«Little boy», petit garçon, un nom charmant. Sauf qu’il s’agit de la bombe la plus violente jamais utilisée. «Little Boy» a été largué sur Hiroshima le 6 août 1945. Un désastre humain, un choc effroyable: 70'000 personnes tuées, des dommages irréversibles, un traumatisme dont le Japon, frappé à nouveau trois jours plus tard, sortit hébété et vaincu.70 ans plus tard, «Little Boy» hante encore nos esprits. Hiroshima a ouvert l’ère de la dissuasion nucléaire, celui de l’équilibre de la terreur atomique. L’arme absolue, capable de faire plier l’adversaire par un seul lancer de bombe, avait été employée.Il y eut donc, d’un côté les possesseurs de l’arme suprême, les Etats-Unis, l’URSS, puis la France, la Grande-Bretagne et la Chine, et, de l’autre, les pays dotés d’armes classiques. Depuis, le «parapluie» atomique n’a cessé de hanter les états-majors: car le pays qui lance la bombe atomique sera touché à son tour. C’est l’équilibre de la terreur, qui a marqué l’après-guerre.Et aujourd’hui? Le club nucléaire militaire s’est agrandi: le Pakistan, l’Inde, Israël, la Chine et la Corée du nord (sans doute) en font partie. Et l’Iran, aux velléités trop poussées, a dû réduire ses ambitions.Mais depuis 70 ans, nous sommes les héritiers forcés de «Little Boy». Hiroshima n’a certes pas empêché d’autres conflits. Mais une question nous taraude: et si un des belligérants avait eu l’arme nucléaire? La question prend son sens au moment où les conflits classiques diminuent et que des mouvements extrémistes comme Daech imposent leur terreur.Changeons de registre: souvent, on oublie que le 6 août est une fête chrétienne particulière, celle de la Transfiguration de Jésus. L’Eglise orthodoxe, notamment, lui accorde une grande importance. Dans son dossier sur Hiroshima, Le Monde du 6 août a titré l’un de ses articles: «La création irradiée». Il évoquait «Little Boy». Pourquoi ne pas y voir la «radiation» de Dieu fait homme qui transfigure l’humanité? Le jour tragique du «petit garçon» est également celui de l’homme nouveau, renouvelé par son Dieu.