Décidément, la Bible est étonnante. Elle passe pour être un livre de certitudes, or elle fourmille de questions, déroute pour conduire. Quoi de plus clair, par ex. que le « dedans » et le « dehors » ? Il y aurait les croyants et les autres… Eh bien, c’est trop simple pour être juste.Notez que le ministère de Jésus se déroule souvent aux frontières, par ex. au bord du lac de Tibériade, près du bureau de douane où siégeait un certain Matthieu que Jésus va appeler à le suivre (Mt 9,9), geste qui a dû scandaliser les croyants. Comment peut-il de plus s’asseoir à la table des pécheurs ? Jésus se joue donc des frontières, il les déplace.Mais il y a plus : il donne même aux croyants les gens du dehors en exemple. Rappelez-vous la scène de la synagogue de Nazareth (Lc 4). Jésus proclame qu’aujourd’hui s’accomplit la Bonne Nouvelle annoncée par Isaïe : une libération, de la gratuité pour les pauvres et les captifs. Devant le scepticisme des habitants de sa ville, il invoque deux exemples : Naaman, le lépreux, un syrien, et une veuve de Sarepta au Liban. Il provoque ainsi l’indignation de ses auditeurs. Les gens du dedans auraient-ils quelque chose à apprendre de ceux du dehors ? De même Jésus se montre sévère pour les villes du bord du lac. Si les miracles qui ont lieu chez elles avaient eu lieu à Tyr et Sidon ou à Sodome, ces gens-là se seraient convertis, assure Jésus. De même il citera en exemple les habitants de Ninive, aujourd’hui on dirait des Irakiens, et la reine de Saba (aujourd’hui l’Ethiopie) : eux avaient écouté Jonas ou reconnu Salomon, alors que les contemporains de Jésus peinent à reconnaître le Fils de l’Homme.Mentionnons enfin le centurion de Capharnaüm, un païen du village de Jésus qui non seulement supplie Jésus de guérir son serviteur mais va jusqu’à lui faire dire : « Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri. (…) En entendant ces paroles, Jésus l’admira et, se retournant, il dit à la foule qui le suivait : « Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » (Lc 7,6-10). Chaque fois que nous nous avançons pour communier, nous reprenons ces paroles… d’un païen !Etonnant renversement : il arrive aux proches de Jésus et aux croyants d’aujourd’hui de rester comme extérieurs au message de Jésus, alors que ceux du dehors sont saisis dès qu’ils s’en approchent. Le propos n’a rien perdu de son actualité !
Fr. Jean-Michel Poffet op
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