134'272 depuis le 1er janvier 2014... L’équivalent d’une ville comme Berne... 134'272 personnes ont franchi illégalement la frontière européenne en provenance de Lybie et de Tunisie. Des vies en transit. Et parfois la mort en Méditerranée.Erythréens, Somaliens, Kurdes, Irakiens, Syriens, ils poursuivent le même rêve: l’Europe. Pour s’y installer, travailler, gagner sa vie, envoyer de l’argent au pays. Mais avant cela, il faut payer un passeur et franchir la mer sur un bateau souvent frêle. 1000 dollars la traversée, c’est le tarif depuis Tripoli en Lybie. Le commerce est juteux pour les passeurs et mafieux. Plus ça guerroie dans certaines régions, plus le trafic augmente. Car ceux qui veulent fuir la guerre, la misère ou les persécutions le font à tout prix, fût-ce au prix de leur vie.Et l’Europe? De «Mare Nostrum» (l’opération italienne pour recueillir les personnes en détresse en Méditerranée) à Frontex, elle tente de stopper le mouvement. Difficile dès lors de freiner la volonté de ces désespérés. Partir... A tout prix, quitte à y laisser sa peau.L’Italie est là en première ligne, bien seule. «On vous aidera», ont dit les Européens aux Italiens après le drame de Lampedusa (plus de 350 victimes) en octobre 2013. Depuis, l’Italie est presque seule. Seule à aider les réfugiés, seule à tenter de réduire les naufrages. Avec une forme de jeu pervers, dont profitent les trafiquants: dès l’instant où l’Italie recueille les naufragés, pas de raison de freiner les départs, au contraire. Quitte à entasser les migrants sur de véritables épaves.Actuellement, l’Italie est la fierté de l’Europe, son honneur moral. S’il y avait un record en matière d’accueil, elle serait pionnière. Mais l’Union européenne se cache derrière les Italiens, pour réduire sa participation. En attendant, les drames continuent, à l’abri des regards. La «mondialisation de l’indifférence», dénoncée par le pape François en juillet 2013 sur l’île de Lampedusa, est toujours active. Jusqu’à quand?
Bernard Litzler