A l’heure où l’Eglise universelle tourne ses yeux vers l’Espagne et Madrid, où se dérouleront les prochaines Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) en compagnie du pape Benoît XVI, nous en profitons pour nous intéresser un peu à la musique de ce pays. L’Espagne, bien qu’elle soit souvent dans l’ombre de la France, de l’Italie et de l’Allemagne dans les traités d’histoire de la musique, n’en a pas moins une tradition musicale extraordinaire, en particulier en ce qui concerne la musique sacrée. Ce pays, tout d’abord, est le berceau du chant mozarabe, lié à la liturgie hispanique médiévale. Durant l’époque baroque, l’orgue espagnol connut également ses heures de noblesse, avec des compositeurs tels que Antonio de Cabezon, Francisco Correa de Arauxo, Juan Cabanilles, ou encore Pablo Bruna.Avant eux, un autre organiste se distingua, avant tout dans ses compositions vocales. Tomás Luis de Victoria (v.1548-1611) est reconnu aujourd’hui comme un grand compositeur de la Renaissance, aux côtés de Palestrina, qui fut son maître. Peu connu du grand public, sa musique est de plus en plus chantée. Que l’on pense, par exemple, à son motet de Noël «O Magnum Mysterium», qui figure au répertoire de bien des chœurs, tout comme la messe qui en est tirée, la «Missa O Magnum Mysterium». De 1565 à 1587, le compositeur travailla à Rome, où il fut ordonné prêtre en 1574. Cette carrière romaine le fit connaître comme un compositeur italien. Aujourd’hui encore, c’est souvent sous son nom italianisé da Vittoria qu’on en parle. Toujours est-il que ce natif de Sanchidrián, dans la province d’Avila, revint en Espagne vers 1586, avant d’être nommé chapelain de l’impératrice Marie, fille de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, et sœur du roi Philippe II. Marie, à la fin de sa vie, s’était retirée dans le monastère royal fondé par Jeanne d’Autriche, le Monasterio de las descalzas reales. C’est donc dans ce somptueux édifice que Victoria termina sa carrière, malgré un voyage de deux ans à Rome, au cours duquel il assista aux funérailles de Palestrina en 1594. Après la mort de l’impératrice, il resta attaché au couvent, en tant qu’organiste, jusqu’à sa mort en 1611. Aujourd’hui, en se promenant à Madrid, on peut remarquer une plaque funéraire devant l’entrée de l’église San Gines, mentionnant Victoria, aux côtés des écrivains Félix Lope de Vega et Francisco Quevedo y Villegas.La musique de Victoria, écrite dans le cadre de la Contre-Réforme, est marquée par sa foi catholique et s’inscrit dans certains courants spirituels espagnols prônant la simplicité et la sincérité, comme le relève Marc Vignal, dans son «Dictionnaire de la Musique»: «Dans cette perspective, sa musique, qui n’emprunte jamais ses thèmes au répertoire profane (…) mais seulement au plain-chant ou à des motifs dérivés de lui, reste éprise de naturel et de simplicité. (…) En fait, elle est l’équivalent exact de l’itinéraire spirituel d’une Thérèse d’Avila ou d’un Jean de la Croix.» (1). On ne peut donc que conseiller d’écouter cette musique splendide, en particulier son Office de la Semaine sainte, ou son Office des défunts, composé pour les funérailles de l’impératrice Marie.C’est donc dans la ville de ce grand compositeur que les JMJ se dérouleront cette année. Les jeunes ne penseront certainement pas tous à Victoria, mais espérons que quelques-uns aient l’occasion de découvrir la musique de ce magnifique compositeur, qui reste un beau témoignage spirituel.(2)(1) VIGNAL, Marc, Dictionnaire de la Musique, Larousse, Paris, 2005, p. 1446.
(2) Pour aller plus loin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tom%C3%A1s_Luis_de_Victoria (en français), http://fr.wikipedia.org/wiki/Tom%C3%A1s_Luis_de_Victoria (en anglais) et http://coralea.com/tomas-luis-de-victoria-en-madrid-por-michael-noone/ (en espagnol)