Dans les faits, le commandement de l’amour n’est pas devenu un commandement nouveau lorsque Jésus l’a formulé. Mais il est devenu un commandement nouveau lorsque, mourant sur la croix et nous donnant l’Esprit Saint, Jésus nous rend de fait capables de nous aimer les uns les autres, infusant en nous l’amour qu’il a lui-même pour chacun de nous.
« Je vous donne un commandement nouveau: c'est de vous aimer les uns les autres». L’expression nous est familière, «le commandement nouveau», mais que veut-elle dire précisément?Commençons par le mot «nouveau», qui revient très souvent dans les lectures de ce Dimanche. Ainsi, parle-t-on d’un «ciel nouveau» et d’une «terre nouvelle», de la «nouvelle Jérusalem», de Dieu qui fait «toutes choses nouvelles» et enfin, dans notre Evangile, du «commandement nouveau»: «Je vous donne un commandement nouveau: (…) comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres».Les mots comme «nouveau» ou «nouveauté» appartiennent à ce petit nombre de mots qui nous mettent de bonne humeur et qui réjouissent le cœur parce qu’ils évoquent toujours et uniquement un sens positif. Parler de ce qui est nouveau, c’est parler de ce qui nous réjouit. Ainsi, un vêtement neuf, une vie nouvelle, un nouveau-né, un jour nouveau, une année nouvelle, voilà autant d’occasion de se réjouir!Et très souvent, vous l’avez remarqué, ce qui est nouveau devient une «nouvelle». Car la joie de la nouveauté veut se communiquer. Par exemple: Connaissez-vous la nouvelle? Ils ont acheté une nouvelle voiture! Nouveau et nouvelle sont synonymes. Ils ont un sens très voisin. Ainsi, l’Evangile est-il appelé «bonne nouvelle» précisément parce qu’il contient la nouveauté par excellence.Et voilà que l’on peut s’interroger, pourquoi ce qui est nouveau nous plaît tant? Peut-être d’abord parce que ce qui est nouveau, en général, marche mieux que ce qui est vieux. On aime la nouveauté, parce que c’est ce qui fonctionne au mieux. Vrai pour un ordinateur, une télé, une voiture ou encore un habit de sport.Mais il y a encore plus, la nouveauté laisse beaucoup de place à l’attente, à la surprise, à l’espérance et au rêve. Ce qui est nouveau donne à penser au bonheur. La nouveauté apporte comme l’odeur et le goût du bonheur. C’est une mise en bouche, une saveur présente d’un jackpot à venir.Maintenant, selon ce qui est contraire, il est intéressant de relever que nouveau ne s’oppose pas à «ancien» mais à «vieux». Quelle est la différence entre le vieux et l'ancien? Est «vieux» ce qui se détériore avec le temps et perd de sa valeur. Au contraire, est «ancien» ce qui avec le temps s’améliore et acquiert de la valeur! En effet, tout ce qui est «Ancien», «une antiquité», « un antiquaire», a une connotation très positive. Au contraire, ce qui est vieux paraît dépassé, bon à remplacer. C’est pour cette raison que l’on ne parle pas de «Vieux Testament» mais plutôt «d'Ancien Testament».Vous avez entendu, dans l’évangile, qu'il est question d’un «nouveau commandement». Une question vient immédiatement à l’esprit, comment se fait-il que l’on qualifie de «nouveau» un commandement qui était connu depuis l’Ancien Testament (cf. Lv 19, 18)? «Tu aimeras ton prochain comme toi-même».Eh bien, dans les faits, ce commandement de l’ancien testament était devenu vieux! Et Jésus veut que le vieux commandement redevienne nouveau!Cela se retrouve chez Jean, dans un autre passage: «Mes bien aimés, ce que je vous écris n'est pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien… Et pourtant, ce commandement que je vous écris est nouveau» (1Jn 2, 7-8).Bref, alors, dans le fond... ce commandement est-il un commandement nouveau ou un ancien? Eh bien, l’un et l’autre!Ancien selon l’écriture car il avait été donné depuis longtemps; mais nouveau selon l’Esprit, car la force de le mettre en pratique n’est donnée qu’avec le Christ! Vous entendez comme nouveau ne s’oppose pas, ici, à ancien, mais à vieux. Car le commandement d’aimer son prochain «comme soi-même» était malheureusement devenu un commandement «vieux», c’est-à-dire faible et usé à force d’être transgressé et re-transgressé. Car le problème fondamental de la Loi ancienne est qu’elle imposait l’obligation d’aimer, mais ne donnait pas la force nécessaire pour le faire. Alors on se fatiguait, on se décourageait, on tombait, et à force, on ne se relevait même plus.Car pour avoir la force de le faire, la force d’accomplir la Loi, il fallait la grâce! Il fallait Jésus. Sans la grâce, l'on ne peut pas faire ce qui est bien, au mieux le désire-t-on.Dans les faits, le commandement de l’amour n’est pas devenu un commandement nouveau lorsque Jésus l’a formulé. Mais il est devenu un commandement nouveau lorsque, mourant sur la croix et nous donnant l’Esprit Saint, Jésus nous rend, de fait, capables de nous aimer les uns les autres, infusant en nous l’amour qu’il a lui-même pour chacun de nous. Le commandement de Jésus est ainsi un vrai commandement nouveau au sens actif et dynamique, parce qu’il «renouvelle», il rend nouveau, il transforme tout.Seigneur, parfois je me sens vieux dans mes habitudes et mon péché.
Seigneur, tu m’as créé pour ce qui est beau, ce qui vrai, ce qui est bien.Merci Seigneur pour ton «amour qui nous renouvelle, Pour ton amour qui fait de nous des hommes nouveaux, héritiers du nouveau Testament.Je le crois Seigneur, je suis fait pour demeurer auprès de toi, là où ma joie éternelle sera de te chanter le cantique nouveau. (St Augustin).Amen.Père Jérôme Jean