La responsabilité est un des principes fondateurs de notre éthique occidentale. Toute personne majeure et douée de raison doit assumer civilement et pénalement les conséquences de ses actes. En matière de conduite automobile par exemple, l’administration et les assurances ne manquent pas de nous rappeler ce principe. Toute transgression se marque par de lourdes amendes ou des pénalités.Il en va tout autrement en matière bancaire. La fondation Ethos a proposé lors des dernières assemblées générales des grandes banques que les dirigeants de ces dernières ou leurs fiduciaires soient sanctionnés si les établissements avaient enfreint de façon répétitive les lois des pays d’accueil et subit de lourdes amendes. Ces propositions ont toutes été rejetées par les assemblées générales d’actionnaires. Les assemblées ont préféré ne pas pénaliser des dirigeants qui avaient couvert ou négligé des comportements contraires à l’éthique la plus élémentaire: manipulation des taux d’intérêt et des taux de change, incitations répétées à l’évasion fiscale…L’absolution de fautes avérées et non reconnues par les responsables des établissements (sans parler de l’expression du moindre regret) choque profondément les simples citoyens. Le dernier exemple de cette absolution est caricatural. Il concerne une grande banque de la place. Son directeur a témoigné sous serment devant le Sénat américain en imputant l’exportation illégale de capitaux à quelques collaborateurs malhonnêtes. La réponse à cette déclaration qui est contraire à la vérité, a été donnée par les autorités américaines. La grande banque a, pour se sortir de ce guêpier, plaidé coupable et doit verser plus de 2,5 milliards de francs suisses d’amendes diverses. Dans n’importe quelle PME ou administration une telle accumulation de fautes et d’erreurs de jugement impliqueraient la démission des dirigeants. Ce n’est pas le cas dans le monde bancaire suisse. La culpabilité qui est reconnue à l’extérieur n’est pas sanctionnée à l’intérieur. Certes il y a fort à parier que le directeur et le PDG de la grande banque partiront dans quelques mois, mais sans aucun commentaire de l’entreprise et avec de généreuses indemnités.Cependant certains signes timides de renouveau apparaissent; la résistance du Conseil fédéral pour ne pas couvrir des actes inacceptables tout en essayant de préserver un bon fonctionnement du système bancaire; l’insistance de la FINMA à faire respecter les ratios de fonds propres décidés par la nouvelle règlementation de Bâle III élaborée à la suite de la crise de 2008. Ces ratios ont doublé depuis la crise et doivent encore progresser dans les cinq années qui viennent. Enfin l’apparition dans certaines grandes banques d’une nouvelle génération de dirigeants qui ont compris que les excès des années 2000 ont failli entraîner le système bancaire suisse dans un effondrement aux conséquences incalculables. Ces hirondelles feront-elles le printemps?Jean-Jacques Friboulet