Mt 22, 34-40 | 30ème dimanche du Temps Ordinaire, Année A | Amour de Dieu et amour du prochainLequel est le plus grand? J’imagine une catéchiste poser cette question à cinq ou six mouflets impatients de lever le camp. Serait-ce Nadal ou Federer? Real Madrid ou Benfica? Mais certainement pas un «commandement», perdu dans la masse des six cent treize qui figurent dans la loi de Moïse et dont les pharisiens de jadis en connaissaient la liste. Même en régime chrétien, parle-t-on encore de commandements? Pas plus, semble-t-il, que de péchés mortels ou véniels à qui la modernité a tordu le cou. Comme elle a relégué aux oubliettes les grilles des confessionnaux de notre enfance.Je veux donc bien convenir que ce questionnement rabbinique sur le plus grand commandement est d’un autre âge et qu’il n’intéresse guère nos contemporains. Tout au plus, est-ce là un problème d’histoire religieuse dont la solution appartient à des spécialistes. Un débat qui demeure fort éloigné de nos préoccupations.La réponse de Jésus à cette question semble emboîter le pas de ses contradicteurs et nous déconcerte dans une première lecture. Comme si l’amour pouvait résulter de l’obéissance à un commandement. On a connu en d’autres temps des mariages de raison ou des unions arrangées ou forcées par des familles soucieuses de préserver leur héritage. Mais peut-on parler d’amour dans ces cas-là? L’amour a quelque chose de spontané, de gratuit. Il naît de la séduction, de l’attrait, du désir, mais surtout pas d’un ordre ou d’une obéissance à un commandement! Tous les Roméo et Juliette vous le diront.Demeure toutefois l’attrait du divin qui remplit l’âme, l’esprit et même le corps, comme semble le dire Jésus. Tous les saints authentiques le confirment et le prouvent. Non pas à force d’extases ou d’exercices répétés de lévitation, mais à travers un amour sans bornes qu’ils portent aux humains dont ils partagent la compagnie. Le Dieu qu’ils aiment sans voir est celui qui «apparaît» sous les traits du plus petit de leurs frères.Une question toutefois. Le prochain est-il si beau, si séduisant pour allumer en moi quelque désir et faire jaillir une étincelle d’amour à son endroit? O que non! Pas plus que je ne trouve en moi des raisons suffisantes pour m’aimer. Mais l’amour que j’ai pour Dieu me pousse vers le prochain et vers moi-même. Je n’ai plus alors de dégoût à embrasser le lépreux que j’avais d’abord écarter de mon chemin. Pas plus que je n’ai de répulsion à m’accepter dans ma misère. Les deux amours, ou plutôt les trois, ne font qu’un. Un unique élan nous entraîne vers Dieu, vers le prochain et vers nous-mêmes.Un plaisantin - qui ne l’était guère - reconnaissait les «Salutistes» au port de la lettre S épinglée à leur uniforme : Savon, Soupe, Salut. Trois interventions alignées sur le même rang ou sous le même képi. Pas de priorité hiérarchique de l’une sur l’autre. Je ne trouve pas de meilleure illustration à ce passage d’évangile. Quoi qu’en pensent les âmes pieuses désincarnées ou les légistes de toute robe, enfoncés dans leurs codes. La Loi et les prophètes n’ont pas dit mieux.