Istanbul, samedi 29 novembre, jour de la saint André, un geste étonnant: le pape François, la tête penchée, reçoit la bénédiction du patriarche orthodoxe Bartholomée. A la fin d’un moment de prière, le pape a demandé une «faveur» au patriarche: «Bénissez-moi et bénissez l’Eglise de Rome». Ce qui fut fait... L’évêque de Rome béni par le patriarche œcuménique, la plus haute autorité de l’Eglise d’Orient. Le geste n’a rien de banal. Il revêt dans sa portée symbolique une dimension fraternelle essentielle. Rome et Constantinople ne sont plus ennemies. Le pape catholique s’incline devant le primat de l’orthodoxie mondiale.La complicité sereine entre l’évêque de Rome et le patriarche stambouliote mesure le chemin accompli en un demi-siècle. Depuis près de dix siècles, les deux Eglises sœurs sont séparées. Il a fallu du courage en 1964 à Paul VI et au patriarche Athénagoras pour lever les excommunications. Aujourd’hui, l’Eglise d’Occident et l’Eglise d’Orient se regardent comme sœurs, malgré les divisions internes, notamment entre Constantinople et Moscou (qui qualifie parfois le patriarche œcuménique d’«évêque d’Istanbul»).De manière plus large, devrions-nous encore être surpris par les multiples initiatives de Jorge Bergoglio? L’évêque de Rome avait, dès sa première apparition le soir de son élection, le 13 mars 2013, invoqué la bénédiction du peuple de la Ville éternelle. «Bénissez-moi et priez pour moi!», avait-il demandé. Ce geste, requis à d’autres occasions, n’est pas juste un «truc» du pape François. Il est enraciné. Il est profondément une posture d’humilité, de dépendance à l’autre et à Dieu.Que le successeur de Pierre, souverain pontife de l’Eglise universelle, demande la bénédiction au primat de l’Eglise orthodoxe, c’est admettre que l’Eglise dépasse les frontières du catholicisme. C’est s’ouvrir ensemble à la grâce de Dieu. La bénédiction pour l’Eglise de Rome et pour sa personne, François la place au rang du service fraternel. La taille respective des Eglises n’a plus court. Ne reste que l’humilité de deux leaders ecclésiaux devant Dieu qui «élève les humbles».Bernard Litzler