L’autre jour un des confrères disait avoir remarqué que des jeunes de la paroisse sentaient un parfum de brûlé! La chose est cocasse et l’explication aussi, si elle n’était pas en même temps tragique et désespérante.Une boutique de cosmétiques en tous genres de la ville voisine avait besoin de se débarrasser de ses produits chimiques périmés. Lorsqu’on a vu la voiture des propriétaires indiens sillonner notre brousse, on s’est méfié: cherchaient-ils à jeter leurs déchets quelque part dans un ravin de notre paroisse? Le curé est intervenu pour que les choses se fassent – si ce n’est ailleurs – au moins avec un minimum de précaution, que des trous profonds soient creusés, que les déchets soient bien brûlés et détruits, etc...Mais il semble que la masse de déchet fut plus importante qu’imaginé, que les choses ont été faites à la va-vite et plus ou moins en catimini. Or, dans une telle affaire, les contrôles et la législation sont déficients, les plaintes difficiles à faire entendre et les petits cultivateurs miséreux de la brousse tenus pour quantité négligeable par rapport aux commerçants (ici on dit «trafiquants»!) indiens, chinois ou autres de la ville...La conclusion de cette aventure est encore plus affligeante. Comme tous les jeunes du monde entier, les jeunes de ma paroisse de brousse ont un grand intérêt pour l’état de leur peau et raffolent des «laits de beauté» pour hommes comme pour femmes, même s’ils n’ont souvent pas les moyens d’acheter autre chose que de simples savons!Flairant (!) un filon, un groupe de garçons est allé déterrer les produits de beauté pas totalement brûlés mais complètement périmés et ils s’en sont donné à cœur joie...Je souris. Puis je me dis que la tête de nos jeunes, en Afrique comme en Europe, est polluée par bien pire que des laits de beauté périmés!
Guy Luisier