Tous ceux qui se sont battus leur vie durant pour occuper les places d’honneur ne seront pas aux premières loges. Au contraire, les petites gens qui avaient bon cœur seront tout devant. A ceux là Dieu dira: mon ami, avance plus haut. Et encore plus beau, ces petites gens seront tout étonnés d’être si honorés. Ils ne s’attendaient vraiment pas à avoir une telle place d’honneur!«Un jour de sabbat, Jésus entra chez un des chefs des pharisiens pour y prendre son repas».C’est toujours magnifique de voir comment Jésus rejoint les gens dans l’ordinaire de leur vie. Jésus enseigne à ciel ouvert, et pas dans les universités. Il mange et boit à la table des familles, pas dans les auberges. Jésus est en contact avec l’homme dans le concret de sa vie ordinaire. Il cherche la relation avec tous les hommes. Peu importe leur culture, leur santé ou leur nationalité, il veut rejoindre chacun et proposer à tous la Bonne Nouvelle.Le voici donc à la table d’un pharisien. On retrouve souvent Jésus à table. Certainement parce que la table est le lieu par excellence de rencontre, de réflexion, d’échanges, où se discute et se réoriente une vie. La table est le lieu de l’amitié et du don. Combien de nos familles ont aujourd’hui perdu le sens du repas? Il n’est plus pris en commun, mais en solitaire. Alors disparaît une des plus grandes joies de la journée, manger en compagnie, s’écouter les uns les autres dans le loisir de se comprendre et de s’aimer.Le repas de cette page d’Evangile a lieu chez un pharisien. Disons-le tout court, nous sommes souvent injustes quand nous parlons des pharisiens. Nous les imaginons comme des hypocrites de la pire espèce, prisonniers de leur formalisme. Cette pensée est injuste, car partielle.Les pharisiens étaient des hommes vraiment pieux. Ils jeûnaient deux fois par semaine et payaient volontairement deux fois les impôts pour le temple et les pauvres. Ce sont des hommes priants, fidèles à la Loi. Des traditionalistes certes, mais dans le bon sens, i.e. des hommes attachés aux richesses reçues des anciens. De plus, ces hommes se comportaient politiquement sans compromis avec l’occupant romain. Leur faute, cependant, était d’avoir multiplié les interdits rituels et d’avoir rendu la religion affreusement compliquée, la privant ainsi de sa simplicité essentielle, celle de l’amour du prochain.Oui, la faute des pharisiens tient dans leur trop grande satisfaction d'eux-mêmes!La rigueur dans l’observance des commandements engendre chez eux une trop bonne conscience et les rend méprisants pour ceux qui ne font pas aussi bien. Ils se sentent séparés des autres hommes, ayant l’impression d’être une élite, un petit reste mis à part et meilleur que la masse. Cette satisfaction coupable fausse les relations avec Dieu et le prochain, car le projet de Dieu est de rassembler les hommes dans l’amour, pas de les séparer en castes.Aujourd’hui, Jésus veut nous inciter à l’une des plus belles vertus, l’humilité, disposition essentielle du chrétien, du disciple de Jésus. Jésus nous dit clairement «ne va pas te mettre à la première place»… «au contraire… va te mettre à la dernière place». Et dans le même sens: «Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé».
Le monde moderne n’aime pas s’abaisser. L’abaissement est souvent assimilé à des termes péjoratifs tels que : ramper, s’écraser, démissionner, céder, capituler. Et pourtant, il faut bien que l'abaissement soit une grande et belle chose puisque Jésus s'est abaissé!En effet, Dieu en Jésus-Christ s’est abaissé, il s’est fait homme, et d’homme il s’est fait serviteur, et de serviteur, esclave. Obéissant jusqu’à la croix… et la mort sur la croix. Parce qu’il s’est abaissé Dieu l’a exalté. Il lui a donné la première place dans son paradis.En s’abaissant, Jésus ne s’est pas effacé, il ne s’est pas diminué. Il n’a pas été moins lui-même. Au contraire! Par son abaissement il a signifié qui il était. C'est l'abaissement qui révèle ce que nous sommes! La vérité de l'être est révélée par un mouvement d'abaissement! De fait, par ce mouvement, Dieu s’est révélé comme «l’Amour-Absolue», comme «Etre offrande absolue», offert à chacun, quelle que soit sa bassesse. Révélation de la bonté inimaginable de Dieu. C’est extraordinaire combien nos catégories nous dépassent!Aujourd’hui nous sommes invités à imiter Jésus. Un Jésus discret, caché, humble. Un Jésus prêt à mourir pour celui qu’il aime. Un Jésus qui s’est fait serviteur, le dernier de tous.Ai-je vraiment compris au fond de mon cœur que ce qui importe est ma position devant Dieu, et non de savoir si les hommes me réservent une place d’honneur? Ici la parabole de Jésus prend son sens profond: ce repas est une préfiguration du festin des noces éternelles. Le grand banquet qui aura lieu au Ciel. Vous verrez comme nous serons étonnés de découvrir qui occupera les places d’honneur. Tous ceux qui se sont battus leur vie durant pour occuper les places d’honneur ne seront pas aux premières loges. Au contraire, les petites gens qui avaient bon cœur seront tout devant. A ceux là Dieu dira: mon ami, avance plus haut. Et encore plus beau: ces petites gens seront tout étonnés d’être si honorés. Ils ne s’attendaient vraiment pas à avoir une telle place d’honneur!Seigneur, nous sommes toujours en train de tout calculer.
Nous avons souvent une calculatrice à la place du cœur.
Donne-nous l’humilité de Jésus. Le goût du service et le sens du sacrifice.Seigneur tu nous as tout donné, gratuitement, sans rien attendre en retour.
Donne-nous un cœur généreux.
Qu’à notre tour nous puissions faire de notre vie un DON.Amen.Père Jérôme Jean