Pensant à la dérive des continents sur les plans de la civilisation, de l’économie et de la prospérité, m’est venue plusieurs fois à l’esprit l’image d’un train filant à toute vitesse à travers le temps... avec une Afrique, comme dernier wagon ayant toutes les peines du monde à rester arrimé au reste....
Ce train je l’ai vu... au cinéma.
Le film américano-coréen « Snowpiercer » (Bong Joon-Ho, 2013, actuellement en salle) est une parabole brillante de l’humanité en marche.Cela se passe en 2031 ; mais au deuxième degré, cela se passe aujourd’hui.La trame du scénario : ayant voulu arrêter le réchauffement climatique, les hommes ont provoqué une subite et violente glaciation. Les survivants de ce désastre se retrouvent tous dans un train qui tourne à toute allure autour du globe terrestre gelé. Mais ce train a un grand nombre de wagons : dans la locomotive, un chef mystérieux, puis les nantis qui ont tout et vivent – apparemment – dans le bonheur total ; et derrière, tout au fond, une horde de miséreux, entassés comme dans des wagons de camps de concentration, mangeant une gélatine infâme de protéines et n’ayant avec « les autres » que des relations humiliantes et dégradantes...Sentant bien que la situation est injuste, les passagers du fond (considérés par ceux de devant comme des clandestins qu’il faut bien tolérer et qui doivent rester à leur place) décident de remonter le train et d’en prendre possession.La trame du film est linéaire (c’est le cas de le dire), la symbolique pourrait paraître grossière si les allusions diverses et foisonnantes n’étaient pas traitées de façon assez subtile.Tout dans ce film-parabole fait réfléchir. Mais je ne vais pas chercher à être trop moralisant. Moi qui ai l’occasion de vivre en Suisse (dans les premiers wagons) et au Congo (dans un des derniers wagons), j’ai apprécié la façon assez subtile avec laquel le film traite la différence injuste entre les conditions de vie des humains. Pendant toute la première partie du film on vit avec les passagers de l’arrière, on est immergé dans leur misère et on adhère sans peine à leurs espoirs et à leurs tentatives de libération. Ainsi est-on d’autant plus choqué de voir la délirante opulence des wagons de devant avec des passagers soit drogués soit éteints soit manipulés... La perspective dans laquelle le film emmène le spectateur est déstabilisante et presque... comment dirai-je ? ...salvatrice !http://youtu.be/dTYz-jXdhJs