La montée en puissance du «Da’esch», l’Etat islamique créé en Syrie et en Irak, perturbe notre perception du monde. Elle perturbe aussi, bien plus encore, le monde musulman. Il a d’abord fallu prendre conscience de la menace que représente ce califat-Etat-territoire. Il a fallu réaliser que ses sbires étaient plus qu’un groupuscule comme il en existe tant. Ensuite, il a fallu tout mettre en œuvre pour les stopper, car nécessité fait loi, comme l’a rappelé le pape François. Enfin, il a fallu réaliser l’attraction qu’exerce sur les jeunes en quête d’idéal cette nouvelle composante des «fous de Dieu».Pour les musulmans, le conflit entre sunnites et chiites, toile de fond des luttes moyen-orientales, est ravivé par ces extrémistes maniant la décapitation comme la détestation de l’Occident. Les réactions sont arrivées. Du côté occidental, par la mobilisation des chefs d’Etat et les frappes aériennes. Du côté musulman, par la condamnation de plus en plus marquée des agissements de cet Etat auto-proclamé.
Le monde avance ainsi, cahin-caha, mû par l’espérance de lendemains nouveaux sur bien des continents, mais plombé par des conflits régionaux aux ramifications multiples. Difficile d’y percevoir les «signes des temps» qu’évoque le concile Vatican II. Le conflit intra-musulman est-il résoluble autrement que par la violence? La lutte acharnée entre la veuve de Mahomet (les sunnites) et son gendre Ali (les chiites) ne va-t-il se régler que par les armes, une fois encore?
Les réactions indignées des autorités musulmanes témoignent du regain de tensions internes. Quel camp choisir ? Celui qui promeut un islam pur et dur et rallie des djihadistes? ou celui d’un islam modéré, respectueux et digne? Comment vivre sa foi musulmane et condamner des combattants se réclamant du Coran? L’islam est actuellement dans tous ses états. Il n’est pas évident de distinguer quels héritiers du Prophète sont légitimes. En visitant le Liban il y a deux ans Benoît XVI avait appelé à prier pour les frères musulmans. Cette demande est d’actualité, plus que jamais.
Bernard Litzler