentin pour ce diplomate qui a pris en 2016 le relais aux États-Unis de Mgr Carlo Maria Viganò, nonce qui a porté de graves accusations à l’encontre de François en 2018.

    Aîné d’une famille de six enfants, Christophe Pierre est né le 30 janvier 1946 à Rennes. Il confie se sentir «breton» mais souligne qu’il a eu «un destin différent» de ses compatriotes, puisque son père, avocat, ancien prisonnier de guerre qui s’est évadé de façon spectaculaire d’un camp d’officiers en Autriche, choisit d’émigrer à Madagascar alors qu’il a 3 ans. Ils rentrent en France après une dizaine d’années, puis repartent en Algérie où le père de famille est juge d’instruction militaire à Marrakech. Puis ils reviennent s’installer à Saint-Malo.

    Une vocation «naturelle»

    Le jeune Christophe grandit au sein d’une famille où l’Église «faisait partie du paysage.» Sa mère est une des cofondatrices de l’Action catholique en Bretagne, son père a fondé une troupe scoute… les enfants ont tout de suite été lancés dans des mouvements catholiques et dans l’apostolat. «Ma famille était l’Église, une Église ouverte», confie-t-il. C’est donc «naturellement» qu’est née sa vocation. Après avoir pensé à une voie religieuse, il intègre le séminaire à l’âge de 17 ans.

    À la fin de sa formation, son évêque lui propose la filière diplomatique du Saint-Siège. Mais il hésite beaucoup, craignant que cette carrière ne soit pas assez pastorale. Ordonné prêtre en 1970, il fait d’abord une maîtrise de théologie à l’Institut catholique de Paris, servant trois ans comme vicaire dans une paroisse du diocèse de Nanterre, où il est marqué par la congrégation des Fils de la Charité.

    Nonce en Ouganda en 1999

    Le jeune prêtre accepte finalement d’intégrer l’Académie pontificale ecclésiastique, ‘l’école des nonces’ à Rome, études qui dureront quatre ans. Il fait aussi un doctorat en Droit canon à l’Université pontificale du Latran.

    Mgr Christophe Pierre, qui n’a jamais été en poste à Rome, commence son service diplomatique au Saint-Siège en 1977. Il sera affecté dans de nombreuses nonciatures – en Nouvelle-Zélande, au Mozambique, au Zimbabwe, à Cuba, au Brésil, à l’ONU à Genève – avant d’être nommé nonce apostolique en Haïti par Jean Paul II en 1995. C’est le cardinal Angelo Sodano, alors secrétaire d’État, qui le consacre évêque le 24 septembre 1995 à Saint-Malo.

    Quatre ans plus tard, en 1999, l’archevêque est nommé nonce en Ouganda. Courant 2006, Mgr Pierre figure parmi les favoris pour occuper le poste de secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, l’équivalent d’un ministre des Affaires étrangères. Un autre Français, Mgr Dominique Mamberti, devenu cardinal, est finalement nommé. En 2013, son nom circulera aussi parmi les possibles secrétaires d’État envisagés pour le pape François.

    En mars 2007, Benoît XVI le désigne nonce au Mexique. À Mexico, le diplomate organise les voyages de Benoît XVI (2012) puis de François (2016). Le 30 mai 2016, il est décoré par le gouvernement mexicain de l’Ordre mexicain de l’Aigle aztèque.

    Nonce aux États-Unis dans une période de trouble

    Le 12 avril 2016, le pape François le nomme nonce apostolique aux États-Unis d’Amérique. Un poste délicat puisque son prédécesseur de 2011 à 2016, est devenu l’un des détracteurs du pontife argentin. Le nom de Mgr Viganò est lié au premier scandale Vatileaks de 2012, quand des lettres qu’il avait adressées à Benoît XVI sur la corruption du Vatican fuitent dans la presse. Puis en 2018, le prélat italien publie un témoignage accusant le pape François d’avoir fait du cardinal Theodore McCarrick, archevêque émérite de Washington (exclu de l’Etat clérical en 2019), un «conseiller de confiance» dans les nominations épiscopales aux États-Unis, alors que le nonce assure avoir informé le pontife du comportement inadapté du haut prélat envers des séminaristes et des sanctions qui pèsent contre lui.

    Une défense de la vie «sensible aux situations humaines»

    L’affaire entraînera la démission de Theodore McCarrick – visé par une plainte – du Collège cardinalice et sa perte de l’état clérical. Fait rare: le Saint-Siège publie intégralement en 2020 le rapport de l’enquête menée sur les mécanismes qui ont conduit à la couverture de ces abus, y compris au plus haut sommet de la hiérarchie. Durant ces années, Mgr Christophe Pierre est confronté aux États-Unis à une Église en pleine tourmente après ces révélations.

    Dans ce pays où les catholiques peuvent se déchirer entre 'progressistes’ et 'conservateurs’, le nonce français a souvent invité les évêques à œuvrer pour l’unité. Récemment, il les encourageait encore à mettre en œuvre la synodalité promue par le pape François, un thème que Mgr Christophe Pierre défend, dénonçant la tendance à «se battre pour des idées.» Le nonce prône une défense de la vie qui soit aussi «sensible aux situations humaines.»

    Pasteur «où qu’on soit»

    En juillet 2023, Mgr Pierre accompagne le cardinal Matteo Zuppi, envoyé par le pape pour une mission de paix à Washington – après des étapes à Kiev et Moscou. Il participe ainsi à la rencontre de deux heures avec le président Joe Biden.

    Au total, Mgr Pierre a vécu dans neuf pays, souvent durant de longues périodes. Nonce heureux qui se décrit comme un “ordinary guy”, il a fait de sa mission un engagement très pastoral. “Je suis en permanence au contact des personnes, des réalités humaines”, assure celui qui estime «qu’on est pasteur parce qu’on le veut, où qu’on soit.”

    Dans la liste des nouveaux cardinaux créés par François figure un compatriote de Mgr Christophe Pierre en la personne de François Bustillo, évêque d’Ajaccio. Avec eux, la France compte désormais six cardinaux électeurs: le cardinal Aveline, archevêque de Marseille, le cardinal Mamberti, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque émérite de Lyon et le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux. (cath.ch/imedia/ak/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Saint-Maurice le 22 septembre 2017. Mgr Emil Paul Tscherrig, nonce apostolique en Italie © Bernard Hallet

    Le futur cardinal Emil Paul Tscherrig, premier nonce suisse en Italie 

    Le pape François a glissé trois nonces apostoliques – ambassadeurs du Saint-Siège – dans sa liste de cardinaux qui seront créés au cours du consistoire du 30 septembre 2023. Parmi les deux nonces en activité: le Suisse Emil Paul Tscherrig, qui à 76 ans, est nonce en Italie, où il fut nommé en 2017 par le pontife, qui a collaboré avec lui à Buenos Aires. Durant ses 27 ans comme nonce apostolique, le diplomate a travaillé avec trois papes.

    Emil Paul Tscherrig est né à Unterems, dans le Haut-Valais en Suisse germanophone, le 3 février 1947. Il est inspiré dans sa vocation sacerdotale par un oncle prêtre, même si, étudiant, il éprouve de grandes difficultés à faire ce choix. C’est pendant son service militaire qu’il décide que, quitte à obéir aux ordres, il souhaite servir «le plus grand». Il est ordonné prêtre le 11 avril 1974 pour le diocèse de Sion.

    Formation à la diplomatie

    Il demande alors à son évêque d’étudier les questions morales qui agitent sa génération, mais il est finalement envoyé faire un doctorat de droit canonique à l’Université grégorienne de Rome, pour entrer au service diplomatique du Saint-Siège en 1978. Il est d’abord envoyé comme secrétaire de nonciature, entre autres en Ouganda et au Bangladesh. Il œuvre ensuite pour préparer les voyages internationaux du pape Jean-Paul II, de 1985 à 1996.

    Le diplomate reçoit son premier poste de nonce au Burundi en 1996, et est consacré évêque le 27 juin de la même année. Il est nommé ensuite dans les Caraïbes en 2000, puis en Corée du Sud et en Mongolie en 2004. En poste en Scandinavie de 2008 à 2012, il doit faire face à l’attentat d’Oslo (Norvège), qui fait 92 morts en 2011.

    La petite église d'Unterems (VS), le village dans lequel a grandi Emil Paul Tscherrig
    La petite église d'Unterems (VS), le village dans lequel a grandi Emil Paul Tscherrig @ DR

    En 2012, Benoît XVI nomme Mgr Tscherrig nonce en Argentine, où il noue de bonnes relations avec l’archevêque de Buenos-Aires de l’époque, le cardinal Jorge Mario Bergoglio. Il dira du futur pape qu’il est «doté d’une grande bonté, d’une grande profondeur de pensée et d’un grand courage». Après le conclave de 2013, au début du pontificat, le nonce Tscherrig s’implique dans le rapprochement entre la présidente argentine Kirchner et le pape François nouvellement élu.

    Premier nonce en Italie non italien

    Preuve de son estime et de sa confiance, le pape François confie à l’archevêque le poste stratégique de nonce en Italie et à Saint-Marin en 2017. Une nomination remarquée puisqu’elle met fin à «l’exception italienne»: pour la première fois depuis 1929, un nonce représentant l’État du Vatican en Italie n’est pas natif de ce pays. À ce poste, le Haut-Valaisan a notamment la mission délicate de travailler à la réforme des diocèses italiens, pour réduire leur nombre élevé (227) en les fusionnant.

    Le cardinal désigné est reconnu pour son sens pastoral. N’hésitant pas à plaider la cause des migrants dans une Italie à la population vieillissante, ou à regretter le manque de partenariat de l’Europe avec l’Afrique, il accorde régulièrement des entretiens à la presse – contrairement à d’autres confrères nonces plus silencieux.

    Avec le cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, Emil Paul Tscherrig sera le deuxième cardinal électeur suisse en cas de conclave. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Benno Tscherrig est fier de son frère futur cardinal

    14/07/2023

    Benno Tscherrig est fier de son frère futur cardinal

    Le futur cardinal valaisan, le nonce apostolique Emil Paul Tscherrig a gardé des liens forts avec sa famille et son village natal d’Unterems. Kath.ch a rencontré son frère Benno qui exprime la fierté de ses proches après l’annonce de sa nomination.

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Robert Francis Prevost a été nommé préfet du dicastère pour les Évêques en avril 2023 © Vatican Media

    Le futur cardinal Prevost, un missionnaire au service de la Curie

    Mgr Robert Francis Prevost, religieux augustinien de 68 ans et de nationalité américaine, sera créé cardinal le 30 septembre 2023, exactement huit mois après avoir été nommé préfet du dicastère pour les Évêques. Le pape François avait créé la surprise en choisissant l’évêque de Chiclayo, au Pérou, pour prendre la tête de ce puissant dicastère chargé de sélectionner les évêques des territoires de chrétienté historique.

    Né à Chicago le 14 septembre 1955, Mgr Robert Francis Prevost est issu d’une famille d’ascendance française, italienne et espagnole. Formé en mathématiques et en philosophie à l’université de Villanova à Philadelphie, il est entré en 1977 en noviciat chez les augustiniens, où il a prononcé ses vœux quatre ans plus tard, avant de recevoir l’ordination sacerdotale en 1982 à Rome des mains de Mgr Jean Jadot (1909-2009), alors pro-président du secrétariat pour les non-chrétiens, et perçu comme une figure 'progressiste’ au sein de la Curie. Cet archevêque de nationalité belge fut délégué apostolique aux États-Unis de 1973 à 1980, à une époque où la nonciature n’existait pas encore en raison de l’absence de relations diplomatiques formelles entre Washington et le Saint-Siège.

    Robert Francis Prevost a ensuite obtenu en 1987 un doctorat en droit canonique à l’Angelicum (Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin) avec une thèse sur le rôle du prieur local de l’Ordre de Saint-Augustin. Tout en préparant sa thèse, il vivra par ailleurs une première expérience missionnaire au Pérou en 1985 et 1986, en tant que chancelier du diocèse de Chulucanas et vicaire de la cathédrale.

    Après un retour de quelques mois dans son Illinois natal comme responsable de la pastorale des vocations et directeur des missions pour sa province, il est retourné au Pérou en 1988 pour 11 années durant lesquelles il a cumulé de nombreuses missions dans l’archidiocèse de Trujillo: il a notamment fondé une paroisse dont il fut le premier curé jusqu’en 1999, et il a aussi été prieur de sa communauté, juge ecclésiastique, directeur du séminaire augustinien, ou encore préfet des études et recteur du séminaire diocésain, où il a enseigné le droit canonique, la patristique et la morale.

    Élu provincial pour sa région d’origine couvrant le Midwest américain, il est retourné à Chicago en 1999. Le Père Prevost a ensuite été élu prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin, une charge qu’il a exercé durant deux mandats de six ans, de 2001 à 2013. Après une année de transition comme directeur de la formation au couvent de Saint-Augustin à Chicago, premier conseiller et vicaire provincial, il a été appelé à l’épiscopat par le pape François en novembre 2014, retournant ainsi dans son ancien pays de mission.

    Un évêque missionnaire dans un Pérou instable

    D’abord administrateur apostolique du diocèse de Chiclayo, il en est devenu en septembre 2015 évêque de plein droit. Selon l’édition 2022 de l’Annuaire pontifical, ce diocèse situé au nord du Pérou compte 90 prêtres incardinés, pour une population totale de 1,3 millions d’habitants, parmi lesquels 83% de catholiques. Mgr Prevost a par ailleurs exercé la charge d’administrateur apostolique du diocèse de Callao, le grand port sur le Pacifique, de 2020 à 2021.

    Au sein de la conférence des évêques du Pérou, Mgr Prevost a occupé la fonction de vice-président et donc membre du conseil permanent de 2018 à 2023 et de président de la commission pour l’éducation et la culture de 2019 à 2023.

    Les évêques du Pérou  ont joué un rôle important de stabilité institutionnelle durant les crises politiques successives qui ont mené aux renversements successifs des présidents Pedro Pablo Kuczynski en 2018, Martín Vizcarra et Manuel Merino en 2020, et Pedro Castillo en 2022. Quelques jours avant sa chute et son arrestation, ce dernier, issu de la gauche radicale, fut reçu par le président de la conférence épiscopale et par Mgr Prevost, afin de trouver une solution pacifique «dans ce moment très difficile de la vie démocratique péruvienne», avaient alors souligné les évêques, qui avaient eu jusqu’alors des relations difficiles avec son administration.

    Au sein de l’épiscopat latino-américain, les ressortissants des États-Unis sont rares. La conférence épiscopale du Pérou compte cependant un autre Américain: il s’agit de Mgr Arthur Colgan, religieux de l’Ordre de la Sainte-Croix, qui est évêque auxiliaire de Chosica depuis 2015.

