Homélie du 13e dimanche Ordinaire C (Lc 9, 51 - 62)Jésus ne nie pas le quatrième commandement, mais il l’élargit. Il amène le disciple plus loin que les seules obligations familiales. Et il est en droit de le faire. Le pape écrivait qu'un seul est d’ailleurs en droit d’exiger de telles choses: «Car seul Dieu peut exiger de moi ce que Jésus exige».
Dans l’évangile de ce jour, nous sommes au chapitre 9 de St Luc, un chapitre important, tournant dans l’Evangile de Luc. Jésus entame une nouvelle étape de sa vie, après avoir fait son ministère public en Galilée, sa région natale, voilà qu'Il monte à Jérusalem. Il fait route vers le lieu où il va volontairement faire le don de sa vie. Vous entendez comme se profile déjà l’ombre de la croix à travers cette simple mention de monter à Jérusalem.
Monter à Jérusalem, c'est accepter la croix!
Jésus est parfaitement conscient des difficultés et des souffrances à venir. C’est pourquoi il est dit qu’Il prit «avec courage» la route de Jérusalem. Littéralement, il est dit qu’il «durcit son visage» pour se diriger vers Jérusalem. Il serre les dents pour s’engager résolument vers ce lieu où il savait qu’il allait mourir. Durcir son visage, c’est aussi ce qui était annoncé du Messie dans le livre d’Isaïe: «J’ai rendu mon visage dur comme pierre… dès lors je ne cède pas aux outrages».Celui qui est face à une épreuve très difficile, celui-là serre les dents, durcit son visage et prend courage pour aller de l’avant. Vrai pour Jésus, à ce moment si difficile, vrai aussi pour chacun d’entre-nous quand il s’agit de persévérer: Après un échec à un examen pour un jeune, après un conflit dans un couple, une solitude affective, une incertitude professionnelle, une maladie, un décès récent… Au lieu de nous laisser aller au désespoir, serrons les dents avec Jésus, et tenons ferme dans nos résolutions, dans chacun de nos engagements.Deux choses marquent cet évangile. La première, c’est la violence des disciples qui veulent faire tomber le feu sur la tête des samaritains. Et il est vrai qu’ils ne sont pas sympas ces samaritains! Mais les disciples n’ont encore rien compris, Jésus n’est pas venu pour détruire ses ennemis, mais avancer résolument vers Jérusalem! Il ne veut pas, comme Elie, faire tomber le feu du ciel sur ceux qui viennent l’arrêter, mais il fait encore mieux! Et encore mieux que détruire les mauvais, c’est donner même au pire la possibilité de devenir meilleur!Ainsi, Jésus triomphera-t-il de ses ennemis non par un châtiment céleste, en prenant la vie du méchant, mais en livrant sa vie par amour. Quel retournement extraordinaire! Voilà justement pourquoi il monte vers Jérusalem, pour qu’un jour ce soit le feu de l’Esprit Saint qui tombe sur la tête des samaritains, non pas un éclair purificateur de colère mais une douce flamme de feu embrasant de charité, non pas le feu qui brûle, mais celui qui purifie et sanctifie.Entendez comme Jésus, par son attitude radicale, alors qu’il inaugure sa montée vers Jérusalem, montre le chemin à celles et ceux qui veulent le suivre. Marcher à sa suite, c’est clairement marcher vers la croix, suivre un chemin très difficile où il faudra souvent serrer les dents. Tel est le prix pour avancer sur ce chemin étroit, car «celui qui veut sauver sa vie la perdra».Voici que trois petits récits viennent nous clarifier ce que veut dire marcher à la suite de Jésus. Ce sont des récits d’appel.Le premier enseigne l’exigence de l'inconfort et de l'insécurité, car qui veut suivre Jésus, qui marche résolument vers la mort de la croix se trouve objectivement sans refuge. Suivre Jésus c'est choisir un dépouillement volontaire!Le second récit choque à l'extrême: laisser les morts enterrer les morts. Qu’est ce que cela veut dire? Cela ne veut évidemment pas dire qu’il revient aux cadavres d’enterrer les morts, ce serait ridicule! Le mot mort dans un cas veut signifie défunt et dans l’autre, il s’agit de tous ceux n'ayant pas encore rencontré Jésus, qui est la vraie vie. Ainsi, laisser les morts enterrer les morts veut dire qu'il revient à ceux déjà spirituellement morts d'enterrer les corps des morts. Le disciple de Jésus quant à lui, en tant que messager du Royaume, doit apporter à ses frères la parole de vie; son premier souci c'est la vie, et non la mort!Entendez bien! Jésus ne nie pas le quatrième commandement, mais il l’élargit. Il amène le disciple plus loin que les seules obligations familiales. Et il en droit de le faire. Le pape écrivait qu'un seul est d’ailleurs en droit d’exiger de telles choses: «Car seul Dieu peut exiger de moi ce que Jésus exige». Soyons clair: On ne peut pas accepter l’enseignement de Jésus si l’on n’accepte pas également sa personne, i.e. qu’il soit le fils de Dieu.Dans le troisième récit, Jésus souligne l’urgence de la mission. Pas le temps de regarder en arrière. La rupture doit être immédiate. Elle a un caractère total et définitif. Pas un regard en arrière!Seigneur, merci pour ta montée à Jérusalem.
Tu as serré les dents. Apprends-nous la persévérance dans ce qui est juste et bon.Seigneur, par trois petits récits, tu attends de moi une attitude profonde du cœur.
Pour marcher à ta suite, aide-moi à accepter l’insécurité, l’inconfort, à me dépouiller volontairement, que j’aie surtout le souci de lire et partager ta Parole de Vie.Seigneur, la mission à laquelle tu nous appelles est urgente.
Il faut se mettre en route sans regarder en arrière.Seigneur, en toute chose, quand je dois faire des choix définitifs, je veux les faires sous la mouvance de l’Esprit, en marquant toujours mon amour de préférence pour ta Personne.Aide-moi Seigneur à mourir à mes vieilles habitudes, à mon péché, à tout ce qui fait de moi un mort-vivant.Seigneur, c’est vers l’avant que je veux regarder: vers Toi, vers la croix, parce que je le sais dans la foi, la mort est le passage qui conduit à la vraie vie!
Amen.Père Jérôme Jean