Le feuilleton se poursuit. Dominique Strauss Kahn (DSK pour faire plus journalistique) est en prison. Puis DSK est devant ses juges. Il est à Broadway. Il cherche un logement. Il contre-attaque. Il va se défendre. C’est devenu «l’affaire DSK»: on en fait des débats, on interroge les sociologues, les politiciens, les proches. Il reste un homme traqué, reclus, sur la défensive… En face, une femme de chambre, victime rendue invisible, qui va devoir affronter en justice un des (ex-) puissants de ce monde.Le feuilleton pousse à bout l’inlassable chasse à la nouveauté. Sans beaucoup d’éléments neufs, d’ailleurs. Tout est en place pour l’exploitation d’une trame connue de toutes les rédactions: un bon sujet, on s’y tient, on le sert et on le ressert. Car il y a, dans cette «affaire», tous les ingrédients de la «bonne histoire». Mais pas dans le genre conte de fées. Le registre est simple, voire simpliste: la pauvre et le riche, la domestique et le puissant, l’Africaine et l’Occidental, la femme et l’homme, l’immigrée et l’«installé», la réservée et l’impudique, etc. Les ressorts psychologiques de l’affaire dépassent le tsunami initial. Elle invite à prendre parti, elle nous «cherche» au plus profond. Qu’en pensons-nous? Quelle partie soutenons-nous, celle de l’offenseur ou celle de l’offensée? Qui croyons-nous spontanément, le politicien ou la domestique?Reste, par-delà les rebondissements de l’affaire, un sentiment dominant, celui d’un immense gâchis. Gâchis de la carrière de DSK, gâchis d’une vie d’employée. Un destin promis aux plus hautes fonctions de la République est chamboulé, si les faits se confirment, par cette «sortie de route». Un autre destin, modeste, se retrouve sous les feux de la rampe, sans l’avoir recherché. Des mondes se sont rencontrés qui, d’habitude, ne font que se côtoyer. Sous nos yeux, un choc est survenu entre deux univers, choc de civilisations, dévoilement de cultures opposées.Difficile de deviner la suite des événements. Mais, aujourd’hui, le gâchis touche aussi l’engagement politique, l’image des puissants, la probité attendue des responsables publics. Après les scandales à répétition des banques, la politique subit un nouveau coup de boutoir qui sape la confiance. Inutilement.Bernard Litzler