Zao Wou-Ki est un peintre né en Chine en 1920, naturalisé Français en 1964, mort à Nyon en 2013. Il s’agit d’un peintre majeur de l’époque contemporaine, d’après les organisateurs de l’exposition. Je n’ai pas trop honte de dire que je ne le connaissais pas du tout, car je soupçonne que c’est le cas de beaucoup de fidèles de la fondation Gianadda de Martigny. Pourtant au sortir de l’exposition on se dit qu’on a rencontré un frère. L’exposition est magnifique.Après quelques balbutiements dans le figuratif, Zao Wou-Ki s’attache définitivement à l’abstrait. Encore faut-il s’entendre sur ce que ce qu’est l’abstraction. Je ne suis pas spécialiste de cette école artistique et je serai plutôt de la catégorie des gens qui pensent que l’abstrait c’est « ce qu’ils ne comprennent pas ». Mais là, il faut bien avouer, on se sent tout de suite en terrain connu, comme si Zao Wou-ki nous parlait de nous, de notre monde extérieur et de notre monde intérieur.Le monde extérieur ? Etonnamment il y a une réelle parenté entre les œuvres monumentales du peintre (les triptiques par exemple, et les cadres de plusieurs mètres de large) et les grands films sur la nature sauvage (ceux de Jacques Perrin et de Yann Arthus-Bertrand par exemple) qui présentent des paysages préservés dans toute leur fraîcheur inviolée. Avec certaines peintures de Zao Wou-ki, on est dans ce registre-là : sublimer la terre et les paysages dans la couleurs et dans les effets de chaleur et de constraste...Le monde intérieur ? Là aussi on est « tiraillé vers en dedans » par la force de cette peinture. On sent bien que le peintre parle de nos paysages intérieurs souvent déchiquetés par nos questions, colorés par nos convictions fondamentales et transcendés par nos espérances. Derrière le vernis des grandes surfaces de couleur, je sens les assurances lumineuses que la vie m’a données. Dans le gribouilli sali des traits noirs éparpillés, je sens les inquiétudes tapies au fond de mes jours.Je sais maintenant que c’est un grand peintre. C’est un peintre abstrait, mais il a peint le monde et il m’a peint.Guy Luisier | 06.03.2016