Le sujet de ce dimanche est pittoresque. Plus qu’une Parole, c’est un vrai tableau que nous offre l’évangile. Les peintres l’ont représenté d’innombrables fois dans tous les temps. On l’appelait jadis la «Visitation» (la visite), i.e. la visite que Marie rend à sa cousine Elisabeth.Il faut reconnaître d’emblée l'extraordinaire de ces deux femmes. Elisabeth, mariée et très âgée, paraît donc logiquement stérile. Mais voilà qu’elle se trouve quand même enceinte. Un vrai miracle de la vie! Et elle est enceinte du plus grand des prophètes de l’Ancien Testament, Jean le Baptiste.La seconde femme, Marie, nous est mieux connue. Elle est jeune (donc normalement fertile) et vierge. Or attention! Elle est vierge et enceinte, enceinte du Fils de Dieu, Celui qui va apporter le salut à l’humanité.Avouez que l’on a sous les yeux une paire assez incroyable! D’ailleurs qu’est ce qui est le plus incroyable, être stérile et enceinte ou être vierge et enceinte?
Bref, c’est incroyable! TELLEMENT INCROYABLE QUE POUR Y CROIRE… IL FAUT AVOIR UN PETIT QUELQUE CHOSE DE L'ORDRE DE LA FOI.Oui la foi permet de croire à ce qui dépasse l’intelligence. A croire que rien n’est impossible à Dieu.Marie entre dans la maison de Zacharie et salue Elisabeth. Tout à coup se passe quelque chose d’absolument merveilleux, de magnifique, quelque chose de tendre et de très concret, le petit Jean-Baptiste littéralement «tressaillit dans le ventre» de sa maman. En clair il donne de petits coups de pieds dans le ventre. C’est choux!Le voilà, le tout petit Jean-Baptiste, le voilà qui commence sa mission de prophète, de grand prophète dont la mission est de désigner l’agneau de Dieu. Il avertit donc sa mère, par ce coup de pied habile, de l’évènement extraordinaire qui se prépare. Il s’agite au-dedans pour faire comprendre à ceux du dehors l’importance de ce qui se passe. Jean a comme perçu, par grâce, la merveille de la présence et de la proximité de Jésus, le Fils de Dieu.St Ambroise a fait un très beau commentaire de ce passage:Si Elisabeth fut la première à entendre la parole,
Jean fut le premier à ressentir la grâce:La mère a entendu selon l’ordre naturel des choses,
Mais l’enfant a tressailli en raison du Mystère, selon un ordre surnaturel.Elisabeth a constaté l’arrivée de Marie,
Jean a constaté l’arrivée du Seigneur;la femme a constater l’arrivée de la femme,
mais l’enfant a constater l’arrivée de l’enfant;les deux femmes échangent des paroles de grâce,
les deux enfants agissent au-dedans d’elles
et commencent à réaliser le mystère de la piété
en y faisant progresser leurs mères;enfin, par un double miracle,
les deux mères prophétisent sous l’inspiration de leurs enfants.Vous avez entendu: L’enfant a donc tressailli et alors, et alors seulement, Elisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint… «Jean a tressailli, mais c’est la mère qui a été comblée.
La mère n’a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l’Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère».La mère est donc comblée par le Fils. Quelle merveille! Comme elle est belle cette joie qui se transmet: du fils au fils, puis du fils à la mère et enfin de la mère à la mère. De Jésus à Jean, de Jean à sa mère et d’Elisabeth à Marie.C’est un magnifique mouvement circulaire de don merveilleux!Rappelez-vous dimanche passé? Le dimanche de la joie? Nous disions alors (dans une homélie publiée après l’évènement par un webéditeur fatigué): La joie pour nous les chrétiens caractérise la proximité du Royaume. Celui qui est dans la joie, c’est celui qui est proche de Dieu. Seul celui qui est proche de Dieu peut se réjouir. Car la joie est un don de l’Esprit. Elle est un fruit de l’Esprit Saint. Nous disions (toujours à la mauvaise date!): En somme, la vraie joie, pour nous, c’est quand on réalise que Dieu est tout proche!Eh bien, à travers la visitation, la joie d'Elisabeth vient de l'Esprit Saint, et cette joie de l'Esprit lui fut transmise par son fils, et son fils l'a reçue de Jésus!Ici, par ce magnifique mouvement, toute notre vocation de chrétiens nous est rappelée: Nous sommes appelés à transmettre, à partager cette joie précédemment REÇUE.Merci Seigneur pour la visitation,
Merci pour la joie authentique de cette rencontre.Seigneur, Elisabeth et Marie sont deux femmes extraordinaires,
mais leur joie est ordinaire.
C’est la joie de l’enfant.
La joie de la vie.
La joie du partage.
La joie qui est fruit de ton Esprit.Seigneur, nous sommes tous faits pour la joie.
Donnes-nous durant ce temps de fête de côtoyer des personnes joyeuses.
Donnes-nous d’accueillir la joie qui les habitent.
Donne-nous enfin la générosité de partager tout ce que nous aurons reçu, surtout à l’endroit de ceux qui sont tristes ou isolés.Seigneur, ce qui fonde ma joie, c’est ta proximité en Marie.Amen.Père Jérôme Jean