    Le Pérou, un pays relativement petit à l’échelle de l’Amérique latine mais néanmoins grand comme deux fois la France, a reçu la visite du pape François en janvier 2018: ce voyage lui a donc permis de rencontrer et de repérer Mgr Prevost, qu’il a reçu en audience privée en 2021.

    Un profil missionnaire original au sein du dicastère pour les Évêques

    Depuis plusieurs années, Mgr Robert Prevost faisait l’objet de spéculations sur une imminente promotion curiale car il était membre du dicastère pour le Clergé depuis juillet 2019, et du dicastère pour les Évêques depuis le 21 novembre 2020: ces nominations discrètes peuvent parfois constituer une premier indice en vue d’une prise de responsabilité au sein de la Curie romaine.

    En prenant la succession effective du cardinal Ouellet le 12 avril 2023, il est devenu le premier évêque missionnaire à l’extérieur de son pays d’origine à être nommé à la tête de ce dicastère stratégique, chargé de sélectionner les évêques des diocèses des pays de ‘chrétienté ancienne’, essentiellement situés dans l’hémisphère Nord. Les terres de mission demeurent sous la juridiction du dicastère pour l’Évangélisation, l’ex-congrégation pour l’Évangélisation des peuples.

    Cependant, des évêques venus des pays de l’hémisphère Sud ont parfois occupé la charge de préfet du dicastère pour les évêques : ce fut notamment le cas du cardinal béninois Bernardin Gantin de 1984 à 1998 et de son successeur, le cardinal brésilien Lucas Moreira Neves, de 1998 à 2000.

    Durant ses premiers mois de mandat, Mgr Prevost, resté relativement discret dans les médias, a été apprécié par sa qualité d’écoute et sa maîtrise des dossiers. Un évêque français l’ayant rencontré deux mois après sa prise de poste salue ainsi ses «questions judicieuses» et son esprit de synthèse, soulignant que ce premier contact lui avait laissé une «bonne impression».

    Critiques sur sa conduite dans une affaire d’abus

    Ses deux années à la tête de la province augustinienne Notre-Dame-du Bon Conseil (1999-2001) ont fait l’objet, 20 ans plus tard, de vives critiques de la presse américaine en raison de son attitude dans une affaire d’abus sexuels sur mineurs impliquant un membre de sa congrégation. En tant que provincial, le père Prevost avait en effet donné en septembre 2000 son accord pour l’accueil d’un religieux condamné à neuf ans de mise à l’écart pour abus sexuels sur mineurs, le père James Ray, dans un prieuré augustinien situé près d’une école primaire.

    Durant deux ans, ce religieux a continué à célébrer des mariages et des baptêmes, exerçant par ailleurs un ministère d’aumônier d’hôpital. Ce n’est qu’en 2002, avec le durcissement des règles établies par l’épiscopat américain, que ce prêtre a été écarté de cette résidence, avant d’être laïcisé en 2012 après la découverte de nouvelles affaires le mettant en cause.

    En tant que préfet du dicastère pour les Évêques, le cardinal Prevost a pour mission d’appliquer les règles du motu proprio du pape François Vos estis lux mundi, qui peut amener à la démission d’évêques reconnus coupables de négligence, de couverture ou de mauvaise gestion de cas d’abus impliquant des prêtres situés sous leur juridiction. (cath.ch/imedia/cv/bh)

    Articles les plus lus

    no_image
    Luis José Rueda Aparicio, un cardinal mobilisé pour la paix en Colombie © capture d'écran

    Luis José Rueda Aparicio, un cardinal mobilisé pour la paix en Colombie

    Si le pape a souvent créé la surprise dans ses choix cardinalices, la promotion de l’archevêque de Bogotá était attendue : à travers ce prélat de 61 ans, le pape François honore un siège traditionnellement cardinalice et apporte son soutien au processus de paix dans lequel s’est engagé ce pays depuis plus d’une décennie, avec l’appui de l’épiscopat local et du Saint-Siège.

    Luis José Rueda Aparicio, né en 1962 et ordonné prêtre en 1989 pour le diocèse de Socorro y San Gil en 1989, a été formé en théologie morale à l’Académie alphonsienne de Rome. Après plusieurs charges en paroisse et dans des institutions éducatives, notamment comme recteur d’un institut technique de développement rural, il a été nommé par Benoît XVI évêque de Montelibano en 2012, avant d’être promu par François comme archevêque de Popayán en 2018 puis de Bogotá en 2020.

    Le diocèse de Bogotá compte près de cinq millions d’habitants, servis par environ 1.000 prêtres (parmi lesquels 400 diocésains et 600 religieux) et il constitue le siège primatial de la Colombie. Installé dans cette charge dans le contexte difficile de la pandémie de Covid-19, Mgr Rueda Aparicio est également président de la Conférence épiscopale colombienne depuis 2021.

    Relativement à l’aise avec les médias, il incarne une ligne d’ouverture avec la société civile, en contraste avec deux cardinaux colombiens qui avaient incarné une doctrine très conservatrice et avaient été appelés au Vatican sous le pontificat de Jean-Paul II : les cardinaux Alfonso López Trujillo (1935-2008) et Dario Castrillon Hoyos (1929-2018).

    « Être cardinal, c’est être un point d’appui pour évangélisation, en accompagnant le successeur de Pierre, qui est en ce moment le pape latino-américain, le pape François », a expliqué l’archevêque de Bogotá dans un entretien à la chaine de télévision Canal 1. Il a expliqué qu’il apportera l’expérience de l’Église colombienne au sein du Sacré Collège afin d’encourager la « communion missionnaire » de toute l’Église.

    Soutien indéfectible au processus de paix

    Les évêques colombiens sont particulièrement engagés dans les délicats processus de paix entre le gouvernement et les mouvements de guérilla qui ont fragmenté le pays depuis plus d’un demi-siècle. Depuis 2016, la conclusion d’un accord avec les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) n’a pas empêché la persistance d’autres guérillas, et l’émergence de dissidences propres aux Farc. Le 11e cardinal de l’histoire de la Colombie assure vivre ses contacts avec le monde politique dans une recherche de réconciliation, en cherchant des « voies de sortie négociées » face aux conflits qui continuent à marquer ce vaste pays, grand comme deux fois la France et peuplé de plus de 50 millions d’habitants.

    Malgré l’opposition de l’Église à certaines réformes sociétales du gouvernement de gauche mené par le président Gustavo Petro, les évêques le soutiennent sur le dossier des négociations de paix avec la dernière grande guérilla active dans le pays, l’ELN (Armée de libération nationale). « Les chemins de la réconciliation sont lents, ils avancent très lentement, ils sont tortueux : cependant, dans la situation que le pays est en train de vivre, nous, les évêques, nous avons opté pour accompagner en permanence les dialogues avec l’ELN », a-t-il assuré en 2023 dans un entretien au quotidien El Tiempo.

    Le 25 septembre 2023, Mgr Rueda Aparicio préside à la cathédrale de Bogotá les obsèques de l’artiste Fernando Botero. Le plus célèbre sculpteur d’Amérique latine, fervent catholique, s’était engagé dans le soutien au processus de paix avec la guérilla des Farc conclu en 2016. Il avait alors élaboré une sculpture intitulée « colombe de paix », reprenant ses formes voluptueuses traditionnellement associées à la féminité : cette sculpture fut, conformément à sa volonté, exposée près de son cercueil lors de ses obsèques.

    « Le fondement de la paix est l’Évangile », et l’Église cherche à en témoigner « en dialoguant avec tous les présidents et toutes les forces de la société au fil de l’histoire colombienne », a assuré Mgr Rueda Aparicio à la télévision colombienne. « Il est nécessaire de persévérer pour la paix », assure le cardinal, espérant jouer un rôle positif « auprès des croyants, comme des non-croyants: nous devons apprendre à respecter la vie de celui qui ne pense pas comme nous, et même rendre digne la vie de notre ennemi », a expliqué l’archevêque de Bogota.

    Une société qui évolue rapidement

    La sécularisation constitue également un défi majeur pour ce pays qui a connu des transformations radicales sur le plan bioéthique, avec les légalisations de l’euthanasie en 2015, du mariage homosexuel en 2016 ou encore de l’avortement et du suicide assisté en 2022. Ces réformes ont suscité l’opposition de l’Église mais elle continue à maintenir un dialogue institutionnel régulier avec l’État colombien. « Il y aura de nombreux aspects à corriger, mais il est est important que nous regardions vers le présent et le futur de la Colombie, en continuant à travailler pour la vie, la paix et le développement humain intégral », a sobrement déclaré Mgr Rueda Aparicio après la victoire électorale du candidat de gauche Gustavo Petro en 2022.

    En 2023, l’archevêque de Bogotá a par ailleurs assuré de l’engagement de l’Église catholique dans la lutte contre les abus sexuels sur mineurs, rappelant qu’il constitue « un crime et un péché ». « Nous devons renouveler notre coeur comme membres de l’Église et comme pasteurs, pour nous mettre au service des enfants, des adolescents et des personnes vulnérables, d’une manière plus claire et responsable », a-t-il expliqué. La justice colombienne avait alors enregistré, depuis 2010, 42 plaintes à l’encontre de prêtres catholiques.

    L'Église en Colombie « prend des risques pour la paix »

    Mgr Luis José Rueda Aparicio, archevêque de Bogotá, en Colombie, deviendra à l’occasion du consistoire du 30 septembre 2023 le 11e cardinal de l’histoire de ce vaste pays d’Amérique latine, où l’Église s’est engagée dans le soutien au processus de paix entre le gouvernement et les mouvements de guérilla. Il confie à I.MEDIA son regard sur sa mission de membre du Sacré Collège.

    Quel est, selon vous, le sens de votre cardinalat pour la Colombie?
    Le choix du pape François n’est pas seulement lié à ma personne – même si c’est moi qui ai été choisi en tant qu’archevêque de Bogota, par miséricorde de Dieu -, mais c’est d’abord un regard porté sur l’Église en Colombie, comprise comme peuple de Dieu : les laïcs, les paysans, les indigènes, les Afros, les catéchistes, les proclamateurs de la Parole…
    Je sens que l’appel à être cardinal est surtout un service au Peuple de Dieu et un service à la communion missionnaire de l’Église, avec le successeur de Pierre, le pape François.

    S’agit-il aussi d’un soutien pour le processus de paix en Colombie?
    L’engagement pour la paix et la protection de la vie est en effet un engagement constant de l’Église en Colombie, avec tous les baptisés. Nous vivons dans cette pédagogie permanente, en prenant des risques pour la paix, dans différents contextes de dialogue et de confrontation, notamment avec un service humanitaire. 
    Ce choix du pape m’enracine dans une spiritualité du service, dans cette option pour la paix, la réconciliation et la vie. Nous le faisons en tant que conférence épiscopale et comme Église, pour que chaque paroisse se convertisse en un lieu qui irradie de la paix et de l’espérance qui vient du Seigneur, avec sa Parole, avec l’eucharistie, avec l’amour de la Vierge Marie.

    Quelles traces a laissé en Colombie la visite du pape François en 2017?
    Cette visite apostolique du Saint-Père est arrivée à un moment très important, quand la Colombie était parvenue à un accord avec le groupe armé le plus ancien du pays, les Farc. Le pape nous a dit : “Colombie, ouvre ton cœur à Jésus, et laisse-toi réconcilier”. Il est venu nous donner une impulsion dans ce travail pour la paix, mais aussi un engagement intégral d’évangélisation. 
    La grande motivation, la raison d’être de l’Église, c’est l’évangélisation, mais pas une évangélisation dans les nuages : il faut une évangélisation avec les pieds sur terre. Le pape nous demande souvent d’être un hôpital de campagne, proche de celui qui est blessé. Ce blessé peut parfois être le prêtre ou l’évêque lui-même : il peut se blesser, mais se blesser en servant sa communauté. Le pape nous dit qu’il préfère une Église qui prend le risque d’être frappée et blessée plutôt qu’une Église qui s’enferme. Je crois que c’est très important. Suivre Jésus avec tout son cœur et en témoigner dans le service : c’est cela, être disciple-missionnaire !

    Est-ce que le Synode aidera l’Église à suivre cette voie?
    Le thème de la synodalité doit en effet nous aider à mieux situer l’Église comme peuple de Dieu. Habituellement, quand on parle de l’Église, on regarde d’abord notre clergyman! On pense aux évêques, aux prêtres, aux consacrés. Mais il faut regarder au-delà. Ce Synode doit nous aider à mettre en œuvre le Concile Vatican II, à suivre le processus d’aggiornamento voulu par Jean XXIII, en mobilisant l’ensemble du peuple de Dieu. (cath.ch/imedia/cv/mp)

    Si vous souhaitez vous désinscrire, cliquez ici

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Claudio Gugerotti deviendra cardinal le 30 septembre 2023 © capture d'écran YouTube

    Mgr Claudio Gugerotti, un cardinal spécialiste de l’Europe de l'est

    Préfet du dicastère pour les Églises orientales depuis moins d’un an, Mgr Claudio Gugerotti recevra la pourpre cardinalice le 30 septembre 2023. Un choix naturel du pape François – en raison de la charge que l’ancien nonce italien occupe désormais – mais qui revêt un caractère particulier dans le contexte actuel puisque Claudio Gugerotti a été nonce en Biélorussie et en Ukraine.

    Le 9 juillet dernier, peu après midi, le téléphone de Mgr Claudio Gugerotti s’emballe. Le pape vient d’annoncer la liste des nouveaux cardinaux et son nom y figure. L’ancien nonce, qui n’a pas regardé les annonces du pontife à l’issue de l’Angélus, associe naïvement les dizaines de messages de félicitations à la fête de son saint patron qu’il aurait oubliée.

    «Puis j’ai compris, raconte-t-il à Vatican News. Je le vis avant tout comme une responsabilité que je trouve particulièrement importante mais aussi lourde parce que la couleur pourpre du cardinalat n’est pas un moment de gloire, c’est le cardinalat du sang.»

    Le nom de l’Italien dans la liste des nouveaux cardinaux n’était pas une surprise pour autant. À 67 ans, l’ancien nonce est devenu le nouveau préfet du dicastère pour les Églises orientales en novembre 2022, remplaçant le cardinal Leonardo Sandri, à ce poste depuis 2007. À ce titre, le natif de Vérone devait recevoir la barrette cardinalice – ce fut le cas pour ses prédécesseurs -, sa charge le plaçant de facto au contact des évêques et patriarches des Églises orientales catholiques.

    Nonce en Biélorussie

    À Rome, c’est son dicastère qui administre et coordonne la vie de ces Églises dont il a conscience qu’elles sont «aujourd’hui réduites à très peu de personnes», du fait de l’exode massif des chrétiens ces dernières décennies.

    Si elle n’est pas étonnante, l’annonce de son cardinalat est intervenue à l’heure de la guerre en Ukraine. Claudio Gugerotti est un spécialiste de l’Europe de l’Est et de ce pays envahi par la Russie. Il a été nonce apostolique en Biélorussie à partir de 2011, puis, en 2015, en Ukraine, avant de rejoindre la Grande-Bretagne en 2020 – son court passage fut marqué par le décès de la reine d’Angleterre le 8 septembre 2022.

