Nous avons entendu nos voisins chanter «Deutschland über alles in der Welt!». A la même époque, nous avons prié pour «notre patrie incomparable» et, avant que Jean Ziegler nous en fasse douter, nous avons aussi cru «La Suisse au-dessus de tout soupçon». Et l’emphase continue. Notre droit suisse primerait sur le droit international, comme voudrait nous le faire croire maintenant un leader populiste. Il est possible que le peuple suisse doive décider un jour si vraiment il en est bien ainsi. Alors, «Y en a point comme nous!», ainsi que par dérision le chantait sur nos ondes Jack Rolland, bien trop tôt disparu? Quand les politiciens s’égarent, les humoristes prennent la relève et remettent les pendules à l’heure et l’église au milieu du village.Depuis deux siècles, des nations revenues de leurs guerres intestines ont tenté de dépasser leurs conflits récurrents en créant un droit international. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et les Conventions de Genève en sont de brillants exemples. La Cour européenne des droits de l‘homme ne fait qu’appliquer ces normes fondamentales. Les juristes qui les ont formulées se sont réclamés de valeurs et normes qu’ils estimaient universelles, conformes aux exigences que requiert le respect de la dignité de tout homme, quels que soient sa race, sa religion, son sexe, sa culture et sa nationalité. Pour les croyants que nous prétendons être, il n’est pas inutile de rappeler que cette législation s’inspire aussi de notre tradition judéo-chrétienne. Il est légitime de contester, au nom d’une conscience éclairée, certaines applications de ce droit international. Mais prétendre le récuser globalement sous prétexte qu’il est «étranger» est non seulement un mensonge puisque nous l’avons fait nôtre en le ratifiant, mais une stupidité, comme si notre pré carré helvétique était le seul berceau du droit. A la limite, épouser ces idées revient à promouvoir la loi de la jungle, chaque groupuscule définissant lui-même ses règles de vivre, sans tenir compte de celles émises par son voisin. Et, bonjour la guerre!Il est grand temps que le peuple suisse cesse de marcher sur sa tête.