«Ah si on comprenait le prix de la Sainte Communion! Dire que les Trois Personnes Divines habitent notre âme. Dire que notre âme devient un petit Ciel. Oh mon âme, que tu es grande, puisqu’il n’y a que Dieu qui puisse te contenter. Oh homme, que tu es grand! Nourri et abreuvé du corps et du sang de Dieu».
Aujourd’hui il est bon de se redire pourquoi nous fêtons Dieu de manière si solennelle et pourquoi l’Eucharistie est si importante dans nos vies. Historiquement, l'Eglise universelle ajouta cette fête au calendrier liturgique au XIIIe siècle, une époque où la piété populaire désirait fortement voir l’hostie consacrée, jusque-là cachée derrière le jubé (un mur séparant le chœur de la nef). De voir l’hostie consacrée à la messe, l’idée s’est élargie jusqu’à la contempler hors de l’église, lors d’une procession solennelle. Ainsi le Pape Jean XXII, au début du XIVe siècle, demanda-t-il de compléter la fête par une procession solennelle où le très Saint Sacrement serait porté en triomphe. Ainsi, le sens de la procession solennelle le jour de la Fête-Dieu est-il de sanctifier et bénir, par la présence de Jésus-Christ, les rues et les maisons de nos villes et de nos villages.Dans l’Evangile que nous venons d’entendre, Jésus donne généreusement, abondamment la nourriture nécessaire pour vivre. Il voit des hommes affamés. Il leur donne le pain, se laissant toucher par leur détresse. Une foule immense se trouve ainsi rassasiée. Ce récit de la multiplication des pains est comme une anticipation du Jeudi Saint. Toute l’histoire de Dieu avec les hommes se résume dans les paroles la Cène. Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna en disant: « Prenez, et mangez, ceci est mon corps, livré pou vous». Puis il leur donna la coupe en disant: «ceci est mon sang, le sang de l’alliance versé pour la multitude» (Mc 14, 22 – 24).Le pain et le vin signifient la présence de Jésus. A travers ces deux signes, Jésus se donne entièrement, et non pas uniquement en partie. Jésus n’est pas divisé. Il se donne totalement par le pain et le vin.Avec du pain sans levain, Jésus se donne par la nourriture la plus simple qui soit, la nourriture des pauvres et des petits, composée uniquement d’eau et de farine. Ce pain est le fruit de la terre et du travail des hommes. Il est signe de la peine de l’homme souffrant pour gagner son pain. Mais il est signe aussi du don de Dieu, car il vient aussi du Ciel, car il lui faut le soleil et la pluie d’en-haut pour advenir. Ainsi, la petite hostie est-elle le pain des pauvres, synthèse de la création: Ciel et Terre, activité et esprit de l’homme.Dans le pain se cache aussi le signe de la Passion de Jésus. En effet, de même que l'on moud le grain pour confectionner le pain, de même Jésus sera broyé durant sa Passion. Moulu et cuit, la farine devient du pain. Une vie nouvelle et unifiée par la cuisson. De même Jésus, moulu et cuit par la Passion advient à une vie nouvelle par la Résurrection. Entendez comme le sort du grain de blé et le destin de Jésus sont proches! Signes de la mort et de la vie nouvelle.Dans le pain se cache encore un dernier signe. Un texte très ancien de la Doctrine des Douze nous l'explique très bien: «De même que ce pain que nous rompons, autrefois disséminé sur les collines, a été recueilli pour ne faire qu’un, qu’ainsi ton Eglise soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton Royaume». Entendez comme c’est beau! Nous-mêmes, nombreux que nous sommes, nous devons devenir un seul corps. Un corps dont Jésus est la tête et dont nous serons les membres. Unis en un seul corps par la communion au même corps!Ceci est fondamental: c’est la communion au même corps qui nous unit les uns aux autres par des liens plus forts que les liens du sang.Venons-en au vin, signe de joie. Le vin réjouit le cœur de l’homme comme dit le psalmiste. Comme pour le pain, il est aussi signe de la Passion; la vigne doit être taillée continuellement pour donner du fruit, le raisin doit mûrir sous le soleil et la pluie et au final être pressé. Ce n’est qu’à travers cette passion que mûrit un vin capiteux!Il est vrai que pour la Fête-Dieu, nous regardons surtout le pain durant la procession. Nous laissons le vin pour la joie profane qui suit!Finalement, le pain nous rappelle le pèlerinage d’Israël dans le désert. L’hostie est notre manne à travers laquelle le Seigneur nous nourrit. Oui, l’hostie est notre manne, c’est le pain du Ciel à travers lequel il se donne lui-même, véritablement. Au cours de la procession, nous suivrons ce signe, et nous le suivrons lui-même. Et nous le prierons:
Guide-nous Seigneur sur les routes de notre histoire. Montre toujours, à nouveau, le droit chemin à notre Eglise et à ses pasteurs. Regarde l’humanité qui souffre. Donne aux hommes du pain pour le corps et pour l’âme. Donne-leur du travail. Donne-leur de la lumière. Donne-toi à eux. Donne-nous de comprendre que ce n’est qu’à travers la participation à ta croix, aux renoncements, aux purifications que tu imposes, que notre vie peut mûrir et atteindre sa pleine réalisation.
Unis ton Eglise, notre paroisse, nos personnes et donne-nous ton salut.
«Ah si l'on comprenait le prix de la Sainte Communion!! Dire que les Trois Personnes Divines habitent notre âme. Dire que notre âme devient un petit Ciel. Oh mon âme, que tu es grande, puisqu’il n’y a que Dieu qui puisse te contenter. Oh homme, que tu es grand! Nourri et abreuvé du corps et du sang de Dieu».
Amen.Père Jérôme Jean