    «Notre diplomatie n’est pas une diplomatie des calculs»

    En juin 2023, il s’est rendu en Biélorussie où il était officiellement envoyé par le pape pour présider une cérémonie religieuse. Mais ce n’est toutefois pas vers l’ancien diplomate que le pape François s’est tourné pour accomplir une mission de paix dans la région. Dans un communiqué lapidaire de son dicastère, il démentait très clairement avoir été choisi par le pape alors que la presse italienne esquissait l’idée qu’il se rende à Moscou. C’est finalement le cardinal archevêque de Bologne Matteo Zuppi qui s’envolera pour Kiev, Moscou, Washington et Pékin durant l’été.

    Sur le conflit qui ravage l’Ukraine, Mgr Gugerotti tient la ligne du Saint-Siège, c’est-à-dire, une diplomatie cherchant à ménager la Russie afin de sauvegarder le dialogue pour espérer la paix. «Notre diplomatie n’est pas une diplomatie des calculs, c’est une diplomatie des utopies possibles», assure-t-il en ce sens aux médias du Vatican. Il souhaite aussi sortir des lectures simplistes sur ce conflit: «J’ai été nonce en Biélorussie, en Ukraine et aussi en Géorgie où les chars russes sont entrés… Ce que je peux dire, c’est qu’il y a derrière tout cela une complexité de causes dont nous, Occidentaux, sommes souvent totalement ignorants.» (cath.ch/imedia/hl/rz)

    Né le 7 octobre 1955 à Vérone, Claudio Gugerotti a été ordonné prêtre en 1982, a étudié les langues et littératures orientales, avant d’enseigner dans diverses universités – à Venise, Padoue ou bien Rome, à la Grégorienne et à l’Institut pontifical oriental. En 1985 déjà, il était entré à la congrégation pour les Églises orientales et en était devenu en 1997 sous-secrétaire. Il a par ailleurs été consultant auprès du Bureau des célébrations liturgiques pontificales de 1990 à 2001. L’Italien parle non seulement l’anglais, le français et le russe, mais maîtrise aussi le latin, le grec, l’arménien (classique et moderne) et le persan. HL

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio, sera créé cardinal par le pape François, une première pour un pasteur de la petite île de Méditerranée © DR

    Mgr Bustillo, l'évêque de Corse qui plaît au pape François

    François-Xavier Bustillo est né en 1968 à Pampelune en Espagne dans une famille catholique : aîné de quatre enfants, son père est militaire. Sa famille, confiera-t-il plus tard, a « nourri » sa foi et lui en a transmis la « solidité », faisant grandir en lui, dès son plus jeune âge, sa vocation. À dix ans, il rejoint le petit séminaire franciscain de la vallée de Baztan, à proximité d’Espelette en France. Mais ses motivations n’étaient à l’époque « pas mystique » : il est simplement séduit par l’organisation de camps d’été que proposaient ce nouvel établissement.

    Un franciscain

    L’exemple des autres frères, dans cet établissement, le mène à rejoindre le noviciat des Frères mineurs conventuels, les "cordeliers", à Padoue en 1985. Il ne reviendra que rarement chez lui, uniquement pour quelques jours de vacances. Dans la ville de saint Antoine, auquel est très attaché Mgr Bustillo, le jeune novice apprend à vivre en suivant une règle, s’émerveillant de rencontres avec des missionnaires du monde entier.

    Alors qu’il suit cinq années de formation théologique, il envisage un temps de partir en Afrique. En 1987, il prononce ses premier vœux. En 1992, il devient profès solennel, et s’engage définitivement dans l’ordre. Il rejoint alors Toulouse, pour poursuivre ses études au sein de l’université catholique, avec une maîtrise de théologie qu’il obtient en 1997. Entre temps, il devient diacre en 1993 et est ordonné l’année suivante à Pampelune, dans sa ville de naissance, par le cardinal Fernando Sebastian Aguilar. Pendant ses années à Toulouse, il perfectionne son français, qu’il parle avec l’accent chantant du sud-ouest.

    Apostolat en terre déchristianisée

    Après son ordination, il est envoyé avec deux autres frères pour rouvrir le couvent Saint-Bonavenure à Narbonne, haut lieu de son ordre, où il s’installe. En plein pays cathare, dans lequel il a la charge de plusieurs paroisses, il est frappé par l’anticléricalisme ambiant, qu’il perçoit comme un défi dans sa charge. Il a souvent recours au dialogue par le sport – il pratique le tennis et s’intéresse au volley et au rugby. Il est membre du conseil épiscopal de son diocèse de Carcassonne-Narbonne entre 2007 et 2018.

    Entre 2006 et 2018, il exerce la charge de provincial des Frères franciscains conventuels de France et de Belgique. En 2018, il déménage pour devenir gardien du couvent Saint-Maximilien-Kolbe à Lourdes, et se retrouve chargé par Mgr Nicolas Brouwet de la protection des mineurs et des personnes vulnérables du diocèse de Tarbes et Lourdes, et une nouvelle fois, membre du conseil épiscopal.

    Une « ascension » spectaculaire

    En 2021, il publie La vocation du prêtre face aux crises : La fidélité créatrice (Nouvelle Cité), un ouvrage traduit en italien que le pape François va lire et offrir aux prêtres du diocèse de Rome lors de la messe chrismale en 2022. Entre temps, le pontife décide de nommer François Bustillo évêque d’Ajaccio le 11 mai 2021. Il est ordonné évêque par Mgr Aveline, archevêque de Marseille, dans la cité impériale le 13 juin 2021.

    En Corse, sa nomination fait vite l’unanimité. « Il est partout, à toutes les fêtes locales et il a très vite rencontré tous les prêtres… cela plaît, et on a vite oublié qu’il n’était pas né ici », raconte un curé de son diocèse à I.MEDIA. L’évêque se réjouit de la « belle amitié » qu’il a réussi à nouer avec la population de son diocèse, lui qui s’est fait un soutien sans faille de la rédécouverte du riche patrimoine chrétien de l’île en encourageant le chant polyphonique et les confréries.

    Le choix inattendu du pape François de créer cardinal ce tout jeune évêque – depuis à peine deux ans – en juillet dernier a été la source d’une immense fierté parmi les Corses. Ils seront plus de 800 à l’accompagner à Rome pour célébrer cet événement – la création du premier cardinal-évêque d’Ajaccio. « Nous espérons seulement qu’il restera longtemps chez nous », confie à I.MEDIA un jeune Corse qui fera le déplacement le 30 septembre prochain. (cath.ch/imedia/mp)

    Un cardinal à Ajaccio, «c’est original», confie Mgr Bustillo

    I.MEDIA a interrogé Mgr Bustillo sur les défis de cette nouvelle mission.

    Le 30 septembre, le pape François vous créera cardinal. L’annonce de cet événement avait suscité la surprise en juillet. Deux mois après cette annonce et à l’approche du consistoire, arrivez-vous à expliquer pourquoi le pape vous a-t-il choisi ?
    Je ne le sais pas ! Je n’ai pas rencontré le pape depuis. Il m’a écrit et j’ai eu quelques contacts avec son entourage proche, mais je ne l’ai pas encore eu personnellement, donc je ne pourrai pas vous répondre [l’entretien a été effectué à la veille du voyage du pape à Marseille lors duquel les deux hommes se sont croisés, NDLR]. Il y a des gens, autour de moi, pour dire que c’est parce qu’il a aimé mon livre [le pape avait offert son livre, La vocation du prêtre face aux crises: La fidélité créatrice (Nouvelle Cité, 2021) à la Curie en 2022 à la fin de la messe chrismale, NDLR]. Je pense qu’il a pu apprécier mon livre, mais des livres sur les prêtres, il y a en a des milliers. De-là à me faire cardinal, j’imagine, et j’espère qu’il a fait une bonne enquête sur mon travail d’évêque en Corse. Je ne peux donc pas vous dire pourquoi. Moi j’étais surpris. Généralement, on crée cardinal l’évêque de Paris ou de Lille. L’évêque d’Ajaccio, c’est original !

    Les papes ont souvent créé cardinaux des évêques des grandes villes de France, les fameux « sièges cardinalices ». Mais c’est quelque chose que le pape François a fortement déconstruit ces dernières années par ses choix. En France, les cardinaux qu’il a choisis sont des évêques du sud. Y voyez-vous un signe de la part du pape ? Tout comme il a choisi de venir à Marseille et non à Paris…
    Je pense que le fait que Jean-Marc Aveline soit cardinal à Marseille, et moi en Corse, dans une île, semble montrer que le pape veut mettre en avant la place de la Méditerranée comme berceau de civilisations. On voit qu’autour de nous, et autour de la Méditerranée, on se déshumanise, là où le propre d’une civilisation est d’humaniser. Le fait qu’il me nomme et qu’il vienne à Marseille signifie peut-être sa volonté de ne pas oublier les racines de la Méditerranée. Je viens d’une île qui a connu beaucoup de combats, beaucoup d’invasions. C’est un lieu avec une identité catholique et culturelle très forte. Avec ces choix, il semble mettre en valeur des lieux périphériques mais mieux placés d’un point de vue culturel et géopolitique. Le pape a une vision géopolitique assez fine, par exemple dans son choix de se rendre en Mongolie, où il y a peu de catholiques mais qui est placée entre la Chine et la Russie.

    La Corse a-t-elle une place stratégique en Méditerranée?
    Oui, on n’est pas loin de Rome, de l’Italie. On est proche de la France. Nous sommes dans une position pour créer des liens, de la fraternité, un point sur lequel le pape insiste beaucoup. Nous vivons dans une société très fratricide, on retrouve de la violence sur les réseaux sociaux, dans le discours des hommes politiques, et parfois même dans l’Église. En mettant la fraternité au cœur de la Méditerranée, le pape nous dit qu’il faut créer des ponts au lieu de dresser des murs.

    Un cardinal a souvent des missions à Rome, notamment en tant que membre d’un ou de plusieurs dicastères. Dans un livre-entretien Le cœur ne se divise pas (avec Mgr Edgar Peña Parra et Nicolas Diat, Fayard, 2023), vous confiez mettre un point d’honneur à rencontrer toutes les personnes qui font partie de votre diocèse, quitte à passer beaucoup de temps dans votre voiture. Comment comptez-vous faire pour mener de concert cette mission épiscopale en Corse et celle qui vous attend à Rome?
    Je n’ai pas encore rencontré le pape et je ne sais pas encore ce qu’il va me demander. Ce qui me semble très important, c’est de bien articuler le côté local, parce que je suis un évêque et que je reste un évêque. Et en même temps, je suis cardinal, avec une mission universelle. À Rome, j’aurai une paroisse qui représente cela. Il faudra que j’apprenne, c’est une école, à bien articuler local et universel, en Corse, comme je le fais depuis deux ans, et comme cardinal. J’attends de savoir ce que le pape veut de moi, mais je vais vivre avec passion et joie ces prochaines années, de la même façon que je vis avec passion mon service auprès des Corses, avec lesquels j’ai noué une vraie amitié. Je l’ai ressentie en particulier au moment de ma nomination, beaucoup de gens m’ont appelé, ou s’en sont réjouis dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ils sont fiers de leur pasteur, et moi je dois honorer cette confiance. Je ferai de mon mieux pour continuer à les servir.

    Quels sont les enseignements que vous avez retirés de vos deux années comme évêque en Corse? 
    Le plus important pour moi, c’est qu’un pasteur, un évêque, doit vivre et pratiquer la proximité. C’est aussi pour cela qu’aujourd’hui, je suis aimé par les Corses et reçois autant de signes d’affection quand je vais dans les villages. Une anecdote : l’autre jour, j’allais faire quelques courses et une dame me voit en habit franciscain et me dit : « Mais vous êtes l’évêque ? ». Je réponds oui. « On vous aime ! ». Et elle s’en va ! Il y a ce côté spontané. Ou encore, dans l’aéroport, la dame qui faisait passer les bagages voit la croix pectorale en métal que je viens d’enlever et me demande si elle peut l’embrasser. Une réelle proximité. 
    Moi depuis le début, je voulais être présent à côté des Corses, dans les villes, dans les paroisses, mais aussi dans les villages. Et une fois que les messes sont dites, il y a une forte dimension fraternelle, amicale. Et cette proximité, pour mon épiscopat, a une fécondité. Parce que les gens apprécient, et parce qu’il est juste, je le crois, que l’évêque soit présent. 
    En plus de la proximité, il est aussi important que l’évêque se donne. Quand j’ai dit oui à l’épiscopat, alors je savais que je devrais me donner, que je serais fatigué. Je cours à droite, à gauche, je fais des heures de route, mais je dois être cohérent avec ce choix. Je dois honorer les Corses. L’évêque ne doit pas prendre ou profiter mais se donner aux autres. Ces deux aspects, proximité et don de soi sont importants pour être cohérent avec la mission qu’on m’a donnée.

    La Corse a un lien historique important avec Rome, par exemple avec la Garde corse papale au XVIIe siècle. Vous sentez un attachement de la Corse pour le trône de Pierre?
    Oui. Le fait qu’il y ait autant de Corses qui viennent pour le consistoire le 30 est un signe. Tout de suite après ma nomination, j’ai été à Rome pour des questions pratiques et liturgiques. Nous avions alors demandé une église de 300 places pour célébrer une messe avec les Corses, au lendemain du consistoire. Mais il s’est vite avéré que celle prévue était trop petite. Il y a eu un tel tsunami d’inscriptions ! On sait maintenant qu’on sera plus de 800 Corses. Nous avons donc changé d’église et nous serons accueillis  dans une grande basilique, celle des Santi Apostoli. Les Corses n’ont pas de problème à se déplacer à Rome, c’est « à côté » pour eux. Et c’est un signe.

    Le cardinalat est collégial, vous allez donc devoir rencontrer les autres cardinaux, notamment ceux qui seront électeurs en cas de conclave. Avez-vous déjà eu des contacts avec certains d’entre eux?
    Oui, avec un en particulier, celui qui m’a ordonné évêque : le cardinal Aveline. Il était aussi mon premier évêque. C’est un signe puissant. J’en connais quelques autres aussi. Beaucoup que je ne connais pas m’ont écrit lors de l’annonce, avec beaucoup de délicatesse, notamment en provenance des États-Unis. J’espère pendant le consistoire avoir la possibilité de contacter et de connaître les autres cardinaux. Et il y aura aussi du temps entre le consistoire et le début du synode. (cath.ch/imedia)

    Le cœur ne se divise pas (Fayard, 2023)

    Dans Le cœur ne se divise pas, ouvrage de 266 pages, Mgr François-Xavier Bustillo et Mgr Edgar Peña Parra, substitut de la secrétairerie d’État, échangent avec Nicolas Diat, écrivain français, et éditeur, notamment du cardinal Robert Sarah. Le texte est brièvement préfacé par le pape François, qui loue la « douceur spirituelle » de l’entretien. Ses auteurs, souligne-t-il, partagent le « grand et noble souci de l’unité » de l’Église. « Cette conversation fera du bien aux âmes », conclut-il.

