Parabole des invités au festin | Mt 22, 1-14 | 27e dimanche du temps ordinaire, année AAprès les vignerons homicides, voici les invités assassins! Décidément, les lectures évangéliques de ces derniers dimanches n’ont rien d’une partie de plaisir. Elles nous feraient même frissonner. Et pourtant, tout avait si bien commencé. Un roi voulait célébrer les noces de son héritier. Il n’avait pas lésiné sur la dépense pour que le banquet fût à la hauteur de l’événement. Cependant, les invités, triés sur le volet, ne répondirent que par mépris et meurtres répétés. La répression du monarque fut elle aussi sanglante. Sa vengeance ira jusqu’à humilier ses premiers invités en faisant remplir la salle qui leur était réservée par un ramassis de gueux racolés aux carrefours des grands chemins.Evidemment, cette sombre histoire n’est qu’une parabole et non un fait divers. Mais imaginez les interprétations auxquelles elle a pu donner lieu. Et tout d’abord par ces chrétiens du premier siècle qui méditaient à Antioche sur la ruine et le carnage de Jérusalem survenus quelques années plus tôt. La destruction de cette ville n’était-elle pas le châtiment divin qui punissait l’assassinat des prophètes, et tout particulièrement celui de Jésus de Nazareth qu’ils adoraient comme un Dieu? Explication plausible, mais assurément contextuelle et, pour nous, désuète et surannée. Le chrétien du vingt-et-unième siècle ne peut en faire son miel, si ce n’est attiser l’antisémitisme qui sommeille dans son inconscient collectif.Au contraire, l’explication que je propose est universelle. Au départ, nous avons un Dieu qui invite à la fête. Une joie débordante est promise à ceux et celles qui répondront positivement à son invite. Cet appel retentit depuis le fond des âges, mais encore dès les premiers vagissements de notre histoire personnelle. Les réponses sont diverses. Elles vont de l’indifférence au refus, poli ou violent. Mais elles n’exclurent pas l’acceptation étonnée de ceux qui sont surpris de se voir invités. Car Dieu veut que sa salle de fête soit de toute façon remplie. Ceux qui font défection seront donc remplacés. A nous donc de nous interroger sur le sort que nous avons réservé à ce carton d’invitation.Demeure l’énigme de cette fameuse robe nuptiale qu’aurait dû revêtir un invité de dernière heure, recruté, comme tant d’autres, au fond d’un caniveau. Une autre sombre histoire, direz-vous. Une explication? Appelés au bonheur sans mérite aucun, encore faut-il que nous fassions honneur à cette grâce surprenante. Revêtons donc «les habits de la justice», affichons les couleurs d’une réelle et active conversion. Trop facile serait de prendre la place des invités d’honneur et de nous comporter à table en véritables goujats! A bon entendeur…Une historiette pour finir! Il semblerait qu’au moment de franchir la porte de la salle du banquet éternel nous nous étonnerions de trois choses. La première serait de nous y voir. La deuxième de ne pas y rencontrer ceux que l’on attendait. Et la troisième de voir assis à table des gens que nous estimions infréquentables.
Guy Musy