Ces jours on récolte le manioc derrière la maison. Le manioc est un petit arbre d’un à deux mètres de haut. On se nourrit de ses feuilles (cuites à l’eau façon épinards) ainsi que de ses racines tuberculeuses. Aujourd’hui nous avons engagé quelques dames du village pour déterrer à la houe ces racines et les éplucher. Ensuite on les plonge quelques jours dans l’eau, puis on les sèche de même, puis on les moud. La farine de manioc (40%) et la farine de maïs (60%) entrent dans la composition du plat de base de la nourriture au Kasaï : le foufou, une boule de pâte blanche légèrement jaune ou beige suivant la teneur en maïs.Il se trouve que cette nourriture traditionnelle, surtout si la proportion de manioc est trop grande, contribue au déséquilibre nutritionnel de la population. Les trois provinces du sud de la RDC (notre Kasaï occidental, le Kasaï oriental et le Katanga) ont un taux de malnutrition beaucoup plus haut que le reste du pays (dont le taux d’ensemble est déjà catastrophique !).L’autre jour j’ai eu une intéressante discussion avec Sr Berthe, directrice d’une école de technologies médicales dans la petite ville voisine de Mikalayi. Elle revenait d’une session de formation à Lubumbashi, capitale du Katanga. Cette session portait sur les problèmes de nutrition des trois provinces sus-mentionnées. Ce n’est pas seulement l’économie agricole délabrée (alors que tout pousse) qui crée la malnutrition mais aussi les habitudes alimentaires traditionnelles et la mauvaise éducation : des provinces moins favorisées au point de vue agricole peuvent mieux s’en sortir parce que les mamans savent ajouter des protéines, des sauces, de l’huile, un peu de viande et de poissons au foufou de base, ce qui améliore la santé des jeunes enfants et leur donne de meilleures bases pour la suite de leur vie.Donc on en revient toujours au même point avec ce pays de misère. En améliorant l’éducation (et notamment l’éducation des mamans) on améliore la santé de l’ensemble de la population, on améliore la performance au travail et progressivement tout pourrait s’améliorer. « Pourrait », mais il y a tellement d’autres facteurs (internes et externes, nationaux et internationaux) qui entrent en ligne de compte...Guy Luisier