«Immigrés morts en mer, dans ces bateaux qui au lieu d’être un chemin d’espérance ont été un chemin de mort…. j’ai senti que je devais venir ici aujourd’hui pour prier, pour poser un geste de proximité, mais aussi pour réveiller nos consciences pour que ce qui est arrivé ne se répète pas. Que cela ne se répète pas, s’il vous plaît!»Telles sont les paroles du pape François, au début de son homélie, le lundi 8 juillet 2013. La symbolique du bateau et des dangers de la mer étaient bien présente à travers l’autel et l’ambon, support de la Parole, où François a célébré l’eucharistie.
Ce qui m’a marqué le plus, c’est la férule (croix que tient le pape lors des célébrations) du pape fabriquée avec des restes d’épaves…Bien entendu les esprits chagrins nostalgiques de l’or et de l’apparat seront surement choqués par la simplicité de notre pape… J’espère qu’ils ne sont pas choqués de ce geste symbolique qui sert justement à réveiller les consciences devant les drames de l’immigration. Cinq jours avant son voyage le pape disait au cours d’une homélie à la maison sainte Marthe le mercredi 3 juillet:
Embrasser les plaies de Jésus«Et les plaies de Jésus, tu les trouves en faisant des œuvres de miséricorde, en donnant au corps – au corps – et aussi à l’âme, mais au corps, j’insiste, de ton frère blessé, parce qu’il a faim, parce qu’il a soif, parce qu’il est nu, parce qu’il est humilié, parce qu’il est esclave, parce qu’il est en prison, parce qu’il est à l’hôpital. Voilà les plaies de Jésus aujourd’hui. Et Jésus demande de faire un acte de foi, en lui, mais à travers ces plaies.»Il ne suffit pas de «créer une fondation pour aider toutes ces personnes»: «C’est important, ça, mais en restant à ce niveau-là» les chrétiens sont «seulement des philanthropes».
Il leur faut «toucher les plaies de Jésus, caresser les plaies de Jésus, soigner les plaies de Jésus avec tendresse, embrasser les plaies de Jésus, littéralement. Pensons à ce qui est arrivé à Saint François quand il a embrassé le lépreux. La même chose qu’à Thomas: sa vie a été changée!»En résumé, le «chemin de la rencontre avec Jésus-Dieu, ce sont ses plaies. Il n’y en a pas d’autre.»Le pape François vit ce qu’il dit, il est allé «embrasser par sa présence les plaies du Christ» sur la petite île de Lampedusa. Sa férule en est le symbole magnifique.
Les gestes symboliques du pape François habillés d’humilité désacralisent-elles sa fonction sacrée? Certainement et heureusement pour ceux qui ont une conception du sacré dans la symbolique de l’argent, des richesses, du pouvoir et de la puissance…
En fait, il ne se trompe pas de lieu du sacré qui est et restera toujours le cœur de l’homme et en particulier des plus pauvres… n’est-ce pas le corps de l’homme qui devient le tabernacle de la Présence de Dieu, de son Esprit? (1 Co 6,19)
La férule du pape ne sert pas à orner les musées du Vatican mais à manifester là où est plantée aujourd’hui la croix du Christ pour donner l’espérance de la Pâques à notre monde!Le pape a terminé son homélie sur la petite île de Lampedusa par ces mots:
«Qui a pleuré?» Qui a pleuré aujourd’hui dans le monde? Seigneur, en cette Liturgie, qui est une Liturgie de pénitence, nous demandons pardon pour l’indifférence envers beaucoup de frères et sœurs; Père, nous te demandons pardon pour celui qui s’est accommodé et s’est enfermé dans son propre bien-être qui porte à l’anesthésie du cœur, nous te demandons pardon pour ceux qui par leurs décisions au niveau mondial ont créé des situations qui conduisent à ces drames. Pardon Seigneur! Seigneur, que nous entendions aujourd’hui aussi tes questions: «Adam où es-tu?», «Où est le sang de ton frère?».