    Si l’évêque de Corse est une personnalité publique connue, notamment à travers ses ouvrages, le substitut vénézuélien n’a pas l’habitude de s’exprimer publiquement étant donnée la position stratégique qu’il occupe auprès du pape. Depuis 2018, il gère les affaires quotidiennes du pontife au sein de la Première section de la secrétairerie d’État. Partant des expériences singulièrement différentes des deux évêques au service de l’Église – l’un à Rome au sein de la Curie romaine, l’autre sur le terrain dans des diocèses –, leur discussion s’engage sur leur perception de leur mission, sur la relation entre l’Église locale et l’Église universelle et, plus largement, sur les grands défis de l’Église en partant de la perspective du prêtre et de l’évêque.

    Sur la sécularisation, le futur cardinal souligne combien « pour des pans entiers de nos sociétés occidentales, l’Église ne compte plus ». Mais il refuse tout « fatalisme ». « L’évangélisation, aujourd’hui, est stimulante », insiste-t-il, parce qu’on peut repartir « de zéro » avec une jeunesse pour qui l’Évangile est radicalement une nouveauté. Il invite dès lors à une réelle « proximité avec le peuple » afin de ne pas être un « évêque de bureau ».

    Mgr Peña Parra, pour sa part, relativise la sécularisation dont souffre l’Église catholique en rappelant qu’elle croît souvent silencieusement dans de nombreuses autres parties du monde, évoquant notamment un « réveil » dans les pays du nord de l’Europe. Un des plus grands défis que doit affronter l’Église pour transmettre l’Évangile, selon lui, serait d’éviter « l’idéologisation de la foi » qui détourne de « l’essentiel ». I.MEDIA

    Articles les plus lus

    no_image

    Le patriarche Pizzaballa créé cardinal, un signe pour la Terre Sainte 

    Alors que les tensions entre Israéliens et Palestiniens rejaillissent dans l’actualité, le pape François a choisi de créer cardinal le patriarche latin de Jérusalem Pierbattista Pizzaballa. L’Italien de 58 ans sera donc électeur en cas de conclave. Héraut de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux, il est le premier patriarche de Jérusalem à entrer au Collège cardinalice.

    Né en 1965 en Italie, Mgr Pizzaballa est entré dans l’Ordre des Frères mineurs franciscains à l’âge de 19 ans. Ordonné en 1990 à Bologne, il avait prononcé ses vœux perpétuels un an plus tôt. Professeur d’hébreu biblique à la Faculté franciscaine de sciences bibliques et archéologiques de Jérusalem, il a encadré la traduction en hébreu du missel romain en 1995.

    En 2004, il est élu custode de Terre Sainte – la province franciscaine locale –, et réélu au même poste en 2010 et 2013. De 2005 à 2008, il a aussi été vicaire patriarcal du Patriarcat de Jérusalem, pour la pastorale des catholiques de langue hébraïque en Israël.

    C’est en 2016, alors qu’il venait de quitter sa charge de custode et que le précédent patriarche latin de Jérusalem Fouad Twal, partait à la retraite, que le pape François a nommé Mgr Pizzaballa administrateur apostolique du patriarcat, l’élevant au rang d’évêque mais laissant formellement le patriarcat vacant. L’évêque italien eut notamment pour mission de réorganiser une charge dont la gestion avait entraîné de graves problèmes financiers – une tâche à laquelle il s’est attelé malgré un certain nombre de résistances internes.

    Quatre ans plus tard, en 2020, le pape lui a confié officiellement et formellement le patriarcat de Jérusalem, lui conférant le pallium lors d’une messe célébrée à la Maison Sainte-Marthe. Ce choix d’un Italien a été critiqué par certains, quelques voix regrettant que Rome ne nomme pas un patriarche originaire de la région. Jean-Paul II avait en 1987 choisi Michel Sabbah, premier Arabe palestinien à porter le titre de patriarche latin de Jérusalem, et perçu par Israël comme un acteur engagé dans le soutien aux forces politiques palestiniennes. Ce dernier avait été remplacé en 2008 par le Jordanien Fouad Twal, nommé par Benoît XVI.

    La juridiction du patriarcat de Jérusalem s’étend sur les catholiques latins vivant en Israël, dans les Territoires palestiniens, en Jordanie et à Chypre. Le cardinal désigné est aussi président de la Conférence des évêques latins des régions arabes (Celra).

    Même si le futur cardinal n’est pas originaire de la région, il professe son attachement profond pour la Ville Sainte. « J’ai vécu toute ma vie à Jérusalem, depuis que je suis devenu prêtre en 1990, confiait-il dans un entretien. “Ici j’habite parce que je l’ai désiré”, comme le dit le Psaume. […] C’est (Dieu) qui m’a conduit ici et Il décidera de la suite ».

    Durant ses décennies en Terre Sainte, il a eu le loisir de se faire reconnaître pour sa sagesse et ses compétences diplomatiques, entretenant des relations avec les autorités israéliennes et palestiniennes. « Ici, nous sommes amis avec tout le monde, témoigne-t-il, parce que […] nous n’avons aucun pouvoir ». Les chrétiens représentent moins de 2 % de la population.

    Le patriarche voit Jérusalem comme « un laboratoire précieux » où « le dialogue interreligieux et œcuménique n’est jamais théorique et abstrait, c’est toujours une réalité concrète ». « Dans nos communautés chrétiennes, les catholiques et les orthodoxes se croisent sans barrière. Il y a des chrétiens orthodoxes qui viennent à la messe dans nos paroisses latines, et vice versa. […] Les gens sont en avance sur notre statu quo ».

    Pour lui, l’Église de l’avenir pourrait être comme celle de son patriarcat, « une Église avec moins de pouvoir, moins de structures, moins de personnes ». Le cardinal désigné n’a pas hésité à prendre des décisions pastorales courageuses, comme l’ouverture des tribunaux ecclésiastiques aux avocats non catholiques, brisant le monopole d’un petit groupe aux tarifs élevés, afin de soulager les fidèles.

    Au sein de la Curie romaine, il est consulteur de la Commission pour les relations avec le judaïsme du dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens depuis 2008.

    Le Moyen-Orient compte un autre cardinal électeur : le patriarche de Babylone des Chaldéens Louis Raphaël Sako (Irak). Le pape François a aussi créé cardinal en 2016 le nonce en Syrie Mario Zenari, mais le diplomate reste comptabilisé comme un cardinal italien.  (cath.ch/imedia/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Le pape François et Mgr Protase Rugambwa, en 2018, qui sera créé cardinal au prochain consistoire © Vatican Media

    Brislin, Rugambwa et Mulla, ces futurs cardinaux au "style François"

    Stephen Brislin, Protase Rugambwa et Ameyu Martin Mulla, trois des 21 cardinaux que François crée ce 30 septembre, sont africains. Si le continent reste à la traîne au sein du collège cardinalice, ses nouveaux prélats reflètent tous le style du pape François. Et confortent, timidement pour l’avenir, l’espoir d’un pontife originaire d’Afrique.

    Max Savi Carmel à Rome, pour cath.ch

    En huit ans de règne, Benoît XVI aura élevé huit évêques africains au cardinalat, contre 17 pour François en 10 ans faisant ainsi autant que Jean Paul II en un quart de siècle. Les temps changent et bien que très minoritaire, le continent avance à petits pas. Avec 18 papabili aujourd’hui, l’Afrique, qui ne pouvait plus compter que sur les plus en vue, notamment Fridolin Ambongo, 63 ans, Dieudonné Nzapalainga, 56 ans ou encore Peter Ebere Okpaleke, 60 ans, se donne un coup de jeune.

    Ces trois nouveaux cardinaux venus d’Afrique du Sud, de la Tanzanie et du Soudan du Sud ont entre 59 et 66 ans et auront leur mot à dire lors des prochains conclaves. S’ils confortent l’espoir de tout un continent qui attend son pape, ils incarnent avant tout, chacun à sa manière, le style du pontife. Un style qui se décline dans les coulisses du Vatican en ce triptyque devenu célèbre, stratégique-périphérique-franciscaniste. Portrait de trois prélats si différents les uns des autres et en même temps si proches du pape François.

    Brislin, l’option stratégique

    Mgr-Stephen-Brislin
    Mgr-Stephen-Brislin

    Originaire de la première puissance économique africaine, à 66 ans, Mgr Stephen Brislin est un prélat "profondément charismatique et extrêmement politique", murmure-t-on à Rome où il s’est fait remarquer en 2014. Influent président de la Conférence épiscopale commune du Botswana-Swaziland-Afrique du Sud, François, élu depuis une année seulement, en fait un Père synodal pour la troisième assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques sur la famille. Le pape est sensible à la propension sociale de celui qui est depuis 2009 archevêque du Cap et dont la vie a été, à l’instar de celle d’un certain cardinal Bergoglio de Buenos-Aires, mise au service des plus pauvres.

    Ayant fait ses études de philosophie au Séminaire Saint-Jean-Marie Vianney de Pretoria, ville symbole de la révolte anti-apartheid, Mgr Brislin s’est vite illustré par sa proximité avec les revendications de la majorité noire d’Afrique du Sud. Une cause qu’il continuera à défendre pendant ses années de théologie en Grande-Bretagne et en Belgique au début des années 1980. Alors que le débat politique et social est devenu trop clivant dans ce pays enclin à la violence, l’élévation d’un homme de consensus au cardinalat solidifie l’influence d’une Église catholique qui ne compte que pour 7% des 62 millions d’habitants.

    Mulla, icone des périphéries

    Avec François, l’Église révèle de plus en plus de prélats émergés des périphéries lointaines. Comme Mgr Ameyu Martin Mulla. Avant de rejoindre la capitale sud-soudanaise, il était à la tête du "périphérique" diocèse de Torit (centre). Au Vatican, on le compare à François en évoquant leur "résistance en milieux hostiles", la Curie pour le pape et Djouba pour Mgr Mulla, qui a fait l’objet d’une enquête pontificale à la suite de dénonciations calomnieuses avant son installation à la tête de l’archidiocèse. La Congrégation pour l’évangélisation des peuples a dû dépêcher Mgr Visvaldas Kulbokas pour "superviser les préparatifs de son installation", d’autant qu’une partie du clergé réfutait sa nomination.

    Mgr Stephen Ameyu Martin Mulla, archevêque de Juba
    Mgr Stephen Ameyu Martin Mulla, archevêque de Juba @ www.comboni.org

    Avant la visite du pape François en février 2023 dans son pays, les deux hommes entretenaient de très bonnes relations. Alors que la crise politique au Soudan du Sud est l'une de ses priorités, le pape a fait de Mgr Mulla, depuis 2020, son interlocuteur privilégié. En le faisant cardinal, François veut l'imposer comme un médiateur incontournable dans une crise dont il a reçu deux fois les protagonistes au Vatican. A 59 ans, ce nouveau cardinal, aussi bien respecté des protestants que des catholiques du Soudan du Sud, a toutes les chances de participer à plus d’un conclave.

    Rugambwa, le discret "franciscaniste"

    S’il n’est ni une option stratégique ni même un choix périphérique, Mgr Protase Rugambwa est de la catégorie de prélats prisés par François. Humble et discret, détaché du pouvoir et menant une vie modeste, cet ancien secrétaire du puissant Dicastère pour l’évangélisation des peuples, au sein duquel il aura gravi de 2012 à 2023 tous les échelons, n’a jamais fait parler de lui à la Curie. Alors qu’on l’attendait à la tête d’une importante congrégation, il a accepté en mars dernier le poste d’archevêque coadjuteur de Tabora, au nord-ouest de la Tanzanie. Une docilité et un sens de l’obéissance qui ne peuvent laisser indifférent le pape.

    A 63 ans, celui dont l’oncle, Laurean Rugambwa, a été le premier cardinal africain, a de l’avenir dans une Église dont il connaît bien le fonctionnement central. Les vaticanistes qui le connaissent lui prédisent "des rôles futurs importants". Mais loin de Rome, Mgr Rugambwa insiste sur ce qui est sa priorité: "être un bon évêque pour la Tanzanie". Son arrivée au Sacré Collège requinque l’espoir d’une Afrique qui attend son pape.

    Pour le prochain conclave, loin du compte

    Il est évident qu’avec seulement 18 papabili dont six auront atteint, d’ici deux ans, l’âge limite de 80 ans pour prendre part à un conclave, l’Afrique est encore loin du compte. Au mieux, elle sera une faiseuse de pape mais elle peut compter sur ses dix plus jeunes cardinaux qui ont une moyenne d’âge de 65 ans. Atteignant son âge d’or du catholicisme avec une floraison de vocations sacerdotales, comptant à elle seule près de la moitié des nouveaux catholiques du monde chaque année et fournissant de plus en plus de prélats à la Curie romaine et à la diplomatie du Saint-Siège, l’Afrique est l’avenir de l’Église. Et l’idée d’un pape africain, longtemps utopique, est bien plus réaliste aujourd’hui. La nomination de cardinaux de plus en plus jeunes, dont le Centrafricain Dieudonné Nzapalainga ayant accédé au cardinalat en 2016 avant ses 50 ans, en est la parfaite illustration.

    Mais sauf à compter sur l’improbable soutien de cardinaux italiens, le plus important contingent, ou sur un coup de pouce des prélats latino-américains ou asiatiques, l’Afrique doit patienter. Son heure sonnera sans doute, mais pas au prochain conclave. (cath.ch/msc/bh)

    Articles les plus lus

    no_image
    Les cardinaux vénèrent la croix © Vatican media

    Comment le pape François façonne le collège cardinalice

    Samedi 30 septembre 2023, le pape créera 21 nouveaux cardinaux dont 18 électeurs lors d’un consistoire qui se tiendra sur la place Saint-Pierre. Il s’agit du neuvième consistoire convoqué par le pape argentin depuis son élection en 2013.

    En renouvelant régulièrement ce collège dont les membres de plus de 80 ans ne sont plus électeurs, le pape redessine de fait sa physionomie. Au soir du 30 septembre, 99 des 137 cardinaux électeurs auront été choisis par le pape argentin, soit près des trois quarts.

    Image1
    Image1

    L’un des enseignements de ce nouveau consistoire du pape François est le fait que l’Europe en ressort quelque peu renforcée. Ainsi, 8 cardinaux européens électeurs font partie de la liste annoncée par le pape, soit près de la moitié. Le pontife argentin a ainsi choisi deux Français, deux Espagnols, un Portugais, un Suisse, un Polonais et seulement un Italien – le nouveau cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, ne comptant plus comme étant Italien.

