«Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre: nous ne savons pas où ils l’ont mis». Jean 20,2Etonnante cette déclaration de Marie de Magdala à Simon Pierre et au disciple que Jésus aimait, dès potron minet, à l’heure où les coqs chantent. Sans doute, a-t-elle réveillé nos deux endormis. Tandis qu’elle, habitée par son immense chagrin, a veillé toute la nuit. Le jour à peine levé, la voilà qui court à la tombe de l’être aimé.Son constat ne manque pas de surprendre. Qui sont ces «ils» indéfinis, responsables de ce rapt profanatoire? Un corps a été «enlevé» de son tombeau. Le repos des morts a été perturbé, violé. Marie Madeleine a-t-elle sa petite idée sur l’identité des profanateurs? Soupçonne-t-elle les auteurs de ce crime, sans pouvoir ni oser les dénoncer? Et puis, ce «nous» tout aussi énigmatique. Alors que, selon le texte évangélique, la Magdaléenne est seule sur les lieux, que signifie ce pluriel? Quelles sont ces personnes qui, comme elle, ne savent pas «où ils l’ont mis»?Je m’autorise une interprétation personnelle, très libre. On avait pris soin au soir du vendredi de cadenasser le corps de cet homme encombrant. L’emmurer pour l’éternité. De façon qu’il ne revienne plus sur nos places et nos chemins. Qu’il ne nous parle plus de son royaume plus humain que tous nos royaumes humains… Un peu de temps et derrière la pierre verrouillée ce corps se reconvertira à la poussière d’où il a été tiré. Que restera-t-il de ce Jésus? Rien, si ce n’est un souvenir qui s’étiolera et s’éteindra comme une mèche à l’agonie. Patience! Dans moins d’une décennie, on ne parlera plus de lui.Qui donc a intérêt à étouffer la mémoire de Jésus dans le cœur des humains? Spontanément, nous pensons à ses adversaires historiques, à ceux qui avaient quelque intérêt à le supprimer. Et si c’était aussi ses partisans, traîtres et infidèles à son évangile? Ceux qui dans l’histoire du christianisme se sont employés à substituer à sa vive présence un système qui desservait leurs appétits de pouvoir. Ceux qui pour mal agir se camouflaient derrière sa face lumineuse. Et j’entends les cris de la foule des humbles, des humiliés, des spoliés: «Rendez-nous ce Jésus que vous nous avez confisqué».Jésus entend aussi ce cri. Il se délivre lui-même de la mort, se dégage de ce suaire qui voudrait l’immobiliser. En cette aube du premier jour de la semaine, quand la création se réveille et se remet au travail, le Vivant court et court… Rien, ni personne ne pourra l’arrêter. Madeleine, au jardin, retrouve son «Rabbouni». Jean, sans le voir, croit au Maître bien-aimé et Simon-Pierre confirme: «Il s’est relevé».Et toi, l’as-tu rencontré aux lueurs de ce jour de re-création et de re-naissance? Ce matin de Pâques, quand meurt la désespérance et qu’on se remet à rêver… d’éternité.