Bonjour. Je m’appelle Hortense et j’ai 30 ans. J’ai un lien très fort avec Voyage-Partage depuis plusieurs années, car j’étais membre de l’ancien Comité. C’est d’ailleurs lors d’une séance du Comité que j’ai entendu parler d’un prêtre valaisan, le père Gabriel Carron, qui avait fondé une pastorale des prisons en Argentine. Mon père ayant vécu dans ce pays, j’ai parlé à David, le coordinateur de Voyage-Partage, de mon envie de rejoindre ce projet. Après quelques mois de préparation et d’entretien (dont un weekend de formation à Bex dont je garde un excellent souvenir), j’ai finalement décollé pour Buenos Aires le 6 avril 2010.
Je suis restée sept mois dans le pays et j’ai été intégrée parmi les volontaires argentins de la pastorale des prisons, qui rend visite aux détenus hommes et femmes, ainsi qu’aux mineurs, et à la pastorale de l’enfance à risque. Le séjour là-bas a été tellement riche en émotions, en expériences, que je ne pourrais vous le décrire plus de deux ans après être rentrée. Je vous propose donc de lire un article écrit « à chaud » que j’avais publié sur mon blog (hortense-argentine.blogspot.com) le 22 août 2010.
Silvana et Nito faisaient partie de gens suivis par la pastorale de l’enfance. Ce suivi consiste en des visites à des familles « en situation d’exclusion ». Cet article décrit l’une de ces visites.
Buenos dias, Suiza!
Maintenant, je retrouve enfin mes activités avec les pastorales. Pour le cas où vous n'aviez plus trop suivi, je vous fais la liste: visite au commissariat, atelier de cinéma à la prison, cours d'anglais et travaux manuels à Santa Rosa de Lima. Apparemment, je vais devoir laisser tomber le chœur (faute d'enfants) et l'atelier de théâtre à la prison des jeunes (faute de volontaire argentin...). Une activité me tient particulièrement à cœur: visiter la famille de Silvana et Nito à Santa Rosa de Lima, un quartier pauvre. Ces derniers vivent dans une petite maison au milieu d'un tas d'ordure, 0avec leurs 7 enfants.Samedi, je suis retournée leur rendre visite, en compagnie de Ricardo et de sa fille Julieta. Il faut relever que Julieta a 15 ans et passe tous ses samedis après-midi à Santa Rosa de Lima, qui n'est pas le quartier le plus plaisant de la ville. Chapeau Juli! Je ne sais pas si j'aurais eu la même générosité à son âge... Julieta m'explique que les baskets que l'on voit suspendues sur les fils électriques de Santa Rosa signifient que l'on peut acheter de la drogue dans telle rue. Nous voyons également une fouine suspendue au fil électrique, ce qui n'a apparemment aucune signification codée, simplement la conséquence du sadisme de quelque désœuvré. Parfois, nous avons des échos des fusillades et des règlements de compte du quartier. Ainsi, la pastorale de l'enfance exige des volontaires une conduite irréprochable au niveau de la sécurité.Mais Santa Rosa de Lima, c'est aussi le lieu où tu fais de belles rencontres. Jeudi matin, je suis allée faire de la manualidad et donner mon cours d'anglais au centre Corazón de María. J'y fabrique surtout des rosaires, des chapelles et des christs en croix, une activité bien tranquille. On colle, on passe un coup de peinture, tout en discutant avec les dames qui travaille dans le centre (la cuisine, quelle planque!). Une jeune fille de 14 ans y vient avec son fils d'une année. Je fais des risettes au bébé et la glace se rompt aussitôt. Lorsque je passe devant sa maison, le samedi, elle me fait de grands signes, alors qu'elle m'ignorait auparavant. Au retour, je croise une dame qui travaille au centre: même réaction. Les gens y sont peut-être méfiants au début, mais tellement spontanés, pleins de vie, émouvants.Quand nous allons prendre le maté dans la famille de Silvana, de la cumbia, cette musique si populaire à Santa Fe, résonne de maisons en maisons. Une voisine passe à bicyclette pour vendre du « pan casero », les enfants jouent dans la rue, ou au milieu du tas d'ordure. Samedi, Silvana nous a amenés nous promener sur une route un peu extérieure au quartier. D'un côté, des ordures, de l'autre une tranchée pleine d'eau et de déchets. La petite Valentina, une année, s'émerveille en voyant les oiseaux s'envoler des arbres, Erica et Cintia jouent avec une paire de chaussures récupérés dans les poubelles, Mamu saute dans la rigole, Silvana admire l'omnibus qui passe sur l'autoroute. Des choses simples, au milieu de la laideur, peuvent encore nous émerveiller. Parfois, en pensant à ce lieu, je me remémore cette phrase de Yasmina Khadra: « C'est au milieu du cloaque que fleurit le nénuphar ».Hortense Gianini