Donc, il s’est trouvé une majorité de députés du Grand Conseil fribourgeois pour exprimer leur méfiance face à la création à l’université de leur ville du « Centre Suisse Islam et Société » (CIS). Le recteur dominicain de cette institution, le Père Guido Vergauen, souhaitait vivement cette fondation (Cf. Revue «SOURCES», avril-juin 2014). Les opposants ont fait flèche de tout bois pour déconsidérer ce projet, sans pouvoir toutefois le supprimer, faute de rassembler une majorité qualifiée requise en ce cas. Je ne m’étonne guère des arguments qu’ils ont fait valoir. Poncifs éculés, glanés dans le fond de commerce des défenseurs d’une identité chrétienne douteuse, édifiée sur l’ignorance et le mépris de l’autre plutôt que sur les authentiques valeurs chrétiennes. Il va sans dire que l’écho médiatique des actes barbares commis par l’Etat prétendu islamique ne pouvait qu’encourager cet accès islamophobe dans les travées du parlement fribourgeois.Ce vote est hélas conforté par le silence équivoque de nombreuses associations musulmanes de notre pays. Contrairement aux déclarations de la Grande Mosquée de Paris, elles ont préféré se taire face aux atrocités de l’Etat Islamique. Un silence gênant que certains confondent avec une complicité tacite. A titre d’exemple, à Genève, lors d’une manifestation de soutien aux victimes irakiennes du califat autoproclamé, organisée par la Plateforme Interreligieuse de cette ville, un seul musulman prit courageusement la parole pour dénoncer les horreurs commises au nom de sa foi et incompatibles avec le credo musulman.Le succès de notre « vivre ensemble » interreligieux en Suisse réside dans la convergence et la coopération effective de toutes les parties concernées. Si les chrétiens suisses regrettent et condamnent le comportement sectaire d’une frange de leurs compatriotes, ils attendent aussi que les musulmans établis dans ce pays affichent une attitude semblable, claire et sans ambiguïtés. Le vrai dialogue et la bonne convivence sont à ce prix.
Guy Musy