Ce matin, le nez sur un vieil atlas, j’étais en train de faire réciter les pays d’Afrique à un jeune du village quand une explosion se fait entendre dans la cour de notre maison. Nous sortons et nous voyons la valise solaire en feu. Deux ou trois seaux d’eau... et l’incident est clos. Euh... peut-être pas!Cette petite valise avait été importée d’Europe par un de mes frères. Elle était en métal, comme une sorte de caisse à outils ou une réserve de médicaments. On l’ouvre et on dirige contre le soleil le petit côté intérieur chargé de cellules photovoltaïque, et cela recharge une batterie qui donne une certaine autonomie pour la radio, l’ordinateur...Or il faut prendre soin du matériel si on ne veut pas qu’un court-circuit mette le feu à la mousse de protection et réduise à néant la lente conquête du solaire par le continent le plus ensoleillé du monde...Maintenant la fameuse valise est toujours blanche métallisée à l’extérieur mais noire charbon à l’intérieur. Elle sèche au soleil dans la cour de la maison. Que va-t-elle devenir ?Scénario 1, optimiste. Un jeune va la prendre en charge, la nettoyer, changer quelques fils, tester quelques liens et elle reprendra du service. Willy dit « l’ingénieur » qui s’occupe de l’entretien de notre moulin est capable de ce miracle. Ce garçon est très doué, mais souvent paresseux quand il n’est pas ivre...Scénario 2, pessimiste. La valise sèche au soleil pendant un certain temps, on va la reléguer dans une remise en attendant de trouver quelqu’un qui puisse la réparer en ville... On va l’oublier dans un coin d’un dépôt avec d’autres objets au rebut, inutilisables, comme ces camions et ces tracteurs que l’on voit au bord des routes depuis des années, ou comme cette immense roue à aube que l’on voit au bas de la colline sur le fleuve et qui « aurait dû » faire de l’électricité, si..., si... et si...Scénario 3, entre deux: un gamin du village vient voler la valise pendant un instant d’inattention. Il sort les fils cramés et la batterie noircie qu’il jette dans un champ, il nettoie comme il faut le tout et l’offre à sa mère pour qu’elle puisse ranger les habits de la famille à l’intérieur (dans les cases du village, il n’y pas d’armoire, on conserve les habits dans des valises ou des cartons).Cette petite valise solaire est un peu la parabole de toute la technologie que l’Europe amène en Afrique à grands renforts de fonds étatiques, d’ONG et de milliards d’aides au développement. Tous les scénarios sont possibles.
PS, écrit une semaine plus tard: figurez-vous que c’est le scénario 1 qui a prévalu. Comme quoi même l’Afrique peut nous réserver des surprises. Comme quoi aussi, on a parfois des préjugés trop tenaces et trop pessimistes!