    Image2
    Image2

    ***

    Certes, cette nouvelle promotion ne bouscule pas foncièrement les équilibres au sein du collège cardinalice, les 18 nouveaux cardinaux électeurs ne représentant que 13% de l’ensemble du collège. Mais, outre le renforcement de l’Europe – dont le poids cesse de décroître avec cette promotion -, il est à signaler la stagnation de la proportion de cardinaux asiatiques, maintenue à 16,1%. Avec les consistoires convoqués depuis 2013, l’Asie avait connu une forte progression puisqu’elle ne représentait que 7,9% du collège qui avait élu François.

    Image3
    Image3

    En dix années de pontificat, le pape François a modifié de manière substantielle la physionomie du collège. Si l’Asie a plus que doublé sa présence au sein du collège électeur, le continent africain a connu lui aussi une forte augmentation du nombre de ses cardinaux de moins de 80 ans, passant de 11 en 2013 à 19 avec ce dernier consistoire. L’Europe, qui représentait 52% du collège électeur en 2013, pèsera 38% samedi soir – soit un point de plus avec ce dernier consistoire.  (cath.ch/imedia/ic/hl/mp)

    Image4
    Image4

    Articles les plus lus

    no_image
    Le cardinal Sebastian Francis est un artisan du dialogue interreligieux © DR

    Sebastian Francis, un cardinal pour la Malaisie

    « Ainsi prend fin ma vie privée, mon indépendance et ma liberté ! ». Cette réaction instinctive du Malaisien Mgr Sebastian Francis, l’un des deux cardinaux d’Asie du prochain consistoire, en apprenant sa nomination au cardinalat le 9 juillet, a fait la Une de la presse anglophone. Originaire d’Inde, âgé de 71 ans, l’archevêque de Penang, État bordant le détroit de Malacca, est un acteur convaincu du dialogue interculturel et interreligieux.

    Petit-fils d’émigrés indiens originaires du Kerala, Sebastian Francis est né le 11 novembre 1951 à Johor Bahru, en Malaisie, au sein d’une famille nombreuse. Formé aux séminaires de Singapour et de Penang, il a été ordonné prêtre pour le diocèse de Malacca-Johor le 28 juillet 1977. Après des études en théologie dogmatique à l’université Saint-Thomas d’Aquin à Rome, et à la Maryknoll School of Theology à New York, il a été directeur spirituel et formateur au séminaire de 1991 à 1998.

    En 2003, le père Sebastian Francis a été nommé vicaire général du diocèse de Malacca-Johor. Puis le pape Benoît XVI l’a nommé évêque de Penang le 7 juillet 2012. L’ordination épiscopale du nouvel évêque, qui a choisi pour devise « Que ta volonté soit faite », a eu lieu le 21 août 2012. Un événement suivi alors par 10.000 catholiques, rapportait la presse locale.

    Depuis 2017, Mgr Francis est président de la Conférence des évêques catholiques de Malaisie, de Singapour et de Brunei. En février dernier, il a été nommé président du Bureau de la communication sociale (OSC) de la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie (FABC), chargé notamment de la gestion de Radio Veritas Asia. À ce titre, il œuvre pour davantage de participation de la Chine au sein de la FABC. « La Chine est chez elle en Malaisie et la Malaisie est chez elle avec la langue et la culture chinoises », affirme-t-il à Crux. Une position géopolitique qui laisse entendre qu’il pourrait représenter à l’avenir un partenaire du Saint-Siège dans le rapprochement avec Pékin.

    Un champion du dialogue entre les religions 

    Très engagé dans le dialogue entre cultures et religions, il a aussi été vice-président du Conseil consultatif malaisien du bouddhisme, du christianisme, de l’hindouisme, du sikhisme et du taoïsme (MCCBCHST). Dans son pays où la religion d’État est l’islam sunnite – 60% de la population – le futur cardinal refuse de qualifier les catholiques de « minorité », estimant dans un entretien à Églises d’Asie que « les divisions entre majorité et minorité, libéraux et conservateurs, ou encore droite et gauche ne sont pas opportunes dans le contexte asiatique ».

    Comme cardinal, il a confié vouloir « s’abaisser aux réalités sur le terrain ». Parmi les grands événements de son diocèse, il a demandé à Rome l’élévation de l’église Sainte-Anne de Bukit Mertajam – fondée en 1846 par des missionnaires français de la société des Missions Étrangères de Paris (MEP) – comme basilique mineure, la première de la région. Il s’agissait, a-t-il expliqué, « d’honorer les pèlerins de toutes nationalités, religions, croyances, races et cultures qui se rassemblent ici ». Ce lieu, aussi appelé le Sanctuaire de l’Harmonie, attire chaque année 250.000 personnes, catholiques et non catholiques, lors du pèlerinage du 26 juillet.

    Le futur cardinal Francis est également un promoteur du ‘Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune’, co-signé par le pape François et le grand imam d’Al-Azhar en février 2019. « Ce document permet toujours de briser la glace » avec les représentants d’autres religions, assure-t-il.

    Sur le Synode sur l’avenir de l’Église, le cardinal désigné fait montre d’une approche bergoglienne, prônant l’étude y compris des « questions brûlantes », sans avoir « peur des agendas de qui que ce soit ».

    Le cardinal désigné sera, en cas de conclave, le seul évêque de Malaisie électeur. Il est le deuxième cardinal malaisien de l’histoire, après le cardinal Anthony Soter Fernandez, créé en 2016 et décédé en 2020. Sa nomination a été aussi largement célébrée en Inde, où l’on fait valoir que le prélat a encore de la famille à Chennai, dans la capitale de l’État du Tamil Nadu. (cath.ch/imedia/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Le cardinal Ángel Fernández Artime, un successeur de Don Bosco © DR

    Ángel Fernández Artime, un successeur de Don Bosco

    Parmi les futurs cardinaux du 30 septembre 2023, le pape François a nommé une connaissance de longue date de Buenos Aires : le prêtre religieux espagnol Ángel Fernández Artime, 10e successeur de Don Bosco comme recteur majeur des salésiens. Il est le premier supérieur de congrégation à être nommé cardinal pendant son mandat et, avec son arrivée, le nombre de salésiens dans le collège des cardinaux s’élèvera à 10.

    « J’ai pensé qu’il y avait une erreur », a confié le recteur en apprenant la nouvelle de sa nomination le 9 juillet parmi 18 cardinaux électeurs, alors qu’il n’est même pas évêque. Reçu en audience le 11 juillet, il lance au pape : « Saint-Père, que m’as-tu fait ! ». En accord avec le pontife, il restera en poste pendant encore un an après sa création comme cardinal, et donnera officiellement sa démission du gouvernement de la congrégation le 31 juillet 2024, ainsi qu’il l’a expliqué dans une lettre aux salésiens.

    Âgé de 63 ans, Ángel Fernández Artime est né le 21 août 1960 à Gozón-Luanco, en Espagne, au sein d’une famille de pêcheurs. Il a fait ses vœux perpétuels le 17 juin 1984 dans la congrégation salésienne à Saint-Jacques-de-Compostelle, et a été ordonné prêtre le 4 juillet 1987 dans le diocèse de León. Au fil de son ministère, il a été délégué à la pastorale des jeunes, vicaire et inspecteur provincial pour les salésiens.

    En 2009, il a été nommé supérieur de la province du Sud de l’Argentine, basée à Buenos Aires. À ce titre, il collaboré avec l’archevêque de Buenos Aires de l’époque, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, informe le site des salésiens.

    Puis le 23 décembre 2013, il a été nommé supérieur de la nouvelle province de l’Espagne méditerranéenne, mais il n’a pas eu le temps d’occuper cette fonction : à peine quelques mois plus tard, le 25 mars 2014, le Chapitre général l’a élu recteur majeur de la congrégation. Il a été reconfirmé dans cette responsabilité pour un deuxième sextennat le 11 mars 2020. Durant son mandat, il a visité à ce jour 118 pays.

    Sur les sujets pastoraux, Don Ángel est un proche de Bergoglio. Passionné d’éducation, il a le souci notamment des jeunes prisonniers. Accompagner les jeunes dans la vie, « c’est dans mon ADN, et partout où j’irai et quoi qu’on me demande de faire, l’accent sera toujours mis sur les jeunes, l’éducation, les plus vulnérables », a-t-il affirmé.

    Dans un entretien en 2018, il déplorait les politiques anti-migrations comme « inhumaines ». Une position qu’il a renouvelée après sa nomination en 2023, s’opposant à une vision sécuritaire, en arguant « qu’une autre personne ne constitue pas un danger ». Sur la guerre en Ukraine également, il a soutenu la ligne du pape François.

    Ces dernières années, avec le père Ángel Fernández Artime à leur tête, les salésiens se sont rapprochés du Vatican, notamment en signant un partenariat avec le dicastère pour la Communication en 2017.

    À la veille de la fête de saint Jean Bosco, lors de l’angélus du 30 janvier 2022, le pape François a confié avoir prié pour tous les membres de la famille salésienne en suivant à distance la messe célébrée à Turin par Don Ángel Fernández Artime, dans le sanctuaire de Marie Auxiliatrice. Il a rendu hommage à ces religieux « qui font tant de bien dans l’Église » partout dans le monde. Son choix d’inclure le recteur majeur au sein du Collège cardinalice a été salué comme une volonté de reconnaître l’œuvre de cette congrégation.

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Agostino Marchetto, nonce apostolique, Italien, 83 ans, fait partie des nouveaux cardinaux © capture d'écran

    Les trois cardinaux non-électeurs du consistoire du 30 septembre

    Parmi les 21 nouveaux cardinaux qui seront créés le 30 septembre 2023, le pape François a choisi trois non-électeurs en cas de conclave – ils ont dépassé l’âge limite des 80 ans. I.MEDIA publie le portrait de ces trois hommes, un Italien, un Vénézuélien et un Argentin.

    Père Luis Pascual Dri, confesseur au sanctuaire de Notre-Dame de Pompei, Argentin, 96 ans

    Le religieux capucin argentin de 96 ans, né à Federación, dans la province d’Entre Ríos, le 17 avril 1927, constitue la grande surprise de la liste des nouveaux cardinaux. Ce simple prêtre confesseur au sanctuaire de Notre-Dame de Pompéi, à Buenos Aires, a connu personnellement Padre Pio. Il a souvent été cité par le pape François comme un modèle de prêtre miséricordieux, dont le seul scrupule serait d’avoir « trop pardonné ».

    D’une famille de paysan – il a travaillé dans les champs dès son plus jeune âge –, il est entré au séminaire des capucins en janvier 1938, à l’âge de 11 ans, et a pris l’habit capucin le 21 février 1945. Le 29 mars 1952, il a été ordonné prêtre à Montevideo. Il a été notamment directeur de petit séminaire, formateur des novices, et éducateur en Uruguay, jusqu’en 1974. Nommé ensuite curé de plusieurs églises en Argentine, dont celle de Mar del Plata, il sert au sanctuaire Notre-Dame de Pompéi depuis 2007.

    Mgr Agostino Marchetto, nonce apostolique, Italien, 83 ans

    Né le 28 août 1940 à Vicenza (Italie), Agostino Marchetto a été ordonné prêtre en 1964. Entré dans les services diplomatiques du Saint-Siège en 1968, il a travaillé dans les représentations en Zambie, à Cuba, en Algérie, au Portugal, au Mozambique, à Madagascar et en Tanzanie avant de devenir, en 1994, nonce apostolique en Biélorussie puis de rejoindre la secrétairerie d’État en 1996, affaibli par une grave maladie.

    En 1999, Mgr Marchetto est devenu Observateur permanent du Saint-Siège auprès des organisations des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, LFAD, PAM, CMA). En 2001, Jean-Paul II (1978-2005) l’a nommé secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement. À ce poste, Mgr Marchetto n’a pas hésité à hausser le ton à plusieurs reprises et à critiquer les mesures du gouvernement italien, plus particulièrement en matière d’immigration et de sécurité, quitte à contraindre le Saint-Siège à parfois se dissocier de ses propos.

    À 70 ans, Mgr Marchetto a usé du privilège accordé aux nonces apostoliques de partir à la retraite dès 70 ans, au lieu de 75 ans. Depuis, le prélat s’est consacré à l’étude de l’histoire du Concile Vatican II (1962-1965), dont il est l’un des experts. Il s’est illustré comme le partisan d’une lecture de l’événement en continuité et non en révolution. Dans la presse, il a récemment confié que le Synode qui s’ouvre à Rome sur l’avenir de l’Église n’est pas un concile Vatican III. Résident de la Casa del Clero à Rome, Mgr Marchetto y a côtoyé le cardinal Bergoglio qui y logeait lors de ses passages dans la Ville éternelle avant d’être élu sur le Trône de Pierre en 2013.

    Mgr Diego Rafael Padrón Sánchez, archevêque émérite de Cumaná, Vénézuélien, 84 ans

    Né à Montalbán le 17 mai 1939, le Vénézuélien de 84 ans a étudié la théologie biblique à l’Université pontificale grégorienne de Rome et à l’Institut franciscain de Jérusalem-Israël. Ordonné prêtre le 4 août 1963, il a été curé de diverses paroisses de Valencia. En 1990, Jean-Paul II l’a nommé évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Caracas, puis en 1994, évêque du diocèse de Maturín et en 2002 archevêque métropolitain de l’archidiocèse de Cumaná.

    Il a été président de la conférence épiscopale vénézuélienne pendant deux périodes consécutives, de 2012 à 2018. À ce poste, il a incarné la résistance de l’Église locale face aux abus de pouvoir du régime populiste de gauche de Nicolas Maduro. Il a notamment travaillé en étroite collaboration avec Mgr Pietro Parolin, nonce au Venezuela de 2009 à 2013, avant que celui-ci ne soit appelé à Rome comme secrétaire d’État du Saint-Siège. Son action n’est pas passée inaperçue auprès du pape François qui s’est impliqué personnellement dans la situation politique du pays, appelant à plusieurs reprises à la réconciliation. Mgr Diego Rafael Padrón Sánchez est actuellement curé de La Inmaculada de Camoruco, dans l’archidiocèse de Valencia. (cath.ch/imedia/ak/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    La notoriété internationale de Mgr Aguiar vient essentiellement de sa mission de président de la Fondation des JMJ de Lisbonne © Flickr/JMJ Lisboa

    Américo Aguiar: un jeune cardinal organisateur pour le Portugal

    Lorsque Mgr Américo Manuel Alves Aguiar a appris qu’il était nommé cardinal, il se trouvait dans un entrepôt, où il assemblait des kits pour les pèlerins des JMJ de Lisbonne 2023. Connu pour être le principal organisateur de cette grande rencontre, il sera le deuxième plus jeune cardinal après le consistoire du 30 septembre 2023. Malgré ses 49 ans, il est connu dans son pays pour être un communiquant et un gestionnaire compétent, ayant exercé de nombreuses responsabilités au cours des dernières années.

