Multi-culturelle, telle apparaît notre équipe nationale de football. Les Xhaka, Drmic ou Shaqiri sont devenus aussi connus que l’étaient, en leur temps, Chapuisat ou Alex Frei. «Multi-kulti», disent les Suisses alémaniques pour qualifier l’ensemble de ces joueurs issus des Balkans et porteurs du maillot rouge à croix blanche.Le match Suisse-Argentine du 1er juin ressemble, de fait, à un affrontement entre «multi-cultis». L’Argentine n’est-elle pas, par son histoire mouvementée, un assemblage de peuples d’origines diverses: Indiens, Espagnols, Italiens, Français, Allemands et... Suisses! Ils sont venus chercher fortune «au bout de la terre» pour reprendre l’expression employée par le pape François, Argentin d’origine piémontaise, le jour de son accession sur le trône de Pierre.Le 1er juin, une équipe multi-culturelle du Sud se mesure donc à une équipe multi-culturelle du Nord. L’image reflète la mondialisation des échanges, le destin particulier des deux pays, l’intégration progressive de populations migrantes. Elle est à l’honneur des pays concernés. Quand Xherdan Shaqiri marque trois goals dans un même match pour la Suisse, ce sont des buts suisses. Personne ne les contestera. Que le joueur soit arrivé chez nous à cause des troubles dans son pays natal, le Kosovo, cela appartient aux vicissitudes de l’histoire et à la trajectoire d’une famille. La grande Histoire rejoint celle des hommes et des femmes, au quotidien.Alors Suisse-Argentine? Un match, un affrontement, une rixe sportive? Les équipes sont d’une telle diversité qu’il faut plutôt considérer cette partie comme une opposition fraternelle entre deux peuples aux trajectoires proches. Alors allez la Suisse et allez l’Argentine, vous réunissez des peuples autour d’une passion! Et le football, s’il est bien joué, est ferment d’unité.
Bernard Litzler