Jésus est à Jérusalem. Quant à l’espace il est entré dans le temple. Il est donc en plein public, sur cette grande esplanade sacrée qui forme comme une vaste place ouverte à tous. C’est-là que Jésus observe, discute et enseigne. Et c’est là aussi que des controverses éclatent. Le ton monte souvent car les chefs officiels se sentent provoqués par cet homme qui parle avec autorité sur des sujets si brûlants.Quant au temps, nous sommes dans les dernières semaines de la vie de Jésus. L’affrontement avec les autorités est donc à son comble. Et voilà qu’un homme s’approche de Jésus. Admirons-le, car il se pose une vraie question et il a la bonne idée d’en parler à Jésus.«Quel est le premier de tous les commandements?»Question remarquable! Dans la Loi juive il y avait 613 commandements (365 interdits et 248 préceptes). Cette fidélité jusque dans le détail se voulait une preuve d’amour. Mais il demeure bien naturel, devant une telle quantité, de s’interroger sur l’essentiel du secondaire. Jésus n’est pas le premier à qui l’on pose cette question. Voilà ce que répondaient les différents rabbins et autorités de l’époque :Je cite d’abord Isaïe qui retient 6 commandements (33, 15): «Celui qui se conduit avec justice et parle loyalement, qui refuse un gain extorqué et repousse de la main le pot-de-vin, qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre les propos sanguinaires, et ferme les yeux pour ne pas voir le mal, celui-là habitera les hauteurs, les roches escarpées seront son refuge, on lui donnera du pain, l’eau ne lui manquera pas».Puis Michée qui en garde seulement trois (6, 8): «On t’a fait savoir ô homme ce qui est bien, ce que Dieu attend réclame de toi: rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté, et de t’astreindre à marcher humblement avec ton Dieu».Et Amos qui en garde deux (5, 4): «cherche le bien et fuit le mal».Et Habacuc (2, 4) un seul: «le juste vivra par sa fidélité». I.e. la fidélité à la Parole de Dieu et à sa volonté caractérise le juste et lui assure ici-bas la sécurité et la vie.Enfin j’ajoute quelques enseignements des rabbins :
Certains très rigoureux disaient: qui transgresse un seul commandement, rompt toute l’alliance.
D’autres aimant les détails ajoutaient: que le commandement léger te soit aussi cher que le commandement grave.
Certains arrivant à détacher certains commandements des autres et disaient: le sabbat pèse plus lourd que tous les autres réunis.Et enfin on cite souvent le bon mot de Rabbi Hillel qui répondait à un disciple pressé d’apprendre la Loi dans le temps qu’il pourrait rester sur un pied. C’est facile, dit Rabbi Hillel, «ce que tu ne vaudrais pas qu’on te fasse, ne le fait pas non plus à ton prochain. C’est là toute la Loi, le reste n’est que commentaire».Intéressant. Rabbi Hillel met comme sommet de la Loi une espèce d’inaction. Ne faites pas ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse. Jésus en Mt 7 ira plus loin, il nous proposera d’agir pour le bien: «Faites pour les autres tous ce que vous voudriez qu’ils vous fassent».Voyez comme c’est différent! Pour Rabbi Hillel, la loi se résume à ne pas faire le mal, alors que pour Jésus il s'agit de suivre son enseignement, c'est-à-dire faire le Bien.Et que dit Jésus aujourd’hui dans l’évangile de Marc ? «Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force».Dieu est UN, il n’y a rien d’autre que Lui. Et ce que Dieu attend, c’est l’amour!
L’ORIGINALITE DE LA BIBLE, C’EST DE FAIRE DE L’HOMME LE PARTENAIRE AMOUREUX D’UNE ALLIANCE D’AMOUR.Posons-nous, chacun, la question: Est-ce que j’aime Dieu? Ne répondons pas trop vite «oui». Ré-écoutons la suite: Est-ce que je l’aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma force, i.e. est-ce que je l’aime avec tout ce que je suis, mon intelligence, ma volonté, ma fortune. Et qu’est-ce que je fais pour celui que j’aime si c’est vrai que je l’aime?Seigneur aide-nous à t’aimer du matin au soir, de l’enfance aux cheveux blancs, de la tête aux pieds, de ma vie la plus intime jusqu’à mes responsabilités les plus collectives. Oui, l’amour de Dieu doit être premier. Je dois préférer Dieu à tout le reste.Mais voilà que Jésus ajoute un deuxième commandement. C’est malin. Le pharisien n’a demandé qu’un commandement. Jésus en ajoute un second pour prolonger son enseignement. Attention, ce que Jésus va dire est second. Ce qui est premier, c’est l’Amour de Dieu.«Tu aimeras ton prochain comme toi-même». Oui Jésus nous demande d’aimer ceux qui nous sont proches. Ceux qui nous entourent. Ceux que nous rencontrons chaque jour. Ceux qui vivent sous notre toit. Ce sont eux qu’il faut aimer juste après Dieu. Il faut les aimer tels qu’ils sont, et là où ils en sont.Voilà à quoi se résume toute la révélation divine. Cela donne sens à tout le reste. Il faut aimer Dieu et aimer son prochain. Aimer Dieu ne suffit pas. Aimer son prochain ne suffit pas non plus. Aimer Dieu et son prochain, voilà ce qu’est la Loi nouvelle de Jésus.Bien. Et l’amour de soi, si cher à notre société? N’est-il pas bon de s’aimer soi-même. Pourquoi Jésus n’en parle pas? Bien sûr que c’est bien de s’aimer. Oui! Mais l’amour, pour le chrétien, est une relation, une relation de don qui unit à un autre. Dans l’évangile de ce jour, l’amour est une relation unissant à Dieu et au prochain. Je ne peux pas m’aimer en me regardant moi-même, seul avec moi, et en me donnant à moi ce que je pense être bon pour moi.Non! Mais JE M’AIME EN AIMANT DIEU ET EN AIMANT MON PROCHAIN. Je réalise ma valeur et ma dignité à mesure que je vis une relation d’amour avec Dieu et avec mon prochain. L’AMOUR N’EST PAS TOURNE SUR SOI, MAIS OUVERT SUR L’AUTRE.Jésus en sera le parfait exemple. Dans quelques jours il nous dira: Aimez-vous comme je vous ai aimés (Jn 15, 12). I.e. en donnant votre vie par amour, en faisant de votre vie un don.Oui Seigneur, tu es le modèle de notre action.
Viens nous apprendre à aimer ton Père comme tu l’as aimé.
Viens-nous aider à reconnaître nos prochains que nous puissions leur faire le don de nous-mêmes.
Seigneur, ce qui fonde ma valeur à mes yeux, c’est que tu m’aimes.Amen.Père Jérôme Jean