    Neuf jours avant de devenir le quatrième cardinal électeur portugais, l’ancien évêque auxiliaire de Lisbonne s’est vu confier un nouveau rôle, celui d’évêque du diocèse de Setúbal, au sud de la capitale. Pressenti un temps à Lisbonne, le pape lui donne donc une mission en périphérie, un fil rouge de son pontificat.

    Né le 12 décembre 1973 dans une petite ville du nord du Portugal, ce dernier de sept enfants est entré au séminaire en 1995, après une brève expérience professionnelle en tant que conseiller municipal d’une petite ville de la région de Porto sous l’étiquette du parti socialiste. Il a été ensuite été ordonné prêtre pour le diocèse de Porto le 8 juillet 2001, à l’âge de 27 ans.

    Sa biographie sur le site du Patriarcat de Lisbonne indique qu’il a rapidement accédé à plusieurs responsabilités au sein de l’Église. Il a été chef du bureau de la communication du diocèse de Porto de 2002 à 2015 et vicaire général et responsable du cabinet de l’évêque de Porto de 2004 à 2015. Il a également été vice-recteur du sanctuaire diocésain de Santa Rita de 2007 à 2015, et président de la Confrérie des Clercs de 2011 à 2020. Au niveau de la Conférence épiscopale portugaise, il a été directeur du secrétariat national des communications sociales entre 2016 et 2019.

    Les JMJ: coup de projecteur sur Mgr Aguiar

    Le pape François l’a nommé évêque auxiliaire de Lisbonne le 1er mars 2019 et son ordination épiscopale a eu lieu le 31 mars de la même année. Après son entrée dans l’épiscopat, il est aussi devenu directeur du Département de communication du patriarcat de Lisbonne, président du conseil d’administration de Grupo Renascença Multimédia et aumônier national de la Ligue portugaise des pompiers.

    Cependant, sa notoriété internationale vient essentiellement de sa mission de président de la Fondation des JMJ de Lisbonne, qui a organisé le grand rassemblement de jeunes du monde entier en août 2023. Mgr Aguiar est devenu le visage de cet événement, n’hésitant jamais à répondre aux questions percutantes des médias sur des sujets controversés.

    Par exemple, Mgr Aguiar a réagi rapidement lorsque, en janvier 2023, une polémique a éclaté au Portugal au sujet du coût élevé de l’autel-scène, financé par la mairie de Lisbonne, où le pape François a célébré la messe finale avec les jeunes. Après des discussions avec les autorités, le coût a baissé de 4,2 millions d’euros à 2,9 millions.

    Dans une autre interview en juillet 2023, Mgr Aguiar a suscité la controverse en déclarant que les organisateurs ne voulaient pas « convertir les jeunes au Christ ou à l’Église catholique». Il a plus tard précisé au média américain The Pillar qu’il ne «voyait pas les JMJ comme une occasion de prosélytisme actif», mais que «l’objectif était que chacun, une fois rentré chez lui, se sente appelé à la conversion, […] marqué par l’expérience d’avoir rencontré ces jeunes qui veulent témoigner du Christ vivant».

    Ces premiers JMJ post-pandémie ont été un succès en terme d’affluence, avec la participation d’un million et demi de jeunes du monde entier lors du week-end final, mais l’événement a été émaillé de polémiques sur les conditions de transport et d’hébergement de certains groupes, et sur une trop forte attention apportée à la dimension festive du rassemblement, au détriment des temps de silence et de prière.

    Des opinions divisés sur Mgr Aguiar

    Les multiples portraits publiés dans les médias portugais révèlent des opinions contrastées sur Mgr Aguiar. Plusieurs prêtres et catholiques cités dans les articles louent le charisme du futur cardinal, son sens de l’humour et son dymamisme en terme d’organisation logistique. Certains critiquent cependant son apparente superficialité ou un manque de profondeur spirituelle. D’autres notent que ces opinions contrastées pourraient l’avoir conduit à ne pas être nommé patriarche de Lisbonne. Le cardinal Manuel José Macário do Nascimento Clemente, qui avait atteint le seuil des 75 ans et avait annoncé son retrait, a été remplacé peu après les JMJ par Mgr Rui Manuel Sousa Valério, 58 ans, qui était alors évêque aux Armées.

    Néanmoins, il est certain que les observateurs du Vatican et de l’Église feront désormais attention à ce jeune prélat, qui sera désormais chargé de diriger le diocèse de Setúbal, suffragant du patriarcat de Lisbonne et qui était vacant depuis janvier 2022. Ce diocèse, qui a aussi fait partie du dispositif d’accueil des pèlerins des JMJ durant la semaine du rassemblement final, avec celui de Santarém, compte une soixantaine de prêtres diocésains pour une population totale d’environ 780’000 habitants. Le cardinal Aguiar, qui restera cardinal électeur jusqu’en 2053, pourrait encore être appelé à de nouvelles responsabilités.

    «Ma carte de visite est de témoigner du Christ vivant. […] Je ne suis pas le sauveur du pays, je ne suis pas le messie. Je ne suis rien de tout cela, mais je suis un homme d’action», a affirmé le cardinal Aguiar aux médias portugais lors de sa nomination. (cath.ch/imedia/ic/bh)

    Articles les plus lus

    no_image
    stephen.Brislin

    Stephen Brislin: un pasteur discret mais actif

    «Je m’étonnais que le pape soit au courant de mon existence». C’est ce qu’a affirmé Stephen Brislin, archevêque du Cap (Afrique du Sud) après avoir appris, le 9 juillet dernier, que le pape François avait choisi de le créer cardinal.

    «La position d’un cardinal n’est pas censée être un honneur», a-t-il ensuite ajouté, affirmant que cette nouvelle mission devait lui permettre de « servir les gens, servir l’Église, servir la société» et «apporter un soutien au Saint-Père». Une prise de parole mesurée et humble, qui correspond bien au cardinal Brislin. Ce pasteur discret mais dévoué est connu pour son attention aux ‘derniers’ et pour être une voix active en Afrique australe sur les questions sociales et politiques.

    Stephen Brislin est né le 24 septembre 1956 dans une famille d’origine écossaise et irlandaise vivant à Welkom, une ville du nord-ouest de l’Afrique du Sud. Avant d’entrer au séminaire, il a étudié la psychologie à l’université du Cap, puis a étudié à Pretoria, Londres et Louvain avant d’être ordonné prêtre pour le diocèse de Kroonstad le 19 novembre 1983, à l’âge de 27 ans. Après diverses expériences pastorales, notamment comme curé dans son diocèse d’origine, il en a ensuite été nommé évêque en 2007 par Benoît XVI. Deux ans plus tard, il a été promu archevêque du Cap par le pontife allemand.

    De 2013 à 2019, il a été président de la Conférence des évêques catholiques sud-africains (SACBC) – qui regroupe les évêques d’Afrique du Sud, d’Eswatini et du Botswana – et en est aujourd’hui le porte-parole. Cette conférence est très active sur les questions sociales et politiques dans les pays qu’elle représente, prenant position sur des sujets complexes, comme en 2023, quand la SACBC a intenté un procès au nom des mineurs de charbon qui ont développé une maladie pulmonaire à cause de leur travail. L’Église est prête à «apporter son aide là où elle le peut afin que les droits des personnes vulnérables soient respecté», a alors déclaré Mgr Brislin.

    En tant que président de la SACBC, Mgr Brislin a également participé au Synode sur la famille en 2014 et 2015. Dans la ligne de la pensée du pape François, Mgr Brislin a alors souligné dans une interview que la priorité de l’Église est d’être une «maison pour tous», en particulier pour ceux qui ont été blessés, et que le Synode était «à la recherche d’une vérité qui s’exprime avec la miséricorde». Cette convergence avec le pontife argentin est certainement l’une des raisons de son entrée au sein du collège cardinalice.

    En ce qui concerne les unions ou mariages homosexuels, qui furent un sujet de discussion important au cours de ce Synode, Mgr Brislin a souligné que de nombreux évêques africains ne considèrent pas que les unions ou mariages homosexuels ont le même poids dans leurs pays qu’en Occident. Il a également expliqué que les pays africains n’ont pas d’opinion unique sur le sujet, soulignant par exemple que les mariages homosexuels sont légaux en Afrique du Sud. Il s’est également prononcé à plusieurs reprises contre la violence à l’égard des membres de la communauté LGBTQ+ et a déclaré qu’ils ne devraient pas faire l’objet de discriminations et devraient se sentir inclus dans l’Église.

    Le futur cardinal est aussi marqué par les blessures qui affectent encore sa nation, conséquences de l’ancien régime d’apartheid abrogé en 1991, qui prônait la ségrégation raciale. Dans une interview accordée peu après sa promotion comme cardinal, Mgr Brislin a déclaré qu’il espérait voir «l’Église travailler beaucoup plus intensément à la guérison et à la réconciliation» dans son pays. Il espère notamment que les Sud-Africains «pourront surmonter le passé de l’apartheid et cesser de classer les gens comme des Noirs, des Blancs, des métis ou des Indiens » et commencer à se «considérer comme des Sud-Africains».

    «La position de l’Église catholique contre l’apartheid et son courage n’ont jamais été suffisamment reconnus», a-t-il déclaré en recevant en 2023 un doctorat honorifique en leadership pastoral de l’Oblate School of Theology de San Antonio, aux États-Unis.

    En Afrique du Sud, considérée comme l’une des grandes puissances montantes du continent africain sur le plan politique et économique, le catholicisme est encore très minoritaire : il ne représente que 5 % de la population, dans un pays où les Églises chrétiennes sont cependant très nombreuses et dominantes. Près de 80% de la population se dit chrétienne mais les différentes dénominations protestantes y sont majoritaires, en conséquence des colonisations néerlandaise et britannique.

    Selon les statistiques de l’Annuaire pontifical, le diocèse du Cap ne compte que 5% de catholiques servis par 66 prêtres diocésains, une réalité modeste à l’échelle d’une ville de près de cinq millions d’habitants. Mgr Brislin constate d’ailleurs que le statut de minorité a habitué les dirigeants catholiques sud-africains à travailler avec les représentants des autres religions pour promouvoir des valeurs communes telles qu’une société juste et pacifique. (cath.ch/imedia)

    L’Afrique du Sud face au défi persistant de la réconciliation

    Sa présence dans la liste des nouveaux cardinaux qui seront créés par le pape François le 30 septembre 2023 a créé la surprise : Mgr Stephen Brislin, 67 ans, archevêque du Cap depuis 2009, représentera l’Afrique du Sud au sein du Sacré Collège. Cet évêque discret et humble, dont le diocèse ne compte qu’une soixantaine de prêtres, revient pour I.MEDIA sur le sens de son entrée au sein du collège cardinalice. 
    Que représente votre cardinalat pour l’Église catholique en Afrique du Sud, qui est minoritaire?
    Il est assez remarquable que nous ayons maintenant deux cardinaux, car le cardinal Napier, bien qu’il ne soit plus électeur, demeure très actif. Mon cardinalat a donc été une grande surprise pour nous tous en Afrique du Sud, où notre Église est petite mais très active. C’est un signe de reconnaissance et d’attention de la part du pape François pour les catholiques sud-africains, qui ne représentent que 6,5% de la population.
    Le combat contre le racisme est un sujet central dans de nombreux pays, en France aussi. Entendez-vous partager l’expérience de réconciliation spécifique vécue par l’Afrique du Sud après l’abolition de l’apartheid, pour la faire connaître aux cardinaux d’autres pays?
    Oui tout à fait, l’Afrique du Sud demeure le lieu d’une expérience à mieux faire connaître car nous avons su sortir de situations terribles pour aller vers la réconciliation. Mais elle n’est pas complète. Nous avons encore de vastes efforts à faire pour avancer vers le futur.
    Nous avons encore de grandes difficultés à affronter, notamment en raison des fragilités économiques qui affectent notre pays. Tellement de gens vivent encore dans une pauvreté absolue… Nous devons affronter cette question si nous voulons progresser vers une véritable réconciliation. Les gens ont besoin de vivre décemment pour construire leur avenir.
    En tant que cardinal provenant d’une Église minoritaire, vous allez aussi partager votre expérience interreligieuse et œcuménique?
    En effet, nous avons en Afrique du Sud l’expérience d’un très fort engagement interreligieux et œcuménique. Par exemple, l’Église catholique au Cap entretient de nombreuses relations avec la communauté musulmane, particulièrement les chiites. En termes d’œcuménisme, l’archevêque anglican du Cap sera présent au consistoire, je l’ai personnellement invité. Il y aura aussi des responsables d’autres Églises. C’est un grand signe de bonne entente et coopération entre chrétiens en Afrique du Sud.
    L’Afrique du Sud est aussi un pays qui accueille de nombreux migrants provenant d’autres pays, comme le Zimbabwe ou la République démocratique du Congo. Comment votre Église accompagne-t-elle ces mouvements de population?
    Absolument, l’Église joue un rôle important, notamment avec le Service jésuite des réfugiés et les pères scalabriniens qui sont très actifs dans mon diocèse, au Cap.
    Je dois souligner que l’attitude de certains Sud-Africains vis-à-vis de ces migrants a vraiment été horrible, haineuse, avec de nombreuses attaques contre ces gens. Certains ont été frappés, battus, tués… C’est absolument terrible et inacceptable ! Mais nous essayons de promouvoir ce que le pape François nous dit souvent, sur l’importance d’accueillir ces gens venus d’autres pays et de les intégrer dans notre société.
    L’Afrique du Sud est très exposée aux effets du réchauffement climatique, avec notamment des sécheresses et des interruptions d’accès à l’eau qui ont particulièrement affecté votre ville du Cap. Comment l’Église réagit-elle face à cette crise écologique?
    Cette année, grâce à Dieu, nous n’avons pas manqué d’eau au Cap, mais il est vrai que nous avons affronté ces dernières années, notamment en 2018, des sécheresses dramatiques qui n’avaient jamais eu lieu auparavant. Ces derniers mois, d’autres villes comme Pretoria ou Johannesburg ont été plus affectées que nous. Les infrastructures sont défaillantes, et les habitants des quartiers les plus pauvres sont privés d’accès à l’eau courante. Cela alimente les divisions dans la société.Nous devons particulièrement œuvrer pour l’accès de tous à l’électricité, car des coupures fréquentes touchent une grande partie de la population. Cela affecte les écoles, les commerces, les particuliers, et notamment la chaîne du froid pour l’alimentation… C’est un grand challenge pour nous d’affronter ces problèmes d’infrastructures, pour garantir des conditions de vie dignes pour notre population. I.MEDIA

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Stephen Chow., évêque de Hong Kong © Site de la conférence des jésuites d'Asie du Pacifique

    Stephen Chow, trait d'union entre Pékin et Rome

    Le 30 septembre 2023, Mgr Stephen Chow deviendra le quatrième cardinal de l’histoire de Hong Kong, un diocèse historiquement stratégique dans la relation entre l’Église catholique et la Chine.

    Né le 7 août 1959 dans une famille catholique de Hong Kong, Stephen Chow Sau-yan fréquente des établissements dominicains puis jésuites de l’archipel, dans lesquels naît sa vocation sacerdotale et son intérêt pour l’éducation. Après des études aux États-Unis, il se rend en Irlande où il décide, en 1984, d’intégrer la Compagnie de Jésus.

    De retour à Hong Kong en 1988, il commence une carrière dans l’enseignement et l’administration d’établissements scolaires jésuites. Il se rend deux ans à Chicago pour un master en développement institutionnel à la Loyola University, et est ordonné en 1994. Il poursuit ensuite sa mission dans le domaine scolaire et obtient même un doctorat en développement humain à Harvard en 2006.

    En 2018, le père Chow est élu à la tête de la province chinoise de la Compagnie de Jésus, qui couvre Hong Kong, Taïwan, Macao et la Chine continentale, ce qui le fera beaucoup voyager. Il fait aussi partie du Beijing Center, un organisme jésuite qui promeut le dialogue et l’amitié entre la Chine et les autres cultures, avec pour modèle le grand missionnaire jésuite du XVIe siècle Matteo Ricci.

    Évêque par obéissance

    Lorsque Mgr Michael Yeung, évêque de Hong Kong depuis 2017, meurt en 2019, la question de son remplacement s’avère complexe pour Rome : l’accord pastoral sur la nomination des évêques a été signé en 2018 par Rome et Pékin. Il implique que le gouvernement ait son mot à dire sur les nominations sur son territoire, dont fait partie Hong Kong. Le diocèse compte encore deux évêques émérites importants : les cardinaux Joseph Zen et le cardinal John Tong Hon. Le premier, en particulier, est un adversaire très médiatisé du Parti communiste chinois, dont il dénonce les persécutions à l’encontre des catholiques chinois, et apporte ouvertement son soutien au mouvement pro-démocratie qui combat l’emprise progressive de Pékin sur l’enclave hongkongaise.

    Pendant ses années, la nomination de l’évêque auxiliaire, Mgr Joseph Ha Chi-shing, est envisagée. Cependant, sa participation à des manifestations pro-démocratie en 2019 rend sa nomination trop compliquée. En décembre 2020, le pape François demande alors au père Stephen Chow de devenir le 9e évêque de Hong Kong. Le jésuite refuse, ne se sentant pas taillé pour la tâche. Mais devant l’insistance du pontife, il finit par accepter « par obéissance » en mai 2021, en lui demandant seulement de décaler son ordination épiscopale à la fin de l’année, le 4 décembre 2021, pour lui permettre de mettre ses affaires en ordre.

    Mgr Chow est un choix stratégique : en tant que jésuite, il bénéficie de l’aura de Matteo Ricci, très respecté en Chine, et qui sera suivi d’une longue tradition de dialogue respectueux entre la Compagnie de Jésus et la Chine, qui lui donne notamment accès aux universités chinoises. De plus, contrairement au cardinal Zen, très marqué par les persécutions subies par sa famille sous Mao, Mgr Chow fait partie d’une nouvelle génération de Hongkongais qui souhaite renouer avec la Chine continentale. Il est ainsi très favorable à la ligne d’ouverture mise en œuvre par le Saint-Siège.

    Hong Kong, diocèse-pont

    « Nous sommes un pont entre la Chine, la Chine continentale, et l’Église universelle », confie-t-il à I.MEDIA. Mais s’il travaille avec la secrétairerie d’État et le cardinal Pietro Parolin sur les questions chinoises, il insiste sur le fait qu’il ne travaille pas « pour eux ». En effet, pour lui, la proximité « personnelle » qu’il lui revient de créer avec les catholiques et non-catholiques de Chine est au moins aussi importante que la relation « officielle » à laquelle travaille Rome. Cette dernière, reconnaît-il prudemment, « ne permet pas une très bonne communication » pour l’instant.

    Afin d’initier un nouveau chemin de discussion avec la Chine, il a effectué un voyage pastoral inédit à Pékin en 2023 pendant lequel il a pu échanger avec la communauté et les autorités catholiques de la capitale chinoise.

    Plus généralement, l’évêque de Hong Kong évite toute confrontation avec le pouvoir, ce qui ne l’empêche néanmoins pas de l’interpeller. En 2023, il a notamment plaidé pour une attitude clémente envers les personnes emprisonnées depuis les manifestations de 2019, et a appelé le gouvernement à établir des limites à la loi sur la sécurité, qui restreint depuis 2019 les libertés individuelles à Hong Kong au nom de la lutte contre les influences étrangères. Il compte aussi sur la conciliation et le rapprochement pour permettre aux nombreux missionnaires présents dans son diocèse de continuer à jouer leur rôle, en Chine notamment.

    S’il s’est dit surpris par l’annonce de sa création cardinalice, il attribue la décision du pape à l’importance de son diocèse, et le voit comme un encouragement à ce que Hong Kong contribue à renforcer les échanges entre la Chine et le reste du monde. (cath.ch/imedia/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Le nouveau cardinal Angel Sixto Rossi est un proche du pape François © Romanuspontifex/Flickr/CC BY-SA 2.0

    Le cardinal Ángel Sixto Rossi, un compagnon de route de François

    Ángel Sixto Rossi figure parmi les trois cardinaux argentins choisis par le premier pape latino-américain pour intégrer le Sacré Collège le 30 septembre 2023. L’archevêque de Cordobà, qui a eu 65 ans le 11 août 2023, est un proche du pape François, de par sa nationalité argentine mais aussi par son appartenance à la Compagnie de Jésus.

    Il est connu pour son engagement au service des plus pauvres dans ce pays marqué par de fortes disparités sociales. Son nom est aussi attaché à de nombreux ouvrages de spiritualité, notamment sur sainte Thérèse de Lisieux.

    Né en 1958 à Cordobà, Ángel Rossi est entré en 1976 dans le noviciat de la province des jésuites d’Argentine, alors dirigée par le Père Jorge Mario Bergoglio, dans le contexte douloureux de la dictature militaire. Après avoir notamment étudié en Équateur, il a soutenu à l’Université grégorienne de Rome une thèse sur le discernement spirituel chez saint Ignace.

    Il a été ordonné prêtre pour la Compagnie de Jésus en 1986. Son activité en tant que jésuite a notamment été marquée par son engagement social: entre 1990 et 1992, alors qu’il était curé de la paroisse d’El Salvador, à Buenos Aires, il a créé le 'Hogar San José’, qui vient en aide aux personnes de la rue. Il a par ailleurs fondé en 1992 la Fondation 'Manos Abiertas’ (‘Mains ouvertes’) qui apporte une assistance aux personnes les plus pauvres et vulnérables dans 10 villes d’Argentine.

    La «petite voix» de Thérèse

    Tout comme son ancien provincial Jorge Mario Bergoglio, il est devenu un prédicateur de retraites apprécié pour sa façon de présenter les Exercices spirituels à des groupes de prêtres, de religieux et de laïcs. Il a également publié plusieurs livres de spiritualité, notamment Teresa, en 1999, qui a contribué à faire connaître la «petite voie» de sainte Thérèse de Lisieux auprès du public hispanophone.

    Il y détaille notamment les conseils de sainte Thérèse pour vaincre les tentations: «montrer son visage au mal» et «le tuer avec l’indifférence»; «aller voir Jésus et lui dire ce qui est en train de se passer»; et enfin «offrir et réparer pour les autres ce que l’on est en train de vivre avec douleur».

    Appelé à l’épiscopat dans un pays marqué par la violence

    Le pape l’a appelé à l’épiscopat en 2021, pour prendre les rênes du diocèse de Cordobà, qui compte quelque 2,3 millions d’habitants, desservis par environ 300 prêtres. Ángel Sixto Rossi exerçait alors les mandats de conseiller de la province Argentine-Uruguay de la Compagnie de Jésus et de coordinateur de l’équipe missionnaire itinérante et assistant spirituel de la Fondation Manos Abiertas.

    En tant qu’archevêque, il a poursuivi son engagement auprès des plus pauvres, prenant notamment la défense d’un prêtre dirigeant un centre de réhabilitation pour les toxicomanes, qui avait été ciblé par des tirs, sans que la police ne réagisse. Après cet incident, Mgr Rossi a rencontré les autorités politiques afin de «réfléchir à une stratégie plus réelle et plus agressive dans le bon sens du terme», afin d’empêcher sa ville de devenir le lieu d’une guerre des gangs, comme Rosario, ville symbole de la dégradation sécuritaire de l’Argentine.

    L’annonce de son cardinalat l’a surpris, mais il s’est dit prêt à continuer à «aimer et servir», conformément à sa devise épiscopale, rappelle Vatican News. Dans le contexte chaotique de l’Argentine en pleine campagne électorale, il explique que chaque citoyen doit chercher à contribuer, depuis sa propre position, à la construction d’un pays meilleur.

    Avec sept cardinaux au total, une présence renforcée de l’Argentine

    Après sa promotion, l’Argentine comptera quatre cardinaux électeurs. Mais le cardinal Rossi sera le seul à diriger un diocèse dans le pays natal du pape François. Mgr Victor Manuel Fernández, proche conseiller du pape François et nouveau préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, a également été créé ce 30 septembre.

    Les deux autres cardinaux électeurs argentins n’ont plus de charge mais demeureront électeurs jusqu’à leur 80e anniversaire: il s’agit du cardinal Leonardo Sandri, préfet émérite du dicastère pour les Églises orientales, qui aura 80 ans le 18 novembre prochain, et du cardinal Mario Aurelio Poli, archevêque émérite de Buenos Aires, qui restera électeur jusqu’en 2027. L’actuel archevêque de la capitale argentine, Mgr Jorge Ignacio Garcia Cuerva, récemment entré en fonction, n’a pas été intégré parmi les nouveaux cardinaux.

    En revanche, durant ce consistoire, le pape a aussi créé cardinal, mais non électeur, un simple prêtre confesseur de nationalité argentine ayant longtemps servi en Uruguay, le Père Luis Pascual Dri. La présence de ce religieux capucin de 96 ans, qui avait connu personnellement Padre Pio, a constitué une grande surprise lors de l’annonce du consistoire, le 9 juillet dernier.

    Deux autres Argentins figurent parmi les cardinaux non-électeurs. Le cardinal Esteban Karlic, 97 ans, archevêque émérite de Paraná, avait été intégré dans le Sacré Collège en 2007 par Benoît XVI, qui avait travaillé avec lui lors de la rédaction du Catéchisme de l’Église catholique. Enfin, le cardinal Luis Héctor Villalba, 88 ans, archevêque émérite de Tucumán, avait été créé cardinal par François en 2015. (cath.ch/imedia/cv/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr José Cobo Cano, a avait pris possession de sa charge d’archevêque de la capitale espagnole le 8 juillet 2023 © C.Viet I.MEDIA

    José Cobo Cano, porte-voix d'une nouvelle génération d'évêques en Espagne

    Le pape François n’aura pas laissé longtemps le siège de Madrid sans cardinal : Mgr José Cobo Cano, nommé le 12 juin 2023, avait pris possession de sa charge d’archevêque de la capitale espagnole le 8 juillet suivant avant d’apprendre son cardinalat moins de 24h plus tard, son nom figurant dans la liste des nouveaux cardinaux présentée par le pape François lors de l’angélus du 9 juillet. Ce jeune archevêque au profil ‘bergoglien’ incarne la transformation de l’Église d’Espagne, assumant de témoigner de la présence de Dieu dans une société sécularisée.

    Né le 20 septembre 1965 dans un village d’Andalousie, José Cobo Cano a effectué des études de droit civil à Madrid, avant d’entrer au séminaire de la capitale espagnole et de se spécialiser dans les sciences morales et sociales, un domaine dans lequel il a notamment enseigné au Centre d’études sociales de la Caritas diocésaine de Madrid.

    Ordonné prêtre le 23 avril 1994 pour le diocèse de Madrid, il a d’abordé été affecté aux Hermandades del Trabajo – les ‘fraternités du travail’, un organisme de soutien aux travailleurs – avant de devenir vicaire en paroisse en 1995, puis curé en l’an 2000 et enfin vicaire épiscopal de la zone Nordeste en 2015.

    Le pape François l’a nommé évêque auxiliaire de Madrid le 19 décembre 2017, et il a été ordonné dans sa charge le 17 février 2018. Au sein de la Conférence des évêques d’Espagne, il est membre de la commission épiscopale pour la pastorale sociale et la promotion humaine, où il a notamment participé à la pastorale dédiée aux migrants, un thème qui lui est cher. Il est par ailleurs engagé dans la lutte contre les abus, et l’accompagnement des victimes.

    L’émergence d’un nouveau visage pour l’Église d’Espagne

    Après avoir travaillé auprès du cardinal Carlos Osoro Sierra durant cinq ans, Mgr Cobo Cano a donc été appelé à lui succéder. Le pape François a ainsi manifesté encore fois sa volonté de faire émerger une nouvelle génération de quinquagénaires durablement installés à la tête de grands diocèses, comme à Malines-Bruxelles ou Buenos Aires. Sa nomination a suscité certaines critiques en Espagne, quelques prêtres lui reprochant son manque d’expérience. Ses prédécesseurs avaient en effet tous vécu une expérience de gouvernement dans d’autres grands diocèses avant leur nomination à Madrid.

    Son cardinalat rapide est aussi une surprise dans la mesure où son prédécesseur, le cardinal Carlos Osoro Sierra, demeurera cardinal électeur jusqu’au 16 mai 2025. Madrid aura donc deux cardinaux électeurs, l’archevêque en poste et l’émérite : un fait rare dans l’histoire du collège cardinalice, l’usage dans les diocèses étant habituellement d’attendre le 80e anniversaire du titulaire précédent pour élever son successeur à la pourpre cardinalice.

    À seulement 58 ans, Mgr Cobo Cono incarne une nouvelle génération d’évêques, détachés de l’histoire douloureuse de l’Église d’Espagne dans le contexte du franquisme. « Je crois que le pape a voulu mettre en avant une nouvelle génération, avec un profil pastoral, avec l’expérience de la paroisse. C’est aussi cela que je vais apporter dans le collège des cardinaux », confie-t-il à I.MEDIA.

    Il reconnaît que l’Espagne traverse « une période compliquée sur le plan politique » et doit faire face à de nombreux changements : « les migrations, les inégalités terribles, l’évolution du rôle de la femme, dans l’Église comme dans la société ». Mais il explique que « l’Église doit apprendre à écouter ces signes des temps » et que l’assemblée synodale, dont il sera l’un des acteurs, doit « aider à donner des réponses en partant de l’Évangile ».

    S’il reconnaît que « l’Église perd de l’influence sur un plan sociologique », il invite à voir ce moment historique comme une « opportunité », rappelant que « l’Église peut être minoritaire » tout en restant « significative pour les gens ».

    « J’ai visité des villages dans lesquels il n’y avait que quatre personnes dans la paroisse, mais l’église restait ouverte, avec une disponibilité pour les gens qui voulaient venir parler de leurs problèmes », témoigne Mgr Cobo Cano, lui-même venu du monde rural. « Si quelqu’un se sent bien dans une église, dans une communauté, cela vaut la peine, même si les chrétiens ne sont pas nombreux », insiste-t-il.

    L’arrivée des migrants, une opportunité pour « rajeunir » les paroisses

    Tout comme aux États-Unis où les anciens bastions catholiques traversent une période de déclin alors que l’immigration latino-américaine revitalise certaines paroisses, la capitale espagnole change de visage avec l’arrivée de nombreux migrants, dont beaucoup sont catholiques.

    « Quand je visite les paroisses de Madrid, je vois des visages péruviens, colombiens, vénézuéliens, ou même chinois… Cela aide les paroisses à se rajeunir, s’enrichir, à vivre une autre façon d’être Église », souligne-t-il, tout en reconnaissant que certains Espagnols, dans un premier temps, ont vécu ces arrivées de migrants d’Amérique latine comme une « invasion ». « Grâce à l’Église, à l’intégration qu’elle promeut, les choses ont changé », assure-t-il.

    Pour lui, l’Église catholique ne doit plus être perçue comme « un prestataire de services », notamment pour célébrer des sacrements, mais d’abord « offrir du sens ». « Il faut expliquer que l’homme ne se fait pas lui-même, mais qu’il vient de Dieu… Expliquer aux pauvres, aux migrants, aux familles, que la vie vaut d’être vécue. Il faut parler de Dieu non pas comme une idée mais comme une expérience concrète », insiste-t-il.

    Il explique aussi que Madrid reste marquée par l’accueil des Journées mondiales de la jeunesse, en 2011. « Les jeunes ont aussi besoin de spiritualité, de trouver la présence de Dieu. Il faut connecter leur propre ‘soif’ avec notre expérience de Dieu », confie le jeune cardinal. (cath.ch/imedia/cv/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Grzegorz Ryś, un évêque polonais investi dans la nouvelle évangélisation © DR

    Grzegorz Ryś, un évêque polonais investi dans la nouvelle évangélisation

    Mgr Grzegorz Ryś, historien médiéviste de 59 ans, est le premier membre de la Conférence des évêques de Pologne à être créé cardinal par le pape François. En choisissant l’archevêque de Łódź, un diocèse à la taille et au poids historique moindre que celui de villes historiquement cardinalices comme Cracovie, le pape François a opté pour un évêque confronté aux défis de la sécularisation, et doté d’un rayonnement international.

    Mgr Grzegorz Ryś voit le jour le 9 février 1964 à Cracovie, ville où il sera baptisé par un acteur important de la vie ecclésiale et politique de la Pologne de l’entre-deux-guerres : Ferdinand Machay (1889-1967). Ce prêtre fut membre du Comité national polonais installé à Paris de 1917 à 1919, et fut nommé sénateur en 1938 par le président Ignacy Mościcki, avant de devenir archiprêtre de la basilique Sainte-Marie de Cracovie de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à sa mort.

    Les restrictions imposées à l’Église catholique par le régime communiste n’empêchent pas Grzegorz Ryś de commencer en 1982 un long cursus universitaire au sein des facultés de théologie et d’histoire de l’Église de l’Académie pontificale de théologie de Cracovie. Plus tard, en 1994, il soutiendra un doctorat en théologie avec une thèse sur la piété populaire en Pologne au Moyen-Âge, et il obtiendra l’habilitation universitaire en 2000 avec une autre thèse consacrée au prédicateur Jan Hus, un religieux exécuté en 1415, fondateur d’une Église dissidente encore active en République tchèque et considéré comme un précurseur de la Réforme protestante.

    Entre temps, Grzegorz Ryś est ordonné prêtre en 1988 pour le diocèse de Cracovie par le cardinal Franciszek Macharski, dont le long épiscopat dans cette ville, de 1978 à 2005, couvrira l’ensemble du pontificat de Jean-Paul II, son prédécesseur comme archevêque de Cracovie. Mgr Ryś se situe dans la filiation de ce cardinal décédé en 2016 au surlendemain de la clôture des JMJ organisées dans sa ville, et dont il a notamment repris la croix pectorale.

    Après avoir servi comme prêtre en paroisse en Pologne, mais aussi à Londres, Grzegorz Ryś occupe la chaire d’Histoire médiévale au sein de la faculté d’histoire de l’Université pontificale Jean-Paul II. Il assume aussi la direction des archives diocésaines de Cracovie et il œuvre comme consultant pour la radio et la télévision polonaise, notamment lors des voyages de Jean-Paul II dans son pays natal. Connu aussi pour avoir publié de nombreux ouvrages d’histoire et de spiritualité et apprécié pour ses prédications, Grzegorz Ryś devient recteur du Grand séminaire de Cracovie en 2007, avant d’être nommé évêque auxiliaire de Cracovie par Benoît XVI en 2011.

    Exerçant alors la charge du vicaire général auprès du cardinal Stanislaw Dziwisz – l’ancien secrétaire de Jean-Paul II, devenu à son tour archevêque de Cracovie en 2005 -, Mgr Ryś ne sera pas directement impliqué dans l’organisation logistique des Journées mondiales de la jeunesse de juillet 2016, mais se voit confier les méditations du chemin de croix. Dans le contexte du Jubilé de la Miséricorde, ces méditations tournées vers « les petits de l’Évangile » sont articulées autour de sept œuvres corporelles et autant d’œuvres spirituelles : loger les pèlerins, donner à manger aux affamés, visiter les prisonniers, pardonner les offenses, instruire les ignorants, supporter patiemment les personnes pénibles…

    L’Église polonaise face à la sécularisation

    En 2017, le pape François le nomme archevêque de Łódź, une ville marquée par une forte diversité religieuse en tant que foyer historique de la présence juive en Pologne, et par une sécularisation croissante. Particulièrement investi dans la mémoire de la Shoah et le développement de l’amitié judéo-chrétienne, l’archevêque prend également des décisions importantes pour l’avenir de son diocèse, notamment l’établissement du diaconat permanent et la création du séminaire international pour la nouvelle évangélisation Redemptoris Mater.

    Il est proche du Chemin néo-catéchuménal, qu’il a découvert à Londres dans les années 1990 : il avait à ce titre participé au Jubilé du Renouveau charismatique à Rome en 2017. Son implication dans la « Nouvelle Évangélisation » et les pèlerinages de jeunes, notamment à Taizé, lui ont permis de gagner une visibilité nationale et internationale.

    Dans cette charge d’archevêque de Łódź, un diocèse de 1,4 million d’habitants et comptant environ 550 prêtres incardinés, Mgr Ryś devient l’un des principaux relais des orientations du pape François, notamment en articulant les défis de l’Église universelle avec les spécificités de la réalité polonaise. Signe de la confiance que lui accorde le pape, il exerce parallèlement en 2020 la charge sensible d’administrateur apostolique du diocèse de Kalisz, dont l’évêque titulaire, Mgr Edward Janiak, sera contraint de démissionner pour avoir couvert des abus sexuels sur mineurs commis par un prêtre.

    Distance par rapport à la politique

    Dans le contexte tendu et polarisé de la campagne pour les élections du 15 octobre 2023, Mgr Ryś invite l’Église catholique à se tenir à distance des débats afin d’éviter tout risque d’instrumentalisation. « Nous avons demandé aux hommes politiques de ne pas impliquer l’Église dans la campagne », insiste Mgr Ryś dans un entretien à l’agence KAI. « Les relations entre l’Église et le monde politique doivent être organisées comme le stipulent notre concordat et la constitution polonaise. L’intention ne devrait pas être d’introduire ou d’approfondir les divisions dans la société », martèle-t-il.

    Parfois critiqué pour ses nombreux voyages à Rome et un certain éloignement de la gestion ordinaire de son diocèse, le nouveau cardinal polonais, qui n’a que 59 ans, pourrait se voir confier de nouvelles charges, à Cracovie, à Varsovie – deux diocèses dont les archevêques s’approchent du seuil des 75 ans – ou au Vatican, où la présence polonaise s’est réduite ces dernières années.

    Il est le premier évêque actif en Europe centrale à se voir créer cardinal par le pape François, mais un autre Polonais avait été promu en 2018 : le cardinal Konrad Krajewski, intégré en tant qu’aumônier apostolique et désormais préfet du dicastère pour le Service de la charité, est devenu l’une des figures clés du pontificat, notamment en effectuant de nombreuses missions en Ukraine. Les cardinaux Krajewski et Ryś porteront ainsi la voix du pape François dans des Églises d’Europe centrale et orientale parfois déstabilisées par certaines orientations du pontificat actuel, et pourront relayer leurs préoccupations à Rome. (

    Articles les plus lus

    no_image
    Victor Manuel Fernandez a été créé cardinal par le pape François le 30 septembre 2023 © Keystone

    Le cardinal Víctor Manuel Fernández, plume du pape François

    Le pape François a promu à la pourpre cardinalice l’archevêque argentin Mgr Víctor Manuel Fernández, 60 ans, seulement quelques jours après l’avoir nommé préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF). Avec cette nomination controversée au sein de la Curie romaine, le pontife a appelé à Rome un théologien très proche de lui, considéré comme son conseiller et l’une des plumes de son pontificat.

    Né le 18 juillet 1962 à Alcira Gigena, dans la province de Córdoba, Víctor Manuel Fernández a été ordonné prêtre le 15 août 1986 pour le diocèse de Villa de la Concepción del Río Cuarto. Après des études de théologie biblique à l’Université pontificale grégorienne à Rome, il a fait un doctorat en théologie à la faculté de théologie de Buenos Aires.

    Durant son ministère dans son diocèse de Córdoba, le Père Fernández a été curé de paroisse, mais aussi formateur au séminaire, responsable pour l’œcuménisme et pour la catéchèse. Il a fondé par ailleurs un Institut de formation des laïcs et des enseignants. En 2008 et 2009, le Père Fernández a été président de la Société théologique argentine et doyen de la faculté de théologie de l’Université catholique argentine.

    L’une des plumes d’Amoris laetitia

    En 2009 il est nommé recteur de cette même université par celui qui était alors archevêque de Buenos Aires, le cardinal Bergoglio. Les deux hommes sont en effet proches. En 2007, ils faisaient tous deux partie du groupe de rédaction du “document d’Aparecida”, en conclusion de la Ve conférence des évêques latino-américains – un texte considéré comme programmatique du pontificat actuel. Mais la nomination du Père Fernández comme recteur reste bloquée au Vatican, obligeant le cardinal Bergoglio à venir plaider sa cause à Rome, pour obtenir finalement l’approbation de Benoît XVI en 2011.

    Signe que la proximité entre les deux Argentins s’est poursuivie: à peine deux mois après son élection, le 13 mai 2013, le pape François nomme le recteur archevêque. Mgr Fernández est consacré évêque le 15 juin de la même année. En 2014, Mgr Fernández publie un livre exposant “le projet de François” (éditions emi). Il est aussi considéré comme l’une des plumes de l’exhortation apostolique Amoris laetitia – dont une note controversée ouvre la possibilité de communion pour les personnes divorcées-remariées –, publiée à la suite du Synode des évêques de 2014 et de 2015 sur la famille, auquel il a participé.

    Le 266e pape lui confie les rênes du diocèse de La Plata en 2018. Au sein de la Conférence épiscopale argentine, il est président de la commission pour la foi et la culture de 2017 à 2023. Il est par ailleurs l’auteur de nombreuses publications traduites en diverses langues, abordant entre autres des thèmes bibliques et des questions sociales, ou encore des thématiques humaines.

    Un poste sur mesure au DDF

    Le 1er juillet 2023, le pape François le nomme préfet pour succéder au jésuite espagnol Luis Ladaria à la tête du dicastère pour la Doctrine de la foi, le «gardien du dogme» au Saint-Siège. Le futur cardinal reçoit aussi la charge de président de la Commission biblique pontificale et de la Commission théologique internationale.

    Cette annonce crée la surprise, alors que d’autres candidats étaient pressentis. Fait rare également: avec cette nomination, le pape François lui adresse une lettre de mission prônant l’annonce de la miséricorde et non pas la condamnation et le «contrôle».

    Le profil de l’Argentin marque une rupture. Dans un livre paru en début d’année, l’ancien préfet de la Doctrine de la foi, écarté en 2017, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, cite Mgr Fernández parmi ses détracteurs, et critique plus largement des théologiens sud-américains qui défendent «la primauté de la pastorale» sur le dogme.

    Dès l’annonce de sa nomination, Mgr Fernández multiplie les entretiens dans les médias et répond publiquement aux critiques virulentes. Certains l’accusent d’inaugurer un dicastère «contre la Doctrine de la foi», d’autres de représenter «le triomphe du relativisme». Nombre d’analyses s’étonnent que le pape, dans sa lettre de mission, semble alléger sa charge en termes de lutte contre les abus, pourtant l’une des batailles du dicastère.

    La primauté de la charité

    Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, il révèle avoir déjà refusé ce poste par le passé, ne s’estimant pas à la hauteur de la tâche sur la question des abus de mineurs, traitée par la section disciplinaire du DDF. Le pape François, explique-t-il, a cependant écarté ses réticences, en lui offrant un poste sur mesure: le nouveau préfet aura pour priorité «l’objectif principal du dicastère qui est de ‘garder la foi’».

    Dans la théologie morale, Mgr Fernández prône «la primauté de la charité», et l’écoute de «la vie des personnes les plus pauvres, les plus limitées, exclues des avantages de la société». Il exprime son souci que la miséricorde de Dieu ne soit pas niée «par un quelconque raisonnement théologique», estimant que «cela nous oblige à repenser beaucoup (de) choses».

    Une mauvaise gestion d’un cas d’abus à La Plata?

    L’organisation américaine BishopAccountability.org, qui gère des archives sur les abus commis dans l’Église catholique, a qualifié le choix du pape François de «déconcertant et troublant». D’après elle, le prélat aurait mal géré le cas d’un prêtre pédophile dans le diocèse de La Plata, en 2019. Pour l’organisme, Mgr Fernández «aurait dû faire l’objet d’une enquête, et non être promu à l’un des postes les plus élevés de l’Église».

    Dans un entretien à l’agence AP, l’archevêque argentin a reconnu ses erreurs dans la gestion de cette affaire. «Je ne peux pas dire que j’ai commis un crime ou quelque chose contre ce qui était établi à l’époque, mais j’aurais pu être un bien meilleur père, un bien meilleur pasteur et beaucoup plus efficace», a-t-il confié.

    Le nouveau préfet a pris ses fonctions au sein de son dicastère le 11 septembre dernier. (cath.ch/imedia/ak/rz)

    Articles les plus lus